Disclaimer: L'univers d'Harry Potter appartient à JKR.

RECUEIL. Dix OS. Dix Serpentards. 1996.

Pour Pansy, je vous propose « So Cold », de Ben Cocks.


« Les yeux sont le reflet de l'âme. » Ils ne parlaient pas beaucoup, mais avaient tous plus ou moins de beaux yeux.


PANSY

Les fleurs du mal

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Pansy Parkinson avait de jolis bleus océaniques qui distrayaient souvent ses interlocuteurs. Pour la draguer, on lui répétait souvent que son prénom provenait du nom d'une fleur et qu'elle était aussi belle que la dite fleur, si ce n'est plus. Pansy les envoyait alors généralement paître. Ils n'avaient aucune imagination et ne méritaient donc pas son attention.

Pansy était petite, généralement plus petite que les garçons et aussi parfois plus petite que les filles de sa promotion, mais elle compensait le tout par une paire de talons. Il n'était pas écrit dans le règlement que les talons étaient interdits et Pansy pensaient qu'une paire de chaussure avec un peu de talon rendait tout de suite une femme plus élégante.

Elle était brune, petite et mince, les yeux océaniques cernés de noir. Du noir, encore du noir et toujours du noir. Le noir était la couleur préférée de Pansy. La couleur du deuil.

Avec elle, sa lignée allait s'éteindre.

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« Tu as une mine affreuse ce matin ! », s'exclame Daphné à table, au beau milieu du petit déjeuner dans la Grande Salle.

Bien sûr, tous les Serpentards se tournent vers elle et Pansy bataille intérieurement pour ne pas rougir de gêne. Rougir est un signe de faiblesse selon elle, et Pansy n'est pas faible. Pansy n'a pas de failles. Pansy est parfaite. C'est ce qu'on attend d'elle. Pansy est née pour ça. Pour être parfaite et pour plaire.

« Je te retourne le compliment. »

Sa voix est froide, cassante. Pansy ne se laisse pas marcher sur les pieds, encore moins par Daphné. Daphné la reine des glaces, celle qui prétend pouvoir obtenir son trône à elle, Pansy, en un claquement de doigts.

Ici Pansy est la seule et unique reine et Daphné va devoir l'imprimer dans son crâne de blonde une bonne fois pour toute.

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Pansy marche vite, aussi vite qu'elle peut avec ses petites jambes. Sa besace se balance sur son épaule à chaque pas qu'elle amorce et elle regarde sa montre toutes les trois minutes. Elle va être en retard à son cours de Métamorphose et McGonagall va se faire un plaisir de la coller.

Soudain, alors qu'elle n'est qu'à quelques couloirs de la salle de cours, Pansy est bousculée par quelqu'un qui court. Ça la rassure, elle n'est pas la seule en retard. Mais quand elle relève la tête, après avoir déplissé sa robe de sorcière, son sang se glace.

« Tu pourrais au moins dire pardon, Loufoca. », claque-t-elle.

Les yeux de Luna se baissent vers ses pieds et elle murmure une vague excuse. Pansy intimide beaucoup de monde ici, à Poudlard, et Luna n'est pas une exception. Surtout depuis que les Serpentardes ont une dent contre elle parce qu'elle fréquente Théodore Nott pour cette histoire d'objet farfelu à réparer.

« Je n'ai pas entendu. », répond Pansy.

« Pardon. », répète la blonde plus fort, relevant cette fois la tête.

« Je préfère. », acquiesce la brune, plus pour la forme et parce qu'elle a une réputation à tenir.

Pansy jette un regard à sa montre et s'affole un peu. Elle est définitivement en retard pour son heure de Métamorphose, et elle est certaine d'être collée.

Alors qu'elle reprend son chemin sans faire attention à la blonde, la voix de Luna s'élève à nouveau et résonne sur les pierres froides du château.

« Tu as de beaux yeux. »

Pansy sourit. Elle sait, oui.

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Elle brosse ses cheveux avec douceur et attention. Ses cheveux sont ce qu'elle préfère chez elle avec ses yeux et ses mains. Pansy a de beaux cheveux bruns, coupés au carré, dotés d'une frange parfaitement millimétrée qu'elle coupe régulièrement. Ses yeux sont bleus, pas d'un bleu commun mais bleus, comme l'océan. Un océan mélancolique dans lequel il lui arrive elle-même de se plonger souvent lorsqu'elle s'admire dans le miroir. Pansy a beau être petite, elle sait qu'elle est jolie. Elle le sait et elle en joue. La brune aime bien ses mains aussi. Ses doigts sont fins, longs. Ses mains sont gracieuses et douce, surtout quand elle joue du piano.

