Disclaimer: L'univers d'Harry Potter appartient à JKR.
RECUEIL. Dix OS. Dix Serpentards. 1996.
Pour Theodore, je vous propose « Hallelujah», de Jeff Buckley.
« Les yeux sont le reflet de l'âme. » Ils ne parlaient pas beaucoup, mais avaient tous plus ou moins de beaux yeux.
THEODORE
le top cinq
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Il rase les murs, ses livres serrés contre sa poitrine. Sa besace se balance sur son épaule, vide, comme toujours. Il a le regard nulle part et partout en même temps. Il semble ailleurs mais pas vraiment. Ses yeux verts, discrets, sont fixés droit devant lui, mais les élèves tout autour de lui se sentent observés. Théodore Nott est curieux. Discret. Observateur. Il pourrait passer inaperçu aux yeux du monde s'il ne faisait pas parti du top cinq.
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« J'ai eu un T en Divination. », lui confie Lysandra. Elle ajoute juste après, un peu précipitamment, comme pour ne pas se faire gronder : « Je n'aime pas ça et Trelawnay me déteste. »
Aux oreilles de Théodore, cela sonne plus comme une excuse. Lui non plus n'aime pas la Divination. Il a pourtant eu un O la semaine dernière. Il soupire et secoue la tête. Lysandra ébauche un sourire navré puis s'en va.
Théodore soupire une nouvelle fois. Et c'est lui que l'on dit « raté » ?
Il tousse fort, mais quelque chose reste bloqué dans sa gorge avec un arrière-goût amer. Celui de l'injustice.
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« Bouge de là, Nott. »
Blaise Zabini, Serpentard influent en sixième année, fils d'une mangeuse d'hommes, ami de Draco. Un petit fouineur qui a des oreilles partout, qui sait tout, entend tout, voit tout. Un gars taillé comme un colosse et qui n'a pas froid aux yeux. Un de ceux qui auront bientôt une marque sur l'avant-bras.
Un mec dangereux.
Théodore pince les lèvres, baisse la tête et lui cède sa place au coin du feu.
Zabini est dangereux. Trop dangereux pour lui.
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Théodore avait toujours été l'une des seules personnes de sa maison à ne pas être tombé sous la coupe de Draco. Peut-être celui-ci l'avait-il jugé trop inutile. En tout cas, il n'avait jamais cherché à attirer son attention. Il était resté discret, cherchait même à se cacher de Draco.
Mais voilà, le Prince vient de s'asseoir en face de lui. Devant tout le monde, mais dans un coin discret. Un coin où, il le sait, personne ne viendra les déranger. Et c'est ce qui fait peur à Théodore.
« Je veux que tu fasses quelque chose pour moi. »
Draco ne dit pas « j'aimerais », mais « je veux ». Parce que bien sûr, Théodore n'a pas d'autres options. Il obéira parce qu'il sait que les conséquences peuvent être lourdes. Surtout avec Draco Malfoy.
Il ne formule même pas sa phrase avec le mot « service ». Du genre « je voudrais que tu me rendes un service. ». On ne rend pas de service à Draco. On lui obéit, tout simplement. Draco Malfoy n'a pas besoin d'aide.
Théodore se redresse, en alerte. Il ne peut pas s'échapper. Pas cette fois. Draco va l'attraper dans ses filets. Inévitablement. Comme tous les autres avant.
Draco se penche en avant, joint ses mains sur ses genoux et s'apprête à lui révéler sa mission, presque sur le ton de la confidence. Théodore sait qu'il ne se confie pas. Draco ne se confie à personne. Draco demande. Draco ordonne. Draco dit. Mais Draco ne se confie pas.
« Tu as beau être derrière moi dans le top cinq, je sais que tu caches quelque chose. Tu caches une trop grande intelligence pour qu'elle soit exposée, mais aussi trop importante pour qu'elle soit cachée. Alors tu te contentes de la cinquième place. »
Un compliment. Enfin, cela y ressemble un peu. Parce que Draco Malfoy ne fait pas de compliments. Il sait simplement manipuler les gens. Draco est rusé. Théodore se contente de hocher la tête.
« Je veux que tu me trouves quelque chose, un livre, un sort, n'importe quoi. Quelque chose qui puisse réparer un objet cassé. Un objet qui permet de disparaître. »
Alors, les rouages du cerveau de Théodore s'enclenchent à toute vitesse et Draco peut presque voir de la fumer s'échapper de ses oreilles.
Grillé.
Trop intelligent pour son propre bien, ce Théodore.
Une armoire à disparaître.
Draco cherche à réparer une armoire à disparaître.
« Tu as compris ? », demande t-il.
Question rhétorique. Mais il y a quelque chose de plus profond qui se cache derrière cette question. Tu ne diras rien. Tu seras discret. Tu ne poseras pas de questions. Tu ne me balanceras pas si tu te fais chopper pour quoique ce soit. Quand tu auras fini, tu feras comme si cela n'avait jamais existé.
Théodore hoche la tête, encore une fois.
Le deal est clair. Trouve moi ça et tais-toi.
