Bonjour !
Aaaah, ça fait plaisir de revoir les anciens, découvrir de nouveaux lecteurs, merci d'avoir laissé un p'tit mot... ça rappelle le bon vieux temps de la gloire du ZoSan (soupir)
Allez, comme le livre dont je vous ai parlé sort aujourd'hui, je vous colle la suite en cadeau. (et les liens ne marchent pas sur le profil, alors y'a juste à recopier dans la barre d'adresse)
Bonne lecture !
Le samedi avait été épuisant. Zoro venait de finir son service et à peine entré chez Luffy, il se laissa tomber sur le canapé. Le silence. Il avait l'appartement pour lui tout seul, ses amis s'étaient offert une escapade, il ne se rappelait plus où. Il n'avait pu les accompagner, puisqu'il travaillait. Et puis, ça ne lui disait rien. En fait, depuis qu'il était revenu, peu de choses lui faisaient envie. Il se sentait comme en hibernation.
La nuque sur le dossier, il ferma les yeux. Quand soudain, la sonnerie d'un portable retentit. Celui du chapeau de paille, il l'avait encore oublié. Zoro ne bougea pas, attendit que l'appel passe sur la messagerie. Mais il sonna aussitôt. Au quatrième son strident, il sauta sur l'appareil avec un cri de pure frustration.
- Quoi ?!
- Euh... Marimo ?
- Cook ? Luffy a oublié son portable, il n'est pas là.
- Ah... bon, tant pis.
Zoro tiqua à l'entente du ton du blond. Ça n'avait pas l'air d'aller alors qu'il était censé prendre du bon temps dans le luxe.
- T'as un souci, Cook ?
- Ouais... enfin, non. Je vais me débrouiller.
- Eh, on est toujours amis, tu sais. Puis, je te le dois bien après que tu m'aies trouvé ce job.
Il y eut un silence. Le cuisinier semblait hésiter. Finalement, il répondit d'une voix un peu hésitante.
- Je... Je suis en pleine campagne. J'ai pas de fric sur moi. Je ne sais pas comment rentrer. Donc, j'espérais que Luffy viendrait me chercher.
- J'ai sa voiture. Dis-moi où tu es.
Sanji ricana.
- Que toi, tu me retrouves ? J'irai plus vite à pied !
- Ben bonne marche, alors.
- Attends ! Désolé. La soirée a été pourrie. Il est deux heures du mat, y'a pas un chat pour me prendre en stop. Et c'est pas pour me foutre de toi, mais jamais tu trouveras ton chemin.
- Tu sais où tu es ?
- Mais évidemment.
- Tu connais la route ?
- Oui, mais je suis pas avec toi, andouille !
- Ben l'andouille te dit de ne pas raccrocher, tu vas me guider.
- Mets le kit main libre, il manquerait plus que...
- Oui, maman.
Zoro enfila sa veste, prit les clés et fila au garage.
OoO
- Bon, je vois l'Intermarché. Mais y'a pas de route à gauche.
- Ton autre gauche, Marimo.
- La sortie 11, tu disais ? Je viens de la louper.
- Oh, putain !
OoO
Zoro atteignit un petit parking désert le long d'une petite route. Après une heure et demi de route, il trouva le Cook, assis sur le dossier d'un banc. Il attendit que Sanji prenne place. Il était en chemise, il grelottait en tenant son bras en écharpe pour tenter de garder un peu de châleur.
- Tu sais qu'on est en octobre, Sourcil en Vrille ?
- Sans déconner ?
Zoro secoua la tête et monta le chauffage. Il redémarra aussitôt.
- Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? demanda le vert.
- Prends la première à droite, ça ira plus vite.
- Je dois t'appeler Miss Daisy, aussi ?
Sanji sourit. Il était injuste avec lui.
- Je me suis engueulé avec Gyn. Il m'a débarqué au milieu de nulle part. Mais je l'ai bien cherché.
- Là, j'en doute pas une seconde, je suis limite de faire pareil.
- Merci d'être venu.
- Pas de problème. Mais t'endors pas. Je vais où, là ?
- Y'a qu'une route, où tu voudrais aller ?
- Ben, je ne sais pas trop.
- Dis... J'ai pas envie de rentrer. Je pourrais rester chez Luffy ? Juste cette nuit.
- Pour une fois, t'as une super idée. Ça m'évitera le détour.
