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Chapitre 3 :
POV de Conny :
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_Je rêve… souffle Jean avec une incompréhension flagrante.
Peut-être bien, avais-je envie de répondre. Après tout, cette situation me parait impensable. La jeune fille que j'ai rencontrée il y a une heure de cela, venait d'affronter le caporal Livaï, pour ensuite se jeter dans les bras du major Erwin. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
Indécis, je fixe pendant quelques secondes cette mystérieuse inconnue. Elle est indéniablement jolie, avouons-le. Petite, je pouvais néanmoins remarquer les courbes féminines de son corps à travers ses vêtements humides. Elle possédait par ailleurs ce teint clair légèrement rosé qui s'accorde à merveille à sa chevelure chocolat. Cette dernière était longue et ondulée, et encadrait son visage harmonieux. Mais ce qui demeurait le plus attrayant chez cette jeune inconnue, c'était sans nul doute cette paire d'yeux bleus.
Malheureusement, je peux en ce moment même y percevoir un éclat de peur. Cette fille dont j'ignore le nom semble terrifiée _ce que je peux comprendre outre mesure : Livaï est loin d'être un ange. Tien... C'est vrai que je ne l'ai même pas interrogé sur son identité, songeais-je, incrédule.
Encore plus déstabilisé, je jette un regard rapide aux différents membres du bataillon présent. Tout d'abord, mes amis : Eren, Mikasa, Armin, Jean et Sasha. A première vue, ils me semblent tout aussi largués que moi.
Puis, j'observe hâtivement mes trois supérieurs. Tout d'abords, Petra Ral, qui appartenant à la brigade des opérations spéciales. Malgré sa capuche qui cache une bonne partie de son visage et de sa chevelure rousse, je perçois sa surprise et sa confusion. En ce qui concerne la chercheuse et chef d'exploration Hansi Zoé, je remarque immédiatement sa stupéfaction : ses lèvres forment un ridicule O, tandis que ses yeux brillent d'un éclat curieux. Cette femme était vraiment étrange, pensais-je pour la énième fois.
Enfin, je tourne mon regard sur le caporal Livaï, mais reste déçu. Comme à l'accoutumé, le jeune homme préserve son visage indifférent et distant, de même que son légendaire froncement de sourcils. Pour dire vrai, son attitude imperturbable rend difficile de deviner le fil de ses pensées.
Quant au Major Erwin, hormis sa mine d'une gravité commune, je n'arrive pas non plus à ressortir grand-chose de sa personne. Il a passé un bras autour de sa protégée, sans pour autant lui accorder un regard. Enlacés, leur différence de taille n'en est que plus surprenante. Sa carrure large et musclée n'en ressort que d'avantage. Ses yeux bleus se font glacials.
Je peux comprendre en partit. Entre le capitaine Livaï qui manque de lui couper les jambes et notre petit groupe qui vient l'acculer contre le mur…
_Vous nous expliquez ? demande abruptement Hansi avec un enthousiasme flagrant.
Le silence s'impose de nouveau. Mais après quelques secondes pesantes, le blond souffle. Il regarde sa protégée qui enfouit son visage dans son torse, avant de relever la tête et de déclarer :
_Bon, je ne vois pas aucune raison de vous le cacher après tout, débute-t-il. Surtout vu le danger que certain pourrait représenter à son égard, ajoute-t-il en lançant un regard déstabilisant à son bras-droit.
Mais Livaï ne bronche pas. Il demeure impassible, attendant patiemment la suite.
_Je vous présente Estelle Sayrem, dix-sept ans, qui va rejoindre les rangs de notre bataillon d'exploration dans le cadre d'une restriction de mission.
Euh, quoi ? J'ai pas compris.
_Un soldat aux ordres de mission limités ? intervient Armin, sa vivacité d'esprit toujours constante. C'est bien cela ?
_Tout à fait, soldat. Estelle ne participera qu'aux missions et aux ordres que j'approuverai personnellement.
_Mais capitaine, intervient Hansi en replaçant ses lunettes sur le haut de son nez. Une nouvelle recrue ne doit-elle pas participer aux mêmes missions que les autres ? Elle a tout de même terminé sa formation donc…
_Non, la coupe le major Erwin. Estelle n'a jamais entamé les 3 années de Keith Shadis.
_Quoi ? s'écrit Eren avec stupeur. Mais vous avez vu aussi bien que moi sa maîtrise du matériel tridimensionnel. Elle a un certain niveau qui...
Livaï lance immédiatement un regard noir au jeune demi-titan. Il ne supporte pas le manque de respect envers son supérieur. Mais connaissant Eren, cela ne doit être que l'expression de sa surprise.
_Elle l'a apprise toute seule. Ou du moins, en grande partie.
_Comme le caporal Livaï alors ! se réjouit la jeune femme. Vient-elle également des bas-fonds de la capitale ?
En entendant ces mots, je me fige. Les bas-fonds de la capitale ? Les rumeurs circulant sur notre chef d'escouade seraient donc fondées ?
