Les choses commencent !
Chapitre 6
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Le lendemain matin, je me réveille tôt. J'ai très mal dormi et présume que des cernes noircissent désormais le dessous de mes yeux. Le grincement des lattes et les voix de différents soldats m'ont tenu éveillé tout au long de la nuit, sans parler de mes propres pensées qui tourbillonnaient dans mon esprit. Je devais alors lutter pour ne pas m'échapper par la fenêtre, et rester bien sagement dans ma chambre.
Par chance, je sais qu'Erwin se lève de bonne heure, ce qui me permet de me raccrocher à sa venue incessante. Tiens, je l'entend justement frapper à ma porte, pour ensuite l'ouvrir sans attendre.
_Je vois que tu es déjà prête Estelle, me sourit-il en venant m'embrasser sur le front. Viens, quittons ce dortoir.
_Je te suis Erwin, acquiesçais-je immédiatement en sautillant vers la sortie.
Mais à peine ai-je remarqué la présence d'un soldat dans le couloir, que je reprends immédiatement mon sérieux. Ils sont décidément de partout, ces vermines... Bon, je dis ça, mais je sais bien que les membres du bataillon d'exploration valent, en l'occurrence, un petit peu mieux que le reste des humains. Comme me l'avait si bien expliqué mon paternel, ces hommes et femmes font généralement preuve de bien plus de courage et de bravoure face aux titans. Ils sont le plus souvent droits et soutiennent des valeurs qui leur semblent juste. A voir ensuite si celles-ci le son vraiment...
Et tandis que nous franchissons la grande porte, Erwin me tend une petite brioche tout juste sortit du four. Oh mon Dieu, cela faisait tellement longtemps que je n'en avais pas mangé ! Je m'en saisis sans perdre de temps et remercie chaleureusement mon paternel.
_C'est si bon ! Il y a même des morceaux miel !
_Je savais que cela te ferais plaisir. Et puis, comme ça, tu ne pourras m'interrompre la bouche pleine.
_T'interrompre ?
_Mange Estelle. Et laisse-moi t'expliquer certaines choses. Je compte sur toi pour retenir...
Et nous voilà partis pour un cours. Le major Erwin m'explique alors les règles qui régissent son bataillon et les différents grades. Tout en déambulant dans le camp, il me présente de loin mes supérieurs, et m'informe de leurs fonctions respectives. Il ressasse sur l'autorité, et la discipline. Me prie de m'en accommoder et de ne pas faire de folie. Il me précise à de nombreuses reprises que ces hommes sont dignes de confiance, dans la mesure du possible, et qu'aucun ne me fera du mal. Qu'il s'en porte garant. Que chacune de mes fautes sera sanctionnées... J'en ai déjà marre.
_Bon, je vais te présenter à ton nouveau groupe. Viens petite.
Je grommelle et le suis. Comment ça ? Je ne vais pas rester avec lui ? Bon c'est vrai que son grade lui confer autant de responsabilités que de droits, mais ne peut-il pas jouer sur son influence ?
Nous avançons jusqu'à une clôture qui mène à une petite bâtisse. Lorsqu'Erwin pousse le battant en bois, et s'approche de l'ouverture, j'aperçois alors une dizaine d'adolescents en uniforme. Ils semblent absorbés à astiquer leur appareil tridimensionnel et ne nous remarquent pas immédiatement.
_Livaï, interpelle alors mon père en franchissant le pas de l'entrée.
_Erwin, qu'est-ce que tu fous là ? demande celui-ci.
Mais... il ose parler ainsi à Erwin ? C'est du grand n'importe quoi ! Incroyable. Le jeune homme à la chevelure plus sombre que l'encre semble se tenir dans une tranquillité sidérante. Tandis que ses soldats peinent, il reste assis nonchalamment sur une chaise, les jambes tendues croisées, une tasse de thé à la main.
_Je viens te confier ma fille. Je dois m'occuper d'une certaine affaire pour le reste de la matinée, et vu que tu t'occupes déjà de la formations de ces jeunes, une de plus ou de moins.
Livaï me lance un regard réprobateur et m'analyse. Que vois-t-il ? Une jeune fille au cheveux chocolat ondulé, aux yeux bleu, et à la mine renfrognée ? La fille de son supérieur ? Une gamine comme les autres ? Une étrangère ? Je n'en ai aucune idée. Il m'est impossible de deviner le tréfonds de sa pensée. Ce caporal me semble opaque. Intouchable. Inaccessible.
