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(Édité : janvier 2013)

Chap 7 - « Un merveilleux rêve »

De par le bruit de l'appareil respiratoire posé à côté de son lit, Akihito aurait dit qu'un homme grenouille avait décidé de camper dans sa chambre d'hôpital. Apparemment ce truc l'aidait à respirer – c'était vrai – mais il faisait un boucan du diable. « Pitiééé ! Éteignez-moi ce putain d'appareil avant que je ne devienne dingue ! » Akihito aurait voulu le hurler, mais il y avait un autre truc coincé dans sa bouche qui l'empêchait d'émettre le moindre son. En fait il était transpercé de toute part. Il y avait même… Raah damnation ! On lui avait placé une sonde dans son… Non, mieux valait ne pas y songer ! Et cette douleur à la poitrine. Normalement, n'était-il pas censé ne rien ressentir ? Pourtant dans les films, les blessés en réanimation avaient plutôt l'air de bien dormir. Et bien non, ce n'était pas vraiment le cas, et puis il n'était pas dans un film non plus. Ou alors, il n'avait vraiment pas de bol ces derniers temps.

Il ressentait et entendait tout. Par contre, il lui était impossible d'ouvrir les yeux. Pour dire la vérité, il ne pouvait faire aucun geste, ses membres étaient comme paralysés. Et c'était tant mieux car il n'avait pas forcément envie de voir dans l'état pitoyable dans lequel il devait être…

De plus, il y avait une chose qu'il n'aimait, mais alors, qu'il n'aimait absolument pas ! C'était de sentir des mains le tripoter de toute part sans lui avoir demandé au préalable son autorisation. Bon, d'accord, ces mains étaient là pour s'assurer de sa santé : comme changer ses perfusions, vérifier l'état du matériel et… Aie ! Changer sa sonde. Bon sang, ça faisait mal ! Ça lui rappelait sa première rencontre avec Asami. Ce salaud lui avait fait la même chose. Mais ce n'était pas pour les mêmes raisons…

Et puis ces mains n'étaient pas particulièrement douces, elles faisaient leur boulot, point barre ! Aucune douceur ni même chaleur,. Il était juste un morceau de viande abîmé qu'il fallait ''rafraîchir'' pour le rendre comestible aux yeux des autres morceaux de viande qui peuplaient la Terre. Merde, il haïssait les hôpitaux !

Toutefois, Akihito avait par moment la bonne surprise d'avoir la visite d'une main qui se différenciait des autres. Elle se montrait plus compatissante, plus affectueuse et, bizarrement, elle était silencieuse. Pas comme les autres qui étaient accompagnée de gloussements racontant des blagues graveleuses en matant ses parties intimes. Et puis, il en avait rien à faire de savoir comment Monsieur avait fait l'amour à Madame la nuit dernière sur le bord de l'évier de la cuisine ! Argh ! il détestait cet étalage de débauche en public !

Mais il ne détestait pas cette main qui venait lui caresser doucement la joue. Elle était douce, réconfortante, comme celle dans la berline qui l'avait amené dans cet hôpital. De temps à autre elle lui retirait une mèche de cheveux qui lui chatouillait le nez. Elle était agréable, il se sentait bien dans ces moments-là. De plus, lorsqu'elle était à ses côtés, les autres mains se faisaient bizarrement plus professionnelles, moins ''familières''. Il aurait aimé qu'elle soit plus présente, même si parfois il avait l'impression que cette main le surveillait du fond de sa chambre…

En fait, ce n'était pas qu'une impression. Cette présence rassurante se manifestait de plus en plus jusqu'à venir lui rendre visite tous les jours. Malgré qu'il se sentait encore terriblement faible, Akihito avait pris la ferme décision d'ouvrir les yeux pour contempler cette présence. Il peinait à lever les paupières, elles semblaient plus lourdes qu'un sac de plomb. Quand finalement elles s'entrouvrirent après un ultime effort, ses yeux se confrontèrent à la pénombre de sa chambre. Les rideaux étaient à peine entrouverts. Aucun autre bruit ne demeurait, mis à part cette machine infernale qui l'aidait à respirer. Ah non, il y avait aussi le cardiographe qui émettait des « biip biip » réguliers – manifestation qu'il était toujours en vie –.

