Les températures avaient chuté de manière inattendue, ces dernières semaines à Londres. Les météorologistes Moldus prévoyaient même plusieurs épisodes neigeux importants avant la fin de l'année. Sauf qu'on était à Londres et que personne n'y avait vu tomber de neige non fondue depuis plusieurs décennies. La faute au réchauffement climatique et à la pollution selon les Moldus, celle de la prolifération des dragons dans le Nord de l'Écosse pour la communauté magique.
2017 avait été une année bien remplie en Grande-Bretagne, tant dans le monde sorcier que chez les Moldus : la reine d'Angleterre avait abdiqué et cédé sa place à son fils à la surprise générale, le Bureau des Aurors poursuivait sa réforme pour la plus grande fierté du Ministère de la Magie, un nouveau tournoi de Quidditch avait vu le jour et une nouvelle école de magie s'était ouverte sur le continent nord-américain. Et puis il y avait eu l'affaire Gringotts.
En début d'année, un des clients de la banque – dont elle avait souhaité taire le nom – était subitement décédé, après un voyage en Lettonie à la recherche d'un groupe de géants. Personne ne savait très bien ce qui était arrivé au pauvre homme, mais une chose était certaine : il n'avait pas de descendant. Gringotts devait donc ouvrir son coffre afin d'en remettre le contenu au Ministère de la Magie ou à qui de droit. Le gobelin qui avait ouvert le coffre s'était dit très surpris, selon la Gazette du Sorcier, de n'y trouver que quelques maigres économies et une liste de noms et de lieux. Le Ministère avait remué ciel et terre avant de comprendre la teneur de ce parchemin long de plusieurs mètres. Il s'agissait des lieux où retrouver un certain nombre de prophéties disséminées un peu partout dans le monde et perdues au fil des ans.
Depuis mars 2017, les Langues-de-plomb du Département des Mystères s'étaient donc afférés à retrouver l'intégralité des prophéties inscrite sur le parchemin de « l'homme du coffre », comme ils avaient l'habitude de le surnommer. Parmi eux, Ginevra Potter avait écopé de la zone des Balkans et de toute la Russie. Un périmètre large qu'elle avait traversé plusieurs fois déjà durant l'année à la recherche des précieux globes. Sa dernière expédition avait été épuisante : durant six jours, elle avait traversé successivement l'Estonie, la Russie, avait fait un crochet par la Lituanie avant de revenir à Moscou, le tout en balai, compte-tenu de l'interdiction de transplaner qui pesait depuis plusieurs mois sur les fonctionnaires du Ministère en visite non officielle à l'étranger afin de garantir leur sécurité et leur anonymat. Elle avait d'ailleurs encore du mal à se réchauffer, les températures dans les Balkans, au mois de novembre, étant bien moins clémentes qu'en Grande-Bretagne.
Tout en se remémorant sa semaine, Ginevra se dirigea vers la cheminée de son appartement Londonien. Elle attrapa une poignée de la poudre grise dans le joli bol de terre reposant près de l'âtre. Elle se plaça au centre de la cheminée, et alors qu'elle s'exclamait, d'une voix déterminée, « Ministère de la Magie », elle aperçut, sous la table du salon, le balai de Quidditch que son mari n'avait toujours pas rangé.
Ginevra, par manque de concentration – « À cause de ce satané balai ! », pensa-t-elle – mit un peu plus longtemps que d'habitude pour arriver dans une des cheminées du Ministère de la Magie. Comme elle avait dû utiliser la voie des airs, elle n'était rentrée à Londres qu'en début d'après-midi. L'atrium était donc relativement calme. Ginevra passa devant le comptoir d'accueil distraitement et se dirigea vers un des ascenseurs. En appuyant sur le bouton d'appel, elle jeta un œil à sa montre, qui indiquait toujours l'heure de Greenwich. Il était bientôt cinq heures. Si elle voulait éviter l'heure de pointe, et donc une attente interminable devant les cheminées pour repartir, elle devait se dépêcher. Elle monta donc dans l'ascenseur qui venait se s'arrêter à son niveau.
