Bonjour tout le monde, comment allez-vous?

Vous remarquerez que je n'ai pas mis "complète" à cette fiction car... ce chapitre faisait en tout 24 pages et ma bêta m'a conseillé de le couper. De ce fait, ce ne sera pas un Three-short... bon à la base ça devait être déjà un OS, je tiens jamais mes engagements...

Enfin bref, voici la première partie de ce chapitre, et la suivante sera bien la fin de cette fiction !

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture et surtout n'hésitez pas à commenter ;)


Regret

Troisième chapitre –

Ceux qui cherchèrent sans se trouver


Les rumeurs entourant Kuchiki Kyōmi :

- Fait partie du club jardinage (elle n'hésite pas à mettre la main à la terre et se porte toujours partante pour arroser les fleurs de la cour — youhouhou ! J'adore planter des graines et danser dans une prairie fleurie accompagnée de mes amis les anges violonistes).

- Moyenne (intellectuellement parlant, elle n'est ni mauvaise ni bonne — putain c'est possible d'être aussi nulle en Japonais ?).

- Si gentille que c'en est gerbant (toutes ses gentilles petites copines la qualifient d'adorables, et gloussent dès qu'elle la voit au bras d'Imayoshi — par ailleurs, elle glousse elle-même. Sois ta morte lente et douloureuse, Imayoshi Shoichi).

- Conne.

- Moche.

- je veux la buter je veux la buter je veux la buter je veux la buter je veux…

La mine du crayon d'Hanamiya se brisa face à la force qu'utilisait son bourreau pour écrire sur la feuille, elle aussi maltraitée. Son moyen d'écrire étant désormais inutilisable, Hanamiya foudroya sa trousse à la recherche d'un autre ustensile pour pouvoir déverser toute sa colère, toute sa frustration, et surtout pour dépenser tous ses nerfs sur une feuille qui n'avait rien demandé.

Malheureusement, il n'avait plus de stylo. A vrai dire le jeune homme n'était pas à son premier coup d'essai et quelques cadavres de crayons de papier, de couleurs, feutres et autres, recouvraient son bureau en cet instant précis. Sa feuille était remplie de rature, de dessin plus horribles les uns que les autres, inquiétants aussi ; dont celui qui représentait une fille avec une corde autour de son cou accompagnée du sang qui s'échappait de son ventre. Hanamiya était satisfait de ce petit dessin, pour dire la vérité. Il étira même un large sourire après avoir soulevé sa feuille, dorénavant perpendiculaire avec son bureau. Un rire inquiétant l'emporta et fit se retourner quelques-uns de ses camarades qui revinrent instantanément à leur place après avoir vu l'horreur se trouvant à côté d'eux.

Hanamiya Makoto était devenu un Démon.

Pourtant, en un instant tout disparut et Hanamiya se laissa tomber contre son bureau. Le choc entre le front du brun et le meuble en bois fit se retourner le professeur à l'autre bout de la salle, inquiet de l'état de son élève qui en ce moment même broyait dans sa main la feuille où ses plus noires pensées reposaient. Hanamiya n'appréciait pas le sentiment qui l'habitait depuis qu'il avait vu, le lendemain, Imayoshi apparaître en compagnie de cette fille aux joues rougies et l'air parfaitement heureuse. Il n'avait pas aimé voir son senpai caresser la tête de cette fille afin de la laisser devant sa classe et de venir le rejoindre, pour le saluer de la même sorte en mettant plus de force et moins de délicatesse envers ses propres cheveux. Cette main avait touché cette chose pour ensuite se reposer sur lui.

Hanamiya apporta sa main contre le haut de ses cheveux, là où Imayoshi l'avait touché ce matin. Il avait envie de pleurer et de crier à la fois, et cette indécision ne lui plaisait véritablement pas. Avant tout cela ; avant qu'Imayoshi ne vienne lui parler après avoir percé son secret, après qu'ils aient pris l'habitude de se voir à l'extérieur pour parler du club et développer ensemble des stratégies, de s'entraîner ensemble, aller manger ensemble, Hanamiya n'était pas aussi indécis. Il agissait pour lui, rien que pour lui, et ne se souciait absolument pas des autres. Si quelque chose ne lui plaisait pas, il agissait de la même façon que lorsque le fils de leur ancien coach se trouvait encore ici : un coup sur la tête et hop traumatisme crânien.

C'était aussi simple que cela.

