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(Édité : février 2013)
Chap 9 - « Une guérison fastidieuse »
C'était le milieu de l'après midi… Alors qu'il était déjà éveillé depuis plusieurs minutes, Akihito se décida enfin à ouvrir les yeux. Il repensait à tout ce qui s'était passé depuis qu'il avait repris connaissance. Il était chez Asami et cette constatation le ravissait plus qu'il ne l'aurait imaginé, ou avoué. Asami était venu le chercher, il ne l'avait pas abandonné comme il l'avait craint. De plus, il l'avait emmené chez lui. Mais pourquoi avait-il fait cela au lieu de l'amener à l'hôpital ?
Sans pouvoir répondre seul à cette interrogation, Akihito décida de la mettre de côté et tourna la tête en direction de la fenêtre. Les rideaux épais et marron étaient à demi fermés. Un rai de lumière lui chauffait doucement son bras gauche étalé sur les draps. Comme il n'avait rien d'autre à faire, il se mit à examiner plus attentivement la chambre du mafieux. On disait que l'agencement et la décoration d'un intérieur était le reflet de la personne qui y habitait… C'était déjà un début pour en apprendre un peu plus sur cet homme énigmatique. Il n'y avait aucune photo, ni bibelot, tout était épuré réduisant à son strict minimum ce qui constituait le mobilier logique d'une chambre. Il n'y avait pas non plus d'armoire, mise à part une double porte donnant certainement dans un immense dressing où devait s'aligner une masse austère de costumes trois pièces. Il y avait en tout et pour tout, le lit, deux tables de chevet en bois d'ébène et deux fauteuils tout aussi sombres prenant en sandwich une table basse en verre. La seule chose qui sauta aux yeux d'Akihito, fut le lit d'une grandeur démesurée. Jamais encore il n'avait vu un lit aussi grand. Il ne pensait même pas que cela pouvait exister. Asami l'avait sans doute fait faire sur mesure pour s'adonner plus aisément à sa libido tout aussi démesurée que son lit. En fait, ce lit n'était que le reflet pur et simple de sa personnalité débauchée et obscène. Et lui, faisait partie de la panoplie de ses travers sexuel. Voilà ce qu'il était… Un jouet sexuel !
Et en parlant de jouet sexuel, le bain forcé d'Asami l'avait totalement épuisé. Mais cette nouvelle fatigue n'avait rien de comparable à celle provoquée par les calmants qu'on lui administrait depuis quelques jours. Une douce chaleur l'enveloppait et il avait la sensation de flotter sur un petit nuage… Akihito s'étira dans les draps et se laissa envahir par ce flux enivrant. Il ferma les yeux quand tout doucement, son esprit vogua sur les événements de la matinée. Ce salaud avait raison, ce bain lui avait fait le plus grand bien. Enfin, c'était surtout ce qui s'était plutôt passé dedans… En y repensant, Akihito sentit une nouvelle vague de chaleur se répandre sournoisement dans son corps. Agacé par cette subite réaction, il enfouit la tête sous les draps. Rah ! Il avait envie de le tuer ! Ou plutôt c'était lui qu'il avait envie de tuer. Pourquoi n'arrivait-il pas à lui résister ? Si au moins Asami avait été une femme, il aurait compris, mais non, c'était un homme ! Qui plus est, le plus pervers des hommes. « Et il a fallu que je tombe sur lui ! » ragea Akihito. Bon, d'accord, c'est lui qui l'avait cherché. Mais c'était pour son travail, il fallait bien qu'il vive tout de même ! Et puis Asami n'était pas obligé de lui faire toutes ces choses dégoûtantes, obscènes… Dégradantes. Quoique, connaissant le caractère du mafieux, il ne pouvait pas en être autrement. Mais le pire, c'est qu'il y avait pris du plaisir.
Akihito secoua la tête. Ne surtout pas y repenser ! Inutile de se remémorer cette scène qui ajoutait encore plus de chaleur à son état. Mais ce qui enrageait par-dessus tout le photographe, c'était qu'Asami, après l'avoir… Euh, l'avoir… Enfin Bref ! Il avait pris un malin plaisir à le laver comme s'il s'agissait d'un enfant, lui savonnant toutes les parties du corps, sans omettre un seul centimètre carré de peau ! Il avait eu beau protester qu'il pouvait se laver tout seul, mais non, ''Môsieur Asami'' avait décidé qu'il le ferait lui-même, et sous un air vicelard en plus ! Akihito, les joues cramoisies, plaqua les paumes sur ses yeux : « L'enfoiré ! »
Toutefois, un détail l'avait surpris et il ne savait trop quoi en penser. Malgré l'état plus qu'évidant du désir qu'il avait eu de lui, Asami n'avait pas essayé de le forcer. Ou plus exactement, de le pénétrer puisqu'Asami ne concevait pas ''l'amour'' sans pénétration. Il l'avait seulement mené, lui, à son propre plaisir. Akihito n'arrêtait pas d'y songer et aimait à penser que le mafieux s'était abstenu en raison de ses blessures. Oui, cela devait être sûrement pour ça…
Cette déduction accéléra soudainement les battements de son cœur et Akihito avait peine à respirer sous ses draps. Mais il aimait cette sensation. Il l'avait déjà ressentie à Macao. Il s'était enroulé dans les draps et cela lui avait donné l'illusion que des bras puissants et réconfortants l'enlaçaient. Le photographe sentit ses joues lui brûler.