Ses yeux commençaient peu à peu à s'habituer à la lumière ambiante. Il regarda tout d'abord le plafond – de toute façon, étant allongé sur le dos, c'était bien la première chose qu'il pouvait voir. Il fit ensuite effort pour tourner légèrement la tête en direction de la fenêtre, mais … Aie ! Sa nuque le faisait atrocement souffrir ! Il devait être là depuis un bon moment pour que ses articulations soient ainsi rouillées. Mais la douleur fut soudainement remplacée par la sensation que son cœur allait lui sortir de la poitrine. Une silhouette se dessinait devant ses yeux. Elle était grande, élancée et de belle stature. Elle se tenait debout, appuyée contre la vitre, bras croisés, et regardait d'un air pensif les bâtiments de l'autre côté de la route. Quelques mèches échappées de sa chevelure brune tirée en arrière, retombaient nonchalamment sur son front. Akihito connaissait bien ce profil, il l'avait si souvent regardé. Il avait tant espéré le revoir une dernière fois, et il était là, devant ses yeux. Soudain, son cœur se mit à battre la chamade faisant par la même occasion accélérer les « biip biip » de son cardiographe qui s'élevèrent crescendo dans la chambre.

Asami, toujours bras croisés, tourna lentement la tête en direction des battements subitement irréguliers. Il rencontra au passage un visage fatigué qui le regardait. Akihito était allongé, pâle comme un linge et un large pansement enserrait sa poitrine. Il avait vraiment une sale mine et était amaigri. Les paupières du mafieux se plissèrent à la vue de ce corps devenu frêle. Ces dernières semaines avaient eu raison du jeune photographe et Asami ne pouvait le tolérer. Akihito lui appartenait. Il n'aimait pas que l'on s'approprie ce qui était à lui, et encore moins qu'on le détruise. Arbatov était allé trop loin. Pour Asami, il n'y avait pas de retour possible… Le russe allait à son tour souffrir.

L'homme d'affaires se dirigea à pas lents vers le lit sans quitter des yeux ce visage qu'il avait cru ne plus revoir.

- « Tu daignes enfin te réveiller, fainéant…» fit-il un léger sourire moqueur aux lèvres.

Ce n'était pas ce qu'Akihito avait espéré pour leurs retrouvailles. Même si la voix du mafieux s'était faite modérément doucereuse, il aurait préféré entendre: « Merci mon Dieu ! Tu es vivant, j'étais mort d'inquiétude ! » Bon, d'accord… C'était à des années-lumière du caractère d'Asami, mais quand même, le traiter de fainéant ! Ça le mettait hors de lui. Et puis, il n'avait pas fait que dormir durant tout ce temps. Bon sang, il aurait même préféré !

Akihito s'apprêta à lui dire le fond de sa pensée, lorsque consterné, il n'y eut que des « mff mmh fmmh » qui sortirent de sa bouche…

Asami, apparemment fortement amusé, leva un sourcil et se pencha sur le jeune photographe qui ne voyait pas d'un très bon œil le sourire narquois que lui adressait le mafieux.

- « Tu veux peut-être de l'aide ? » fit Asami tout en lui retirant le masque à oxygène qui l'empêchait de s'exprimer. « Tu voulais me dire quelque chose, je crois… »

Akihito prit une profonde mais douloureuse inspiration et cria, irrité :

- « Je ne dormais pas… imbé…»

Il s'arrêta soudain en entendant sa pauvre voix misérable siffler comme un vieillard asthmatique à l'article de la mort. Merde ! C'était quoi cette voix ? Il avait l'air vraiment bête à présent. Asami n'allait pas se faire prier pour se moquer allègrement de lui !

Mais… Ah… Et bien non, il n'y eut pas de moquerie… Asami se pencha un peu plus au-dessus de lui et lui déposa un doux baiser sur les lèvres. Akihito en resta bouche bée… C'était bien la première fois qu'Asami montrait autant de douce… Mmh… Mais Akihito dut stopper ses grandes investigations psychologiques sur le nouveau comportement du mafieux. Celui-ci avait profité de sa béatitude pour introduire sa langue en douceur entre ses lèvres ouvertes. Akihito écarquilla les yeux et son teint blafard se rehaussa d'une jolie teinte rouge. Il se sentit peu à peu consumé par cette nouveauté. Oui, nouveauté, car ce n'était pas le genre de baiser auquel Asami l'avait habitué. Celui-là était plus doux, plus délicat, il n'avait rien d'enflammé ou de brutal. Peut-être qu'Asami avait eu pitié de son état pour ne pas le prendre à pleine bouche et l'étouffer davantage alors qu'il peinait déjà à respirer.