Pourtant, ce n'était plus aussi facile. Rien n'était plus aussi facile qu'avant. Quelque chose s'était développé en lui, l'avait fait changer, et avait ainsi modifié le regard que les autres portaient sur sa personne. Le masque du « bon gars » était tombé et plus personne au club de basket ne pourrait s'y faire prendre. Ainsi Hanamiya avait grillé sa meilleure carte et savait désormais qu'il lui serait impossible de s'en prendre à cette Kuchiki même en étant le plus discret possible, comme avec le fils du coach. Plus personne ne le croyait inoffensif ; bien que personne n'avait encore réalisé ses manigances pour faire partir leur ancien coach et tous les éléments nuisant à l'équipe. Sauf Imayoshi.

Tout le ramenait à Imayoshi.

Depuis plusieurs jours Hanamiya avait réalisé cela et ne pouvait pas se mentir à lui-même ; il était trop intelligent pour cela et ça n'aurait aucun intérêt que de fuir la réalité. Ainsi malgré tout ce qu'il pouvait dire sur Imayoshi, comment il pouvait se comporter en la présence de son senpai : ce n'était qu'une façade. C'était sa façon de se protéger, de ne pas se dévoiler complètement et surtout de ne pas se faire rejeter aussi méchamment qu'en était capable Imayoshi. Après tout, ils étaient deux garçons.

Deux garçons dans la fleur de l'âge ; oui, Hanamiya avait songé à cela. Il s'était dit que cela pouvait être passager, que c'était simplement le fait d'avoir passé beaucoup trop de temps avec Imayoshi qui avait pu altérer ses sentiments. Et puis pourquoi Imayoshi et pas un autre garçon, d'abord ? Seulement, Hanamiya n'avait pas besoin de réfléchir bien longtemps pour comprendre. Là n'était pas le problème.

Si Imayoshi Shoichi était plus important pour lui qu'il ne voulait l'admettre, c'était uniquement parce que son senpai avait été le premier à véritablement le comprendre sans qu'il n'ait à dire quoique ce soit. Imayoshi avait su le percer à jour, l'avait accepté pour ce qu'il était, et s'était comporté sans artifices en sa compagnie. Porter indéfiniment un masque était usant, aussi bien physiquement que psychologiquement et Hanamiya aurait fini par se perdre lui-même.

Les bonnes personnes, ça n'existe pas.

Le souvenir de cette phrase remonta en lui comme une vague impétueuse dont l'unique but était de détruire. Hanamiya se redressa brusquement et retrouva en un éclair toute sa vitalité. C'est vrai, Imayoshi avait raison. Personne ne pouvait être tout blanc, ou tout noir. Kuchiki devait elle aussi avoir ses imperfections, ses douloureux secrets ; et c'était de son devoir d'ouvrir les yeux à Imayoshi et de lui montrer quelle horrible personne était véritablement sa petite-copine.

L'investigation pouvait reprendre. Cette fois-ci seulement, Hanamiya décida de s'en prendre directement à la source et proposa la bouche en cœur à Kuchiki et Imayoshi de sortir tous les trois un de ces jours. La jeune fille était parfaitement consciente de l'amitié qui semblait lier ces deux garçons, puisqu'ayant suivi pendant longtemps Imayoshi du regard elle l'avait souvent vu aux côtés du plus jeune. Alors elle accepta avec grand plaisir sans laisser le temps à son petit-ami de dire quoique ce soit, et de ce fait Hanamiya sut que c'était dans la poche.

« Eh bien, eh bien, mon petit kōhai semble vouloir devenir ton ami Kuchiki.

— Ça ne me dérange pas, je l'ai toujours trouvé très mignon ! »

Imayoshi se mordit instantanément les lèvres tout en ouvrant légèrement les yeux pour voir la réaction d'Hanamiya ; puisque après tout, la fois où lui-même l'avait caractérisé de mignon il s'était tout de suite braqué. Mais alors qu'Imayoshi s'attendait à voir au moins un regard assassin dirigé dans sa direction, il haussa un sourcil en voyant Hanamiya sourire jusqu'aux oreilles tout en se frottant la nuque de manière gênée.

« Voyons Kuchiki-san, ne me dite pas ça ! C'est vous la plus mignonne ici, flatta-t-il.

— Ton kōhai est vraiment adorable, Imayoshi-kun ! Mais tu sais Hanamiya-chan, tu peux me tutoyer. »

Le rendez-vous fut ensuite convenu pour ce samedi au parc d'attraction qui venait d'ouvrir et où tous les couples du collège y passaient leur week-end depuis son ouverture. Hanamiya laissa ensuite les deux amoureux sans se retourner une seule fois, et s'éloignant d'un pas tranquille pour ne pas éveiller les soupçons d'Imayoshi. Pourtant quand il disparut grâce à un couloir adjacent, Hanamiya se mit à courir pour rejoindre les toilettes et s'enfermer dans une des cabines pour enfin pouvoir libérer ses poumons de ce cri qu'il avait trop longtemps retenu.

