Merci infiniment pour vos messages, ça m'encourage encore plus pour la suite :)
Lorsque je franchis le seuil de la maison, je libérai immédiatement Azura de son harnais et je fus surpris d'entendre le rire de Chloë se mélanger à un rire beaucoup plus masculin et qui provenait directement de la cuisine. Je fis donc mon entrée dans la pièce quelques secondes plus tard pendant que Chloë accueillait joyeusement Azura dans ses bras et que la chienne ne cessait de remuer la queue sous les caresses de sa maîtresse, le tout sous le regard énamouré d'un gringalet qui était assis juste à côté de Chloë, un bouquin de maths ouvert devant lui sur notre table de la cuisine.
- alors tu vois ? Je t'avais pas menti, elle est magnifique ma chienne hein ? Demanda fièrement Chloë à l'autre demi-portion.
- oui surtout ses yeux, ils sont presque aussi beaux que les tiens.
Non mais cette vermine de mec était sérieux ? Il venait quand même pas de comparer les yeux de Chloë à ceux d'un clebs, si ? J'avais encore du mal à croire ce que je venais d'entendre, mais ce qui me faisait encore plus mal au cul, c'était la réaction de Chloë qui prenait sa phrase pour le plus beau compliment qui soit.
- merci Ned.
Je me fis violence pour ne pas ouvrir ma gueule sur le fait qu'elle puisse rougir à ce que pouvait lui dire l'autre microbe, mon regard fut comme aimanté sur la rose en origami qui traînait sur le livre de maths ouvert de Chloë, il ne ressemblait pas aux habituels marque-pages découpés en forme de trèfle à quatre feuilles par ses soins, est-ce que c'était un cadeau de la part de l'autre avorton qui lui était tout spécialement destiné ? Cette question m'obsédait.
- c'est moi qui lui ai offert Azura, j'ai bon goût tu trouves pas ?
Il fallait que je me mêle à leur conversation, c'était plus fort que moi, je ne pouvais pas m'en empêcher, ce qui avait l'air de fortement déplaire à l'autre minus qui me toisait d'un air contrarié.
- c'est pas bien de se vanter, c'est contre les valeurs de notre faction.
Super, je me retrouvais en face d'un Joel bis, je comptais bien lui envoyer une petite pique bien sentie en retour mais malheureusement pour moi, Chloë prit à son tour la parole.
- c'est pas bien grave, de toute façon, John n'est pas vraiment un Altruiste, et en plus, dans quatre mois il ne sera plus là alors ça ne compte pas.
Comment ça, ça ne comptait pas ? Elle était sérieuse ? Quel toupet elle avait d'oser me balancer ça en pleine face alors que son frangin me prenait chaque jour la tête dès qu'une de mes remarques ou une de mes attitudes ne faisait pas assez Altruiste à son goût, c'était la meilleure blague de l'année celle-là !
- donc il faut isoler le x, c'est ça ?
Chloë changea de sujet de conversation et questionna son prof à la cervelle de moineau comme si de rien n'était, visiblement, j'étais de trop dans cette pièce.
- oui, pour faire ça, tu soustrais 10 aux deux membres, ainsi à gauche il n'y a plus de +10, ça s'annule et à droite apparaît le terme -10, il te reste encore à te débarrasser du 3 qui multiplie le x.
- bon ben je vais faire le dîner, c'est pas comme si je sortais pas déjà me promener tous les jours au parc avec la chienne, donner des cours de soutien, ça c'est un acte héroïque de la part d'un vrai Altruiste, grommelais-je avant de rejoindre la remise.
Quand je rejoignis le frigo de la cuisine quelques minutes plus tard pour y prendre des carottes, de la salade, des oignons, des champignons et un poireau, non seulement, Chloë était à nouveau morte de rire à côté de l'autre crétin mais elle lui tenait l'avant-bras en même temps comme dans un geste typique de séduction. La mâchoire serrée, je ne pus retenir une grimace à cette simple vision d'horreur, sa tendance à faire des sourires niais à Chloë et à lui tourner autour me donnait envie de vomir, ce moucheron commençait sérieusement à me sortir par les trous de nez, c'était viscéral.
