Voici le passé d'Estelle Sayerm, notre héroïne.


Chapitre 4

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Il y a de cela plusieurs années, lorsque le mur Maria tombât suite à l'attaque du titan cuirassé et du titan colossal, l'humanité dû se résoudre à fuir. De cette action primordiale à notre survie, découla un véritable tumulte de la population et un affolement général. L'individualisme régnait et la peur mordait chaque esprit. Mais les titans se faisaient de plus en plus nombreux et dévoraient inévitablement des milliers de nos compagnons sur leur passage.

A l'époque, je n'étais encore qu'une enfant. Sans famille, j'ai dû grandir en me reposant uniquement sur moi-même et la générosité des villageois de Sinna. Le boulanger m'offrait régulièrement des miches de pain tandis que les marchands me cédaient leurs légumes invendus. Mais si je souffrais physiquement, je vivais sans me plaindre. Les jours s'écoulaient dans un rythme plat et répétitif… jusqu'à cet évènement.

Lorsque la nouvelle de l'effondrement du mur Maria arriva jusqu'à nos oreilles, une appréhension générale s'imposa. Personne ne savait quoi faire, et l'idée même d'abandonner le village répugnait la plupart des habitants, ce que je peux comprendre. Leur vie était gravée dans ces lieux : leur ferme, leur champ, leur maison, leur histoire… Certains décrétèrent ainsi qu'ils allaient se défendre si besoin est. Je ne savais que penser à l'époque, mais il était hors de question de fuir seule et sans protection. Et qui plus est, les villageois semblaient sûrs d'eux et volontaires. Pourquoi ne pas me cacher derrière eux ? Ils m'offriront leur aide de bon cœur, comme toujours…

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Mais rien ne se passa comme prévu. Après quelques jours, l'horreur arriva enfin à nos portes. Je me rappelle encore du premier monstre. Haut d'une dizaine de mètres, il courait dans le champ de maïs, coupant la route menant habituellement à Sinna. Il balançait ses bras de manières enfantines et maintenait un sourire niais sur ses immenses lèvres. Laid, ridicule, et effrayant, voilà les trois thermes qui me venir en tête. Accompagné de sept autres titans, ils s'imposèrent au village.

Suivirent les cris et les hurlements, la précipitation et les bousculades. Les hommes armés de leurs fusils se révélèrent d'une inefficacité risible. Les femmes se prenaient les pieds dans leur longue robe. Les enfants tentaient de se cacher sans réelle efficacité. Le désordre, l'horreur, la mort.

Terrorisée, je tentais vainement d'attirer l'attention sur ma personne, mais personne ne s'arrêtez. Ils se contentaient de m'ignorer, de me repousser, de m'intimer à déguerpir de leurs pattes. Je reçus des coups de pieds hasardeux dans cette mêlée effroyable. Et je découvris le véritable visage des hommes. Égoïste, menteur, cupide… Le boulanger qui me souriait par le passé me jeta un regard si méprisant qu'il m'écorcha l'âme. La bibliothécaire qui m'avait jusque-là raconté de nombreuses histoires me frappa au visage pour dégager le passage. Mon voisin de treize ans me supplia d'aller rejoindre un titan et de lui faire gagner du temps. Un marchant poignarda son associé et lui vola son cheval...

Tout se bousculait dans ma tête. Pourquoi ? Au lieu de s'unir et de s'entraider à fuir, les humains devenaient-ils ces monstres abjects envers leurs semblables ?

Un regard autour de moi et sur mon environnement dévasté : je comprends qu'il m'est désormais impossible de fuir. Ces gigantesques monstres humanoïdes nous ont presque encerclés. Je décide donc de me cacher. Car me rendre invisible est mon plus grand atout. Car je ne suis personne. Et que ma vie est si misérable, que la chance aura peut-être pitié de moi.