Mignon ! Cette truie l'avait caractérisé de mignon. Bon sang, il allait la dépecer sur la place publique. Il eut dès lors un rire dément qui en ferait frémir le Diable en personne en s'imaginant tout à fait la scène.

Quand il sortit des toilettes cependant, Hanamiya put voir l'expression terrifiée des autres garçons ayant assisté à son cri de rage. Fort heureusement Imayoshi ne l'avait pas suivi. En remarquant ce fait, Hanamiya soupira de soulagement. D'habitude son senpai était le premier à se rendre compte de ses intentions. Il espérait ainsi avoir bien joué le jeu face à lui.

Après s'être lavé les mains pour la forme, Hanamiya replaça rapidement quelques mèches de ses cheveux contre son front avant de sortir des toilettes et rejoindre sa salle de cours. Un ricanement l'arrêta pourtant et lui fit froid dans le dos. Sans se retourner il savait déjà qu'elle pouvait être cette personne qui se moquait à cet instant de lui, et il ressentit l'envie de déguerpir à toute allure pour ne plus jamais le revoir.

« Tu as encore un long chemin à parcourir avant de réussir à me berner, Mako-chan. »

Imayoshi décolla son dos du mur pour venir à sa hauteur et passer négligemment sa main dans sa chevelure sans s'arrêter un instant. Il traversa le couloir toujours en ricanant légèrement alors que dans son dos il pouvait largement deviner le visage rouge de colère de son kōhai. Cela ne loupa d'ailleurs pas puisque Hanamiya sentit ses joues le chauffer et ses lèvres se triturer mutuellement pour retenir le flot d'insultes qui le démangeait. Il préféra néanmoins faire rencontrer son poing contre le mur sur lequel s'était appuyé Imayoshi, avant que son front ne vienne le rejoindre, et qu'il ne se maudisse lui-même.

Ce n'était pas grave si Imayoshi avait de nouveau percé à jour ses intentions, cela n'allait pas l'arrêter. Il allait démasquer la véritable Kyōmi Kuchiki ; qui derrière ses airs de gentille fille un peu niaise, voire même beaucoup trop, devait être une véritable peste. Une immonde harpie qui ferait fuir Imayoshi dès qu'il s'en rendrait compte à son tour ; car les bonnes personnes, ça n'existe pas.

Samedi après-midi, Hanamiya se dirigea vers le parc d'attractions qui avait ouvert près de sa maison et une fois arrivé sur les lieux il regarda l'heure sur son téléphone. Le petit couple était en retard de cinq minutes, et pourtant il avait fait exprès de partir le plus tard possible pour arriver le dernier et voir comment se serait comporter cette mégère.

Seulement, les minutes défilaient de plus en plus sans qu'Imayoshi ou sa fichue copine n'apparaissent dans son champ de vision et bien qu'il pouvait se montrer patient il n'était pas non plus une bonne poire. Allaient-ils lui poser un lapin ? Hanamiya s'était pourtant promis de ne pas appeler Imayoshi et de se montrer plus patient qu'il ne l'était, car il se ferait mal voir par cette fille s'il s'énervait au téléphone avec son senpai ; alors le jeune homme résista, croisa les bras puis les décroisa, s'assit sur le petit muret derrière lui avant de se redresser et faire quelque pas. Hanamiya se gratta aussi les cheveux, consulta de nouveau son téléphone, se tourna les pouces, maudit intérieurement Imayoshi dont il imagina la tête par-dessus un piquet avant d'en rire.

Ainsi quand enfin apparut le couple légèrement en retard, Hanamiya dut puiser dans toutes ses forces pour ne pas lancer un pic bien senti à Imayoshi. Il les vit ainsi accourir dans sa direction, et ainsi voir la jolie petite robe à fleur de cette harpie présumée gigoter autour d'elle avec élégance à chacun de ses pas. Arrivée à sa hauteur, le souffle irrégulier, elle replaça correctement ses longs cheveux châtains dont certaines mèches bouclaient gracieusement par-dessus ses épaules. Elle était à peine maquillée et de ce que pouvait sentir Hanamiya, elle s'était parfumée et le pire était sûrement que cette odeur lui plaisait bien.

« Nous sommes vraiment désolés d'arriver en retard, Hanamiya-chan ! Une grand-mère se faisait voler son sac et Imayoshi-kun l'a aidée à rattraper le voleur. »

Intérieurement, Hanamiya essaya de visualiser la scène et ce qu'il en put tirer le fit se mordre l'intérieur de la joue. C'était tout sauf crédible. Il avait tant envie de s'étaler par terre, là à l'instant, et de se marrer comme jamais. Pourtant il devait résister, se tenir bien, et écouter les dires de cette folle. Un instant il croisa le regard d'Imayoshi qui s'éventait grâce à sa main, et, à la vue de son senpai, la scène qu'il s'était imaginée revint à son esprit et Hanamiya ne tint plus.