Akihito se laissa faire et ferma les yeux. De toute façon, il était coincé dans ce lit et n'avait pas la force de s'opposer à Asami. Il n'en avait peut-être pas l'envie non plus… Son vœu le plus cher n'avait-il pas été de le revoir après tout ? Pourquoi le repousserait-il maintenant ? Du moins, juste pour cette fois ? Pendant sa captivité avec Feilong, Akihito avait longuement réfléchi à sa relation avec Asami. Il voulait mieux le connaître, en savoir un peu plus sur sa vie. Savoir qui il était réellement. Mais il avait tout de même honte de se laisser faire comme une poupée de chiffon. Et puis non, ça ne voulait pas dire qu'il acceptait d'être sa propriété. Alors il préféra se dire qu'il cédait plus par manque de vitalité, que par manque de volonté…

Notant, avec délice l'état de soumission d'Akihito, Asami intensifia son baiser. Le jeune photographe en oublia ses poumons douloureux et se laissa transporter par ce flot de plaisir. Les battements de son cœur s'accélérèrent, en même temps que les « biip biip » s'emballèrent. Les lèvres d'Asami glissèrent dans son cou et remontèrent jusqu'à son oreille dans un baiser passionné. N'écoutant plus que son désir longtemps réprimé du fait de la captivité d'Akihito par Feilong, Asami en avait oublié l'état fébrile du jeune homme. Akihito lui-même semblait l'oublier sous l'ardeur des lèvres happant le lobe de son oreille. Le photographe laissa échapper un gémissement tandis que son sexe se tendait. Soudain, le gémissement se transforma en plainte étouffée. Alerté, Asami se redressa et examina attentivement le visage du jeune homme. La cause de cette plainte n'avait vraisemblablement rien à voir avec le manque d'air ni même la douleur de sa blessure. Asami le regarda droit dans les yeux et un léger sourire apparut sur ses lèvres.

- « Je vois… » fit-il les yeux brillants de malice. « Je vais arranger ça… »

Akihito sentit l'angoisse l'envahir. Il avait peur que le mafieux ait comprit son malaise… « Non, faites qu'il ne l'ait pas compris, faites qu'il… Oh non ! » Asami souleva d'un coup sec le drap du lit, mettant son corps à nu. « Merde ! Il l'a deviné ! » À ce moment Akihito aurait donné n'importe quoi pour se téléporter dans un autre univers. D'une main, Asami s'était emparé avec délicatesse, mais non sans une certaine perversité, de son sexe. La sonde… C'était cette saloperie de sonde qui l'avait mis dans un tel embarras. Merde ! Merde ! Mais… Qu'est-ce qu'il faisait là ! Pourquoi Asami se désinfectait les mains ? Que… Non, il n'allait pas la lui retirer tout de même ! « Ah non ! Pas ça ! »

Akihito détourna le regard le feu aux joues… Asami caressait sournoisement son sexe et faisait doucement glisser la sonde qui lui servait pour… pour uriner ! Akihito devint écarlate, non pas de plaisir, bien que, un peu quand même, mais surtout de honte. Il n'avait jamais eu autant honte de toute sa vie ! De plus ce salaud le regardait droit dans les yeux. Il avait l'air de bien s'amuser le vil ! Et dire que le photographe avait pensé qu'il changerait d'attitude après tout ce qui lui était arrivé ! Cela revenait à se jeter du haut d'une falaise et atterrir indemne : en d'autres mots, c'était tout bonnement impossible !

- « Tu n'en auras plus besoin maintenant que tu es réveillé… » fit Asami d'une voix à damner un saint.

Il lâcha en douceur son étreinte et tira le drap sur le ventre du jeune homme, le frôlant de ses doigts dans une délicieuse caresse. Akihito tressaillit à ce contact et fit effort pour dissimuler son émoi. Effort qui tomba à l'eau et qui ne passa pas inaperçu aux yeux du mafieux. Il se pencha à nouveau près de son oreille et lui susurra dans un souffle tiède :

- « Dépêche-toi de guérir, on a beaucoup de temps à rattraper… »

Akihito le fusilla du regard. Même à l'article de la mort, Asami n'en n'oubliait pas ses priorités perverses. Ce salaud avait encore abusé de lui ! Pas entièrement, bien sûr, mais quand même ! Akihito soupira : « il ne changera jamais… » Soudain, une envie irrépressible de dormir l'envahit. Il se sentait vraiment fatigué tout d'un coup. Alors au diable Asami et ses manigances ! Mais il aurait quand même… Quand même voulu… Akihito ne savait plus ce qu'il aurait voulu. Il sombra instantanément dans un profond sommeil, les calmants dans sa perfusion l'y aidant assurément.