Je ne savais pas ce qui me retenait de le prendre par la peau des fesses et le foutre dehors afin qu'il ne remette plus jamais les pieds dans notre cuisine, Chloë m'en voudrait probablement à mort ensuite mais au moins elle serait débarrassé de ce connard, elle était bien trop fragile, ce n'était pas du tout le genre de mec qu'il lui fallait, elle se laissait avoir comme une débutante, ça me mettait hors de moi, je préférais encore rejoindre le salon afin de ne pas assister à ce spectacle des plus consternants. Oh et puis après tout, ils n'avaient qu'à passer tout le temps qu'ils voulaient ensemble tous les deux, j'en n'avais strictement rien à battre !
Quand je revins de ma promenade au parc avec Azura en fin d'après-midi, je fus surpris de retrouver Chloë assise sur le canapé du salon, d'habitude elle était déjà réfugiée dans sa chambre à cette heure-ci, elle avait l'air aussi surprise que moi et referma immédiatement le petit coffre rose en bois qu'elle tenait dans ses mains et dont la musique qui s'était échappée jusque-là me faisait penser à la mélodie du lac des cygnes mais je n'en étais pas sûr à cent pour cent.
- désolée, dit-elle des trémolos encore dans la voix. Ça fait pas très Altruiste de s'épancher sur ses malheurs, excuse-moi.
- je crois que tu m'as confondu avec Joel. Je ne vais pas te faire la morale dans un moment pareil, ça ne me serait même pas venu à l'idée.
Je décidais de la jouer cool, ça se voyait qu'elle était encore sous le coup de l'émotion, je me demandais si c'était à cause de notre rupture qu'elle pleurait ou peut-être que je faisais totalement fausse route. Avant même que je lui demande quoique ce soit, elle reprit la parole entre deux petits reniflements discrets.
- c'est le dernier souvenir que j'ai de ma mère. Elle l'a construite entièrement pour moi.
- tu ne parles jamais d'elle, c'est la première fois que je t'entends en parler.
Je pris place discrètement sur le fauteuil juste à côté du canapé, je n'étais pas le confident idéal, loin de là, mais je sentais qu'elle avait besoin de se confier à quelqu'un et pas dans une heure, tout de suite.
- elle nous as eu très jeune avec mon frère puis elle a décidé de nous abandonner en ne revenant pas de la Cérémonie du Choix. Je ne sais toujours pas quelle faction elle a choisi ou s'il lui est arrivé quelque chose depuis. Mon père non plus n'a jamais su. Il a fait ce qu'il a pu pour nous élever du mieux qu'il pouvait mais il s'est laissé mourir à petit feu, je crois qu'il a eu trop de chagrin qu'elle le quitte, il ne s'en est jamais remis. Il est décédé il y a deux ans, ça doit être aussi la dernière fois que j'ai vu mon frère pleurer et que j'ai tenu la main de quelqu'un, enfin jusqu'à…
- moi.
- oui, toi, dit-elle dans un sourire triste. Ma mère est partie John, elle a choisi délibérément de nous quitter, d'un côté, je l'admire beaucoup pour son geste, moi je n'aurais jamais eu ce cran, mais de l'autre, je n'arrête pas de me répéter qu'elle a choisi de vivre une autre vie plutôt que de vivre avec moi, rester loin de moi, il n'y a que ça qu'elle souhaitait en fin de compte.
- j'ai entendu dire qu'élever un enfant est la plus grande aventure qui soit pour un père comme pour une mère, la tienne a seulement manqué de courage, c'est tout.
Elle acquiesça tout en séchant ses larmes, j'avais de plus en plus de mal à ne pas lui dire la vérité sur cette semaine passée sans elle, c'était un vrai calvaire de ne pas pouvoir être auprès d'elle comme avant, je n'arrivais plus à rester loin d'elle plus longtemps, c'était trop dur.
- Clover, écoute, tous les gens qui te connaissent ne peuvent envisager la vie sans toi, et tu peux me croire, je sais de quoi je parle.
- mais pourtant la semaine dernière, tu as dit que je ne comptais pas à tes yeux.
- je l'ai dit, c'est vrai… mais…
- tu ne le pensais pas ?
- pas un mot.
- bien, je suis soulagée, avoua-t-elle dans un sourire. On peut reprendre là où on s'est arrêté alors.
- on pourrait mais ça changerait rien au fait que dans quatre mois, je ne serais plus là.
- je sais ça, John, je le sais très bien. Et je saurai faire face le moment venu mais pour l'instant, tu es encore ici alors profitons du temps qu'il nous reste ensemble, d'accord ? A moins que…
Je restais suspendu à ses lèvres quand elle se leva du canapé pour mieux venir s'installer sur mes genoux, elle était tellement fluette que je ne sentais même pas son poids plume sur moi.