Rapidement il pivota sur le côté, entoura son ventre par ses bras et trembla à vue d'œil.

« Hanamiya-chan ? S'inquiéta Kuchiki.

— D-Désolé… je… » Hoqueta-t-il avec son poing entre ses dents pour se contenir.

Après plusieurs inspirations et claques mentales pour se ressaisir, Hanamiya se retourna pour faire à nouveau face aux deux autres et tout faire pour éviter le regard d'Imayoshi. Bon Dieu qu'il n'arrivait pas à s'imaginer Imayoshi en train de courir derrière un voleur pour aider une pauvre grand-mère ; il serait limite plus crédible dans le rôle du voleur.

« C'est que je trouve Imayoshi très courageux ! D'autres auraient simplement regardé la scène sans agir, hein ?

— Je suis tout à fait d'accord ! C'est pour ça que je l'aime ! » Gloussa-t-elle tout en s'agrippant au bras de l'intéressé.

C'est pour ça que je l'aime ; Hanamiya aurait volontiers vomi tellement cette phrase était cul-cul mais ce serait mal pris. Très mal pris. Et là n'était pas le but de sa manœuvre.

Ils se mirent ensuite en direction du parc d'attractions et Kuchiki pressa le pas pour faire pleins de manèges en un temps record, essoufflant Hanamiya avant même d'en avoir pratiqué un seul. La jeune fille devant eux pour décider quelle attraction ils feraient en premier, Imayoshi et lui marchèrent légèrement en retrait. Ainsi seul avec son senpai, Hanamiya ne put s'empêcher de rire davantage. A la seule différence que cette fois-ci son rire était moqueur et loin d'être valorisant à l'encontre d'Imayoshi.

« C'est quoi au juste ce délire ? Tu t'improvises preux chevalier maintenant ?

— Il faut savoir faire des concessions pour conquérir le cœur de sa belle, mon garçon, se moqua à son tour Imayoshi.

— Si cela comprend se ridiculiser non merci. Je suis pas un idiot.

— On en reparlera quand tu auras quelqu'un en vue, hein ! »

La main d'Imayoshi vint ensuite s'engouffrer dans ses cheveux et lui faire basculer la tête vers l'avant sans qu'il ne puisse y faire quelque chose. Kuchiki revint ensuite à leur hauteur et prit la main d'Imayoshi afin de l'emmener dans la première attraction qui constituait à faire tourner une immense tasse de thé pendant que le manège faisait des cercles inutiles. L'attraction la plus inutile du monde choisit par la fille la plus stupide de l'univers. Hanamiya soupira avant de rejoindre le couple et de regarder du coin de l'œil Imayoshi tandis que lui et sa fichue copine faisaient tourner l'immense tasse de thé.

Et si cette personne, il l'avait déjà trouvée ? Ses yeux grisâtres voilés par la tristesse qu'il ressentait en cet instant se reposèrent sur le système permettant de faire tourner la tasse. Les mains d'Imayoshi et de Kuchiki s'en décollaient pour rapidement s'en ressaisir et les faire glisser sur le côté. Parfois leurs doigts s'effleuraient, se touchaient, tout cela sous les yeux d'Hanamiya. Son cœur se serra en remarquant ce fait. Douloureux.

La seconde attraction, Hanamiya put la choisir et sans plus attendre il emmena le couple dans une maison hantée. Il allait la faire crier et repartir en pleurant. Ensemble ils entrèrent donc dans cette attraction où l'ambiance était beaucoup plus pesante, les lieux plus obscures où seules des lumières violâtres rendaient l'ambiance encore plus menaçante. Ainsi pendant leur traversée, Kuchiki tenait toujours le bras d'Imayoshi comme le ferait une sangsue. Des poupées tombaient ensuite brusquement de leur cachette pour leur barrer la route avec un cri de sorcière à l'appui ; et là où toutes les filles auraient dû crier et faire machine arrière, Kuchiki s'arrêta sans pousser le moindre bruit et détailla plutôt l'affreuse poupée.

« Je sais bien que le but est de faire peur, et en temps normal personne ne le remarque mais… ils devraient tout de même essayer de les rendre plus hideuses. En les regardant de près, elle paraît presque sympathique vous ne trouvez pas ? » Demanda-t-elle avec sa main appuyée contre son menton, semblant y réfléchir sérieusement.

Hanamiya se demanda si cette fille était sérieuse et la dévisagea, l'obscurité l'y aidant pour qu'elle ne le remarque pas. Ils continuèrent alors leur traversée sans que cette fichue fille ne pousse le moindre cri et décrive plutôt les objets qu'utilisaient les maisons aux horreurs pour justement faire peur à ses clients. Mais non, elle, elle les trouvait sympathiques.