Asami contempla ce visage redevenu paisible avant de lui remettre le masque à oxygène. Il attendit ensuite quelques instants, puis quitta la chambre un sourire aux lèvres. Il avait vu ce qu'il voulait… Akihito n'avait pas perdu cette étincelle dans ses yeux.

Akihito se réveilla fourbu, mais pour une fois, depuis son arrivée à l'hôpital, il n'avait pas fait de cauchemar. C'était même un merveilleux rêve…

- « Oh, vous êtes enfin réveillé, monsieur Takaba… » fit une infirmière en entrant dans la chambre.

Akihito la regarda et fronça les sourcils comme sous l'effet d'une intense réflexion. Il connaissait cette voix… Ah oui ! C'était la voix de la femme à ''l'évier'' ! Tout en y repensant, le photographe ne pu retenir un rire.

- « Bien, je vois que vous êtes de bonne humeur, c'est bon signe… Je vais appeler le docteur pour qu'il vous examine. »

Alors qu'elle vérifiait ses perfusions, Akihito sentit poindre un malaise. C'était comme s'il n'arrivait plus à faire la distinction entre le rêve et la réalité. Soudain, il sursauta lorsqu'il entendit l'infirmière lui dire qu'elle allait lui retirer sa sonde.

- « Maintenant que vous êtes éveillé, vous n'en avez plus besoin… » dit-elle dans un sourire.

Hein ? Bizarre, il avait déjà entendu cette phrase… Absorbé par un doute effroyable, il n'avait pas vu la jeune femme soulever le drap.

- « Monsieur Takaba, qui vous a permis de retirer votre sonde ? Et ne me dites pas qu'elle est tombée toute seule ! »

- « Merde ! Ce n'était donc pas un rêve ! » fit-il tout haut « Le… Le salaud ! »

- « Pardon ? » demanda-t-elle indignée par tant de grossièretés.

- « Euh… Rien ! »

Akihito ne savait plus quoi dire. Il regarda l'infirmière qui le fixait d'un air interrogateur. Il ne pouvait quand même pas lui dire qu'un mafieux lubrique et pervers avait pris un malin plaisir à la lui retirer en le… en le… Tout en se remémorant la scène, Akihito sentit ses joues lui brûler.

- « Très bien, si vous ne voulez pas me le dire… Vous mériteriez que je vous en mette une autre ! »

Hé ! Oh ! Ce n'était pas de sa faute ! C'était ce mafieux de malheur qui avait encore profité de ses faiblesses !

- « Bon, de toute façon vous avez certainement dû avoir mal en la retirant, inutile de vous infliger une autre punition. Vous devez avoir faim je suppose ? » lui demanda-t-elle avec un sourire.

Euh, non, il n'avait pas eu mal, contrairement aux autres fois. C'était à croire qu'Asami s'y connaissait bien en affaire de sonde. Il pourrait même donner des cours aux infirmières, les patients du sexe masculin lui en seraient certainement reconnaissants !

- « Monsieur Takaba, je vous ai demandé si vous aviez faim ? » reprit-elle d'un ton agacé.

- « Hein ? Ah euh… Oui ! » fini-t-il par dire, sortant de ses songes. Aussi aimable qu'une porte de prison ! se dit-il mentalement.

Alors que l'infirmière quittait sa chambre, Akihito faisait le point sur ce qu'il avait cru être un rêve. Asami était là… Et lui, il était vivant. La vie pouvait lui réserver de belles surprises après tout. Il n'était vraiment pas passé loin ce coup-ci, il avait eu de la chance. Akihito se sentit heureux de ce constat et glissa paresseusement dans les draps. Un peu de repos ne lui ferait pas de mal. Il se sentait tout de même toujours autant épuisé. Il ferma les yeux et… se redressa d'un coup en entendant des voix dans le couloir. C'était du chinois ! Quoi ? Ce n'est pas vrai, le cauchemar continuait, il se trouvait toujours en Chine ! Et bien sûr, pour couronner le tout, il devait être à Macao, tant qu'à faire !