On attends de Pansy qu'elle soit parfaite. D'un parce qu'elle est une fille, et c'est ce que les sang-purs attendent d'une fille. Qu'elle soit parfaite. Douce, réservée, pure, intelligente, rusée, belle, innocente, gracieuse, malléable. De deux, parce qu'elle est la seule héritière de sa famille et qu'on attend des héritiers uniques une perfection irréprochable. Ils sont les seuls à pouvoir entacher le nom de leurs parents. De trois, parce qu'elle est une Parkinson et qu'il est de notoriété commune que les femmes Parkinson sont parfaites.

Pansy est parfaite, ou presque, parce qu'elle réponds souvent, si ce n'est toujours, à ces trois critères de perfection. Elle affiche et cache en même temps son intelligence en faisant partie du top dix mais pas du top cinq des meilleurs élèves de Poudlard. La ruse est l'une des premières raisons pour laquelle elle a été répartie à Serpentard. On n'accède pas au trône sans ruse. Pansy est belle, gracieuse, douce. Mais elle n'est ni innocente, ni malléable. C'est peut-être pour ça qu'elle est si respectée, parce qu'elle a du caractère et une fierté d'acier.

Elle brosse encore ses cheveux, pour faire disparaître les derniers nœuds, pour être parfaite aux yeux du monde quand elle descendra dans la salle commune. Pansy est respectée. Peut-être pas aimée, mais elle est admirée et respectée.

C'est ce qu'on veut d'elle. Même en sachant pertinemment qu'elle est une erreur, Pansy fait de son mieux pour être une erreur respectable. Elle est première-née fille et rien que sa naissance est un fiasco. Son père ne se prive pas de lui rappeler qu'elle a un rang à tenir et qu'un jour, avec elle, les Parkinson s'éteindront.

Pansy fait alors de son mieux pour qu'ils ne soient pas oubliés.

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Pansy regarde Théodore, en face d'elle, en train de faire ses devoirs, comme elle, dans la Grande Salle. Il est plutôt beau et elle est fière de lui. Elle est fière de lui parce qu'il a rabattu le clapet de Daphné il y a quelques jours. Elle a même été le voir pour lui faire comprendre à quel point elle était fière qu'il lui ait fait la fermer.

Elle aurait aimé être là pour savourer cette victoire, assister à ce spectacle, admirer la défaite de Daphné devant ce qu'elle considère comme un Serpentard sans valeur. Tous les Serpentards ont de la valeur et ça, Pansy l'a compris. Ils sont tous plus ou moins utiles pour quelque chose, ils ont tous des qualifications, même la seule boueuse de leur maison.

Son regard dévie sur Tracey Davis, la seule et unique sang-mêlée de leur promotion. L'insaisissable Tracey. Elle est les yeux et les oreilles des Serpentards. Rien ni personne n'échappe à l'invisible Tracey.

Elle est eux, ils sont elle.

Secrètement, Pansy l'admire parfois. Pour être aussi forte et pour réussir à évoluer dans une maison dans laquelle elle n'est pas la bienvenue. Parce qu'elle le sait, Tracey le sent qu'elle n'est pas la bienvenue ici, et les autres le lui rappellent toujours.

Se sentant observée, Tracey relève le tête et ses yeux s'encrent dans ceux de Pansy. Elle a les yeux bleus elle aussi, mais d'un bleu fatigué. Elle est éreintée par ces innombrables secrets qu'elle porte sur ses épaules. Ça saute aux yeux et Pansy le reçoit comme une gifle.

Pourquoi est-ce que vous m'exploitez ? Pourquoi me rabaissez-vous ? Ne pouvez-vous pas me laisser vivre ?

Pansy détourne le regard et sa gorge se serre. De culpabilité, elle ne sait pas, elle ne s'est jamais sentie coupable de rien si ce n'est d'être née.

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Est-ce que tu sais ce que Draco manigance ?