- ...tu aies peur de tomber follement amoureux de moi.
- alors là, aucune chance que ça arrive.
- ben tu vois, il n'y a plus de problème alors.
- ce n'est pas pour moi que je m'en fais, Clover.
- je sais, et ça me touche que tu t'inquiètes pour moi mais pour l'instant, je n'ai pas envie de penser au jour de ton départ avant qu'il n'arrive et je te le répète, je saurais l'encaisser, c'est promis.
- ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir s'il te plaît.
- peut-être mais pour moi, le plus important c'est que je me sente bien quand tu es là. Maintenant. Dans le présent. Et toi ? Tu te sens bien avec moi ?
- c'est pas le sujet.
- bien sûr que si, c'est tout ce qui compte. Et ton silence vaut bien mieux que tous les mots à mon humble avis donc c'est décidé, on en parle plus et on profite de ces quatre mois à fond.
- et je n'ai pas mon mot à dire, c'est ça ?
- voilà, t'as tout compris.
Je ne pus réprimer un sourire, visiblement c'est elle qui comptait porter la culotte dans notre couple.
- avant, dis-moi pourquoi ce Ted t'a offert une rose en origami.
Cette question me brûlait les lèvres depuis vingt-quatre heures bientôt, il fallait absolument que j'en sache plus sur cette histoire.
- c'est Ned, pas Ted, me corrigea Chloë, le sourire jusqu'aux oreilles. Il me l'a juste apportée pour me la montrer, elle est pour Maëva, tu sais la sœur de Marla, elle lui plaît beaucoup, c'est sur elle qu'il craque, pas sur moi, tu n'as pas à t'en faire.
- je ne m'en fais pas.
- allez, avoue que tu étais jaloux quand il est venu hier.
- une minute, c'est pour ça que tu l'as fait venir, pour me tester ?
- oui et ça a marché comme sur des roulettes.
- alors là, pas du tout.
- menteur. Je sais qu'on est pas chez les Sincères, mais tu pourrais avouer quand même.
- tu sais quoi, j'en ai marre de parler, pas toi ?
- tu veux qu'on fasse quoi ? Demanda-t-elle naïvement. Aller se balader au parc ?
- et bien, c'est simple, je vais compter jusqu'à trois, après je vais commencer à t'embrasser et si tu ne veux pas que je le fasse, si tu n'en as pas envie, arrête moi.
Je ne la lâchais pas du regard alors que les secondes s'égrenaient lentement dans ma tête, un crocodile, deux crocodiles…
- trois.
Ma voix se faisait rauque et même si je l'avais prévenue de mes intentions, elle fut surprise que je dépose effectivement un tendre baiser sur sa bouche. Totalement déstabilisée par mon geste, elle me fixait les yeux écarquillés et sans qu'elle ne puisse réagir, je passai aussitôt ma main droite derrière elle pour lui soutenir la nuque et l'embrasser de plus belle. Je laissai ensuite reposer mon front contre le sien et Chloë esquissa un léger sourire, enfin consciente de ce qui venait de se passer entre nous.
- mon premier baiser, commenta-t-elle d'une voix à peine audible.
- prête pour le deuxième ?
Au lieu de me répondre, elle déposa à son tour plusieurs petits baisers sur ma bouche, tendres et surtout lents, prenant bien soin de savourer la douceur de mes lèvres. Les yeux fermés, je me délectais de chacun de ses baisers du bout des lèvres.
Posant délicatement ses petites mains de chaque côté de mon visage, comme si elle ne voulait plus jamais me quitter, Chloë revint coller sa bouche contre la mienne et je l'embrassai de plus belle en retour. Nos langues s'entremêlaient toujours avec plus d'ardeur, comme si on mettait dans chaque nouveau baiser, tout ce qu'on avait été incapable de s'avouer jusque là.
Reprenant tour à tour nos souffles, encore bercé par l'intensité de ce moment, je dégageai une mèche de la chevelure de Chloë derrière son oreille en me répétant que je pouvais vraiment passer des heures à admirer ce si doux visage.
A la vue de cette forêt noire appétissante, je ne pus m'empêcher de piquer un peu de chantilly se trouvant juste sur le dessus.
- t'en as partout, me dit Chloë dans un sourire conquis.
Elle prit une serviette et m'essuya délicatement la bouche, comme une caresse. On se fixa un long moment en silence. Le regard plein d'envie, nous échangions un baiser passionné.
- papa ! Papa !