Sanji ne commenta pas. Il était fort probable que Zoro ignore qu'ils allaient passer devant le restaurant pour rejoindre l'appartement. Ou alors, il le savait, mais lui facilitait les choses. Bien son genre.
OoO
Zoro ouvrit la porte et ils entrèrent enfin, totalement épuisés. Sanji faisait des petits mouvements, comme si quelque chose le gênait.
- T'as mal ?
- Ouais, et j'ai pas mes médocs. Tu crois qu'il y en a ici ?
- Tu plaisantes ? Avec une nana qui vit là la moitié du temps, on a plus de pilules qu'un dealer.
- Ne parle pas de la merveilleuse Nami...
- La ferme ! Et pose ton cul, je vais te chercher ça.
Zoro n'avait pas menti : il revint avec trois boîtes différentes et un verre d'eau. Sanji prit deux comprimés au hasard et s'adossa au canapé avec un soupir de bien-être. Zoro se laissa tomber à côté de lui.
- Bon, je ne suis pas trop doué pour ça, mais tu veux en parler, Cook ?
- Tu veux parler de ta famille ?
- Je t'amène une couverture et un oreiller.
- Merci.
Sanji avait bien remarqué que, dès qu'on parlait du Japon à Zoro, il se fermait comme une huître. Alors non, il n'avait pas envie de discuter de sa vie de couple, pas plus que lui n'avait envie de s'épancher. Et puis, ce n'était pas comme s'ils étaient de ce genre. Aucun des deux n'avait d'épaule à offrir à l'autre, ou plutôt, aucun n'avait envie de se servir de celle de l'autre. De la pudeur, de la fierté, un peu de tout ça mélangé.
Le cuisinier s'allongea enfin sur la sofa défoncé. Peut-être était-ce les cachets ou juste la fatigue, mais il s'endormit aussitôt.
OoO
Le dimanche matin, Sanji se réveilla tard. Il était pratiquement onze heures. Le Marimo semblait encore couché. Il se leva, passa à la salle de bain, puis à la cuisine. Il fouina un peu et trouva bien vite les filtres et l'arabica. Il sursauta quand il entendit la clé dans la serrure et écarquilla son œil en voyant entrer Zoro, un sac en papier à la main. Il avait dû dormir comme une masse, il ne l'avait pas entendu sortir. Bien longtemps que ça ne lui était pas arrivé.
- Hey, Cook. Je suis allé chercher les croissants.
- Oh... sympa. Et j'ai fait couler le café.
Ils prirent place autour de la table, partageant un silence agréable. Mais à peine terminé, le cuisinier se précipita pour laver les tasses.
- Oï, tranquille. C'est dimanche, on a le temps. Tu veux qu'on aille manger quelque part à midi ?
- Je dois rentrer.
Zoro n'avait même pas songé à cette éventualité. Pourtant, il ne commenta pas. Même pas le visage fermé de son ami qui semblait vouloir faire tout, sauf ça.
- Comme tu veux. Tu veux que je te dépose ?
- Non, je vais marcher. Mais merci, Zoro. Je t'en dois une.
- Je te le rappellerai.
Quand Zoro se retrouva seul, il soupira. Il n'avait d'un coup plus envie de sortir. Il se rappelait quand ils étaient tous plus jeunes, il n'y a pas si longtemps encore. Chaque dimanche, ils se retrouvaient. Aucun d'eux n'avait vraiment de famille ou du moins, pas ordinaire. Luffy et Ace était élevés par un grand-père autoritaire, Nami par une tante quelconque, Usopp avait une mère malade, Chopper des parents qui ne comprenaient rien à leur fils surdoué. Sanji avait un père adoptif, un vieux cuisinier avec une seule jambe, perdue à la guerre, mais qui maniait les coups comme personne. Lui, il avait eu l'orphelinat. Personne. Alors, les copains, quand les autres enfants passaient leur dimanche avec les parents, étaient devenus sa propre famille. Et ils les avait abandonnés pendant presque un an, pour une chimère. Alors eux, ils avaient construit la leur. Un couple. Peut-être bientôt des enfants. Ne pas y penser.
Une heure plus tard, il en était toujours à ses réflexions quand on frappa à la porte. Il soupira, il n'avait vraiment envie de voir personne. Quand il ouvrit, il découvrit Sanji avec un air penaud sur le visage.
- Y'a personne et j'ai pas les clés.
- Allez, entre. T'as mangé ?
- Non.
- On se commande une pizza ?
- Si tu veux.