C'est la belle écriture calligraphiée de Blaise, elle en est certaine. Pansy se retourne discrètement et le cherche des yeux dans le fond de la classe. Le métis lui envoie un petit clin d'oeil et elle se retourne pour ne pas se faire remarquer.

Non.

L'évidence lui saute alors aux yeux. Ils ne sont pas amis. Draco n'est pas son ami. Draco est un secret qu'elle ne percera sûrement jamais, même si son père réussit à la marier avec lui. Draco ne lui confit pas grand chose en ce moment, si bien sûr il s'est déjà confié.

Blaise non plus ne sais vraisemblablement pas ce que Draco prévoit, sinon jamais elle ne lui aurait envoyé ce bout de parchemin ensorcelé. Blaise non plus n'est pas son ami. Draco se confierait à eux sinon. C'est ce que font les amis, non ?

Son regard dévie sur Potter, assis aux côtés de Granger, deux rangs devant elle. Ils ne discutent pas parce que Granger est trop sérieuse pour ça et parce qu'ils sont en cours de DCFM avec Snape mais ils se regardent parfois et semblent se comprendre sans avoir besoin de mots.

Quelque chose pique dans son estomac et elle se rend compte que c'est un sentiment de jalousie qui s'empare d'elle.

Qu'est-ce que c'est l'amitié ?

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Alors qu'elle passe devant les toilettes des filles du deuxième étage, Pansy entend des sanglots. Elle a toujours été un peu trop curieuse, et elle ne peut s'empêcher de vouloir y jeter un œil.

La brune se déchausse, fourre ses escarpins dans son sac bandoulière et se faufile dans les toilettes sans un bruit. Pansy ne sait même pas pourquoi elle fait ça, elle sait qu'elle est curieuse de nature mais c'est sûrement Mimi qui est encore en train de geindre.

C'est là qu'elle les voit. Les cheveux blonds si reconnaissables de Draco Malfoy.

Il est là, en appui sur les lavabos, la cravate défaite et la chemise toute plissée. Elle fait toujours attention aux détails. Les détails font la perfection. Ces détails-ci lui sautent aux yeux et lui font mal au cœur. Elle apprécie sincèrement Draco et ne l'a jamais vu aussi seul, aussi faible.

Elle s'attend à ce qu'il attrape sa baguette et qu'il lui lance un sortilège pour la punir de violer son intimité, mais lorsqu'il la découvre dans le reflet des miroirs, il ne fait rien d'autre que la regarder.

Pansy ouvre la bouche pour parler, même si elle ne sait pas quoi dire devant l'apparente fragilité dont il fait preuve, lui l'homme qu'elle pensait invincible et sans failles, mais il la coupe.

« Tais-toi. Ne dis rien. », ordonne-t-il froidement.

Elle hoche la tête mais consent à s'approcher de lui, doucement, à pas de loups, guettant les réactions de Draco. Il tremble mais ne semble pas la repousser alors elle amorce quelques autres pas et le rejoint près des lavabos. Ses yeux sont rouges. Rouges de larmes trop longtemps refoulés. Ses épaules sont voûtées parce qu'il porte le poids de tout un monde sur le dos, mais ça Pansy ne le sait pas.

Elle le trouve beau dans sa faiblesse. Elle le voit pour la première fois. Il est Draco, humain, vivant, fragile. L'Être Humain est fragile et imparfait et il lui a fallu attendre seize années pour s'en rendre compte.

Draco, qu'elle pensait à son image, parfait, est faible.

Avec douceur, elle noue ses bras autour de son corps et elle le sent se tendre à cette étreinte. Pansy a déjà vu Narcissa Malfoy l'étreindre et elle essaye de reproduire cette accolade parce qu'elle sait que c'est ce dont il a besoin tout de suite. Il a besoin de chaleur humaine. Il a besoin d'une amie. Il a besoin d'une mère.

Violemment, après quelques minutes, il s'agrippe à elle comme à une bouée de sauvetage. Elle sent les larmes de Draco mouiller son uniforme et elle entend très distinctement les quelques reniflements qu'il essaye parfois d'étouffer. Elle ne dit rien, parce qu'il n'y a rien à dire et qu'il n'y a pas de mot. Leur étreinte signifie tout.

Peut-être sont-ils amis finalement ?

Si elle a alors l'amitié de Draco, elle sait comment faire briller son nom.

Pansy Malfoy, née Parkinson.