Tout en se dirigeant vers les entrailles du Ministère, Ginevra se remémora sa semaine éprouvante en baillant. Elle sursauta alors que l'ascenseur s'arrêtait à un étage intermédiaire, qu'elle ne prit pas la peine d'identifier, pour laisser entrer un essaim de notes de service. L'une d'entre elle voletait si vite qu'elle s'écrasa violemment contre la paroi de l'ascenseur avant de se remettre à tournoyer furieusement. Ginevra aperçu le nom de Kingsley Shacklebolt sur un des plis de la note. Elle sourit en imaginant Timothy Follett, l'assistant maladroit du Ministre, essayant de filtrer les missives agressives adressées à son supérieur. La dernière fois qu'elle avait dû se rentre à son étage, il l'avait bousculé en essayant vainement d'attraper une Beuglante qui refusait de s'ouvrir à quiconque autre que le Ministre en personne. C'était un jeune homme charmant mais il était si peu sûr de lui qu'on ne pouvait s'empêcher de ressentir un peu de pitié à son égard.
L'ascenseur s'arrêta de nouveau et laissa cette fois sortir quelques notes. Une femme grande et élégante qui traversait le couloir accompagnée de plusieurs de ses collègues s'immobilisa en apercevant Ginevra. Elle s'élança vers l'ascenseur s'y engouffra juste avant que ses portes ne se referment. Ginevra pouffa de rire alors que son amie reprenait son souffle.
- Ginny ! Je ne savais pas que tu rentrais aujourd'hui ! Tu ne devineras jamais tout ce que tu as manqué, s'exclama la jolie brune d'un ton un peu trop enjoué pour être vrai. Comment était la Russie ?
- Bonjour Hermione, moi aussi je vais bien, et pour répondre à ta question… Froide... La Russie était froide.
- Pas besoin d'être sarcastique ! Excuse-moi, comment vas-tu ? répondit Hermione en rougissant quelque peu.
- Eh bien, j'avoue avoir encore un peu de mal à me réchauffer. C'est tellement froid, la Russie, à cette époque de l'année. Et puis je suis épuisé. J'ai très peu dormi cette semaine et beaucoup, beaucoup, beaucoup trop volé.
- Heureusement, c'est déjà le week-end. Toujours partante pour une virée shopping demain ?
Hermione avait déjà demandé à Ginevra de l'accompagner plusieurs fois durant le mois dernier. Et Ginevra avait déjà dû refuser plusieurs fois…Toutes les fois, en fait. Souvent sans excuse valable. Mais cette fois-ci, elle était réellement épuisée.
- Je suis désolée, je sais que j'ai déjà dû reporter plusieurs fois, mais je pense que j'ai besoin de récupérer. Pourquoi ne demandes-tu pas à Ronald de t'accompagner ?
- Hum, eh bien, hésita Hermione, euh… Oui… Je… Je pourrais lui proposer. Mais tu sais… Il… Enfin bon. Oui. Je vais faire ça.
- Euh… Tout va bien ? Je veux dire entre Ronald et toi, s'inquiéta Ginny.
- Oh ! Euh ! Oui ! Oui oui, ça va. C'est juste que… Tu sais… Il est très occupé par le magasin.
Ginny sentit la gêne Hermione. Elle se promit d'en toucher deux mots à Ron la prochaine fois qu'elle verrait. D'ailleurs, elle se dit qu'elle devrait passer chez « Farces Pour Sorciers Facétieux » en sortant du Ministère. Depuis trois ans, Ron était devenu copropriétaire de la boutique de Georges. Il avait quitté les Aurors suite à la disparition d'un de ses collègues et souffrait du syndrome de stress post-traumatique. Suite à cet événement, de nombreux souvenirs avaient refait surface : la dernière bataille de Poudlard, les décès de Fred, Lupin et Tonks. Ron, auparavant si enjoué, avait à présent beaucoup de difficultés à gérer son anxiété. Il était d'ailleurs passé par des phases agressives auxquelles seule Hermione savait remédier.
L'ascenseur s'arrêta au niveau -9, en chantonnant « Département des Mystères », juste à temps pour que le silence qui l'avait empli ne devienne pas trop lourd.
C'est ici que je descends, dit Ginevra en s'extirpant de la cabine. Encore désolée pour cette virée shopping, sourit-elle alors que les portes se refermaient en emportant une Hermione dorénavant silencieuse un peu plus loin dans les profondeurs du Ministère.