Sanji, pour la première fois, n'avait aucune envie de cuisiner, mais juste celle de se laisser porter par les événements. Zoro ne demanderait rien, il le savait. Et c'était reposant.
Hier. La dispute avec Gyn avait éclaté alors qu'il rentraient de dîner. Pourtant, le reste de la journée avait été douillet et tendre, la chambre d'hôtel magnifique. Mais ça n'avait pas duré et Gyn avait été plutôt mordant. Pour une fois, le cuisinier n'avait pas cédé. Son amant s'était juste arrêté au milieu de la chaussée, lui avait demandé de sortir. Il l'avait fait, sans un regard en arrière. Cinq minutes après, dans la nuit noire et juste en chemise, il grelottait. Il avait espéré faire du stop, mais dans cette région montagneuse, c'était désert. Il n'avait alors que son portable. Il avait tergiversé de longues minutes, avait marché. Il s'était finalement décidé à appeler au bout d'une demi-heure.
À présent, il était à la porte de chez lui, sans savoir ce que l'avenir lui réservait. Son téléphone sonna. Il regarda de qui provenait l'appel. Gyn... Il l'éteignit sans décrocher ni lire les messages. Demain, il arrangerait tout. Il le fallait. Mais aujourd'hui, il voulait juste se reposer, regarder des émissions débiles à la télé, bouffer des trucs immondes. Ne plus penser.
OoO
Sanji était parti le lundi matin. Zoro, en congé, tournait en rond. Il aurait pu roupiller toute la journée, mais le sommeil le fuyait. Lui ! Aussi, plutôt que s'énerver à ne rien faire, il ouvrit le PC et commença à passer quelques coups de fils. Une heure plus tard, quelques adresses en poche, il sortit.
Il décida d'aller boire un café chez Marco, mais alors qu'il arrivait, il vit Sanji qui s'en grillait une une sur le trottoir. Il avait la tête des mauvais jours, les retrouvailles n'avaient pas dû bien se passer. Pas étonnant avec cette teigne de cuistot.
- Hey, Cook.
- Hey ! Je croyais que tu ne bossais pas ?
- Je venais boire un café. J'ai rendez-vous pour visiter un appart dans une demi-heure.
- Ah ouais ? Et tu sais où c'est ?
- Ben, j'ai noté l'adresse.
- Ce n'est pas la réponse à ma question.
- T'es gonflant avec tes airs supérieurs, Cook !
- Tu veux que je t'accompagne ?
- J'ai pas besoin qu'on me tienne la main.
- Ouais, mais moi, j'ai besoin de changer d'air. Allez, file ton papier. C'est mieux d'arriver en avance. T'aurais quand même pu te fringuer autrement.
Zoro n'avait pas besoin de se détailler. Comme d'habitude, il portait son blouson, un t-shirt, des jeans noirs et ses rangers. Mais rien qu'avec ses cheveux verts, il doutait qu'on le prenne plus au sérieux dans un costard.
- C'est bon ? T'as fini ? C'est pas à toi que je le loue, cet appart.
- Encore heureux, je te disqualifierais direct. Allez, en route.
OoO
C'était un petit deux pièce à quelques rues de là. Zoro avait eu envie de coller une baffe direct au propriétaire quand il l'avait vu froncer les sourcils en le regardant de la tête au pieds. Et le sourire en coin du cuistot n'avait rien arrangé. Mais bon, il le voulait son chez-lui.
- Donc, il me faut deux mois de loyer en caution. Et un garant, stipula le cinquantenaire à l'air revêche.
- Le garant n'était pas stipulé par l'annonce.
- J'ai sans doute oublié.
Ben voyons...
- Je n'ai pas de garant. Je peux vous donner quatre loyers ?
- Désolé, ça ne va pas être possible.
Sanji assistait à l'échange de loin. Mais en voyant la déception de son ami, il choisit d'intervenir.
- Je serai son garant. Il vous faut quoi ?
- Euh... trois fiches de salaires.
- J'habite au restaurant « Chez Gyn », je peux faire l'aller et retour.
- Gyn ? Ah mais je vous reconnais, vous êtes son compagnon. Nous sommes en affaires ensemble, mais il y a longtemps que je ne l'ai vu. Comment va-t-il ?
- Très bien. Passez dîner à l'occasion, le repas sera pour moi.
- Je n'y manquerai pas. Transmettez-lui mes amitiés. Et je vais faire établir le bail, je vous remettrai les clé dans la semaine.