La voix de notre fils nous fit basculer à nouveau dans la réalité. On rejoignit alors notre chère petite tête blonde dans le salon avec ses copains.
- qu'est-ce qu'il y a bonhomme ? Lui demandais-je gentiment.
- on veut faire un tournoi de judo mais il nous manque une personne.
Mon fils m'implora du regard et Chloë eut un rire moqueur simplement à l'idée de me voir faire du judo.
- je te remercie, commentais-je avec ironie.
- désolée.
- alors tu es d'accord papa ?
- ça dépend, je joue contre qui ?
- Lee joue contre Duncan, Antony contre Simon alors … c'est moi contre toi !
- ok, allons-y !
Je volais un dernier baiser à Chloë pour me porter chance avant de rejoindre notre fils déjà en place sur le tapis.
- allez, vas-y, champion, maman te regarde ! S'enthousiasma Chloë juste après l'avoir embrassé sur la joue. Montre à papa ce que t'as dans le ventre !
Je me mis à grimacer, prétextant être vexé que Chloë encourage notre fils plutôt que moi. Chaque match durait cinq minutes, mon fils m'avait déjà envoyé au tapis à deux reprises, sous l'œil amusé de sa maman qui essayait tant bien que mal de garder son sérieux. Notre fils fut finalement déclaré vainqueur avec une dernière prise réussie, à la plus grande joie de Chloë qui le serra fort dans ses bras pour le féliciter.
- bravo champion, tu m'as bien eu, reconnus-je auprès de mon fils.
En tant qu'adversaires d'un jour, on échangea une franche poignée de main pleine de respect mutuel.
- on tire au sort les prochains matchs ? Demandai-je, totalement pris au jeu.
- tu voudrais pas faire un tour dehors plutôt ? Nous interrompit Duncan, en tant que mauvais perdant.
Notre fils eut à peine le temps de hocher la tête que ses quatre amis passaient déjà la porte pour rejoindre la maison voisine.
- surtout n'oubliez pas de revenir à quatre heures pour le gâteau ! Leur cria Chloë dans la précipitation.
- OUI MAMAN ! Lui répondit notre fils au loin.
- quoi ? Ils s'ennuient déjà de nous ? Soupirai-je.
- qu'est-ce que tu veux ? C'est comme ça, les enfants !
- hum … ça n'a pas que des désavantages, commentai-je dans un sourire.
On se retrouvait seuls à nouveau avec Chloë et je comptais bien en profiter.
- alors … madame John Doe ?
Je m'approchai tout doucement d'elle avant de la prendre par la taille tout en lui faisant les yeux doux.
- on n'embrasse pas son champion de mari ?
Je penchai légèrement la tête vers elle mais ma femme détourna la sienne presque immédiatement.
- un champion ? Ou ça ? J'en vois aucun moi ! Dit-elle, l'air moqueur, en balayant du regard les moindres recoins de notre maison.
- normal, je l'ai laissé gagner.
- tu parles !
- tu ne me crois pas ?
Elle fit non de la tête.
- tu veux que je te montre ?
- chiche ?
Pour répondre à sa provocation, je tentai une énième prise de judo contre ma femme. J'essayais tant bien que mal de lui faire perdre ses appuis mais sans succès. Au lieu de ça, c'est moi qui me retrouvais finalement à terre et l'emmenais dans ma chute, si bien qu'elle se retrouvait maintenant sur moi.
On échangea un éclat de rire jusqu'à ce que le silence se fasse d'or. On ne cessait de se dévorer des yeux. Son odeur abricot me rendait fou. Je sentais le désir monter en moi quand ma femme vint me susurrer des mots doux à l'oreille.
Elle était avide de mes caresses, je me remémorais encore ses gémissements de ce matin-même, j'adorais les entendre et j'avais une folle envie de me perdre à nouveau dans ses bras. J'approchai alors ma bouche contre la sienne, nos lèvres commençaient tout juste à se frôler …
Bip, bip, bip, bip, bip ! Saleté de putain de réveil sur ma montre ! J'avais l'impression que tout ce dont j'avais rêvé d'avoir depuis des années venaient de m'échapper en un instant. Un fils, une femme, je ne pouvais pas m'imaginer aussi heureux que dans ce rêve et en restant chez les Altruistes, je me rendais compte que je pouvais encore le concrétiser, épouser Chloë et fonder une famille avec elle, il n'y a rien que je désirais plus au monde à cet instant.
Que la joie t'accompagne *_*