Draco se lève, s'en va.
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« Tu pourrais au moins t'excuser, non ? »
Théodore se retourne, un peu étourdi. Qu'a-t-il encore fait ? Devant lui, Daphné, la Reine des glaces, le fusille du regard.
Oh. Il l'a bousculée. Sans faire exprès, bien sûr. Mais de toute évidence, Daphné attend des excuses. Elle croise les bras et lui envoie à nouveau un de ses regards made in Durmstrang.
« En plus d'être cinquième tu te permets d'être impoli ? »
Théodore continue de la fixer alors qu'autour d'eux, les gens se sont arrêtés. Alors qu'il s'apprête à partir, Daphné revient à la charge.
« De toute évidence, ta mère n'a pas su t'enseigner nos valeurs. » Elle fait une pause, mesurant l'impact de ses paroles sur le jeune homme. La garce. Un sourire mesquin s'étire sur ses lèvres et elle ajoute : « J'oubliais que ta mère était une traître-à-son-sang. »
Trop. C'en est vraiment trop. Il laisse tomber au sol sa besace et ses livres et s'approche à grands pas d'elle. La vipère perd petit à petit de sa contenance. Thédore lui paraît tout à coup menaçant. Elle recule, mais bute vite contre le mur derrière elle. À côté d'eux, les élèves attroupés retiennent leur souffle.
« Je... »,essaye-t-elle de dire.
Ne lui laissant pas le temps de finir sa phrase, il l'attrape brusquement par le col de sa robe et la plaque plus violemment contre le mur. Il voit la peur se cristalliser dans les yeux bleus électriques de Daphné et, pour la première fois de sa vie, il se sent puissant. Vivant. Acteur de sa propre vie.
« C'est ça ton courage, Greengrass ? Où elle est passée, ta superbe, Daphné ? Dans ta culotte peut-être ? J'oubliais que tu n'en portes pas. Et tu oses me parler de politesse et d'éducation ? Tu es aussi vulgaire que toutes ces prostituées que l'on trouve dans l'Allée des Embrumes. Tu te donnes une prestance que tu n'as pas en te prenant pour la Reine de Poudlard mais tu me fais juste peine à voir. »
Il la lâche, recule un peu, la toise avec le plus grand des mépris tandis qu'elle retrouve son souffle. Elle est orgueilleuse et il vient de faire voler en éclat son honneur.
« Et toi alors ? Tu penses peut-être que tu es mieux ? » halète-t-elle, folle de rage. « Tu te prends pour un dur mais tu ne fais que raser les murs, tête baissée. Tu cèdes ta place au coin du feu parce que tu n'es qu'un peureux. Tu passes ton temps à la bibliothèque, dans tes bouquins, mais t'es le dernier du top cinq. »
Théodore recule encore, et, face à ce geste qu'elle interprète comme étant de la faiblesse, elle se sent triomphante. Mais il lui tourne le dos, fourre ses livres dans sa besace et se retourne à nouveau. Il lui alors lance un petit sourire, un sourire qu'elle n'a encore jamais vu apparaître sur son visage.
« Le dernier, peut-être, mais moi au moins, j'y suis Greengrass. »
Et il part, comme ça, sans se retourner. Adieu Daphné. T'as perdu, garce.
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« Qu'est-ce que tu as fait ? Par Merlin qu'est-ce qui t'a pris Théodore ? Réponds-moi, idiot ! », Lysandra le secoue, lui arrache son livre des mains et lui frappe la tête avec. Elle s'apprête à recommencer mais Théodore lui attrape le poignet et le lui serre. Fort. Très fort.
« Arrête. Théo... Tu me fais mal, je t'en supplie arrête ! »
Il la lâche et Lysandra se laisse tomber sur le lit de son frère en massant son poignet endolori.
« Pourquoi tu as fait ça ? », demande t-elle plus doucement.
Il secoue la tête et se laisse silencieusement tomber en arrière, ses yeux rivés sur le plafond illuminé de son lit. C'est lui qui l'a ensorcelé. Il représente la constellation du chien, sa préférée. Lysandra s'allonge à ses côtés et répète sa question.
« Je ne sais pas. Elle le méritait en tout cas. »
Sa sœur secoue la tête, désespérée. C'est encore sur elle que Daphné va se venger. Elle se blottit contre son frère, en silence. Et ils restent comme ça, longtemps.
« Elle a dit que maman était une traître-à-son-sang. » finit-il par dire.
Elle se cale un peu plus contre lui et il la sent qui hoche la tête. Dans leur langage, cela signifie : « D'accord Théo. Tu as eu raison. Elle le méritait. »
Il la serre un peu plus fort, comme pour la protéger. Mais Daphné se vengera.
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« Est-ce que tu l'utilises ? »
Sans même relever la tête, Théodore sait qui lui pose cette question. Il se contente de fermer le grimoire ouvert à l'extrémité de sa table, une table dissimulée tout au fond de la bibliothèque, et de le pousser en direction de Granger. Il s'attend à ce qu'elle parte avec. Ce qu'elle ne fait pas.