_Ouais, si tu veux. Elles fait les même exercices ? Ou je la tiens juste à l'œil ? demande le brun en arquant un sourcil.
Me tenir à l'œil ? Lui ? Non, je refuse d'avoir ce monstre comme gardien.
_Peut importe pour l'instant, laisse-là juste s'acclimater.
_Je ne suis pas un animal, sifflais-je à mon père, la colère ayant tôt fait de me gagner. Arrête de me prendre pour...
_Petite, si tu comptes rester au bataillon, tu dois te familiariser avec cette endroit et t'introduire. Ne compte pas sur moi pour te garder toujours à mes côtés. Bon, ce n'est pas tout mais je vais y aller. Surtout, pas de dégâts, m'ordonne-t-il avant de saluer Livaï et de repartir vers son bureau.
Seule, abandonnée avec ces étrangers aux caractères sanguinaires _vu leur désir d'anéantir les titans, je reste figée plusieurs secondes. Mais la voix glaciale du caporal me sort de silence :
_Bon gamine, tu fait ce que tu veux, mais ne fais pas de bruit. Ces gnomes ont enfin réussi à la fermer, ne vas pas t'y mettre toi aussi, gronde-t-il en plantant ses pupilles hivernales dans les miens.
Une brusque montée d'adrénaline monte alors en moi, et je ne peux m'empêcher de reculer brutalement. Manque de chance, mon mollet vient cogner contre un tabouret et je m'effondre au sol. C'est encore pire. De cette position, le brun qui se trouve pourtant à bien quatre mètres de moi, semble me surplomber. Son aura et et sa mine polaire me saisissent et je me mets légèrement à trembler. Il est flippant. Vraiment vraiment flippant.
_Hey ça va ? me demande alors une tête blonde avec une sollicitude touchante.
_Reprend ton travail Armin, l'interrompe le caporal en râlant. Cette fille n'est pas infirme, elle peut très bien se relever tout seul.
Me faisant l'effet d'un electro choc, je me redresse sur-le-champ et prend place à une table isolé.
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Le temps passe lentement. Assise en retrait depuis un moment maintenant, j'observe discrètement Livaï et sa silhouette travaillée. Je n'en reviens toujours pas de son exceptionnelle vitesse. Cet humain est de loin le plus dangereux de tous. Il me fait penser à une panthère noire, à laquelle Erwin aurait parvenu à s'accorder des faveurs. Indomptable, rusée. Je ne parviens pas encore à discerner le pourquoi de sa popularité. J'ai ouïe dire que ses soldats lui portaient une grande estime, et l'idolâtraient presque, lui qui porte les espoirs et la volonté de ses camarades tombés au combat. Que sous ses airs froids, ce jeune caporal prenait soin de son escouade... Non, décidément, je ne perçois rien de tout cela chez lui. Mais d'un autre côté, je me dis que si Erwin le considère comme son bras droit, alors il ne prendra pas le risque de s'en prendre à moi. Non ?
Un mouvement sur ma droite me fait revenir sur terre. C'est Conny. Il vient à ma rencontre suivit d'un plus grand.
_On a fini, précisent-ils à Livaï.
Je les regarde s'avancer vers moi. Ils prennent ensuite place devant moi, la table nous sépare.
_Salut Estelle, content de te revoir, me salut le garçon au crâne rasé.
_Salut, je m'appelle Jean, se présente son compagnon.
_Bonjour.
Et les voilà qui essaye d'entamer la conversation. Si Conny m'est légèrement familier, son ami m'est vraiment dérangeant. Je repère immédiatement son regard fier et son désir d'être bien vu. Je ne réponds que par des onomatopées ou par des phrases fermées. Trois autres jeunes nous rejoignent. Puis s'en vont. C'est une sorte de cycle. Ils m'accostent, je ne dis rien. Ils repartent, chuchotent entre eux, reviennent par la suite. Après un temps, je me fais rapidement une opinion. Ils sont dérangeants. Je ne les aime pas.