Le bonheur ressentit quelque seconde auparavant se transforma en vive angoisse. Il n'était pas en sécurité… Les hommes d'Arbatov ne devaient pas être loin. Et puis, où était ce russe, et que s'était-il passé ? Il se souvenait avoir reçu une balle dans la poitrine mais après ce fut le trou noir. Il n'avait furtivement repris connaissance qu'une fois dans les bras d'Asami, l'emmenant à l'hôpital. Mais il n'avait aucune idée de ce qui avait pu se produire avant. Asami était même blessé à la tempe. Et… Brusquement, des images lui revinrent en mémoire à la façon d'un kaléidoscope : il voyait des flammes autour de lui et sentait la chaleur de celles-ci lui lécher le corps. Il y avait le visage d'Asami, Arbatov visant sa tête avec une arme, une femme, une déflagration, des cris, du sang, des… L'angoisse s'amplifia et se transforma en terreur. Akihito était en sueur, son cœur s'emballait et lui donnait l'impression de sortir de la poitrine. Ses tympans bourdonnaient. Il voulait fuir, il ne voulait pas rester dans cette chambre, il ne voulait pas rester à Macao, il…

- « Qu'est-ce que tu fais ? »

C'était la voix d'Asami mais Akihito était pétrifié par la peur, il ne le voyait pas. Son souffle s'accélérait, sa poitrine lui brûlait. Il voulait fuir… fuir…

Notant l'angoisse du photographe, Asami s'approcha de lui :

- « Akihito. »

Le photographe restait prostré et regardait droit devant lui. Il était blême et des gouttes de sueur coulaient le long de son visage. Asami le lui prit dans ses mains et vit la terreur dans ses yeux.

- « Akihito, qu'est-ce qu'il y a ? »

- « N… Non… » il n'arrivait pas à articuler, ses lèvres tremblaient.

- « Quoi, ''non'' ? » s'impatienta Asami. « Arrête ça, et dis-moi ce qui ne va pas. »

Le mafieux avait élevé la voix, il n'y avait aucune chaleur dans ses yeux acérés. Akihito n'en pouvait plus, il voulait retourner chez lui, il était perdu et se sentait seul loin de son pays natal. Il voulait revoir ses amis, ses parents, des visages qu'il aimait et qui en retour l'aimaient aussi. Il leva les yeux sur Asami. Asami ne l'aimait pas, il n'était qu'une possession pour lui, un jouet… Des larmes coulèrent sur ses joues tandis qu'il fixait le visage sévère du mafieux. Il trembla…

- « Je veux rentrer chez moi… Je veux… » ses mots se finirent dans un sanglot convulsif.

Puis, à la stupéfaction d'Asami, Akihito hurla soudainement. C'était un cri effroyable de détresse mêlé de terreur. Il était secoué de spasmes et ses larmes ne semblaient pas vouloir s'arrêter. Il se cachait la tête dans ses bras. L'homme d'affaires ne l'avait jamais vu dans un tel état. Il ne savait pas comment réagir face à ce genre de situation. Akihito ressemblait à un enfant qui venait de faire le plus horrible des cauchemars. Mais il n'était pas dans la nature du mafieux de consoler. Il n'était pas doué pour ça… Finalement, il encercla un bras autour de sa taille et l'attira contre lui. Akihito s'effondra dans ses bras et agrippa la chemise de l'homme d'affaires. Mais il ne cessait pas de pleurer et de trembler.

Alertées par le cri du jeune homme, des infirmières se précipitèrent dans la chambre. Elles avaient l'habitude de voir des patients en état de crise. L'une d'entre elles injecta un calment dans la perfusion du jeune homme qui s'écroula quelques instants après dans son lit, sous le regard contrarié d'Asami.

- « Je ne comprends pas… Il paraissait pourtant calme tout à l'heure, il a même ri », expliqua l'infirmière qui s'était occupée du jeune homme à son réveil.

Le médecin qui était arrivé entre-temps examina Akihito et fronça les sourcils.

- « Maintenez-le en état de somnolence, il ne faut pas que cela se reproduise. Sa blessure pourrait se rouvrir. Il lui faut un repos absolu ! » puis il se tourna vers l'homme d'affaires et reprit son discours d'une voix théâtrale. « Et plus aucune visite ne sera accordée sans que je ne donne mon accord ! »

Asami le regarda dans les yeux et plissa légèrement les paupières :

- « J'aimerais vous voir dans votre bureau. »

Le ton glacial employé par Asami n'était pas fait pour rassurer le médecin. Son regard non plus et le malheureux médecin était loin de s'imaginer à qui il avait affaire…

À suivre…