Après qu'elle fût entrée dans la salle aux douze portes, les murs se mirent à tournoyer comme à leur habitude. Ginny, certainement à cause de la fatigue, fut un peu étourdie par le mouvement de l'enceinte. Quand celle-ci eut arrêté sa rotation, Ginny se dirigea vers la porte menant à la Salle du Futur.
Ginevra fut prise d'un frisson en entrant dans la salle. Il faisait sombre et sa vision mit quelques secondes à s'ajuster à la faible luminosité. Ginny se rendit alors compte qu'elle se trouvait dans la Salle de la Mort, et non pas du Futur. La grande rousse se retourna pour revenir sur ses pas. Cependant, alors qu'elle tendait la main vers la poignée de la porte menant à la sortie, il entendit une sorte de chuchotement très bas, presque inaudible. Elle se retourna, observa attentivement la salle, d'un regard circulaire, de gauche à droite, mais ne vit rien. Elle poussa un petit soupir de déception. Cela faisait des mois, peut-être même des années, qu'elle n'était pas entrée dans cette salle. Mais elle savait que rien, ni personne, ne s'y trouvait. Jamais. Seul l'arche en son centre, et son voile vacillant, y trônaient pour l'éternité.
Mais le chuchotement se fit entendre nouveau. À peine plus audible, mais Ginny était à présent sûre d'elle. Pire, elle était sûre que le chuchotement s'adressait à elle.
- Ginny ! Ginny ! appelait-il.
Ginevra regarda à nouveau autour d'elle. Toujours rien. Elle sortit alors sa baguette.
- Lumos ! s'exclama-t-elle.
La pointe de sa baguette s'illumina et éclaira la salle d'une lueur froide. Ginny descendit les gradins et s'approcha doucement de l'arche. Elle était comme attirée par les oscillations du voile. Comme la première fois qu'elle était entrée dans cette salle, elle s'étonna de ce mouvement. Il n'y avait pas de vent, pas un brin de souffle qui aurait pu justifier de la mobilité de l'étoffe.
À mesure que Ginevra approchait de l'arche, les chuchotements s'intensifiaient. Si bien qu'elle commença en distinguer plusieurs. Elle accéléra son allure. Elle courait presque lorsqu'elle atteint la dernière marche sur laquelle elle trébucha.
Le temps sembla s'arrêter et Ginny sentit son sang se glacer en comprenant ce qui allait se passer. Les visages de son mari, ses enfants, de ses frères, ses parents, de certains de ses amis, lui apparurent pendant une fraction de seconde. Personne ne saurait jamais ce qui lui était arrivé.
Alors qu'elle sentait la maîtrise de son corps lui échapper, elle lâcha sa baguette. Elle l'entendit heurter le sol dans un petit bruit sec. Peut-être était-ce une erreur, peut-être en aurait-elle besoin de l'autre côté du voile. Mais au moins ils sauraient. Et elle devait compter là-dessus si elle voulait jamais revoir le visage de ses enfants.
Le sorcier brun, baguette levée, s'écrasa lourdement sur le sol froid de la Salle de la Mort. Heureusement que le sortilège de mort, lancé par sa si charmante cousine, ne l'avait pas atteint. La chute lui coupa le souffle quelques instants et des étoiles dansèrent devant ses pupilles. Il devait se relever. Il n'y avait pas une minute à perdre. Chaque seconde passée au sol était une de plus durant laquelle ses compagnons risquaient leurs propres vies.
Tu ne te débarrasseras pas si facilement de moi, Bella ! s'exclama le grand brun en se remettant debout.
C'est à ce moment qu'il s'aperçut que quelque chose avait changé autour de lui. Avant même de se rendre compte que la salle était totalement vide, c'est l'écho de sa propre voix qui le fit frissonner. Où étaient passés les autres ? Pourquoi lui était-il toujours là, seul ? Il n'avait pourtant pas l'impression d'avoir perdu connaissance. Afin de ne pas risquer de se faire surprendre, l'homme lança un charme du bouclier, puis s'élança vers la sortie, bien décidé à démêler cette affaire, et à en découdre si nécessaire.
