Bonjour/Bonsoir

Les personnages et la saga Harry Potter, les chansons ne m'appartiennent pas. La troisième et dernière partie arrive vendredi prochain. Bonne chance à celles (et ceux ?) qui passent le brevet, les épreuves anticipées, le bac ou des exams en tout genre

Bonne lecture, enjoy

(Je me suis rendue compte que j'avais un problème dans ma chronologie, je rajoute des "deux mois" à la pelle mais l'histoire se déroule sur... quatre, cinq mois, on va dire, et pas dix milliards comme le laisse penser ma chronologie)


50 nuisances de Draco Malfoy - Partie 2


Think Up Anger – Close to you

Deux mois s'étaient écoulés et Draco flottait sur son petit nuage, bien qu'il se demandait tous les jours pourquoi il recevait autant de gentillesse, de respect et de tendresse, alors qu'il ne le méritait pas. Il était fasciné par Harry Potter et toutes ses facettes, chaque parties qu'il découvrait l'émerveillait, il l'admirait comme le faisait avant lui ses groupies sur qui Draco avait craché jadis. En vérité, il le trouvait parfait – sauf quand Harry était d'humeur lunatique et qu'il pouvait grogner sur n'importe quoi. Désormais, il vivait les weekends chez son Ami et attendait patiemment que la semaine se termine pour le retrouver il continuait toujours de tomber amoureux, à chaque regard, à chaque sourire de Harry, il s'attachait de plus en plus à lui. Depuis deux mois, il filait un parfait amour platonique avec Harry Potter le Magnifique et le Fascinant.

« Pourquoi tu souris comme ça ? demanda Harry en ouvrant la porte à un Draco qui rêvassait.

- Je suis content de te voir, expliqua ce dernier, rayonnant et tout sourire.

- Oooh qu'il est mignon ! »

Harry l'attira contre lui avant de refermer la porte.

« Fais attention, j'ai des chips dans son sac,» souffla Draco coincé entre la porte et le torse de Harry.

La proximité le gênait de moins en moins, il arrivait de plus en plus à toucher son Ami, à amorcer des gestes de tendresses. Maintenant, il pouvait même dormir avec Harry sans être sur ses gardes ! Draco était fier de lui, il progressait, lentement, mais il progressait quand même. Cette pensée déclencha un autre sourire.

« J'ai fais des pâtes carbo pour ce soir, ça te vas ? lança Harry en s'éloignant vers la cuisine.

- Tant que ça se mange et que c'est gras, tout me va, tu sais. Je peux me doucher ?

- Non. »

Debout devant le four, Harry lui fit un sourire mutin, le cœur de Draco fondit l'espace de quelques secondes.

« Oui, bien sûr que tu peux, je plaisantais. »

Draco détestait se doucher autre part que chez lui, il se sentait toujours sale même s'il fleurait bon le propre et qu'il avait passé une demie heure à se savonner. La couleur prédominante était un espèce de bleu pâle ou pastel, il ne savait pas trop, et une ribambelle de poissons nageait le long des murs. Kitch, mais il trouvait ça mignon. Pas de verrou à la porte, génial, il détestait ça, il ne se sentait pas en sécurité tant qu'il n'était pas enfermé. En à peine cinq minutes, il était savonné, lavé et séché ; cet absence de verrou le perturbait trop pour qu'il puisse s'attarder dans la douche à l'italienne en étant nu. Une fois son caleçon et son jean enfilé, il put respirer un peu plus tranquillement.

Bon. Vingt heures douze. Il avait le temps de se faire tout beau. D'abord la coiffure, l'épilation des sourcils, la manucure, raser les quelques poils de barbe puis la crème apaisante et la crème de jour. Vint ensuite le moment de choisir un tee-shirt. Il en avait apporté trois, juste pour avoir le ch...

La porte s'ouvrit en grand et un courant d'air glacé l'enveloppa.

« Oh pardon, je voulais aller me doucher aussi, je pensais que t'avais fini, que t'étais plus là, » marmonna Harry rougissant sur le pas de la porte, puis voyant que Draco restait pétrifié, les yeux grands ouverts et la bouche pincée, les mains devant lui, il rajouta : « Ça va ? Eh, v-viens me faire un câlin, je vais pas te faire de mal. »

Pourtant, Draco restait figé. Avec des vêtements entre eux, c'était facile, ses couches le protégeait ; avec sa peau, il était vulnérable. Il aurait voulu dire quelque chose à Harry, lui expliquer ce qu'il ressentait cependant ses lèvres restaient closes, et dans sa tête, il hurlait.

« Je te ferais jamais de mal, » lui répéta Harry, une ombre dans la voix avant de refermer la porte doucement.

Draco se précipita sur son tee-shirt, enfila aussi son pull et le peignoir de Harry par dessus. Son corps entier tremblait, la nausée l'envahit quand il s'agenouilla au dessus de la cuvette des toilettes. Et bien qu'il essayât de se calmer, la panique gagnait chacun de ses membres, chaque parties de lui.

Tout va bien tout va bien tout va bien. Harry va pas te faire de mal. Tom n'est plus là, c'est pas lui, il est pas là. Il répétait ceci comme une litanie, pour se calmer, pour reprendre le contrôle de lui-même.

La partie de lui qu'il haïssait resterait encrée à vie, peu importe les drogues, les cuites ou ses accès auto-mutillateurs qu'il s'infligerait. Cela lui prit quelques minutes pour réaliser qu'il n'était pas chez Tom, pas dans sa salle de bain, qu'il était seulement chez Harry et que celui-ci ne lui ferait aucun mal – ...pour l'instant. Il se remit à respirer normalement, la vague de panique refluait, le laissant en sueur, la joue contre le sol.

