Disclaimer: L'univers d'Harry Potter appartient à JKR.

RECUEIL. Dix OS. Dix Serpentards. 1996.

Pour Terrence, je vous propose « Boston », d'Augustana.


« Les yeux sont le reflet de l'âme. » Ils ne parlaient pas beaucoup, mais avaient tous plus ou moins de beaux yeux.


TERRENCE

Le remplaçant

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« Tu voulais le poste Higgs, non ? »

Terrence hoche en signe d'affirmation. Bien sûr qu'il veut ce poste, il le convoite depuis toujours. Il attend ce jour depuis des années, ce jour où il ne sera plus simplement le remplaçant mais qu'il deviendra un joueur de l'équipe à part entière.

Ce jour où il deviendra leur attrapeur. Ce jour où les Serpentards le couveront de gloire parce qu'il sera l'homme qui aura mis fin au match et remporté le vif d'or. Il attend depuis des années que le blond se casse une jambe, se brise quoi que ce soit qui l'empêcherait définitivement de jouer au Quidditch.

« Très bien, tu remplaceras Draco alors. », annonce Zabini.

Les rêves de Terrence partent d'un seul coup en fumée, il a l'impression que Zabini vient de le frapper. Mais il veut croire de toutes ses forces que ce n'est qu'une illusion, qu'un mirage.

Même en étant titulaire, il reste « le remplaçant ».

Le remplaçant de Draco Malfoy.

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« Draco a l'air malade », « Draco a l'air déprimé », « Draco a l'air perturbé »...

Draco, Draco encore et toujours Draco. Même lorsqu'il n'est pas là, les Serpentards se sentent obligés de parler de leur prince, d'en faire une icône. Terrence est fatigué par tous ces commérages, qui prennent parfois des tons inquiétants, comme si le martyr était sur le point de se jeter de la tour d'Astronomie.

La nourriture dans son assiette le répugne tandis que la jalousie lui noue le ventre. Malfoy n'a même pas daigné leur faire honneur de sa présence au repas de ce soir, toutefois ils continuent tous à parler de lui, à lui vouer une admiration sans limites, parfois si profonde qu'elle en devient inquiétante.

Ne voient-ils pas que Draco les manipule tous ? Qu'ils ne sont que des larbins, des valets avec lesquels il se plaît à jouer ?

Son regard dérive vers la droite, vers un espace où il sait que siège le Cercle. Pansy, la belle et froide Pansy fusille Daphné du regard et Terrence se dit que c'est elle qu'ils devraient tous admirer. Qu'elle est ici, à Serpentard, incontestablement la seule et unique reine de leur maison. Pansy Parkinson les tient tous en respect, certains même en admiration.

Néanmoins, Draco est plus riche, plus influent. Son nom est encore plus connu que celui des Parkinson et c'est à ce lâche que tous les Serpentards ont juré allégeance.

Tous, ou presque.

Sauf lui.

Et les Nott.

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Alors qu'il marche en direction du parc, pour aller voler quelques heures, s'entraîner avant le prochain match, se perfectionner, être le plus parfait possible, Terrence se heurte à quelque chose. Quelque chose de si petit qu'il ne l'avait pas vu. Il baisse les yeux vers la chose et son corps est parcouru d'un frisson de dégoût lorsqu'il reconnaît la dite chose...

Tracey Davis, la petite, frêle et mesquine sang-mêlée.

Il la hait, elle et son nez qui fouine partout, dans les affaires de tout le monde, sans aucune retenue, sans pudeur ou bien même sans honneur. Il la hait aussi parce qu'elle est la seule et unique à ne pas chercher les faveurs du cercle.

Les Serpentards savent tous qu'en un claquement de doigts, s'ils s'unissaient tous ou bien si le Cercle en décidait, Tracey serait réduite en poussière. Mais la seule et unique fois ou quelqu'un s'était lancé dans le projet de détruire la nuisance qu'était Tracey, Zabini l'avait arrêté.