Agacé d'avoir loupé son coup, Hanamiya fourra ses mains dans les poches de son pantalon et réfléchit à un autre moyen de révéler la véritable personnalité de cette fille. Plongé dans ses réflexions et suivant inconsciemment les pas des deux autres, Hanamiya ne revint sur terre que quand seulement il sentit quelque chose s'abattre contre son épaule. Se retournant pour maudire la personne qui venait de l'interrompre, il ne vit pourtant qu'un cadavre à quelques centimètres de son visage dont la bouche grande ouverte effleurait le bout de son nez. Son sang se glaça d'un seul coup et sans le vouloir un cri digne de celui d'une jeune fille lui échappa.

Hanamiya se détourna rapidement de ce cadavre et courut rejoindre les deux autres qui ne l'avaient pas attendu, apposant contre ses oreilles ses mains pour ignorer les cris des autres figurines pendant que son cœur essayait de retrouver un rythme normal. Malheureusement ce fichu cadavre revenait toujours derrière ses paupières fermées ; la sensation de cette main contre son épaule, de ces dents qui effleuraient son nez… Hanamiya courut davantage et retira ses mains de ses oreilles lorsque ses yeux virent se dessiner le dos d'Imayoshi à quelques mètres de lui. En apercevant ce dernier, son cœur s'emballa davantage et il courut encore plus vite.

« Shoichi ! »

Son cri provenait du plus profond de son corps, tel un appel à l'aide qui fit aussitôt se retourner l'interpelé les yeux grands ouverts. Imayoshi manqua néanmoins de tomber à la renverse lorsqu'une charge supplémentaire vint s'ajouter à lui, violemment, sans lui laisser le temps de comprendre la situation. Ce fut après avoir fait quelques pas en arrière et ainsi réussir à tenir debout qu'Imayoshi vit Hanamiya blotti contre lui, tremblant et le souffle complètement irrégulier. Il n'en revenait pas. Le caractériel Hanamiya Makoto, qui n'avait de cesse de l'insulter, de s'imaginer voir sa propre tête sur un piquet, était en ce moment même en train de se réfugier contre lui, le visage aussi pâle qu'un mort. Son cœur s'emballait trop vite pour lui.

« Hanamiya-chan, ça va ? De quoi as-tu eu peur ? » L'interrogea Kuchiki sans aucune once de moquerie dans la voix.

Bien qu'il se décala pour apercevoir la jeune fille penchée dans sa direction, Hanamiya ne lâcha pas pour autant la chemise d'Imayoshi. Désormais il avait trop honte pour laisser apparaître totalement son visage. Il réalisait petit à petit qu'il s'était jeté dans les bras de son senpai, et surtout qu'il l'avait appelé par son prénom par-dessus le marché. Il sentait les moqueries à venir d'Imayoshi. Seulement, il ne pouvait pas demeurer ainsi indéfiniment. Alors Hanamiya prit son courage à deux mains.

Lentement, il recula tout en gardant la tête penchée. Pour le courage, il repasserait. Il voulait mourir en cet instant précis, ici et maintenant. Ainsi il irait rejoindre ce fichu cadavre et lui ferait sa fête.

« Tu as l'air tout pâle. Viens, on va sortir et aller manger quelque chose qu'en dis-tu ?

— Oui. »

En ce moment même, Hanamiya n'avait pas la force pour faire la forte tête et suivit comme un gentil garçon, sa mère. Il passa ainsi aux côtés d'Imayoshi sans le remercier, évitant au possible son regard, avant de sortir de cette maison hantée qui était décidément une très mauvaise idée.

Dorénavant assis dans un petit café prévu par le parc d'attractions, Kuchiki administra quelques coups de coude à Imayoshi pour qu'il reste auprès de son kōhai au lieu de venir avec elle acheter des crêpes et des boissons. Elle laissa ainsi les deux garçons seuls, attablés autour d'une table circulaire, alors qu'Hanamiya aurait souhaité tout sauf cette situation : se retrouver seul avec Imayoshi après ce qui venait de se passer.

La tête toujours penchée vers l'avant, ses cheveux camouflant son visage, Hanamiya voulait disparaître. Ou bien se faire transformer en une petite souris et se carapater loin d'ici. Pour sa part Imayoshi ne pouvait décrocher son regard du plus jeune. C'était bien la première fois qu'il le voyait aussi vulnérable, aussi petit. Habituellement Hanamiya était un gueulard qui regardait de haut, avec le menton levé, et qui n'avait pas peur de s'en prendre à plus âgés que lui. Mais en ce moment même il faisait plus que jamais son âge : un jeune garçon qui n'avait que douze ans et qui paraissait si fragile qu'il pourrait s'ébranler à la moindre attaque.