L'entrevue se termina sur une poignée de mains. L'homme avait continué à deviser de tout et de rien, semblant bien plus à l'aise avec son locataire aux cheveux verts et mine de tueur. Et ça n'avait pas échappé à Zoro. Dès qu'ils furent dehors, il invita son ami dans un bar tout près et il commanda deux bières.
- Je te remercie, Cook. Sans toi, je pouvais faire une croix dessus.
- On est quittes, comme ça.
- Gyn a l'air vachement connu.
- Ouais. Le resto n'est qu'une façade. Il fait aussi dans l'immobilier. Je ne sais pas trop quoi, je ne m'en mêle pas. Et pour les meubles ? T'as tout vendu quand tu es parti, non ?
- Ouais. Mais je vais me débrouiller, faire de la récup. Puis, j'ai pas besoin de grand chose.
OoO
Trois semaines plus tard, Zoro pendait la crémaillère. Une table faite d'un plateau sur des tréteaux, des chaises dépareillées, un canapé défoncé, une télé minuscule posée sur une caisse... ça avait un goût de paradis.
Ça mangeait, ça buvait, ça rigolait. Tout le monde était là. Sauf le cuistot. Il avait repris le boulot et décommandé au dernier moment. Mais comme il devait s'occuper du repas, il avait tout fait livrer par un des serveurs du restaurant. Le menu était délicieux, comme toujours. Sauf que Zoro se disait qu'il y manquait un petit quelque chose, il n'aurait su dire quoi. Mais il sourit, et but. Et but encore.
Le lendemain soir, alors que Zoro s'était traîné une gueule de bois carabinée toute la journée au travail, il vit arriver le cuistot qui s'assit sur un des hauts tabourets.
- Hey, Marimo.
- Je te sers quoi ?
Le ton était à peine aimable. Sanji se mordit la lèvre.
- Une bière. Désolé pour hier, j'ai vraiment pas pu venir. Tu fais la gueule ?
- Non, pourquoi je ferais la gueule ?
- C'est bien imité, alors.
Zoro ne répondit pas, se contentant d'aller essuyer quelques verres à l'autre bout du comptoir. Sanji soupira. C'était pas gagné. Il ne broncha pas quand un type le bouscula de l'épaule.
- Eh, barman, une vodka ! Putain, on sert les pédés, ici ?
Le blond avala sa gorgée de bière et reposa son verre. Il tourna la tête pour voir un grand mec qui le regardait bien droit. Il se retint de répondre. Lui et Gyn n'étaient pas spécialement discrets, les cons étaient partout. Le plus sage était de les ignorer. Il retourna à l'admiration de sa mousse.
- Toi, tu dégages ! siffla Zoro.
Il était juste devant eux et rien qu'à le voir, avec les sourcils froncés, le regard assombri, Sanji sut que ça allait déraper. Mais l'autre ricana. À son allure, il était déjà ivre, et pas qu'un peu.
- Mec, t'es payé pour me servir à boire, alors, fais ton boulot.
Personne n'eut le temps de bouger. Zoro attrapa le type par le col et le souleva par-dessus le comptoir, le tira derrière lui en l'étranglant à moitié, défonça la porte de derrière et ils disparurent de leur vue.
- Putain de bras ! grogna Sanji alors qu'il n'avait pas pu suivre le mouvement aussi vite qu'il l'aurait voulu.
Le temps de contourner le bar et les convives, sortir, il vit Zoro, assis sur le mec couché au sol. Son poing s'abattait. Encore et encore.
Frappe. Cogne. Frappe. Cogne.
Il tenta de l'arrêter, mais déjà que tenter de le faire, c'était risqué, avec un bras en écharpe, c'était impossible.
- Et merde !
Son épaule tira quand il la sollicita, Il dut mettre toutes ses forces pour attraper le poignet de son ami. Ce fut douloureux. Mais au moins, il avait réussi à bloquer le poing vengeur.
- Putain, Marimo, arrête ! Tu vas le tuer !
Zoro sembla se réveiller d'un cauchemar. Il retira sa main et se redressa vivement, collant son dos au mur. On aurait dit que ses jambes ne pouvaient plus le porter. Des gens arrivaient, se précipitaient vers le blessé sanguinolent. Ce dernier grognait, crachait du sang. Au moins,il était vivant.
Sanji s'approcha du barman. Ce dernier était essoufflé, la tête basse, plié en deux, les mains sur les cuisses.
- Marimo,...
- Vas-t'en. Et ne reviens plus.