Se composer un visage normal lui demanda le reste de son énergie. Il lui faudrait se doper à la caféine (ou autre chose en -ine) s'il voulait tenir la soirée. Harry fumait une cigarette sur la terrasse, dos à lui. Comment lui expliquer qu'il soit resté pétrifié par la peur ? Même si Harry n'était pas clairement au courant pour ce qu'avait vécu Draco avec Tom, le blond se doutait que son Ami ait quelque peu compris la merde de sa relation passée, lorsque Draco l'avait évoqué à demi-mot.

« Hé, » murmura Draco en se glissant dehors. Il alluma sa cigarette et la nicotine finit de le calmer.

« Les pâtes sont prêtes, on mange quand tu veux. »

Harry attrapa la main du blond et la serra doucement dans la sienne, comme en un signe de réconfort. Draco lui fit un faible sourire, combien de fois s'était-il dit qu'il ne méritait pas la gentillesse de Harry ? « Je t'aime », les mots lui brûlaient la gorge, mais ne franchissaient pas le seuil de ses lèvres. Ça l'étouffait, et une fois prononcé, les mots perdaient tout leurs sens. « Je t'aime », ça ne voulait rien dire une fois qu'il parlait, alors il le répétait dans sa tête en regardant Harry, en espérant qu'il comprenne.

Casseurs Flowters – Le mal est fait

Oh oui, il aurait terriblement de quelque chose qui finirait en -ine pour tenir la soirée, n'importe quoi tant que ça le remettait en forme, les pâtes carbo de Harry lui avait plombé l'estomac et s'il fermait les yeux, il était certain de s'endormir.

« Tu peux me refaire un café ? demanda Draco, aspiré entre les coussins et se retenant à sa cigarette et son verre de vodka rebull.

- C'est le troisième que tu bois ! s'exclama Harry, sa quatrième tasse à la main.

- C'est juste pour tenir ce soir, sinon je vais m'endormir devant les baffles. »

En tee-shirt, Draco sortit sur la terrasse, avec son verre, histoire de se réveiller. Harry ne lui avait pas parlé de l'épisode de la salle de bain, Dieu merci. Il était incapable de s'expliquer sur sa réaction. Le froid eut l'effet escompté (sauf en ce qui concernait, sa gorge qui commençait à lui faire mal), il revint remonté à balle dans le salon. A présent, il sautillait sur place, trépignant que le temps n'avance pas plus vite jusqu'à la soirée.

« Faut que je te parle, » commença doucement Harry, en baissant le son de la musique.

Son énergie se vida aussi rapidement qu'elle était venue ; les jambes en coton, Draco se laissa tomber dans le fauteuil en face de Harry.

« Oui ? »

Sa bouche s'assécha, respirer devint à nouveau difficile. Une discussion de merde s'annonçait, il le sentait rien qu'à la façon dont Harry le regardait, désolé.

« J'ai envie de toi. »

Ça voulait rien dire.

« J'ai envie de toi, Draco. »

Ça voulait rien dire... C'était ce que disait son ex quand il déshabillait Draco de force alors que celui-ci le repoussait, c'était ce qu'il lui disait quand il allait et venait en lui alors que Draco le suppliait de se retirer, c'était ce qu'il lui disait quand il jouissait en se délectant de son visage tordu de douleur. Pourquoi Harry voulait lui faire une horreur pareille ?

Draco eut l'impression qu'on lui arrachait l'air dans ses poumons. Alors, son Harry, qu'il idolâtrait, n'était rien qu'un homme comme les autres, contrôlé et soumis par ses pulsions sexuelles. Son cœur s'effondrait en même temps que l'estime qu'il avait de lui. Pourtant, dans le fond, il s'y attendait, c'était normal. Il dut s'y reprendre à plusieurs fois pour pouvoir à nouveau parler.

« Je peux rien faire pour... arrêter ça ? »

Harry secoua la tête, l'envie de vomir envahit Draco. Ses jambes flanchèrent quand il se leva, il devait mettre de la distance entre lui et Harry, qui tenta de le retenir.

« C'est juste toi, ta personnalité, tes mimiques, ton sourire. Je... c'est toi tout entier, et pas seulement ton corps. »

Fallait qu'il respire calmement, profondément, sinon il allait vomir, ou partir en crise de panique comme tout à l'heure, et débile comme il était, il allait se jeter par la fenêtre afin de stopper son angoisse.

« Depuis quand t'as envie de ça avec moi ? »

« Coucher avec moi » lui écorchait la bouche ; ce serait seulement une boue visqueuse et noire, des aiguilles qui sortirait, pas des mots. Harry le dégoûtait, lui faisait peur.

«Un peu plus d'un mois. »

Il avait passé tout ce temps à côté d'un Harry lubrique en se sentant en sécurité avec lui, en pensant filer le parfait amour platonique, oh non... Draco ouvrit la fenêtre et aspira autant d'air qu'il lui était possible. La tête lui tournait, la pièce semblait trop exiguë, la distance qu'il avait instauré entre lui et Harry n'était pas assez grande.

« C'est pas si horrible, tu sais, reprit Harry. C'est pas juste quelque chose de mécanique, c'est un moment de partage, c'est... Je sais pas, Draco, c'est cool le sexe, c'est naturel.

- Oh, c'est pas comme si t'allais chercher à mettre une partie de toi chez moi ! Genre, je suis en train de te dire que tu vas mettre ton pénis dans mon anus et y faire des allées et venues. Bordel, qu'est-ce que ça a de naturel ? Dis moi à quel moment c'est putain de naturel ?! »

Harry se prit la tête entre les mains et expira longuement. Est-ce qu'il allait s'énerver ? L'estomac de Draco protesta, il extirpa un kitkat de sa poche et essaya de manger afin de faire disparaître l'horrible goût amer dans sa bouche. Il saisit aussi une bouteille de bière vide à sa gauche et tapota nerveusement dessus, avoir un objet contondant avec lui le sécurisait, juste au cas où. Ses larmes lui brûlaient les yeux. Bordel, il allait juste crever ! Il arrivait à peine à se masturber, alors coucher avec quelqu'un n'était même pas envisageable, putain de merde. Il haïssait son ex de l'avoir fait devenir ce qu'il était, il se détestait. Sa part brisée, avec laquelle il devait vivre jour après jour, était un boulet autour de son pied.