_Tu te trompes, objecte le commandant du bataillon d'exploration. Estelle est simplement ma fille.
…
QUOIIII ?
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ooooooooo
ooooooooo
POV Estelle :
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Je les hais tous, pensais-je amèrement tandis que je lasse ma nouvelle paire de bottes montantes.
En effet, après ces retrouvailles plutôt particulières, Erwin m'avait emmené au quartier général. Ce dernier ressemblait à une ruche imposante, où le bourdonnement des soldats présents se révélait incessant. Et forcément, mon malaise déjà grand n'en fut qu'amplifié. Tant de personnes, d'inconnus et de dangers en un même lieu...
Le remarquant, le major avait alors ordonné à ses hommes de regagner leur chambre et de me laisser en sa seule compagnie. A contre-cœur, ils lui obéirent. Puis sans dire plus de paroles qu'il ne le faut, le blondinet m'a escorté jusqu'à une petite chambre où je pourrais revêtir des vêtements propres et secs. Parce que oui, j'étais à la fois trempée par la pluie battante, mais également crasseuse suite à mon voyage de plusieurs jours. Et quels furent mes nouveaux habits ? Un uniforme neuf du bataillon d'exploration, voyons ! Et sans mentir, je dois avouer qu'il me va plutôt bien. Désormais convenable, je me pense prête à sortir de la petite pièce.
Cependant, au moment de franchir le pas de la porte, je me saisis de deux grosses mèches de cheveux qui tombaient de part et d'autre de mon visage, avant de les accrocher derrière ma tête à l'aide d'un petit ruban blanc : voilà qui est mieux ! Puis, enfin arrangée, je tourne la poignée de la chambre. Mais à peine suis-je sortie de la petite pièce, qu'une silhouette apparaît.
_Estelle, m'interpelle la jeune femme de tout à l'heure… Petra, si mes souvenirs sont bons.
_Oui ? demandais-je avec appréhension, arquant l'un de mes fins sourcils.
Un rapide coup d'œil. La rousse porte toujours son uniforme militaire, mais à toutefois délaissée son équipement. En me fiant uniquement à son apparence, je dirais qu'elle n'est pas armée.
_Le major Erwin t'attend dans son bureau, m'informe-t-elle. Je vais t'y conduire, si tu veux bien me suivre.
Pour toute réponse, j'acquiesce lentement.
_Mais avant-cela, j'aimerais examiner ton état, ajoute-t-elle avec un sérieux troublant.
_Comment ? J'ai du mal comprendre.
_J'ai pu assister à une partie de ton accrochage avec Livaï. Je présume que tu n'en est pas ressortit indem. Ce qui est également de l'avis d'Hansi et Erwin.
Un simple "accrochage" dit-elle ? Ce monstre aux yeux métalliques avait profité du fait qu'il me dominait _avec facilité_ pour m'abîmer sans retenu ! En effet, tandis que je changeais de tenue, j'ai longuement observé mes blessures. Si je ne suis pas mourante ni boiteuse, il n'en reste pas moins la douleur frappante de ses coups. Un énorme hématome longeait ma cuisse gauche, tandis qu'un second, beaucoup plus fâcheux, s'étendait sur mon ventre. Ajoutons aussi cette mauvaise entaille au mollet. Et dire que je ne suis même pas parvenu à lui faire la moindre égratignure !
_Hors de question, grondais-je en reculant d'un pas.
_Estelle, je... commence Petra en esquissant un geste de la main.
_Non, répétais-je avec colère. Ne t'approche pas.
Pendant quelques secondes, je l'observe réfléchir en silence. Puis, je la vois baisser son bras et détendre les muscles de ses épaules.
_Bien. Allons au bureau du major alors.
Oui ! Erwin !
Et tandis que nos pas résonnent dans les couloirs, je laisse mes pensées parcourir les différentes réactions possibles d'Erwin. Bien malgré-moi, quelques gouttes de sueur viennent s'établir sur ma colonne. Mince mince mince. Mais bien trop vite à mon goût, je me retrouve devant le bureau de celui-ci. Je déglutis bruyamment.
_Je te laisse, déclare Petra en me saluant rapidement.
Je ne la remercie pas. Elle n'a fait que suivre un ordre, rien de plus. Je me tourne à présent face au battant et toque trois petits coups.
_Entre, m'ordonne la voix autoritaire mais non moins familière de mon père.
Je lui obéis et pénètre silencieusement dans la pièce. Je ne vois rien d'étonnant en découvrant que son bureau est assez grand. Son statut de major en chef du bataillon d'exploration doit lui être bénéfique. A ne pas douter. Mais il demeure moins spacieux que celui de ce matin _son second bureau.
Je remarque ensuite une chaise sciemment disposée devant le bureau et y prends place. Mais lorsque je relève la tête, mon regard s'ancre dans les iris bleu clair d'Erwin. Il a beau vieillir, conséquence inévitable du temps, ses prunelles demeurent toujours identiques.
Erwin Smith. Mon père adoptif. Mon sauveur. Mais laissez-moi vous relater une partie de mon histoire…
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