- « Tu cherches à t'étouffer ? » demanda subitement Asami.
Plongé dans ses pensées, Akihito ne l'avait pas entendu arriver. Il sursauta dans le lit mais ne sortit pas la tête hors des draps. Il ne voulait pas se montrer à Asami. S'il le voyait, il le raillerait sûrement et se vanterait que les caresses de ce matin lui faisaient encore de l'effet. Pire encore, il se jetterait sur lui, prétextant vouloir apaiser son désir. Non, hors de question qu'il sorte la tête ! Mieux valait faire semblant de dormir…
Hélas, c'était sans compter sur l'homme d'affaires. Ne le voyant pas réagir, il tira d'un coup sec les draps pour dévoiler un Akihito recroquevillé sur lui même, nu et consterné. « Bon sang, pourquoi devait-il toujours être là aux mauvais moments ? » se dit Akihito dont le visage était plus rouge qu'une tomate.
Asami plissa légèrement les paupières. Il se pencha, puis avança une main sur le front du jeune homme.
- « Tu as de la fièvre », constata-t-il sèchement.
- « Ah bon ? » s'étonna Akihito. « Je ne m'en étais pas aperçu », dit-il d'un air candide levant la tête sur un Asami… apparemment de mauvais poil…
En effet, Asami s'était redressé et toisait d'un air contrarié le jeune photographe du haut de son mètre quatre vingt cinq. Il lui tourna ensuite le dos et sortit de la chambre dans un soupir exaspéré. « Maintenant qu'il le disait, c'est vrai qu'il avait de la fièvre, constata Akihito en portant sa main au front. Et le temps de cette fabuleuse observation, Asami réapparut dans la chambre, un verre d'eau à la main et… Et toujours autant de mauvais poil… Pourquoi réagissait-il de cette façon ? se demandait Akihito en voyant l'homme revenir vers lui le visage austère. Ce n'était pas de sa faute s'il était fiévreux.
- « Tu ne t'en es pas aperçu ? » demanda Asami agacé. « Je ne pensais pas devoir engager une baby-sitter pour te surveiller. »
- « Une baby-sitter ? Et puis quoi encore ? Arrête de me prendre pour un gamin ! »
- « Si tu n'étais pas un gamin, tu aurais pris ce qu'il fallait », rétorqua froidement Asami en lui tendant le verre d'eau dans lequel il avait jeté deux cachets d'aspirine. « Tu ne sais pas reconnaître un état fiévreux ? »
- « Tu n'as pas besoin de me le dire sur ce ton ! Et puis d'abord je n'ai pas assez de force pour me lever et parcourir tout ton appart' à la recherche de ces putain d'aspirine ! C'est toi même qui m'en as fait la remarque ce matin je te signale ! »
Là il commençait vraiment à lui taper sur les nerfs, mais il était tout de même satisfait d'avoir pu lui clouer le bec.
- « Et ça, c'est quoi ? » rétorqua Asami du tac au tac.
Akihito, incrédule, tourna la tête en direction du mouvement de menton que venait de lui adresser le mafieux. Une magnifique carafe pleine d'eau l'attendait sagement posée sur la table de nuit. Il y avait même un verre et les fameux cachets d'aspirine…
- « Euh… Je ne l'avais pas vu », marmonna-t-il en feignant de s'intéresser aux rideaux de la chambre histoire d'éviter le regard d'Asami.
Et merde ! Il fallait toujours qu'il ait le dernier mot celui-là ! Il passait pour le roi des crétins et il imaginait Asami en train de le fixer le regard plein de reproches – ou de moqueries –. De toute façon ça ne changeait en rien que, même au bord de l'agonie, Asami en viendrait toujours à le sermonner où l'affubler de gamin sans cervelle. Mais il ne comptait pas se laisser faire ce coup-ci. Blessé dans son orgueil, il eut soudain une illumination. Enfin, pouvait-on vraiment parler d'illumination avec un cerveau bouillonnant de fièvre et terrassé par la fatigue ?
- « Dans ce cas, pourquoi es-tu allé chercher de l'eau dans la cuisine, hein ? » railla-t-il fier de lui.