Ses doigts se resserrèrent autour du goulot de la bouteille. Qu'il aurait aimé transplaner loin d'ici et engloutir des pâtes bolognaise aux frites, des croissants et des kinder bueno jusqu'à ne plus pouvoir bouger. Comment dire à Harry de le laisser seul et qu'il ne voudrait jamais faire de sexe avec lui ? Pourtant Draco restait pétrifié par la peur et le dégoût. Pourquoi son Ami tenait-il tant à mettre une partie de lui dans son corps, pourquoi avait-il envie de s'introduire en lui ? Respirer, surtout respirer. Il revint s'asseoir près de Harry, qui lui sourit. Draco en fut incapable, son corps entier était figé.

« Et... le libertinage ? »

S'il n'avait pas rencontré Harry, s'il n'était pas tombé sous son charme, tout cette discussion de merde n'aurait pas eu lieu – comme celle sur son asexualité – et à ce moment même, il serait tranquillement en train d'angoisser pour ses partiels et si oui ou non, il allait être déshérité le jour de ses résultats. Harry le regarda comme s'il était fou, ou dégoûtant. Tiens, ça faisait pas le même effet venant d'une personne à qui il tenait ; lui, il avait l'habitude de se regarder comme ça.

« Q-quoi ? Tu veux que j'aille voir ailleurs, tu me demandes d'aller voir ailleurs et de baiser ? Putain, t'as rien compris à ce que je viens de dire ! C'est pas qu'une histoire de sexe, ou de couilles, je... je fais l'amour, et c'est avec toi que j'ai envie de le faire, pas avec un pauvre inconnu. C'est à toi que j'ai envie de me donner ; Draco, tu comprends ce que je dis ? »

Merde, merde, merde, quelle idée de merde. Bien sûr que Harry n'était pas comme ça, il lui avait pas, mais c'était juste... que Draco voulait pas coucher, pas maintenant, ni dans deux mois, même pas dans six. Dans un an, peut-être deux ou trois, l'idée lui effleurerait peut-être l'esprit. Merde. Son visage se réchauffait, et ses larmes lui donnaient mal à la tête. Rester calme, garder un visage neutre.

« Je sais pas, je... suis désolé d'avoir proposé ça, c'était pas... je, merde. Je peux pas envisager d'avoir du sexe pour le moment, ça m'est, autant physiquement que mentalement, impossible. »

« Je suis cassé et peut-être bien que je serais jamais réparé », la réelle réponse. Tom le fils de pute avait pris un marteau et explosé chaque partie de l'âme de Draco, il l'avait piétine et sali avec ses regards, ses attouchements, son sexe et son sperme. C'était comme un coup de poignard dans son âme, même si son corps guérissait, même si toutes les cellules de sa peau se renouvelaient, il porterait cette marque en lui, une fêlure dans sa tête, qui suintait et déversait du pu en permanence. Il était sale et terrifié à l'idée que quiconque puisse lui refaire du mal de cette manière – quiconque ayant un pénis.

Harry se recula loin dans son siège, les bras croisés. Draco aurait tant voulu lui prendre la main, lui caresser la joue, l'embrasser et lui implorer son pardon, mais Harry semblait si loin à présent.

« Ça veut dire qu'on couchera jamais ensemble ? »

Pourquoi c'était si important ? C'était juste une putain de bite dans un anus qui y ferait des allées et venues. Il n'en savait foutrement rien, en revanche il était persuadé que Harry allait le quitter un jour ou l'autre. L'envie de vomir revient titiller Draco, ses mots l'étouffaient. Qu'il aurait aimé revenir au début de la relation, quand Harry n'avait pas envie de lui, qu'il se contentait de leur amour platonique, c'était parfait comme ça. Merde. Pourquoi Harry avait un pénis ?

« Pas... maintenant. Je veux dire, maintenant, dans deux jours, dans une semaine, c'est pas possible. Pareil pour dans un mois ou deux. Peut-être dans quatre ou cinq, voire plus. Je peux pas te donner de date précise, je... suis désolé. Sincèrement. Oublie ce que j'ai dis. J'voulais pas que la discussion tourne comme ça, je voulais pas te faire de mal. »

Ou alors, il se forcerait. Il se forcerait à faire du sexe jusqu'à ce que son psychique craque et qu'il se jette sous un train. Toute façon, c'était tout ce qu'il méritait. Ouais, il se forcerait, il était déjà cassé, une partie de lui ne marcherait jamais, il était déjà foutu, pourri et sali par le sexe.

Harry hocha la tête, il évitait ostensiblement le regard de Draco. Se faire larguer ou se forcer, ses seules options. Parce qu'il n'aurait jamais envie « de faire l'amour » ; tendresse, sentiments ou don de soi ou autre chose, ça restait dégueulasse. Tandis que son Ami se concentrait sur les motifs du plaid sur ses genoux, Draco s'éclipsa doucement aux toilettes.

Son visage le brûlait, il avait toujours envie de vomir. Il se prit la tête entre les mains et se maudit d'exister, d'être asexuel, d'avoir laissé son ex le détruire en petit morceaux, maudit Harry de ne pas être asexuel et d'avoir un pénis – c'était là, la source du problème. S'il n'avait pas de pénis, s'il était asexuel lui aussi, ils n'auraient jamais eu cette discussion de merde. Et finalement, les mots coulèrent hors de sa bouche, en même temps que ses larmes, brûlantes et amères : pourquoi Harry lui faisait ça ? Pourquoi lui, qui était si parfait ? L'espace d'une seconde, il le haït ; mais la personne qu'il haïssait le plus sur cette Terre, c'était lui-même. Et son ex. Peut-être son ex en premier, et lui en deuxième position.