Quelque chose de dérangeant les entourait, et Imayoshi n'appréciait pas cette situation. Ce n'était pas là le Hanamiya Makoto qu'il avait appris à connaître et à amadouer.

« Alors mon petit Mako-chan, veux-tu que le preux chevalier vienne te protéger des méchants ? »

L'utilisation du nouveau surnom fit simplement relever le menton de l'intéressé. Il ne répliqua pourtant rien et demeura silencieux. Imayoshi décida alors de poursuivre.

« Ainsi même le redoutable Hanamiya Makoto peut accourir comme une mauviette dans mes bras, héhé !

— C'est justement ça le souci. J'aurais plutôt dû courir dans les bras de ta copine et profiter de sa poitrine pour m'en servir comme oreiller. »

Cette fois-ci, ce fut au tour d'Imayoshi de demeurer sans voix. Il put ainsi voir Hanamiya prendre sa tête entre ses mains et apercevoir ses yeux grands ouverts.

« Je n'arrive pas à le croire… je m'écœure rien que d'y penser. J'ai serré dans mes bras une personne aussi infecte et insupportable que toi !

— On peut pas tout avoir dans la vie, mon cher Mako-chan ! Se moqua-t-il avec un rire sincère, soulagé de retrouver son ami comme tel.

— Arrête de m'appeler comme ça ou j'vais te buter, idiot. »

Hanamiya tira la langue en signe de dégout face à un pareil surnom ; presque mignon, ça ne lui correspondait pas du tout. Malheureusement Imayoshi avait encore besoin de le taquiner avec pour le voir s'énerver contre lui, le voir l'insulter et le maudire, afin d'éloigner de son esprit ce Hanamiya faible et fragile qui venait de disparaître, et qui avait su faire battre son cœur plus qu'il ne l'aurait dû. Bordel, ils étaient deux garçons.

Peu de temps après, Kuchiki revint avec trois crêpes fourrées aux différents parfums. Elle avait pris chocolat pour Hanamiya après avoir entendu de la part de son petit-ami que son kōhai en raffolait. Elle était aussi tombée bon pour Imayoshi et fut donc ravie de ne pas s'être trompée. La jeune fille remarqua ensuite que Hanamiya semblait aller beaucoup mieux et elle en fut aussitôt rassurée. Ils pouvaient donc continuer de profiter de cette journée et apprendre à mieux se connaître.

Ainsi pendant qu'ils mangeaient leur crêpe, Kuchiki s'intéressa à ce que pouvait faire Hanamiya en dehors du collège et du club de basket. Après s'être fait offert du chocolat, Hanamiya ne pouvait pas se montrer désagréable avec elle alors il lui répondit en toute honnêteté par des phrases complètes et structurées. Tant de coopération de sa part amusa grandement Imayoshi qui comprit parfaitement la raison de tout cela. Il retint de la sorte qu'acheter Hanamiya avec du chocolat était tout à fait intéressant.

Le reste de la journée, le trio passa évidemment par les montagnes russes et Hanamiya put découvrir que Kuchiki avait le vertige. Ainsi la jeune fille ne put se retenir de pousser des cris stridents alors que les sièges descendaient à toute allure après être montés pendant plusieurs minutes. La vitesse faisait danser ses longs cheveux avec le vent et la décoiffait complètement. En ressortant de l'attraction, la coiffure de Kuchiki ne ressembla plus à rien. Hanamiya ne put s'empêcher de la comparer à voix haute à un épouvantail et Imayoshi ne put retenir un léger ricanement pendant que sa copine s'offusquait faussement avant de se recoiffer et de repartir pour une autre attraction.

Au final, même Hanamiya trouva cette journée forte agréable. Ce fut néanmoins en rentrant chez lui qu'il repensa au fait de découvrir qui était réellement Kuchiki Kyōmi, mais quand il chercha un autre moyen de lui faire cracher le morceau, le souvenir de lui contre Imayoshi lui revint en tête. Son visage redevint immédiatement aussi rouge que le sang qui affluait à toute vitesse dans ses veines, faisant cogner son cœur contre les parois de sa cage thoracique. Il allait mourir. Il voulait mourir. Pendant un instant, un bref instant, quelques millièmes de secondes, Hanamiya s'était senti bien. Comme à sa place. Et ça, aussi intelligent soit-il, jamais il ne l'admettra.

Jamais il ne dira qu'avoir été dans les bras d'Imayoshi Shoichi l'avait réjoui comme une de ces jeunes filles à la cervelle de moineau.