- Mais bordel, qu'est-ce qui te prend ?
- Va-t'en, Sanji.
Zoro le bouscula en passant, repartant à l'intérieur. Sanji en resta sans réaction. Il l'avait appelé par son prénom et ça, c'était signe que c'était du sérieux. Il savait qu'il était en colère pour la veille. Il aurait voulu lui expliquer, mais...
Il alluma une cigarette et repartit par la ruelle. La police et une ambulance arrivaient.
OoO
Zoro était enfin chez lui. La police l'avait interrogé, les clients et Vivie avaient témoigné en sa faveur. Marco était revenu. Il avait pensé qu'il le virerait, mais ce dernier lui avait juste dit de prendre le reste de la semaine. Qu'il avait bien fait.
Bien fait ? Bordel, il avait failli tuer cet inconnu. Et pourquoi ? Pour une remarque homophobe entendue mille fois ? Parce que le mec était trop bourré ? Ou juste trop con ?
Mais tout ce qui se passait était écrit, n'est-ce pas ? Sa grand-mère le lui avait dit.
Tu seras un monstre. Tu l'es déjà.
Il n'aurait jamais dû revenir. Il était changé à jamais, toujours à deux doigts de sombrer. Ce soir n'était qu'une preuve de plus. Le cuistot était là, juste à côté. Quand il avait voulu l'arrêter, il avait failli retourner sa rage contre lui. Une pulsion dégueulasse. Tout ça ne servait à rien. Demain, il reprendrait la route. Pour où ? Allez savoir...
Il secoua la tête, prit une longue douche et alla se coucher. Dormir, survivre ensuite.
OoO
Zoro regarda le réveil avant de décrocher. Trois heures douze. Qui pouvait l'appeler à cette heure, putain ?!
- Hmm.
- Zo... Zoro.
- Cook ?
Cette fois, il était tout à fait réveillé. Le cuistot avait une drôle de voix.
- Faut... faut que tu viennes.
- Quoi ? Je comprends rien. Qu'est-ce qui se passe ?
- Viens.
- J'arrive.
Il sauta en bas de son lit, s'habilla en quatrième vitesse et fonça vers la vieille moto qu'il venait d'acheter.
Quelques instants plus tard, il était en bas du restaurant plongé dans le noir, seul le premier était allumé. Il alla sur le côté, chercher une autre issue. Là, une porte, laissée entrouverte. Sans se poser de question ou sonner à l'interphone, il monta les marches quatre à quatre. Il poussa une nouvelle porte et là...
C'était le chaos. Des meubles renversés, des objets brisés. Et dans le couloir, assis à même le sol et la tête dans les bras, le cuistot.
- Merde ! Sanji !
Ce dernier leva la tête. Il saignait du nez, de la bouche, l'arcade sourcilière éclatée. Des marques rouges sur sa gorge. Des empreintes de doigts. Les vêtements déchirés. La culpabilité étreignit le cœur du barman qui se précipita.
- Bon sang, me dis pas que c'est ce mec que j'ai tabassé...
- Non. Gyn...
- Quoi, Gyn ? Où il est ? Il est blessé ?
- Non... C'est Gyn qui a fait ça.
Zoro aurait pris un coup de massue sur la tête que ça n'aurait pas été pire.
- C'était la première fois ?
- Non.
- La chute dans les escaliers ?
- Il m'avait... poussé.
Zoro déglutit. Si ce mec avait le malheur de débarquer, il le tuerait, sans aucun remord. Mais pour le moment, il fallait sortir le cuisinier de là.
- Bon, je vais t'emmener avec moi. On va prendre quelques affaires et se barrer d'ici.
- Je ne peux pas. Mais...
- Y'a pas de mais, Cook. Je t'embarque. Tu peux tenir debout ?
- Ouais.
Il l'aida à se redresser puis à aller vers la chambre. Il le poussa à s'asseoir sur le lit et d'un bref coup d'œil, analysa les lieux. Au fond de la penderie, il dénicha un grand sac et commença d'enfourner pèle mêle des vêtements dedans.
- Hey, doucement, Marimo ! Va pas les abîmer.
Zoro sourit. Si le cuistot l'engueulait, c'était bon signe. Ensuite, il l'aida à mettre un manteau. Le blond était vraiment dans un triste état. Mais au-delà de ses blessures apparentes, ce qui inquiétait le plus Zoro était de le voir si apathique, abattu. Ce n'était pas dans sa nature. Encore moins de l'appeler au secours, lui, son meilleur ennemi. Mais pour le moment, il devait seulement le sortir de là. Au pire, pour ses états d'âmes, ils attendraient le retour de Nami.