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Soixante-douze jours sont passés depuis la destruction du village. Sinna est devenu une ville silencieuse où seuls les pas sourds des titans brisent la tranquillité inquiétante. Je survis, encore et toujours. Au début, les lueurs de l'aube me donnaient des frissons. Car ces montres se mouvaient régulièrement. La première semaine se solda par sept hurlements. Des individus qui, à mon instar s'étaient caché, pour finalement être débusqué. La seconde en compta deux autres. Rien par la suite. Je dû attendre le dix-septième jour pour entendre la dernière voix humaine, hormis la mienne. Depuis, le silence est devenu omniprésent.

Le premier mois, je restai planqué dans ma petite bâtisse délabrée. Trop effrayé pour sortir et esquisser le moindre geste, je sentis mes membres s'ankyloser et ma peau se tendre sur mes os. Faible, voilà un bel euphémisme. Mais ensuite, après trente-deux jours, une révélation se fit en mois. Les titans ne sont rien d'autre que des êtres dénués d'intelligences, dont la vocation est dictée par cet instinct d'anéantir l'humanité. Rien de plus. Ils ne sont ni sournois, ni manipulateur, ni méchant. Après les avoirs observés pendant de nombreux jours, les cinq titans encore présents ne me paraissent plus aussi effrayants qu'avant. Ils n'ont conscience de rien. Ce sont simplement des bêtes.

Contrairement aux humains.

Et depuis ce jour, je m'aventurais à l'extérieur de ma maison. Un soir sur trois, je m'éclipsais et me rendais dans diverses fermes, en quête de vivres et d'eau. Et si le temps me le permet, je m'approchais discrètement des titans pour les observer. Je regardais avec curiosité leurs manières de se mouvoir et de dandiner leur énorme tête. Cependant, à de rare occasion, l'un d'eux me remarquait. Mais je n'avais qu'à me fondre dans la masse et patienter. Ils n'ont pas la même notion du temps que nous, ce qui peut se révéler aussi bien avantageux comme le contraire. Après soixante jours, j'en étais désormais certaine : « je suis consciente du danger mortel qu'ils représentent, mais n'en suis pas pour autant tétanisée par la peur. Car si je veux survivre, cela ne dépend pas des titans qui m'entourent, mais uniquement de moi-même ». Voilà ce que je conclus de cette nouvelle vie d'ermite.

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Mais le soixante-douzième jour fut différent, car l'humanité revint à la charge. Le son vivace d'une troupe de cavaliers eut pour effet de me faire sursauter. Perçant le silence, cela me fit penser à un véritable tonnerre. Étrangement, je perdis connaissance. Peut-être était-ce dû à l'appréhension, qui sait ?

Mais lorsque je me réveillai, je compris la mauvaise posture dans laquelle je m'étais fourrée. Des voix graves se rapprochaient de ma maison :

_Je vous assure capitaine Smith, déclare un inconnu. Je viens de la trouver inconsciente dans cette bâtisse. Je me demande vraiment comment cette gamine a pu survivre !

Un petit coup d'œil par la fenêtre. Trop tard, ils sont déjà entrés. Immédiatement je me planque sous le lit en piteux état. Je les entends les déjà gravir les marches de l'étroit escalier. Ils ne sont vraiment pas discrets, les titans les auraient tout de suite remarqués.

Ils entrent dans la petite chambre. Depuis ma cachette, je ne vois que leurs bottes sombres, mais les imagine sans mal détailler la pièce du regard.

_Mais, je vous jure chef, reprend l'homme. Elle était là il y a quelques minutes à peine, bredouille-t-il sous la nervosité. Je… je vais regarder les autres pièces !

_Ce n'est pas la peine, répond l'autre inconnu. Tu peux rejoindre ton escouade soldat.

_Mais la fillette… Un léger silence se fait, avant que le soldat ne se résigne : Bien major.

Ce dernier quitte sans tarder la pièce, tandis que son supérieur ferme doucement la porte. Mais qu'est-ce qu'il fait ? Ne vient-il pas de dire de laisser tomber ?