Les jours se succédèrent ensuite les uns aux les autres sans qu'aucune intempérie ne vienne déranger le merveilleux ciel bleu du couple d'Imayoshi et Kuchiki, bien qu'à vrai dire le brun n'en avait que faire de cette fille. Il devait d'autant plus se coltiner sa troupe d'amies plus bêtes les unes que les autres, et s'il avait été naturel et franc, il les aurait depuis bien longtemps envoyé balader. Méchamment, par-dessus le marché. Cependant, s'il agissait de la sorte il risquait de réduire tous ses efforts en fumée. En effet, son plan marchait à merveille ; surtout quant à vrai dire, il croisait avec Kuchiki le chemin d'Hanamiya qui se forçait à leur sourire et à se montrer aimable. Seulement, comme d'habitude il ne trompait pas ses yeux qui voyaient clairement la tristesse s'abattre sur ses épaules. Hanamiya souffrait, et ça par sa faute. Et Imayoshi s'en régalait.

Du moins, il pensait se régaler jusqu'à ce que Kuchiki n'ouvre de nouveau la bouche pour ne faire sortir que des âneries. Bon Dieu que cela changerait si ça avait été l'inverse, mais l'heure n'était pas à la rigolade. Avait-il bien entendu ?

« Pardon ?

— Tu te souviens de mon amie Sakine Inoue ? Tu sais, petite et blonde…

— Je m'en rappelle. Et que veut-elle au juste ? »

Aussitôt Kuchiki joignit ses deux mains et sembla l'implorer. Non, ça ne signalait vraiment rien de bon.

« Arrange lui un rendez-vous avec Hanamiya-chan, je t'en prie ! »

En effet, il avait bien entendu. Avec un rapide effort de mémoire, Imayoshi revit cette Sakine Inoue : plus petite que sa copine, de longs cheveux blonds qu'elle attachait souvent en une couette haute et qui participait au même club de jardinage que Kuchiki. Il lui avait déjà rapidement parlé. Elle était bête. Imayoshi remarqua néanmoins que son manque de réaction commençait à faire réagir Kuchiki, alors il lui sourit faussement tandis qu'ils mangeaient tous les deux.

Comme des amoureux, lui avait alors sorti cette idiote avant qu'ils ne s'installent.

« Et pourquoi n'irais-tu pas directement demander à Hanamiya, il te connaît maintenant.

— Si c'est toi qui lui demande, il acceptera plus facilement. Non ? »

Seulement, Imayoshi n'avait pas envie. Hanamiya lui appartenait. Cette pensée malsaine fit pourtant instantanément réagir Imayoshi qui se surprit lui-même par les mots qui surgirent dans son esprit. Hanamiya lui appartenait, et depuis quand ? Il est vrai qu'il s'amusait à le faire tourner en bourrique, à le manipuler, ainsi que le faire souffrir, mais cela ne faisait pas de lui sa chose. Les pensées d'Imayoshi allaient dans tous les sens et pourtant ce dernier compris ; son but premier était de briser Hanamiya, ainsi il concoctait diverses façons pour y parvenir, mais en revanche, de son côté, il s'enchaînait. A trop réfléchir pour blesser son kōhai, il s'attachait de plus en plus.

Un cercle vicieux dans lequel Imayoshi se retrouva plongé par ses propres bobines. C'était le serpent qui se mordait la queue.

Face à cette réalisation, Imayoshi sentit ses jambes faiblirent. Heureusement, il était assis.

« Imayoshi-kun ? S'inquiéta Kuchiki.

— Oui ?

— Ça te dérange de le faire ?

— Je le ferais, je le ferais… mais je ne promets rien. »

Aussitôt Kuchiki cria de joie avant de glousser, espérant que son plan fonctionne et que Hanamiya veuille bien avoir un rendez-vous avec son amie. Quand elle mettra celle-ci au courant, Kuchiki n'avait aucun mal à s'imaginer son expression. C'était de toute évidence très amusant de jouer les entremetteuses. Seulement, à son inverse Imayoshi ne s'en réjouissait pas. Il était même en train de prier pour qu'Hanamiya refuse la proposition. Et le fait de se savoir en train d'espérer, de prier intérieurement, le dégouta. Il était en train de se perdre, sans aucun doute.

Ainsi, le soir même Imayoshi attendit Hanamiya à la sortie de sa classe. Quand il put enfin faire face au principal intéressé, celui-ci fut surpris de voir le visage si sérieux de son senpai. Si sérieux qu'Hanamiya se demanda si quelque chose de grave n'était pas arrivé, que ce soit au club ou bien à Imayoshi lui-même. Côte à côte ils firent quelques pas en se racontant leur journée, une conversation somme toute banale. Puis Imayoshi s'arrêta tout juste après avoir dépassé les portes principales de leur établissement, se gratta la nuque avant de porter un regard semi-ouvert en direction d'Hanamiya qui s'était à son tour arrêté.