L'atmosphère était toujours opaque et froide quand il revint dans le salon. Il engouffra, les uns après les autres, des biscuits jusqu'à ce qu'il se retourne le bide à en avoir les larmes aux yeux, jusqu'à ce que Harry parle.

« J'aurais pas dû m'attacher aussi vite, j'suis amoureux, tu vois et je pense pas que tu m'aimes comme je t'aime...Parce que oui, je t'aime. Sincèrement. »

Draco s'attendit presque à voir du sang couler au niveau de son cœur, il regarda celui de Harry cependant sa chemise restait immaculée. C'était pourtant bien un coup de poignard qu'il avait reçu et qu'il avait infligé à Harry.

Comment lui dire que « je t'aime » ne signifiait plus rien ? Draco avait déjà épuisé tous ses mots d'amour, ils ne voulaient plus rien dire. Il n'arrivait plus à parler, sa boule d'aiguille dans sa gorge lui faisait monter les larmes aux yeux. C'était quoi être amoureux ? Il n'avait récolté qu'un corps cassé, une âme noire, une haine du sexe et des cauchemars éveillés où il revoyait encore et encore son ex au dessus de lui. Que voulait-dire réellement « je t'aime » ?

Harry reprit :

« Je te l'ai déjà dit : j'attendrai le temps qu'il faudra, j'irais pas voir ailleurs, je suis pas de ce genre-là. C'est tout ce que je peux te dire et j'espère que tu comprends. »

Non, oui, peut-être, il n'en savait rien. Sans doute qu'au bout de un an de relation sans coucher, Harry ne serait plus aussi compréhensif.

Oh... en fait, oui, il comprenait. Il comprenait qu'à partir d'aujourd'hui, il aurait une date butoir sur son calendrier, une date à laquelle il devrait se donner à Harry s'il ne voulait pas se faire jeter. Se forcer ou se faire larguer, c'était tout ce qu'il y avait à comprendre. Draco resterait cassé, il ne guérirait jamais du mal qu'on lui avait fait. Il porterait toujours cette souillure en lui, et il l'en enduirait Harry lorsqu'ils « feraient l'amour ». Oh oui, il comprenait très bien, à présent.

Harry sortit du canapé, s'assit sur l'accoudoir du fauteuil de Draco. Doucement, il l'attira contre lui et cala la tête blonde contre son torse. Draco essaya de se redresser, mais Harry le maintenait contre lui, puis il sentit qu'on lui caressait les cheveux, le visage.

« Je suis incapable d'aller voir ailleurs. C'est toi que j'aime, ne me redis plus jamais ça s'il te plaît. »

Désappointé, Draco caressait la cuisse de Harry, la seule partie de lui à proximité en essayant de comprendre ce qu'il se passait. Puis, il sentit le brun trembler contre lui, puis renifler...

« Ne redis plus jamais ça, » répéta Harry, la voix pleine de larmes.

Oh bordel, qu'avait-il provoqué ? Profitant du fait que Harry ait relâché son étreinte, il se redressa et le prit dans ses bras, le serra à l'en étouffer.

« Je suis désolé, je voulais pas te faire du mal. Je le dirais plus jamais ! On... »

Était-ce vraiment la bonne chose à dire ? Lui même ne savait pas s'il se croyait.

« Je vais régler mon – enfin mes – problème(s) avec le sexe, je vais aller mieux, on, on va finir par coucher ensemble. »

Des mots comme du poison dans sa bouche.

« En fait, c'est pas tellement le fait de mettre mon pénis dans ton anus, comme tu dit, qui m'intéresse, c'est plutôt le fait que ça soit un moment de partage, qu'on soit à cent pour cent l'un pour l'autre, le plaisir de l'un et de l'autre, ces choses-là, » marmonna Harry, la tête contre le tee-shirt de Draco.

Draco ne comprenait plus vraiment, mais le sexe de point de vue avait l'air plus plaisant que ce qu'il avait connu. Il se retint de dire qu'il préférait manger du brownie au chocolat, affalé dans le canapé avec Harry et qu'il serait à cent pour cent dans ce moment-là et qu'il aurait un orgasme buccal, cependant son petit doigt savant lui dit que son Ami n'attendait pas cette réponse là.

« Ok, je crois que je saisis le concept. Difficilement, et ça me semble absurde, mais je saisis... plus ou moins. Le sexe semble génial vu comme ça, c'est euh complètement différent de ce que j'ai pu... connaître.

- Bien sûr que c'est différent ! Si tu me dis non, ou que je vois que tu veux pas faire du sexe, je te forcerai pas. C'est pas que mes couilles et moi, c'est pas que de la douleur et un connard, il y a aussi de l'amour et toi dans l'histoire, Draco. Je veux... te faire découvrir le sexe, je veux te montrer ce que c'est vraiment. »

Les larmes aux yeux, Draco acquiesça, incapable de parler. Il se sentait trahi, et encore plus misérable que d'habitude mais terriblement touché par ce que Harry lui disait. Ils finirent pas se détacher l'un de l'autre après de longues minutes.

« Je vais acheter des kinder bueno à la supérette, tu veux quelque chose ? lui demanda Harry. J'ai encore faim.

- Oui, du brownie.

- Super. Je reviens vite. »

Harry déposa un baiser sur le front du blond, qui resta figé, droit. La porte qui claqua fut comme un signal pour Draco qui s'effondra sur lui-même. Jusqu'à ce que Harry revienne, il resta prostré dans son fauteuil, ramassé sur lui-même et le front contre ses genoux, à se demander pourquoi, à laisser couler les larmes sur ses joues, déchiré, désarticulé.


