LA PRINCESSE DES TUNNELS
Au-dessus d'elle, un néon clignotait faiblement, peinant à éclairer totalement la portion de couloir où elle s'était installée. La tête coincée entre les genoux, elle ne pouvait distinguer que l'éclat blafard sur le sol gris qui apparaissait et disparaissait.
Du peu qu'elle se souvienne, Sahane avait toujours connu ces longs couloirs aux murs lisses et métalliques. Un étranger pourrait se perdre en quelques secondes dans le dédale souterrain, mais elle en connaissait tous les recoins. Elle y avait grandit et avait mémorisé toutes les irrégularités, les défauts et les maigres décorations de ces murs. Ils avaient finit par devenir sa maison et elle s'y sentait en sécurité plus que partout ailleurs. Aujourd'hui, les murs reflétaient juste un immense vide.
Son mentor était mort. Et elle savait très bien qui l'avait tué. Les même personnes qui, quinze ans auparavant, avaient emportés son père. Il riait quand il était partit les affronter, elle s'en souvenait. A l'époque, on l'avait protégée en l'emportant ici, sous terre, avec ce qu'il restait de l'armée humaine. Maintenant, on ne pouvait plus creuser plus loin pour se cacher, alors elle se contentait de se rouler en boule, blotti contre les murs froids de sa maison. Les bras croisés autour des genoux et la tête cachée entre eux.
Elle voulait qu'on la laisse tranquille. Que personne ne vienne lui parler. Pas les autres élèves, qui ne comprendraient pas. Encore moins les militaires, qui étaient responsables. Et surtout pas le général, qui avait eu l'idée d'envoyer Yamcha là-haut. Oh bien sûr, c'était nécessaire, cela faisait partie du "plan", il fallait le faire. C'était nécessaire. Le général disait toujours ça et ses pions mourraient toujours. Cette fois, c'était son maître qui en avait fait les frais. L'homme qui l'avait recueilli, qui lui avait tout appris.
Yamcha n'avait même pas évoqué la possibilité de son non-retour quand il était parti. Il leur avait donné à tous les instructions pour s'entraîner en son absence, il avait placé les autres sous la responsabilité de Sahane mais il n'avait rien fait d'autres. Elle aurait voulut qu'il lui en parle, qu'il lui dise ce qu'elle devait faire lorsqu'il ne serait plus là, mais il ne parlait jamais de cela. Une seule fois, il avait évoqué une telle chose et elle s'en souvenait comme si c'était hier. Deux ans plus tôt, lorsqu'il lui avait dit qu'elle le dépassait enfin, il lui avait dit qu'elle devrait continuer l'entraînement s'il devait disparaître, et qu'elle irait affronter Piccolo. Il plaisantait, c'était ce qu'elle avait pensé à l'époque.
Aujourd'hui, elle en venait à douter. L'avait-elle vraiment dépassé comme il le prétendait ? Bien sûr, elle avait passé toute son enfance à s'entraîner et très vite elle était devenue la plus forte du groupe, celle sur laquelle Yamcha s'était focalisé pour l'entraîner encore plus dur. De là à dire qu'elle était devenue plus forte que l'un des derniers disciples de Kame Sennin, il y avait un pas qu'elle n'était pas prête à franchir. Devait-elle vraiment continuer seule maintenant ? Elle n'avait que dix-neuf ans, elle n'était pas prête à affronter Piccolo, ou n'importe lequel de ses sbires, sans être mieux préparée. Avait-elle seulement le choix ?
« Ah, tu es là, princesse. »
La voix la fit relever la tête. Elle savait pourquoi on venait la voir et elle n'avait qu'une envie : les envoyer voir ailleurs, qu'ils la laissent tranquille encore quelques minutes, ou quelques heures. Mais ce fut Pietro qu'elle découvrit dans le coin du couloir. Malgré l'heure grave, ses cheveux blonds en bataille et ses yeux bleu brillants lui donnaient toujours cet aspect rieur. Il tenait sa casquette dans la main droite et refusait toujours de la porter sur la tête pour compléter son uniforme. De tout ceux qui pouvaient venir la voir, il avait fallut que ce soit lui. Le seul sur lequel elle ne pouvait pas crier ou s'énerver. Il se gratta la joue où proliférait une barbe blonde mal rasée.