Elle s'assoit devant lui.
« Est-ce que...est-ce que ça va ? »
Sous le choc, Théodore en lâche sa plume. Sa bouche reste entrouverte. Personne, personne ne lui a posé cette question. De toute sa vie. Personne ne s'est soucié de lui au point de lui demander comment il allait. Personne.
Alors, pour la première fois, Théodore releva tout doucement la tête et rencontra les iris marrons clairs soucieux d'Hermione Granger. Et ce fut à la Gryffondor de tomber des nues en découvrant la lueur verte pâle qui animait le regard du Serpentard.
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Un soupir et le crissement d'un fauteuil qui s'affaisse sous le poids de la personne qui s'assoie en face de lui. Nul besoin de relever la tête pour deviner que cette personne n'est autre que Pansy. Son odeur de rose la suit partout. Il a presque envie de lui demander de mettre moins de parfum demain matin.
« Il paraît que tu as fermé le clapet de Greengrass ? », s'enquit-elle, feignant d'admirer ses longs ongles.
Théodore secoue la tête, il a presque envie de rire. Il referme son livre et un nuage de poussière s'en échappe. Pansy fait mine de tousser et alors Théodore ne peut retenir un rictus. La Serpentarde ne peut aussi contenir une risette mesquine plus longtemps.
« Je n'aime pas cette pimbêche. », confie t-elle. « Je ne l'aime pas parce qu'elle se prend pour la Reine alors qu'ici, chacun sait que c'est moi qui règne. »
Théodore, amusé par ces paroles, lève la tête vers elle et se met à la fixer droit dans les yeux. Elle a de beaux yeux, cette petite. Oui, parce qu'elle était plus petite que lui. Pansy Parkinson est souvent la plus petite, de toutes les façons. C'est pour ça qu'elle porte des talons.
« Ils la nomment la reine des glaces. Foutus glaçons, oui. Daphné, c'est un iceberg. Elle n'ouvre sa bouche que pour persifler. J'ai envie de lui brûler ses cheveux trop parfaits. Trop blonds surtout. Cette fille est une garce, une garce sans amis. Et ça n'a même pas l'air de la déranger. »
Elle a vraiment de très beaux yeux. Des yeux bleus océaniques. Océan dans lequel Théo se noie pour la première fois aujourd'hui. Des yeux azurs qui le rendent mélancolique.
« Elle ose critiquer ta position dans le top cinq alors qu'elle n'est que douzième, à trois places derrière moi. Vraiment, pour qui se prend-elle ? Et sa sœur alors, l'autre Greengrass, la petite en quatrième année... Elles ne sont pas sœurs pour rien. Non pas parce qu'elles sont toutes les deux blondes, mais parce qu'elles tournent toutes les deux autour de Draco, chacune à sa manière... »
Elle a aussi un joli visage, contrairement à ce que les gens disent. Il la trouve même craquante avec sa moue indignée. Ses cheveux noirs de jais, coupés au carré et dotés d'une frange millimétrée s'accordent parfaitement avec ses yeux.
« Daphné cherche à tout prix à s'en éloigner alors qu'Astoria essaye par tous les moyens d'attirer son attention. Je ne vois pas pourquoi elle cherche tant à fuir Draco. Tout le monde sait que derrière ses petits airs de sainte ni-touche se cache une catin qui ne porte pas de culottes. »
Elle est issue d'une bonne famille, Pansy, même si elle n'en est que l'unique héritière et qu'avec elle, la dynastie des Parkinson s'éteindra très certainement. Elle se tient droite, le port altier. Les rumeurs courent au sujet de supposées fiançailles avec Draco et aucun des deux ne les a encore démenties. Ses jupes ne sont presque pas raccourcies et tombent juste un peu au-dessus de ses genoux. De quoi la rendre élégante sans être vulgaire. Elle peint souvent ses ongles à l'aide de sortilèges et Théodore trouve ça craquant.
« ...Tu m'écoutes ? »
« Non. », répond-t-il sincèrement. Il ajoute ensuite, avant que l'ouragan n'explose, avec encore plus de sincérité : « Tu as de très beaux yeux. »
Tout d'abord surprise, elle ne répond rien. Puis elle hoche enfin la tête, solennellement, comme pour le remercier. Mais un tout petit merci, alors. Un très discret car elle a tout de même une réputation à tenir.
Elle se lève de son siège, déplisse sa jupe d'écolière et lui lance avant de partir :
« Toi aussi. »
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Sortilèges, maléfices et objets pour disparaître
Il glisse le livre sous sa robe et sort de la Réserve.
C'est le seul et unique service qu'il rendra à Draco Malfoy.
J'ai mis longtemps, n'est-ce pas? Mais j'ai eu du mal. Théodore me tenait vraiment à coeur. Je ne devais pas me louper.
Un grand MERCI à I-AM-CHUCK-BASS pour toute l'aide qu'elle m'a apporté pour ce chapitre. Merci, pour tout.
Et à vous aussi, merci, pour m'avoir lue, pour vos reviews. Une petite pour ce chapitre ?
À venir : Pansy.