Mimosa – Keys to the city

Comme d'habitude, la soirée fila à une vitesse folle ; à huit heures du matin et devant le soleil qui dardait ses rayons sur le parking, Draco se retrouva devant les portes de la boîte de nuit, hagard et les jambes cassées en deux.

« Ça va être compliqué de rentrer, » lui fit Harry, aussi halluciné que lui, en lui prenant la main pour le guider jusqu'à la voiture.

Le siège et la chaleur de l'habitacle calmèrent quelque peu la douleur dans ses reins.

« J'ai l'impression que je vais mourir de fatigue, » souffla Draco, exténué et engoncé dans le siège.

Harry lui caressa doucement le genou, lui sourit et le cœur du blond chavira.

« On rentre bientôt. Je finis juste ma clope. »

Draco hocha la tête, l'esprit ailleurs. Harry jeta son mégot par la fenêtre, et mit le moteur en route. Le trajet fut silencieux, Harry conduisait lentement et Draco se concentrait sur la route ; par miracle, ils arrivèrent en vie jusqu'à l'appartement de Harry. En rampant, Draco réussit à atteindre la chambre de Harry et se faufila sous les draps, après s'être changé, Harry le rejoint quelques minutes plus tard.

« Je revis, » lâcha le blond, aspiré confortablement par les draps.

Timidement, le jeune homme enlaça Harry et posa sa tête contre son épaule. Sa respiration était régulière, son souffle effleurait le nez de Draco à chaque expiration. L'envie de pleurer l'envahit, encore. Il voulait pas perdre Harry, et surtout pas pour une bête histoire de sexe. Harry était la seule personne qui pouvait l'apaiser, qui couvrait la voix dans sa tête qui lui répétait en permanence qu'il était minable et que se jeter d'une tour était la meilleure chose à faire. C'était la première fois qu'il était autant respecté dans une relation et qu'il se sentait important pour quelqu'un.

« Je t'aime, par pitié, me laisse pas tout seul avec moi-même » ne sortait pas, comme d'habitude.

« Je t'aime, chuchota Harry contre son oreille.

- Je t'aime, répondit Draco, la gorge noué.

Ses larmes risquaient de déborder à tout moment. Fallait pas que Harry le laisse, il supporterai pas de se sentir encore plus pitoyable.


Paolo Nutini – Iron Sky

Certains soirs, le sommeil le fuyait alors il restait allongé dans la pénombre à fixer le plafond. Il pouvait passer des heures à se demander pourquoi son ex lui avait fait ce qu'il lui avait fait, pourquoi il n'avait pas plus révisé pour ses partiels, pourquoi la relation de Blaise et Pansy le rendait aussi jaloux et comment maquiller le meurtre de Théo en un suicide. Et depuis certains soirs, il fixait le plafond en se questionnant sur pourquoi Harry tenait tant à le pénétrer, pourquoi le sexe était aussi important dans une relation. Il avait beau se creuser les méninges, trouver des pistes de réponses sur Internet, écouter attentivement Blaise et de ses merveilleuses et fabuleuses aventures sexuelles, il ne comprenait pas. Le sexe demeurait un mystère insondable.

Certains soir, comme celui-ci, il se débattait avec le souvenir de Tom au dessus de lui, avec sa présence fantomatique écrasante qui l'empêchait de fermer les yeux et lui donner envie de hurler. Ses suppliques n'atteignaient aucune oreille, et le souvenir passait ses mains autour de la gorge de Draco tandis qu'il le suppliait de partir, de le laisser tranquille ou que sa mémoire soit effacée.

Draco passa une nuit horrible, entre cauchemars et réveils en sursaut. L'idée de ses rattrapages le maintenait éveillé, et quand il s'assoupissait le souvenir de Tom prenait le relais. Il n'émergea qu'à treize heures et se traîna à la cuisine, encore plus déprimé qu'avant et courbaturé.

« Ça va ? » s'inquiéta doucement Théo, déjà à son sixième thé de la matinée.

Draco se contenta de grogner et avala du bout des lèves un yaourt au soja aromatisé à la vanille so vegan.

« Je suis là si tu veux parler, » insista le jeune homme.

Il s'assit à la table et commença une série de mots croisés. Le blond finit par rompre le silence, commença à parler, la tête sur la table et effondré en lui-même.

« Je... J'crois que je suis toujours en dépression, je mourrai si je ne réussis pas mes rattrapages, Harry a envie de coucher avec moi, de mettre son putain de pénis chez moi et j'ai horreur de Pansy, je supporte plus de la voir à chaque fois que je veux voir Blaise. Merde... Merde, je me sens si mal. »

Les larmes débordaient de ses paupières, son désespoir sortait hors de lui, il était si immense que Draco avait l'impression d'être réduit à son malheur, de n'être plus que du malheur.

« Je me sens si minable, bordel, j'ai mal à l'intérieur de moi. Ça s'arrêtera jamais. »

Il sanglotait contre la table, incapable de s'arrêter. Théo vint derrière lui et lui caressa les cheveux, doucement, sans rien dire, attendant que le blond vide son sac.

« J'ai peur, je passe mon temps à flipper. Je suis rempli, de peur, de tristesse et de nullité, c'est insupportable de vivre avec ça tous les jours. J'en peux plus j'en peux plus j'en peux plus d'avoir mal. »

Son coloc lui caressait toujours les cheveux, en un geste apaisant.