« Le général peut te recevoir tout de suite, si tu veux. »
Bien sûr que non, elle ne voulait pas. Être observée par ces yeux gris-verts inquisiteurs et entendre cette petite voix malsaine lui parler était la dernière chose dont elle avait envie à ce moment. Elle voulut se lever et le hurler à la tête de Pietro, mais lorsqu'elle se mit debout, rien ne sortit de sa bouche. Il était déjà sur elle et l'entourait de ses gros bras musclés.
« Je suis désolée pour ce qui est arrivé, princesse. »
Elle voulut l'insulter, lui dire de ne pas l'appeler princesse, lui dire tant de chose. Elle ne réussit qu'à laisser sa tête tomber sur son épaule. Sahane ne pouvait pas lui en vouloir à lui, elle le connaissait depuis trop longtemps, depuis qu'il avait été assigné à la surveillance des gamins qu'ils étaient à l'époque. Elle s'en souvenait encore, la même tignasse blonde, la même casquette jamais posée sur la tête, mais des bras plus petits que ça et un ton moins grave. Il avait changé à mesure que le grade sur son uniforme évoluait, mais il restait leur Pietro et aucun des élèves de Yamcha ne pouvait lui dire quoi que ce soit.
« Ça va aller, princesse. Tu verras. » dit-il, à voix basse.
C'était lui qui, le premier, avait eu l'idée de l'appeler princesse, parce qu'il connaissait son père de réputation. Pourtant son père n'avait jamais été roi, ou noble d'ailleurs, mais c'était le surnom qu'on lui donnait sur les rings. Quand il riait si fort et que les poings de ses adversaires ne rencontraient que le vide. Il était un vrai roi des arts martiaux, lui avait dit Pietro un jour, c'est normal que tu en sois devenu une princesse.
Elle se détacha de lui à contrecœur et passa ses deux mains dans ses longs cheveux noirs pour y refaire sa queue de cheval. Inutile de se présenter devant le général avec une coiffure non réglementaire, elle n'était pas encore aussi irrespectueuse que son ami.
« Je ne vais pas le faire attendre alors.
-Tu n'es pas obligée d'y aller tout de suite. »
Non, il avait raison, mais elle voulait en finir au plus vite avec cette histoire. La jeune femme le contourna en silence et prit le chemin du bureau d'Archibald.
Toutes les salles de la base étaient dépourvues de lumière extérieure et le bureau du général ne faisait pas exception à la règle. Seule une lampe suspendue au plafond permettait de discerner les contours de la pièce. A l'image du vieil homme, le bureau était sobre et – aux yeux de Sahana – presque vide. Quelques papiers étaient soigneusement rangées dans des serviettes de cuir, un vieil ordinateur trônait éteint aux côtés d'une radio qui semblait sortir d'un musée d'antiquité. La seule touche de décoration était un cadre dans lequel on pouvait distinguer une photo présentant une belle femme aux yeux rieurs entourés de deux garçons qui se chamaillait. Personne ne les avait jamais vu alors Sahane avait finit par douter de la véracité de cette photo, mais bien sûr jamais elle ne poserait la question.
Posé derrière son bureau, l'officier la fixait de son regard vert-gris qu'elle détestait tant. Ses petits yeux perdus au milieu du visage tanné par le temps, elle les trouvait toujours trop inquisiteur, même quand le général ne la regardait pas vraiment, comme aujourd'hui. Archibald parlait dans sa radio, sans paraître se soucier de la présence de la jeune femme. On lui avait pourtant assuré qu'il était libre mais il avait reçu un appel en urgence le temps qu'elle rejoigne son bureau.
« Oui, prononçait-il dans un genre de murmure. Ce n'est pas une très grosse perte, vous êtes sûrs ? »
Sahane en profitait pour le détailler du regard, une fois de plus. Archibald avait beau être vieux, il était encore bâti comme un soldat, avec des épaules larges et puissantes, qui remplissaient un uniforme lissé à la perfection. Il se tenait toujours droit sur sa chaise, même quand il répondait ainsi avec une sorte de nonchalance. Son visage était tanné par les années et la jeune femme se trouvait toujours fascinée par les plis de son crâne chauve : on disait qu'il l'avait rasé intégralement dès qu'il avait commencé à perdre ses cheveux. Il conservait cependant une grosse moustache blanche, taillée en pointes.