- Bon, Cook, j'ai que la moto. Ça va aller ?
- Faudra bien.
Il faisait très froid. Zoro lui mit d'autorité le casque sur la tête, posa le sac en travers du réservoir et pencha un peu la bécane pour aider le cuistot à monter.
- Accroche-toi, OK ?
- Vas-y.
Le barman alla au pas. Il surveillait que la main accrochée à sa taille ne faiblissait pas, demandait toutes les trente secondes si ça allait, prévenait en cas de dos d'âne. Et il poussa un soupir de soulagement quand ils furent en bas de son immeuble. Il l'aida encore à monter, un bras autour de sa taille,tenant le sac de l'autre main. À l'intérieur, il avisa le canapé plein de creux et bosses et partit directement vers la chambre.
- Qu'est-ce que tu fabriques, tête de mousse ?
- C'est ce que j'ai de plus confortable ici.
- Un matelas à même le sol ? Ben dis donc, j'ose pas imaginer ce qui est pire.
- Y'a un arrêt de bus en bas. Il peut te ramener chez toi dans environs trois heures.
- ... Pardon.
Mais il était tout excusé quand Zoro le vit s'allonger et grimacer en tentant de trouver une position plus confortable. Sanji roula sur le côté en position fœtale, il était pâle, limite transparent sous le sang séché et les hématomes qui bleuissaient.
- Je vais appeler un toubib.
- Non ! C'est bon, j'ai rien de cassé. Faut juste que je nettoie tout ça.
Sanji pesta contre lui-même. Inutile de se monter encore plus pathétique. Il grimaça encore pour se relever.
- Oï, qu'est-ce que tu fabriques, Sourcil en Vrille ?
- Je vais à la salle de bain, abruti. Oh putain, pourquoi j'ai pas fait ça en premier ? geignit-il en grimaçant sous l'effort.
Zoro l'aida à se redresser, le surveillant de près au cas où ses jambes ne pourraient le porter. Le cuistot était costaud, il le savait. Mais après une telle dérouillée, on ne savait jamais. Il fut plus que soulagé de le voir tenir droit.
- Parce que t'es encore plus abruti que moi ?
- Très drôle.
Arrivés dans la salle d'eau, Sanji se détourna du reflet du miroir. Et ce n'était pas forcément la vue de ses blessures qui le révulsait le plus, mais juste lui.
- Je peux prendre une douche ?
- Oui, vas-y. Je vais chercher ton sac.
- Merci.
Zoro se précipita, mais eut un temps d'arrêt en revenant. Sanji était torse-nu. Des hématomes fleurissaient un peu partout sur son corps grêle. De toutes les couleurs. On aurait presque pu les dater. À des jours différents. Leurs regards se croisèrent, Zoro ne dit rien et referma la porte derrière lui. Sanji, jusqu'à présent, avait eu mal. Là, il était mort de honte. Honte de se montrer faible, lâche. Surtout face à lui.
Ils se connaissaient depuis des années. S'insultaient, se battaient. Ils ne pouvaient pas se blairer. Mais en même temps, il y avait une sorte d'accord tacite entre eux, les mots, les coups pouvaient faire mal, jamais blesser. Ils se respectaient. Et se connaissaient. Sauf qu'après onze mois de silence radio, ils avaient chacun une part d'ombre qui les rendaient étrangers. À leurs yeux. À ceux des autres. Le blond soupira. Il se rendait compte combien le départ de Zoro avait tout changé. Lui s'était peu à peu coupé de leurs amis. Et le Marimo... Un truc bizarre se passait, il ne l'avait pas reconnu quand il frappait ce connard dans la ruelle. Il l'aurait tué, il en était persuadé.
Il se glissa sous le jet chaud qui emportait le sang... et peut-être une larme.
Quand il ressortit, vêtu d'un bas de jogging et d'un t-shirt, il avait à peu près figure humaine. Il alla s'allonger sur le lit. Zoro le rejoignit, lui tendit une poche de glace.
- Tiens. C'est tout ce que j'ai.
- C'est déjà bien. Merci.
- Cook, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Rien.
- Rien, mon cul ! T'as vu dans l'état que t'es ? Et c'était loin d'être la première fois. Je sais reconnaître des traces de coups quand j'en vois.