« Je suis désolé, Théo, » finit par murmurer Draco, la joue mouillée et le visage brûlant. Il se redressa, essuya son visage rougi et tenta un faible sourire. « Je me sens beaucoup mieux maintenant. »

Mensonge. Il se sentait toujours aussi minable et triste, tout ce qu'il voulait à présent, c'était se retrouver seul dans sa chambre, agripper sa peluche fétiche et pleurer toutes les larmes de son corps, jusqu'à en avoir mal à la tête, même si cela ne servait à rien

« Viens avec moi sur la terrasse, on va boire du thé et parler, ordonna Théo, je vais pas te laisser seul alors que je t'ai vu dans cet état. J'ai toujours peur que tu fasses... quelque chose d'inconsidéré. Allez, va, rajouta y-il en voyant qu le blond ne bougeait pas.

Draco aussi avait toujours peur de faire quelque chose d'inconsidéré dans ces moments-là, il était capable du pire quand l'accablement prenait possession de lui.

A pas lent, il prit son tabac, un paquet de mouchoirs et s'allongea dans l'un des deux transats. Les nuages cachaient le soleil, un odeur de grillade montait jusqu'à leur balcon et leurs voisins s'esclaffaient toutes les cinq minutes. L'envie de pleurer le reprit sans qu'il ne sache pourquoi. Il se laissa glisser contre le transat et attrapa une poignée de mouchoirs, juste au cas où.

Théo arriva quelques minutes plus tard, la bouilloire, deux tasses, un assortiment de thé et un énorme paquet de biscuits fourrés au chocolat, avec lui. Il commença assez brusquement :

« Tu peux t'en prendre qu'à toi-même pour avoir raté tes partiels – Draco se remit à pleurer – mais tu peux tout défoncer aux rattrapages, si tu révises. Je sais que t'en as les moyens, alors t'as intérêt à tout niquer, et puis je veux pas voir ton daron débarquer d'Azkaban pour te traiter de fils indigne.

- Oh toi aussi, tu penses qu'il ferait ça, murmura Draco, la voix rauque. Ça aussi, ça me fait flipper. »

Il piocha quelques biscuits et les enfourna les uns à la suite des autres. Le sucre calmait quelque peu ses angoisses.

« Alors réussis ! Ensuite, parle-moi de Harry. »

La bouche pleine, le blond grimaça, il détestait parler de ses sentiments.

« Il est... Parfait. Même si parfois, il est lunatique et que ça me soûle d'envoyer toujours le premier message quand on se parle par sms. Geeeenre, rajouta Draco, en voyant le regard lourd de sens de Théo qui en voulait plus, il est gentil, attentionné, sympa, drôle, cultivé, intelligent, compréhensif, il a de bons goûts musicaux et il trop bien pour moi, je l'admire et j'm'attache tous les jours un peu plus à lui. J'aime bien quand il m'embrasse et qu'il me caresse le visage, ça me rend bizarre. Non, en fait, il serait totalement parfait s'il avait pas envie de mettre son pénis à l'intérieur de moi parce que c'est un peu dégoûtant. Et je me sens nul, enfin encore plus que d'habitude, quand je suis avec lui, mais à par ça, ça va.

- T'as déjà eu une estime de toi ? demanda Théo, dubitatif.

- Non. Ça s'achète sur le deepweb, tu penses ?

- Nope.

- Dommage. »

Draco alluma une cigarette et ferma les yeux, en tentant de capter tous les rayons du soleil.

« T'es pas minable, c'est dans ta tête, tu fais juste un complexe d'infériorité, finit par lâcher Théo. Ok, Harry te parle de psychologie, c'est pas ton domaine du coup t'y connais rien et tu te sens con, mais toi, si tu lui parles de l'influence de la bible dans la littérature occidentale, de cette pucelle de princesse de Clèves qui a les ovaires d'annoncer à son gars qu'elle en aime un autre, mais qui les a plus pour aller avec ledit gars une fois que son mari est mort, qu'elle aime l'idée de l'amour, qu'elle se définit par son malheur et sa passion pour le duc machin chouette, hein Draco ? Et l'écriture automatique qu'utilisent certains mans qui font de l'autofiction ou comme Paul Eluard ? Interroge-le sur l'écriture automatique, tu crois qu'il va connaître tout ça Harry ? C'est juste que c'est pas ton domaine, la psycho, comme c'est pas son domaine à lui, la littérature. C'est tout. »

Draco se remit à pleurer, de gratitude cette fois-ci. Ce qu'il disait lui allait droit au cœur.

« Je me demande comment tu peux avoir autant d'eau dans tes yeux, marmonna le jeune homme à la coupe au bol, perplexe. Et tu sais... le sexe, c'est pas quelque chose qu'on doit faire pour faire plaisir à son partenaire, c'est une expérience plaisante à deux. Tu connais rien au sexe, fin t'as eu la pire expérience qu'on puisse avoir, mais crois-moi, sexer avec quelqu'un, c'est LOIN de ça. C'est pas qu'un pénis dans un vagin ou un cul, c'est un...

- Moment de partage, de détente, de je sais pas trop quoi, blablabla, oui je sais, Harry m'a déjà dit tout ça.

- Alors envisage le sexe d'un point de vu qui pourrait te plaire. Le plaisir par exemple, ou le fait de caresser, d'être proche de son partenaire, l'orgasme final, ou d'être complètement soumis ou à fond à la personne que tu aimes ! Fais une liste, trouve un point que tu aimes bien et concentre-toi la dessus, te focalise pas sur le côté mécanique, pense à ce qu'il y a derrière. Pense à ce point-là, pense à pourquoi tu pourrais ou voudrais faire du sexe avec Harry et à ce que ça pourrait t'apporter. Mais bien sûr, t'es libre de pas vouloir faire de sexe et je respecte totalement ça, mais dans ce cas, tu sais que un, Harry va te quitter, deux, tu devras trouver quelqu'un d'asexuel.

- Oui, je sais...

- Alors, réfléchis à ce que je t'ai dis. Je te dis pas de faire du sexe à tout prix, mais de cesser d'associer le sexe à forcement quelque chose qui fait mal et qui détruit, d'accord ? Faut que tu guérisses ça.