« Écoutez, si les Cuivres veulent l'avoir, grand bien leur fasse. Du moment qu'ils ne mettent pas en périls nos plans. »
Sahane releva les yeux mais il était déjà en train de raccrocher. Les nouvelles du Sud étaient rares et elle était toujours curieuse de ce qui pouvait bien se passer là-bas. Archibald fit pivoter sa chaise pour lui faire face et elle n'osa pas poser de question, c'était déjà étonnant qu'il autorise à ce qu'elle entende tout cela.
« Tout va bien, Sahane ? Entama-t-il d'une voix si basse qu'elle dû se pencher pour l'entendre. Je tiens à te renouveler mes condoléances pour Yamcha, tu sais que nous souffrons tous de sa disparition. »
Pourtant ce n'était pas de la peine qu'elle percevait dans les minuscules pupilles qui se posaient sur elle, simplement le même calme qui l'agitait toujours. Elle n'avait jamais vu le général énervé, pas même quand elle avait refusé d'aller à l'entraînement et qu'elle lui avait crié dessus quand elle avait onze ans. Il se contentait de murmurer ses ordres et ses réprimandes, et obligeait ainsi ses subordonnés à se taire et à se pencher pour l'écouter.
« Je vous remercie, général. »
Il opina de la tête et la regarda un instant, comme cherchant à percer ses yeux pour comprendre ce qui se passait dans son crâne. L'instant passa, et il se pencha pour sortir quelque chose d'un tiroir. Lorsqu'il le déposa devant elle, Sahane avait déjà compris de quoi il s'agissait. C'était un long tube de bois, enveloppé dans une protection de cuir, doté d'un harnachement qui devait permettre de le porter dans le dos. C'était l'objet pour lequel son maître était mort, elle en prononça le nom du bout des lèvres, comme s'il brûlait.
« Le bâton magique...
-Yamcha a réussi à le récupérer comme nous le pensions. Tu comprends comme sa mission était importante. »
Elle brûlait de lui hurler que non, qu'elle ne voyait pas en quoi un bout de bois, aussi magique fût-il, pouvait compenser la perte d'un des hommes les plus fort et expérimenté de la résistance. Mais Yamcha lui avait expliqué lui-même, il lui avait détaillé les avantages conférés par cet arme à celui qui savait la manier. Si son maître était persuadé de l'utilité de cette relique, alors elle ne pouvait pas vraiment contredire le général.
« Il faut maintenant que nous en fassions bonne usage. Nous avons pensé à te le confier directement mais... »
Il n'avait pas besoin de finir. Sahane savait qu'elle n'était pas la plus prometteuse du programme, malgré tous les efforts de Yamcha. On prétendait qu'au Nord s'entraînait l'homme le plus prometteur de l'espèce humaine, et les rapports venus de l'Est était tout aussi encourageant. En comparaison, la jeune femme ne valait pas grand chose et on n'allait pas gâcher une telle arme pour elle.
« Vous allez l'envoyer au Nord, suggéra-t-elle.
-Exact. »
Elle fut surprise qu'il réponde de façon aussi catégorique. Le général était réputé pour son extrême paranoïa et il contrôlait soigneusement les informations qui circulaient au sein de la base – mais pas toujours avec succès. S'il permettait qu'elle soit au courant pour la destination du bâton, cela voulait forcément dire que...
« Je vais avoir besoin de toi pour cela. Je dois le faire escorter et autant qu'il soit entre les mains de quelqu'un qui saura le manier. »
Elle comprenait à présent pourquoi elle avait été convoqué, cela n'avait rien à voir avec la mort de son maître. Archibald avait simplement besoin d'un nouveau pion pour la suite de son plan et comme leur maître en arts martiaux n'était plus là, il se rabattait sur ce qu'il y avait de moins pire dans la base. Elle se retint de se lever pour l'insulter. Ne pouvait-il pas, ne serait-ce que quelques minutes, prétendre qu'il était réellement touché par ce qui arrivait ? Elle n'avait jamais supporté ses manières de faire, ce calme sempiternel, cette douceur feinte dans la voix qui n'était que de la nonchalance. Il ne semblait jamais se soucier de rien sinon de ses plans méticuleux et de la façon dont il allait les mener à terme, peu importait les vies sacrifiées pour cela.
Elle voulait prendre le bâton et lui ordonne de grossir pour s'en servir d'un gourdin sur ce sale crâne chauve, mais elle s'entendit prononcer à la place.