_Je sais que tu es sous le lit, me dit-il avec autorité. Sors de là.

Je ne bouge pas et demeure immobile. Qui sait ? Mais brusquement, il soulève le sommier, ce qui a pour conséquence de me rendre visible. Encore étendu sur le sol, je relève mes yeux bleus et croise ceux du dit-major. De la même couleur, ils sont toutefois plus clairs. Et quel physique : Cet homme est immense ! Ce qui est plutôt déroutant, lorsque ce dernier s'accroupi à ma hauteur. Ses cheveux blonds sont impeccablement peignés, contrairement à ma chevelure hirsute et emmêlée. Il est également propre sur lui… alors que je suis cachée sous la crasse.

Je me ratatine dans un coin de la pièce et enroule mes bras autour de mes jambes maigres.

_Bonjour, me salut-il avec une douceur surprenante. Je me nomme Erwin Smith, major en chef du bataillon d'exploration sud. Et toi ?

_Sache que je ne te veux aucun mal, ajoute-t-il en me souriant gentiment.

Ma langue ne se dénoue pas pour autant.

_Tu es très surprenante, tu sais ? Tu es la première survivante que nous trouvons derrière le mur. Toute la population du mur Maria se trouve désormais derrière les remparts du mur Rose. Si tu veux, je peux t'y conduire et t'emmené dans un endroit sûr, propose-t-il.

Que veut-il dire ?

_Je suis très bien ici, murmurais-je.

Faites qu'il s'en aille. Faites que tous ces humains s'en aillent.

_Non, je ne pense pas. Tes capacités de survies avec ces titans aux alentours ont beau m'impressionner, sache que les vivres que tu as pu amasser jusqu'à présent sont désormais inexistantes. Mes soldats ont surement déjà dévalisés le village et j'ai bien peur qu'ils n'aient rien laissé.

_Les humains sont donc également des voleurs, murmurais-je de nouveau, horrifiée.

_Que veux-tu dire ? me demande-t-il en tendant sa main vers mon épaule.

La rage et la peur me saisissent aussi rapidement que la souffrance d'un coup de fouet. Je me redresse et hurle d'une voix brisée :

_Ne me touchez pas ! Vous n'êtes que des humains sales et égoïstes ! Les titans ne sont que stupidité et gloutonnerie, mais vous, vous êtes bien pires ! Vous pouvez penser et avez conscience de ce qui vous entoure, pourtant vous choisissez sciemment d'être des monstres ! pleurais-je. Vous êtres les pires, répétais-je. Au moins, les titans sont prévisibles et ne font pas preuve de bassesse dans leurs actes ! Ils veulent nous manger, alors ils nous pourchassent, c'est aussi simple que cela. Mais les humains…

Je déglutis fortement.

_Les humains ne sont jamais sincères. Ils sont mauvais, et ils le cachent. Ce sont des menteurs !

Et soudainement, alors que je ne m'y attendais pas du tout, le jeune colosse blond me prend dans ses bras. Je tente de me défaire sur-le-champ.

_Vous ne pensez qu'à vous-même et n'hésitez pas à vous débarrasser des autres. Ce village.. Toi aussi !

_Chut, petite. N'en dis pas plus.

_Mais…

_Je comprends ta rage et ta peur. Lors de cette défaite flagrante face au titan colossal et au cuirassé, l'humanité a sombré dans la peur et la panique. Imagine-toi un exode massif, d'une ampleur jamais vu alors, dont les intéressés abandonnent tous leurs biens derrière eux _aussi bien matériel qu'immatériel. Et ce, uniquement pour préserver leur vie. La couardise de l'homme nous incite alors à utiliser tous les moyens et subterfuges possibles pour échapper au danger. Oui petite, l'homme est mauvais, je ne dis pas le contraire. Les hommes sont capables du pire au moins autant que du meilleur. Et ce, pour la simple et bonne raison que nous naissons faibles face au reste du monde.