- Oui, mais c'est mon problème, pas le tien.
- Va bien falloir que tu m'en parles.
- Je ne peux pas. Je ne peux rien te dire.
- Très bien. Ben démerde-toi.
Zoro allait sortir de la chambre quand il sentit qu'on le retenait. Le cuistot lui tenait le poignet.
- Je ne suis pas un lâche, Zoro.
- J'ai jamais dit le contraire. Mais pourquoi tu ne l'éclates pas ? C'est pas comme si tu n'en étais pas capable. Je suis bien placé pour le savoir après tous les coups qu'on s'est envoyés.
Les questions devenaient gênantes. Sanji ne avait que faire. Tout était si embrouillé, compliqué, difficile. Il crut trouver la feinte idéale.
- Très bien, Tronche de Gazon. Je te raconte tout si tu fais pareil avec ta famille.
Zoro fronça les sourcils, arracha sa main en tournant les talons et éteignit la lumière. Sanji sentit qu'il avait gagné, mais alors qu'il savourait sa petite victoire, il le vit, à la lueur des réverbères qui filtrait à travers la fenêtre, ôter ses chaussures, l'enjamber et s'allonger à côté de lui. Il tira la couette sur eux.
- Mais qu'est-ce que...
- C'est mon pieu, je me couche. Et c'est d'accord. Tu me racontes tout, je fais pareil, échange de bon procédés.
Ainsi allongés face à face, dans cette pénombre cotonneuse, tout paraissait simple. Et si compliqué.
- Alors, tu le laisses te cogner parce qu'il doit valider ta formation ?
Il aurait été si commode, si pratique de répondre oui. Sanji aurait pu le faire. Il aurait gagné le droit de taire ce secret qui l'étouffait. Mais ça devenait si difficile.
- Non, bien-sûr que non. Tu sais, tout ça, c'est pour le Vieux Schnock. Je ne sais pas par où commencer.
- Essaye par le début. Qu'est-ce que vient faire ton père adoptif dans cette histoire ? Et l'autre con est comme ça depuis que tu sors avec lui ?
Sanji faillit éclater de rire. C'était bien la première fois que Zoro lui posait autant de questions, lui qui semblait toujours se foutre de tout. Oui, il en aurait presque rigolé, si ça avait été drôle.
- Non. Je travaillais pour lui, mais j'ai vite compris qu'il était intéressé. Moi pas vraiment, il était mon boss, mais j'ai laissé faire. Puis j'ai découvert un sale truc. Zeff avait fait de mauvais placements, il était sur le point de perdre le Baratie. Gyn a proposé de racheter les dettes, d'échelonner nos remboursements. Alors, j'ai dit oui. Pour le fric et sortir avec lui.
- Il t'a fait mener la grande vie.
- Ouais, on peut dire ça. Mais il est devenu jaloux, agressif. Sa première gifle est partie toute seule, j'ai rien vu venir. La seconde suivante, il était à genoux à mes pieds à me demander pardon. La deuxième fois, j'ai reçu son poing, on s'est battus. Je l'ai étendu vite fait et je suis parti. Mais le lendemain, il m'appelait pour dire qu'il retirait ses billes du Baratie.
- Et t'as fait quoi ?
- Tu veux vraiment le savoir ? Je lui ai fait une pipe dans le parking souterrain de la banque, et plus jamais je ne me suis défendu. Voilà, t'es content ?
Sanji arrêta de parler, à bout de mots, à bout de douleurs. Il entendit Zoro soupirer.
- Pourquoi t'as rien dit aux autres ? À nos amis ? À Zeff ?
- Qu'est-ce que tu voulais que je leur dise ? C'est mon père, putain ! Il a toujours été là pour moi, je le lui devais. Je puais le fric et la réussite, alors que les potes galèrent tous les mois. Tu voulais que je leur avoue que je ne suis qu'une pute qui aime se faire défoncer la gueule par son mec ? Ils ne pouvaient rien faire pour moi. Personne ne peut. Je ne veux pas qu'ils le sachent. Et t'as pas intérêt à leur dire !
- Ils vont bien s'en rendre compte en te voyant ici.
- Non. Parce que je vais retourner avec Gyn et faire comme si rien ne s'était passé. Ce soir, j'avais juste besoin de souffler un peu.
Zoro se releva sur un coude et pointa un index accusateur sur lui.
- Tu te fous de ma gueule, là ? Parce que tu crois que moi, je peux oublier et faire comme si de rien n'était ?