« Je m'en occuperai. Je ne serais pas seule je suppose ? Où allons-nous ? Et quand ? »
Archibald ne se fendit même pas d'un sourire, il repoussa simplement l'étui contenant le bâton vers elle et se pencha de nouveau pour déballer une grande carte de papier. Il appartenait à ces vieux de la vieille qui continuait d'utiliser ces cartes alors même que tous les autres officiers plus jeunes travaillaient sur des écrans. Cette carte en particulier était élimée sur les bords et avaient été pliée tant et tant de fois qu'elle commençait à s'ouvrir au niveau des plis. Elle était cependant très soignée et détaillée. Les régions étaient soigneusement annotés et délimités, ainsi que les différentes sections. Une chose avait été rajoutée au gros crayon rouge : des croix sinistres barraient totalement certaines sections. 15 en tout. Les 15 qui avaient été sélectionnées par Piccolo Daïmao chaque année pour la destruction, comme il l'avait promis le jour où il avait pris le pouvoir.
« Je ne peux pas te donner la localisation exacte de votre rencontre avec les forces du Nord mais vous emprunterez cette route d'abord dans la zone 22, puis vous longerez la 23 à la frontière avec la 24. Ensuite, direction plein Nord. Je ne peux pas t'en dire plus immédiatement mais tu interrogeras sûrement le chef d'expédition pendant le voyage, c'est Pietro qui commandera l'escouade. »
Elle suivit attentivement le début du chemin, tracé par le doigt du général sur la vieille carte, mais releva vivement les yeux à l'évocation de Pietro. Elle ne savait pas trop s'il avait choisi exprès ou s'il avait simplement prit l'homme le plus compétent à disposition, mais elle lui en était reconnaissante. Sahane commençait à prendre conscience qu'elle allait quitter son chez elle – aussi sombre et froid soit-il. Elle appréciait d'emporter un bout de chez elle dans son voyage.
Puis, elle nota qu'il n'avait pas répondu à la troisième question.
« Et quand allons-nous...
-Demain à l'aube. Piccolo va choisir sa prochaine section dans l'après-midi, il faut que vous soyez en marche à ce moment-là, nous vous contacterons quand elle sera choisie et vous pourrez ainsi bifurquer si c'est sur votre chemin. Vous voyagerez habillés en civils et ne vous ferez remarquer sous aucun prétexte. »
Dans le ton définitif et pressé du général, elle sentit qu'elle n'en tirerait rien de plus. Il avait sans doute un nouvel appel à prendre et n'avait plus de temps à consacrer à un pion comme elle. Sahane inclina poliment la tête et amorça le geste de se relever.
« Bien général, je vais préparer mes affaires.
-Une dernière chose, l'interrompit-il. Sahane... quelqu'un d'autre tenait à vous accompagnez. Ce n'est pas de mon ressort de lui refuser alors discutez avec lui. Il vous attends dehors. »
La princesse des tunnels fronça les sourcils mais ne fit pas de commentaire. Elle fit une sorte de salut militaire et ressortit à grands pas.
« Le bâton ! »
Elle se retourna juste à temps pour rattraper le bâton magique d'une main, les joues rougies par la honte d'avoir oublié l'objet. Archibald ne prit même pas la peine de l'engueuler, il replongeait déjà les yeux sur ses notes. Elle ouvrit la porte sans rien dire.
Dehors l'attendait un petit chat, au pelage blanc et gris tirant sur le bleu, il avait ceci de particulier qu'il flottait dans les airs et dardait ses prunelles noires sur elle.
« Plume ! »
Sahane se jeta sur lui et l'enserra avant qu'il n'ait le temps de dire un mot. Le compagnon de Yamcha lui rendit ce câlin en enfouissant son museau contre elle. Ils ne dirent pendant une minute. Les deux ne s'étaient plus revus depuis qu'on leur avait annoncé la mort du maître de la jeune femme et du plus fidèle ami du chat. Ils partageaient la même peine, mais Sahane ne voulait pas l'évoquer à voix haute. Elle ne l'avait que trop sentie ces dernières heures.
« Cela risque d'être dangereux, tu sais ?
-Yamcha n'aurait pas voulu que je t'abandonne, décréta simplement le chat. »
Elle n'eut pas la force de le contredire.