Une fille portant une haute queue de cheval bave en dormant. Je constate, lorsque Livaï la réveille en cognant sa chaise, qu'elle est extrêmement bruyante. Une autre, blonde aux yeux bleus, est une menteuse hors pair. Elle semble au premier abords fragile, mais je vois bien _à travers ses regards vides, qu'elle n'est qu'une hypocrite. Et cet Eren Jäger... je reste suspicieuse à son égard. Il y a également son amie Mikasa. Elle est belle, silencieuse, neutre. Elle ne me dérange pas plus que cela, ce qui est plutôt surprenant. Je ne vois pas en elle un humain vicieux. Je ne vois qu'une ombre. Elle ne semble réceptive qu'au travers de son compagnon.
Et enfin, il y a ce petit garçon. Armin Arlert. Il m'intrigue. Sa faiblesse ne semble pas freiner Erwin dans ses projets. Mais bon, qui a dis qu'il fallait savoir se battre pour être un stratège ?
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Bon, d'après ma montre, il va bientôt être 12h30. Je pense avoir assez patienté. Non, parce que regarder ces dizaines de soldats s'occuper de leur appareil tridimensionnel, alors que le mien est encore sagement accroché à mes hanches, je ne vois pas bien l'intérêt. Et puis, on ne m'a jamais appris à en prendre vraiment soin. Je me débrouillais toujours pour qu'Erwin ou le général Bémol me le fasse. C'est pourquoi, après avoir pris mon courage à deux mains, et faisant attention de garder mes mains près de mes lames, je m'approche du caporal Livaï.
_Hum, bonjour.
Le génie me jette un regard désobligeant.
_Tu ne me salue que maintenant ? T'as un train de retard dit donc, se moque-t-il froidement.
_Hum, tentais-je de nouveau. Est-ce que tu pourrais m'emmener auprès d'Erwin s'il te plaît ?
_Non.
_Bien parce que... Non ?
_Pourquoi je me bougerais ? Je ne suis pas ton larbin gamine.
_Je n'ai jamais sous entendu cela, protestais-je en haussant le ton et refermant les doigts sur le manche de mes lames (on ne sait jamais).
_Son bureau est à même pas deux cent mètres. C'est pas bien compliqué.
_Mais... Mais je ne me souviens plus du chemin, bredouillais-je avec désarroi.
_Et bin tu demanderas au premier soldat que tu croiseras.
_Non, murmurais-je avec peur. Je t'en pris, emmène-moi auprès du major. Tu es bien son bras droit, non ?
_C'est ça, son bras droit. Et non pas son coursier, grogne-t-il en se levant de sa chaise.
_Je te jure que je ne te vois pas comme tel ! Mais ne me laisse pas y aller seul. A cette heure, on entend déjà le reste du bataillon sortir du bâtiment. Ils doivent bien être une cinquantaine vers les portes à présent.
_Et alors ? Ce ne sont que des hommes.
_Je préférerais encore des titans, lâchais-je d'une voix dépitée.
Mince, je ferais bien d'apprendre à me taire. Les yeux métalliques de mon supérieurs continue de me scruter. Je le vois noter ma position de combat et un léger sourire vient s'inscrire sur son côté droit. Ce simple mouvement facial le transfigure. Dire que je suis déroutée serait un euphémisme.
_Aller, viens, je t'y emmène. Mais bouge-toi, je n'ai pas que ça à faire, déclare-t-il en quittant la bâtisse, sans même m'accorder d'avantage d'attention.
Je m'empresse de le suivre.
_A plus Estelle, entendis-je Conny me crier.
Sans me retourner, je fais un petit mouvement de la main. Toutes mes pensées ne convergeaient plus que sur un unique point : le dos du chef d'opération spéciale. Tandis que je le suis sans douter, je tente de faire abstraction de tous ces soldats qui nous entourent. De tous ces humains. De toutes ces bêtes sans morales et valeurs. Non, je me concentre sur les épaules d'Ackerman, sur ses omoplates, ses trapèzes et ses muscles grands dorsaux cachés par sa chemise immaculée et sa veste. Je me concentre sur sa démarche féline et décidée, sur son léger roulement de bassin qui me fascine tant. Je me concentre sur son aura intimidante mais intrigante. Je me concentre sur cette sombre panthère noire.