- D'accord. »

Théo le psy génial allait le refaire pleurer avec ses jolies paroles. Pourquoi passait-il son temps à dénigrer ce gars ?

« Et pour terminer, après j'arrête de parler pour toute la journée, je vais te passer l'adresse d'une hypnotiseuse cool. Elle m'a aidé à aller mieux et toi, t'en as vraiment besoin, ton état de merde dure depuis bien trop longtemps. Et pour Blaise, vois le en ville, Pansy le suivra pas jusqu'à là quand même.

- Hmmm.

- Arrêtes de te dénigrer, sérieux, putain arrêtes, » lança tout à coup Théo, en se relevant.

Il fixa Draco dans les yeux, qui n'osait plus bouger ni parler. Ils restèrent de longues minutes, peut-être même une heure ou deux à prendre le soleil, à boire du thé et à manger, sans parler. Draco finit par reprendre la parole, la voix enrouée.

« Théo, je peux te faire un câlin ? Je te supporte pas les trois quarts du temps mais dans le quart qu'il reste, t'es un type génial. »


Moonbeam – Disappearance (Monsta Killa Dubstep Remix)

Ses rattrapages commençait dans une semaine, il passait ses journées à manger et potasser. Il allait l'avoir, son année – de toute façon, il était obligé – ! Les seuls moments où il se sentait apaisé, c'est quand il dormait ou quand Harry était avec lui (si on occultait la voix dans sa tête, qui lui disait qu'il était minable, bien sûr). Son Ami l'avait forcé à venir chez lui pour le weekend, à quitter ses livres et son calendrier où il cochait les jours avant Ses Deux Semaines D'Enfer, autrement dit ses deux semaines de rattrapages.

Draco s'était gavé de sushis, au point que le trajet du salon jusqu'à la chambre fut douloureux et interminable. Le lit l'accueillit avec grand plaisir, il fumerait sa cigarette digestive quand il serait à nouveau capable de se lever. Harry se brossait les dents et se changeait dans la salle de bain à côté, il eut un sourire quand il découvrit Draco étalé de tout son long en travers des draps.

« Tu me fais des papouilles ? » demanda Draco, la tête dans l'oreiller.

Depuis qu'il avait découvert qu'il aimait qu'on lui caresse le dos, il en quémandait chaque soirs à Harry. Doucement, ce dernier grimpa sur le lit puis s'assit sur l'arrière de ses cuisses, le contact de sa peau troubla Draco.

« Je te fais pas mal ?

- N-non. »

Doucement, Harry roula le tee-shirt vers sa nuque, découvrit son dos pâle. Du bout des doigts, il suivit sa colonne vertébrale apparente.

« Comment tu fais pour rester aussi mince avec tout ce que tu manges ? chuchota Harry, dans la pénombre de la chambre.

- Je pense, je pense que c'est le stress. Je fais que manger mais je stresse h24, alors je crois que ça brûle des calories. »

Harry croisait des lignes invisibles sur la peau de Draco, dessinant une toile d'araignée qui s'étendait de son cou, à ses côtes et jusqu'en bas de son dos, à la lisière de son caleçon. Peu à peu, Draco se détendit sous les doigts de Harry, ses pensées obsessionnelles concernant son rattrapage et la corde qu'il avait caché dans son dernier tiroir, sous ses chaussettes, pouvaient bien le laisser tranquille pour deux petits jours. Puis les doigts sur sa peau nue le troublait, quelque chose palpitait dans sa poitrine, courait dans ses veines.

« Je me sens bizarre, » finit par Dire Draco.

Harry arrêta tout mouvement, pour poser ses deux mains à plat sur le dos d'un blanc laiteux.

« Bizarre comment ? »

Lui même ne savait pas trop. C'était la première fois qu'il ressentait ce sentiment. Tout son intérieur fourmillait, il voulait que les mains de Harry caressent son dos pour toujours, ou d'être tout contre lui et de rester comme ça pendant des heures. En fait, il était bien avec Harry si près de lui, et à moitié dénudé. Il dormait toujours en tee-shirt et jogging, pour éviter au maximum que leurs peaux se touchent, d'habitude.

« Bizarre, comme « j'ai jamais ressenti ça avant ».

- Oh, oh, je vois, » dit Harry d'un air entendu.

Non, il se méprenait. Draco n'avait pas d'érection, ni même l'envie de toucher les parties génitales de Harry ou de les accueillir en lui, c'était autre chose. A ce propos, l'idée que Harry veuille « faire l'amour » avec lui avait arrêté de le terrifier, du moins il n'était plus agité de sanglots quand il y pensait. L'idée était dérangeante, lui semblait déviante, mais un peu plus acceptable qu'auparavant.

« Ça m'excite pas, crois pas, c'est juste que ça me rend... bizarre. Bon, continue tes papouilles, on en parle plus.

- Oui, Heichou, » (1) se moqua Harrry.

Draco souhaita de tout son cœur que le temps se fige, l'apaisement qu'il recherchait depuis si longtemps le prenait enfin, les draps avaient l'odeur de Harry, et ses doigts contre sa peau le faisait sentir spécial.


Ina-Ich – Je t'emmène

La bâtisse le dominait de toute sa hauteur, les plaques de médecins accrochées à la façade lui rappelait qu'il avait un problème. La salle d'attente colorée contrasté avec le hall blanc, et les affiches au mur et les magazines sur la table basse lui indiquait comment aller mieux ou bien. S'il avait pu s'ensorceler pour être heureux, pour faire partir sa dépression, effacer ses souvenirs et réussir à ses partiels, il l'aurait fait depuis une éternité.

Une petite femme toute menue surgit dans la salle d'attente et lui tendit la main.

« Draco Malfoy ? »

L'intéressé acquiesça et suivit la médecin jusque dans son cabinet.