Ils étaient six en tout dans la voiture. À l'arrière, Pietro se tenait à sa droite et Kino à sa gauche, Plume était installé sur ses genoux. À l'avant, Lapias occupait la place du passager et Oto le volant. Sahane aimait bien cette équipe, elle les connaissait tous très bien, sauf peut-être Oto qui venait d'être réassigné à leur unité. Tous l'avaient salués respect et gentillesse pendant qu'ils rangeaient leurs affaires dans les trois capsules qu'on leur avait laissé. La voiture était un modèle flottant, devenu rares depuis l'accession au pouvoir de Piccolo Daïmao, mais très utile pour se déplacer en silence et rapidement.
Le début du voyage avait eu lieu sous-terre et bien qu'elle s'était promise de se comporter comme un soldat modèle, la monotonie des murs gris et des néons clignotants avait fini par lui faire fermer les yeux quelques secondes.
Quand elle se réveilla, la lumière du jour lui brûla les yeux, c'était Oto qui occupait la place passager et Lapias qui conduisait. Ils étaient sortis. Sahane se redressa sur son siège en secouant sans le vouloir le pauvre Plume qui devait dormir aussi. Elle s'attendait à des prairies luxuriantes et un soleil étincelant. Pourtant elle était déjà sorti, mais cette fois-ci était différente, elle le sentait dans ses tripes. Elle quittait vraiment la base. Elle n'en avait pas dormi de la nuit.
Ils traversaient une bête forêt, dont les frondaisons empêchaient la lumière d'atteindre pleinement la voiture. Les arbres n'étaient même pas beaux et grands, ils étaient tordus et brisés, les feuilles d'un vert pâle et froid.
« Réveillée, princesse ? Demanda Lapias, sans se détourner du volant. »
Sahane se fendit d'un sourire dans le rétroviseur, qui fit rire la jeune blonde. Lapias portait les cheveux détachés comprit-elle soudain, c'était la première fois qu'elle la voyait ainsi. C'était sans doute un moyen de paraître encore plus « civil ».
La princesse jeta un regard dans le rétroviseur. Elle n'avait aucun mal à passer pour une civile dans ses vêtements sales et mal assortis, elle n'avait jamais été faite pour l'uniforme. En revanche, ils risquaient d'avoir du mal à se faire passer pour une famille, songea-t-elle. Lapias et Pietro avaient des cheveux d'un blond si clair qu'il en était éblouissant au soleil, et ceux des deux autres n'étaient pas bien sombres, alors que les siens étaient d'un noir de jais. Elle avait aussi la peau plus sombre que les quatre soldats et tout ça sans parler des yeux.
« Prête à rencontrer la Reine des Glaces, princesse, demanda Oto. »
Le sourire fut général mais Lapias reprit son coéquipier presque instantanément.
« T'es con, Oto. Elle l'a déjà vu. »
Si Sahane avait encore un doute sur la concernée, elle comprit alors. L'instructrice du Nord n'était pas réputée pour être très agréable et chaleureuse, mais on ne pouvait guère le lui reprocher. Sahane l'avait en effet rencontrée – elle et son plus brillant élève – il y a de cela quelques années et le souvenir était encore frais. Elle préférait cependant le Nord à l'Est, dont elle n'avait jamais rencontré l'instructeur mais connaissait très bien le gouverneur. L'Est étant une région très riche et peuplé, Piccolo en avait confié la responsabilité à son fils le plus puissant : Clavecin, qui avait fait des ravages dans les rangs rebelles quatorze ans plus tôt.
« La Reine des Glaces, c'est comme ça que vous l'appelez chez vous Oto ? Reprit Pietro.
-Pourquoi, vous avez un autre surnom vous ?
-Bah ouais, la Reine des Cendres. »
Un fou rire secoua la voiture flottante, à l'exception de Kino qui affichait toujours un air sombre.
« Les gars, sans déconner...
-Oh ça va Kino, elle est pas là pour nous entendre, le calma Pietro avec son sourire perpétuel. Et puis je l'adore cette femme. C'est juste que je préfère la voir de dos que de face. »
Cette fois-ci, la plaisanterie réussi à arracher un sourire au jeune homme à sa gauche, et la voiture fut de nouveau emplie de rire.
Le bruit de l'explosion commença par emplir l'espace et écraser les rires joyeux par sa puissance. Puis la chaleur fit rougir les portes gauches et le vitres explosèrent brutalement sous le coup du souffle. Enfin, les flammes envahirent l'espace devant Sahane et le monde autour d'elle devint rouge.