Nous ne mettons pas longtemps à rejoindre Erwin, comme me l'a affirmer Livaï. Et à peine m'eut-il emmené devant son bureau que je le vois repartir dans l'autre sens. Non, attends. Alors qu'il se trouve déjà à plus de quatre mètres de moi, je prends enfin la parole :
_Merci Livaï ! Et encore désolée.
Il se fige, pivote lentement vers mois, et m'observe quelques secondes avant de me répondre.
_Tu ferais bien d'apprendre à te repérer toute seule dans ce camp. Demande à Erwin un plan et mémorise-le, m'ordonne-t-il en me transperçant du regard.
Je ne trouve rien à rétorquer. Le caporale hoche la tête et repart. Une fois sa silhouette disparu, je me précipite dans le bureau de mon père.
_Je suis de retrour !
_Déjà ?
_Il est midi passé je te signale, grinchais-je en croisant les bras sur ma poitrine.
_Bien, allons manger, annonce Erwin en posant sa plume dans son étui. Le major se lève ensuite de sa chaise et revêt sa veste qui patientait jusque-là sur un porte manteau.
_Super ! lui souris-je chaleureusement.
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C'est décidément bien étrange. Erwin et moi mangeons en tête-à-tête, dans un petit coin isolé du campement. J'aurai cru qu'il m'obligerait une nouvelle fois à déjeuner au réfectoire, mais pas du tout. Il avait même préparé à l'avance une sacoche dédiée à nous restaurer. Je ne m'en plains pas, ces sandwichs sont divins.
Nous parlons ensuite de tout et de rien. Erwin semble nostalgique. Il remémore nos souvenirs communs, et signale que les années passées m'ont apportée beaucoup. Que j'ai bien grandi, que je suis à l'âge où l'adulte viendra prend le relais sur la grande enfant que je suis. Oui, c'est vraiment bizarre. A force de compliments, j'en viendrais même à songer qu'il cherche à m'amadouer.
Puis il lâche une bombe. J'avais raison, Erwin tentait belle et bien de m'adoucir !
_Comment ? Tu comptes me laisser deux semaines ici ? Toute seule ? Mais c'est du n'importe quoi ! protestais-je suite à son annonce.
_Estelle, je dois me rendre dans une ville annexe pour rejoindre par le suite la capitale. Je n'y vais pas pour le plaisir, mais par obligation. Pour le bien de notre prochaine mission en dehors des murs, déclare-t-il solennellement.
_Mais as-tu pensé à mon propre bien ? Pourquoi ne puis-je pas venir avec toi ? Je me ferais toute discrète ! Je t'obéirai au doigt et à l'œil ! Je...
_Petite, arrête, me coupe-t-il en passant une main sur son visage fatigué. Je refuse de t'emmener.
_Mais pourquoi ? On vient à peine de se retrouver ! me plaignis-je.
_Tu serais un poids, plus qu'autre chose, répond-il avec une franchise amer. Je me rends à la capitale Estelle, pas n'importe où. Tu n'imagines pas le monde qu'il y aura las-bas.
_Erwin...
_Non, tu es déjà sur le qui-vive au district de Trost. Je n'imagine même pas ta réaction une fois que nous serions à destination. Tu te ferais forcément bousculer par une centaine de personnes, en marchant simplement dans la rue.
_Je ferais des eff...
_Tu t'affoles dés lorsqu'un étranger se trouve à cinq mètres de toi, continu le blond en secouant son menton. Il est impossible pour moi de t'emmener. Ne fais pas d'avantage d'histoire, petite.
_Papa, je t'en pris.
_Tu demeureras sous la responsabilité de Livaï tout au long de mon absence. Je compte sur toi pour ne pas lui causer soucis.
_Le brun ? Pourtant...
_Il acceptera si je le lui demande, répond-il en devinant mon future reproche.
De plus, Erwin est intelligent. Il avait attendu que je termine mon repas avant d'ouvrir la discussion. Dans le cas contraire, je n'aurais pas manqué de le lui lancer dessus, histoire de salir sont impeccable costume. Comment ose-t-il abandonner sa fille adoptive parmi ces rustres soldats ?!
_Bon, la discussion est close, je dois partir en fin d'après-midi, conclu le major en se relevant et époussetant les quelques brins d'herbes accroché à son postérieur.
Cette après-midi ? Dite moi que je rêve ?
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Bonne année 2016 à tous ! ^^