« Kuchiki m'envoie te faire une requête, à vrai dire, commença-t-il d'un ton moqueur.

— Que veut-elle ?

— Pas elle spécialement, plutôt une de ses amies.

— Vas-tu en venir au fait car il commence à se faire tard et je n'ai pas toute ma soirée, s'écria Hanamiya qui n'était décidément pas patient aujourd'hui.

— Toujours aussi patient, hein ! »

Comme d'habitude, par un geste qui était devenu anodin en vue du nombre de fois qu'il avait pu le faire, Imayoshi ébouriffa les cheveux d'Hanamiya qui envoya rapidement valser sa main par son bras. Le regard du plus jeune se fit rapidement assassin et il s'éloigna de lui. C'était ça ; Imayoshi ne voulait pas divulguer la demande de sa fichue copine et voir plutôt Hanamiya perdre patience et partir loin de lui. Il ne voulait rien dire. Malheureusement, Hanamiya attendit malgré son attitude et son expression furieuse. Il restait à ses côtés.

Alors Imayoshi soupira, se disant qu'après tout il n'avait pas le choix et que de toute façon Hanamiya pouvait tout à fait refuser. Après tout, son kōhai était intéressé par lui, non ? Alors pourquoi irait-il s'ennuyer auprès d'une fille stupide et inintéressante ? En pensant cela, Imayoshi se rassura lui-même et décida de passer outre ses émotions importunes.

« Une amie à elle, une certaine Sakine Inoue, est intéressée par toi. Tu lui as tapé dans l'œil ! Alors elle veut un rendez-vous avec toi, c'est ce que Kuchiki voulait que je te dise. Peut-être pas de cette façon, mais…

— A-attends ? Quoi ? »

Imayoshi riva son regard ouvert sur Hanamiya et put ainsi apercevoir certaines rougeurs s'emparer de ses joues. Pourquoi il rougissait au juste ? Imayoshi fronça des sourcils et sentit la colère monter petit à petit, le prenant par les entrailles. Etrangement, il n'avait même pas la force de charrier son cher kōhai avec son attitude.

« Quoi ? C'est la première fois qu'une fille s'intéresse à toi ? Demanda-t-il peut-être un peu trop sèchement.

— Non, c'est que… je ne pensais pas que tu venais me voir pour ça. C'est que… bah ouais putain ! C'est la première fois. »

Hanamiya prit aussitôt son front en main et sembla réfléchir à toute allure. Pourquoi se mettait-il dans un état pareil si en réalité il était intéressé par lui ? Il se serait alors trompé ? Non, ce n'était pas possible. Dans ce cas-là, jamais Hanamiya n'aurait eu l'air si triste en le voyant aux côtés de sa copine. Cela ne pouvait pas être que de la simple admiration ou du respect. Ça ne pouvait aller qu'au-delà.

« Tu veux que je t'arrange un rendez-vous avec elle, alors ? »

Imayoshi se détourna d'Hanamiya et avança de quelques pas pour s'éloigner de lui-même du plus jeune. Il était agacé, mais aussi vexé. Au fond de lui, il ressentit l'envie de crier, d'insulter Hanamiya et Kuchiki, et d'étrangler cette fichue Inoue. Imayoshi se força ensuite à ne pas se retourner, à ne pas voir l'expression d'Hanamiya qui derrière lui observait son dos.

« Pourquoi pas. Ça peut être intéressant. »

Touché. Imayoshi sentit clairement son cœur se contracter. A l'intérieur des poches de son pantalon, il serra ses poings. Le plus vieux fit aussi un effort incommensurable pour ne pas se retourner, pour éviter de croiser le regard d'Hanamiya et que ce dernier découvre ses véritables sentiments. Pour la première fois depuis leur rencontre, Imayoshi ne désirait pas sonder du regard les véritables intentions d'Hanamiya ; et découvrir si oui ou non, ce dernier le faisait exprès pour le blesser en retour.

Alors Imayoshi se remit à avancer, et émit de la sorte une certaine distance entre lui et Hanamiya qui n'avait pas bougé.

« D'accord. Je te tiens au courant alors. Bye. »

De simples mots, de courtes phrases, qui furent rapidement balayés par le vent de cette fin de journée. Imayoshi disparut en tournant à droite du portail, sans jeter un dernier coup d'œil en arrière. Il y laissa ainsi seul Hanamiya qui paraissait ailleurs, ici et là au même moment. Son cœur était lourd, trop lourd, et il en avait assez.

Il savait mieux que quiconque que ses sentiments ne seraient jamais réciproques.