Et Blaise Zabini n'est qu'un énième larbin de Malfoy. Terrence en avait donc déduit que quelque chose chez Tracey, intéressait Draco Malfoy. Toutefois, Malfoy ne dévoilait jamais son intérêt pour personne. Aux yeux de Terrence, Tracey était devenue spéciale. Spéciale à son ennemi.

« Regarde où tu mets les pieds, traitresse. »

Il se veut sec et froid. Terrence aussi cherche à inspirer la peur et le respect.

Tracey lui offre un sourire à la foi mesquin et narquois. Personne n'a de pouvoir sur elle, la souillée des serpents. Elle est leurs yeux, leurs oreilles. L'impure est leur reine dans l'ombre, de l'ombre. Elle est leur mirage.

Son impureté les révulse. Mais Tracey sait des choses que personne ne sait. Personne n'a de secret pour Tracey. Ils ont peur, tous. Sauf le Cercle.

« Dégage. », ordonne-t-il.

Cette fois, elle ricane. Elle ricane si fort que son rire se répercute sur les murs du château et glace le sang de l'héritier Higgs.

« Je sais des choses sur toi. », murmure-t-elle.

Le cœur de Terrence rate un battement, il sent la sueur dégouliner dans son dos, le trempant complètement sur son passage. Terrence inspire profondément. Elle ne peut pas savoir, il n'y a rien à savoir. Il est Terrence Higgs, il n'a rien à cacher. Alors il répète, plus fort :

« Dégage. »

Mais Tracey plante ses yeux droit dans les siens et ne se démonte pas le moins du monde. La chétive sang-mêlée qu'il voit tous les soirs au dîner n'est plus. Elle inspire désormais la crainte, si ce n'est la terreur...

« Fais bien attention à toi Higgs, je pourrais te faire dégager. », menace-t-elle en désignant son balai.

Les mains de Terrence tremble et il raffermit sa poigne autour du manche de son balai. Il ne peut pas jouer sa place avec une impure.

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La fatigue qui fait tomber Terrence ce soir-là le pousse à se presser dans la salle de bain. Il doit être en forme pour les jours à venir, pour le match imminent.

Mais alors qu'il se rase à l'aide de sa baguette, il remarque quelque chose. Quelque chose qu'il n'a encore jamais pris le temps de regarder avec attention auparavant.

Ses yeux.

Marrons. D'un marron discret. Si discret, si commun que leur couleur pourraient passer inaperçue, même si quelqu'un le regardait droit dans les yeux, sans ciller.

Il a pourtant l'habitude de ces yeux marrons, laids et inintéressants, mais ce soir quelque chose attire son regard dans le miroir. Une flemme.

Une flemme qui brille. Un feu ardent qui dévore ses yeux.

Terrence ne sait si cela est de la haine ou de la jalousie. Sûrement un peu des deux.

Mais le remplaçant brûle d'un si feu que même la glace de Daphné ne pourrait atténuer.

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Le vif d'or enfin entre ses mains, Terrence réalise qu'il vient officiellement de surpasser Draco Malfoy pour la première fois de sa vie.

Serpentard vient de gagner deux matchs d'affilé, et sa participation n'a pas été des moindres.

Draco n'a jamais réussi un tel exploit.

Soudainement, Terrence se sent plus qu'un remplaçant. Il est le cœur de cette équipe.

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Ce soir, grisé par la victoire des serpents à laquelle il a donné plus qu'un coup de balai, Terrence réunit tout le courage qu'il possède en lui et décide qu'il est temps de faire le premier pas.

Alors, lorsqu'il croise enfin Pansy, l'inaccessible Pansy, dans un couloir vide près des cachots, il l'interpelle et ne lui laisse pas le temps de s'énerver.

« Tu es belle. », la complimente-t-il.

Pansy ricane, de son rire à la foi si mélodieux et si cruel. Terrence ne sait s'il lui brise le cœur ou s'il en tombe amoureux.

« Bon travail, pour un remplaçant. », complimente-t-elle en retour.

La brune tourne les talons et un dernier ricanement s'échappe d'entre ses lèvres alors qu'elle disparaît.

Son rire lui brise le cœur, sûrement.