_Tu le reconnais, soufflais-je ébahie.

_Mais petite, l'homme n'est pas réduit à ce statut d'erreurs. L'humanité peut également se révéler belle.

_Non, c'est faux. Tu mens… ou alors tu t'ai fais avoir.

_Vois donc mon bataillon d'exploration, dit-il simplement en me caressant doucement les cheveux. Un groupe d'hommes et de femmes qui se donne corps et âme au préservement de l'humanité. Ils possèdent cette force, cette volonté, cette audace qui est le bon de l'être humain. L'homme est faible, certes, mais dépasser ses peurs nous rends louables, miss. Car les hommes ont l'espoir. L'espoir de vivre de nouveau libre.

A-t-il conscience que ses mots me touchent ? Que sa main, anciennement hostile et menaçante, me semble désormais réconfortante ?

_Et si tu as toujours peur des hommes petite, n'oublie pas qu'il peut également faire preuve de confiance, d'altruisme et d'indulgence, me souffle le blond avec bienveillance.

_C'est ton cas ? demandais-je alors en reculant légèrement, de sorte de pouvoir distinguer la sincérité de son visage.

_A toi de me le dire, petite. Veux-tu me laisser te prouver que l'homme n'est pas une cause perdue ?

L'idée me tente, mais je ne peux accepter son offre, songeais-je avec amertume. Je suis seule. Une fois là-bas, je serais de nouveau délaissé par le reste du monde. Alors à quoi bon ? Et voilà que les larmes reviennent. Ma vision se floue.

_Parce que je serais à tes côté, répond le blondinet avec tout le sérieux possible. Je te trouverais un endroit bon pour toi.

Ai-je pensé à voix haute ?

_Je n'ai pas de famille. Je n'en ai jamais eu. Tout… tout ce que j'ai eu jusqu'ici, c'est de la pitié répugnante, et je n'en avais même pas conscience. Je ne veux pas retourner avec ces menteurs, le suppliais-je en serrant mes petits poings.

Le major Erwin me regarde fixement, et soudain, je perçois cette petite lueur volontaire brillé au fond de ses yeux.

_A tes yeux, suis-je horrible ? me demande-t-il alors.

_Pas toi, répondis-je après réflexion. Mais tous les autres oui. Ils me font peur.

_Alors, petite orpheline, que dirais-tu de rester avec moi ? me propose-t-il avec un sourire en coin. Je te promets un avenir sûr, où tu seras en sécurité car je veillerai sur toi. Tu n'auras pas à affronter les autres habitants des murs, j'y veillerais. Et je t'assure que je parviendrais à faire taire cette peur en toi. Comme tu as su si bien le faire avec les titans, tu apprendras à t'adapter et croire en ce que la nature nous as doté.

_Doté ?

_De cette volonté de vivre, de gagner, conclut-il. Mais je tiens à être honnête : Je ne suis pas une bonne personne.

Je le regarde avec de grands yeux surpris. Sa voix est empreinte de gravité.

_A vrai dire, je suis sur beaucoup de point, ce que tu appellerais « mauvais ». Je peux faire preuve de manipulations et d'actes immoraux sans sourciller. Pour moi, tous les moyens peuvent trouver leur utilité, peut importer la manière de l'appliquer. Je ne suis pas un homme bien…

_Alors pourquoi je devrais te suivre ?

_Car je te promet, mon enfant, que si tu m'acceptes, tu n'auras de moi que la bonté de l'humanité.

Pour répondre à sa demande, je lui rends son étreinte et fonds de nouveau en larmes.

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Je vous remercie Luluchan, Tiff, no name et Jean-Michelfille. Vos commentaires m'ont vraiment fait plaisir ! J'espère que cet intervalle de parution ne vous aura pas trop refroidi ^^ Encore Merci !