- T'es le premier à te foutre de tout d'habitude. T'as juste à faire pareil.
- T'es un putain d'enfoiré ! Pas question que je te laisse repartir avec ce connard.
- Pourtant, c'est exactement ce que tu vas faire.
- Et s'il te tue ? Pas question que je perde encore quelqu'un. Je préfère encore le bousiller lui et aller en tôle.
- Dis pas n'importe quoi.
- Tu m'en crois incapable ?
- … Non. Pas depuis que tu as failli tuer ce type. T'es pas du genre à perdre le contrôle. Qu'est-ce qui t'arrive, Zoro ?
Le vert se recoucha au dos, fixant le plafond. Les lumières tamisées s'y reflétaient, orangées, comme des flammes dans le lointain. Comme ce qu'il ressentait à l'intérieur de lui. L'impression de se consumer de l'intérieur. Sanji attendait, écoutait la respiration un peu hachée.
- Zoro, t'avais promis de tout me dire. Je ne t'ai rien caché, moi.
- Y'a rien à dire.
- Déconne pas, je sais que t'es plus le même.
- On change tous, Cook. Certains couchent même utile.
Zoro ferma les yeux. Il savait que le cuistot ne répondrait pas. Il savait qu'il venait de lui donner un coup, pire qu'une gifle. Le coup de grâce qu'il ne méritait pas. Il savait, et il en crevait. Le bruissement des draps, un mouvement du matelas, et Sanji se relevait en serrant les dents. Zoro se maudit et soupira.
- Où tu vas comme ça ?
- Je rentre.
Deuxième soupir alors que la porte de la chambre s'ouvrait doucement et se refermait sans bruit. Ça aussi, c'était une gifle. Le blond avait perdu de son mordant. Par sa faute, aussi. Zoro aurait dû s'en foutre, mais il s'en voulait. Détraqué. Il était détraqué. Il se releva d'un bond, courut, lui bloqua le passage dans l'entrée et posa une main sur la porte, empêchant le cuisinier de sortir. Ce dernier sembla se recroqueviller en l'attente d'un coup. Il le craignait ? Lui ? Avec qui ils s'envoyaient des coups depuis des années ? Et là, tout bascula, Zoro tomba dans un gouffre sans fond, comme si le vide s'ouvrait sous ses pieds. Sa raison chancela, il lui avait fait peur. Il allait devenir fou.
Il fallait qu'il se raccroche à quelque chose de tangible. Il le fit. En prenant Sanji dans ses bras. Doucement, précautionneusement, comme s'il était fait de cristal.
Le cuistot s'était tendu, présageant de tomber, d'être jeté à terre. Mais non, c'était juste une étreinte, chaude, sécurisante. Presque tendre, si on pouvait associer ce mot à cette brute d'algue. Pourtant, le souffle dans son cou n'était qu'un effleurement sur sa peau malmenée.
Zoro eut envie de sourire quand il sentit le corps entre ses bras se laisser aller et reposer totalement contre lui. En confiance.
- Allons nous recoucher, Cook.
- Il faut que...
- Demain. Je te raconterai tout demain. Promis.
D'une main plus ferme, il entraîna le cuisinier, l'obligea à s'étendre et vint se coller dans son dos. Dans le silence, la quasi-obscurité, protégés du monde par la chaleur de la couette. Sanji ne broncha pas quand le bras puissant vient ceindre sa taille.
- Jamais je ne te ferai de mal, Cook.
- ... Je sais.
Le cuisinier se contenta de se lover un peu plus contre Zoro et ferma les yeux, terrassé par la fatigue.
Le lendemain, il était seul dans l'appartement. Il était temps de partir.
OoO
Dans la cuisine. Le sanctuaire de Sanji. L'endroit idéal pour déverser sa haine, sa violence.
Ploc. Ploc. Ploc.
Du sang qui goutte, tombe sur le carrelage. Un rythme lancinant. Trop rapide. Il y en a trop !
Pourtant, les coups continuent de pleuvoir, les entailles, les brûlures.
Ça dure depuis des heures. Il va le tuer, il le sait. Il ne peut s'en empêcher. Personne ne peut.
(à suivre)
Et voilàààà. Beaucoup d'entre vous auront deviné ce qui se tramait, évidemment... quoi que... et Zoro, hein ?
Et j'ai vu que FF m'avait bouffé des mots, j'espère que j'ai tout corrigé...
Encore un chapitre, et ce sera la fin.
à tantôt.