« Qu'est-ce qui vous emmène ? » l'interrogea t-elle, une fois qu'ils se furent assis et qu'elle eut pris une feuille vierge.

Par où commencer ?

Il parla de son estime de soi inexistante, de la terreur de rater ses rattrapages, son année, de sa peur panique de conduire, du sexe qu'il avait en horreur, de son décalage avec le monde, de son hypersensibilité couplé à de l'insensibilité, de son ex et du mal qu'il lui avait, des conséquences post-traumatiques qu'il subissait au quotidien, comme les cauchemars éveillés, la perte de mémoire ou de concentration. Il fut incapable de parler de la corde dans son tiroir à chaussettes. Ce n'étaient pas tant ses idées suicidaires qui le faisaient flipper, mais la légende qui disaient que les maccabbés qui ne parlaient de leurs projets à personne, étaient ceux qui réussissaient, contrairement à ceux qui clamaient leurs envies de mourir. Elle hochait parfois la tête, l'encourageant à continuer, son stylo grattait furieusement la feuille. Sa tirade laissa Draco épuisé.

La médecin fit la moue, puis un léger sourire étira ses lèvres peintes au rouge à lèvres.

« Quand même ! Dites moi, quel serait un endroit apaisant pour vous ? »

Le jeune homme fut dérouté.

« Le bord de la mer. Avec du sable doux, des petites vagues, et en fin d'après-midi.

- Bien. Vous avez l'image en tête ?

- Oui ?

- Allongez-vous, » lui intima t-elle en désignant du menton la chaise médicale, recouverte de papier.

Draco se déchaussa et s'allongea, perplexe. Pas de pendule, pas d'encens ? Le vent soufflait fort contre les fenêtres, l'horloge murale faisait trop de bruit et il entendait même quelqu'un tousser depuis la salle d'attente.

D'abord, elle luit dit de fermer les yeux, puis de se concentrer sur son image mentale et tandis qu'elle lui disait de détendre tout son corps, Draco se sentit glisser et atterrir sur la plage. Le sable n'avait aucune consistance sous ses pieds, l'air ne lui apportait aucun embruns marins pourtant, il était bien là, au bord de la mer, par contre les vagues, il les percevait clairement s'écraser contre le sable, les rochers, puis se retirer, s'écraser nouveau. La voix de l'hypnotiseuse lui parut lointaine quand elle lui parla.

« Imaginez un sac à dos, très lourd, qui vous pèse. »

Oh oui, il l'imaginait très bien, il s'enfonçait dans le sable, ses bras s'engourdissaient sous le poids. Elle lui demanda de le jeter, et péniblement, il se traîna jusqu'à mi-mollet dans l'eau et le lança aussi loin qu'il le put. Ensuite, il revint s'asseoir au milieu du sable, léger et heureux.

« Imaginez maintenant un coffre, remplis de photos, vos souvenirs, vos peurs, qui vous empêchent d'avancer. »

Il vit en premier un nuage noir, bas et lourd, grouillant de bras interminables aux doigts arachnéens. Sa dépression, sa peur des autres, ses sales pensées, sa mauvaise estime de lui.

« Détruisez toutes ces photos avec l'objet que vous voulez. »

Un briquet. Le coin de la photo s'enflamma, il la regarda brûler avec indifférence. Sa peur panique de la conduite, représentée par une voiture imposante, au capot énorme. Elle s'enflamma elle aussi. Ensuite, il en déroula une autre, beaucoup plus grande, haute comme un poster de deux mètres avec, au centre, son ex. Quand Draco se levait, il atteignait à peine son ventre et il lacéra autant qu'il pu l'homme malfaisant, il lui taillada les jambes, réduit son sexe en miettes, coupa les bouts de doigts qui s'offrait à lui et lui mit feu. Il le regarda, l'imagina brûler jusqu'à la disparition totale de la photo. Le coffre n'offrait plus que des photos noires, il n'avait sans doute pas accès à ses autres souvenirs, refoulés dans son inconscient. Il sortit un derrière photo, celle avec la corde qu'il avait acheté. Il hésita longuement, puis en déchira une partie qu'il mit brûla et l'autre qu'il remit dans le coffre.

Ensuite, il s'allongea dans le sable, se laissa caresser par les rayons du soleil. La voix de la médecin se fit entendre, plus faible que tout à l'heure tandis que le bruit des vagues devenaient plus fort et le sable plus palpable dans son dos.

« Maintenant, laissez vous remplir par la force du venez d'éliminer tout le négatif de votre vie, laissez les rayons vous charger d'une énergie nouvelle. »

Draco aurait pu rester à se dorer la pilule une éternité, il était bien dans cette partie-là de sa tête, cependant la voix se fit encore entendre, et le ramena à la réalité. Il finit par ouvrir les yeux difficilement, et fut presque étonné d'être dans un bureau.

« C'était méga chelou, » finit-il par dire, la bouche pâteuse.

L'hypnotiseuse lui sourit. Après avoir réglé et lui avoir parlé d'un potentiel deuxième rendez-vous si la séance avait porté ses fruits, alors qu'il allait partir, elle lui prit la main.

« Je vous souhaite de tout mon cœur que ça marche. »

Oh, lui aussi se le souhaitait.


(1) Heichou, c'est pour une référence à l'attaque des Titans. Genre, c'est Levi Le Beau et Le Badass, c'est le méga chef et on l'apelle Heichou et il est super autoritaire. Voila c'était mon placement de mot pour SNK (je sais pas trop si je suis claire, mais ça veut dire chef, en très gros)


TBC (ou DansTonC, si tu laisse pas de reviews)


Merci d'avoir lu jusqu'ici, triple mille millards de merci si tu me laisses une review, je t'aime, t'es gentille. A vendredi prochain pour la suite et courage si t'as des examens

Brownie et caramel, Mello