Aie ! Mauvaise idée ! constata le photographe en voyant le visage d'Asami se durcir de plus belle. L'homme d'affaires se pencha dangereusement au-dessus de lui, plongeant ses yeux aiguisés dans les siens, et rétorqua un sourire diabolique aux lèvres :
- « Parce que l'eau du réfrigérateur est plus fraîche. Et je me suis dit qu'elle te rafraîchirait peut-être les idées et t'éviterait de débiter des stupidités – ce qui apparemment n'est pas le cas. Mais tu as de la chance d'être mal en point car je me serais fait un plaisir de te faire regretter ton insolence immature. »
Sur ce, Asami scella les lèvres fiévreuses du jeune homme, qui, surpris par ce geste soudain, écarquilla les yeux. Pourquoi devait-il être surpris, d'ailleurs ? Asami en venait toujours à l'embrasser à chacune de leurs disputes. Ceci dit, c'était tout de même mieux que de lui infliger une fessée en guise de punition. D'un coup, il eut une vision des plus horribles : et si un jour ça lui venait à l'esprit ? Oh non, il préférait ne pas l'imaginer ! Et puis, en ce moment, il n'avait plus envie d'imaginer quoi que ce soit… Asami avait profité qu'il soit en pleine réflexion pour introduire sa lange dans sa bouche. Akihito voulut le repousser avec ses deux mains mais l'homme d'affaires lui agrippa les poignets et lui releva les bras au-dessus de sa tête. Naturellement, c'était une position qui avait pour fonction première d'inhiber sa résistance. Et ce salaud d'Asami le savait. Son corps était à sa merci et, étrangement, Akihito ne pouvait nier en ressentir une certaine excitation. Bien que, le seul contact de la langue de l'homme contre la sienne suffisait à le faire chavirer.
Submergé par ce baiser enflammé, Akihito se cambra et un gémissement étouffé alla mourir sur les lèvres du mafieux. Mais subitement, celui-ci se retira, le laissant encore étourdi par les sensations du baiser trop violemment interrompu. Akihito en resta bouche ouverte, totalement désemparé. « L'enfoiré ! » ragea-t-il entre ses dents, il l'avait fait exprès et avait l'air de bien s'amuser ! Akihito le fusilla du regard, tentant par la même occasion de reprendre son souffle. Asami, toujours penché sur lui, le dominait, un sourire victorieux aux lèvres.
- « Sois maudit ! » haleta Akihito furieux de s'être encore fait avoir.
Il tenta de dégager ses poignets fermement maintenus par l'une des mains de l'homme, quand soudain il sentit son poumon gauche lui brûler. Son visage se crispa sous la douleur et Asami relâcha aussitôt ses poignets. Akihito peinait à respirer. L'homme d'affaires alluma prestement l'appareil à oxygène installé près du lit, et lui ajusta le masque sur le visage. Akihito était en sueur, les yeux brillants de fièvre. Sa respiration était difficile. On aurait dit un poisson hors de son élément cherchant à respirer. Asami, assis sur le bord du lit, restait silencieux. Il se contentait de regarder la poitrine du jeune homme se soulever avec difficulté. Un large bandage entourait son torse et le haut de son épaule. Il garderait sans aucun doute une cicatrice de cette blessure…
L'homme d'affaires fronça à nouveau les sourcils. Ce qu'il avait sous les yeux ne lui plaisait pas. Akihito avait du mal à s'en remettre. Il ne faisait que dormir. Quand bien même Asami le forçait à se réveiller, Akihito s'écroulait de fatigue, touchant à peine aux repas qu'il lui apportait. Ses joues creusées et son teint cireux lui donnaient un air cadavérique. Sa captivité en Chine l'ayant fortement affaibli, son organisme n'avait pas suffisamment d'énergie pour se rétablir.
Asami tendit une main sur le visage du photographe et, du pouce, caressa sa joue brûlante. Ramener le gamin à l'hôpital serait plus judicieux. Malheureusement, il ne pourrait pas assurer convenablement sa sécurité. Si Arbatov avait réussi à infiltrer ses hommes dans l'organisation de Feilong, il n'aurait aucun mal à investir un hôpital. C'était un lieu bien trop facile d'accès. Non, Takaba devait rester chez lui. Avec les quatre hommes qu'il avait posté dans le couloir, il était en sûreté. Asami savait que ses hommes donneraient leur vie pour protéger la porte de son appartement. Sa décision de poursuivre la convalescence de Takaba chez lui était la bonne. Il avait fait mener tout le matériel nécessaire et s'était scrupuleusement renseigné sur les infirmières qui s'occuperaient des soins. Elles bénéficiaient, ainsi que la totalité de leur famille, d'une protection rapprochée. Partout où elles devaient se rendre, elles étaient escortées de deux hommes de confiance. Au cas ou ceux d'Arbatov viendraient à les intercepter pour les obliger sous la menace à achever Takaba, elles ne devaient rester seules sous aucun prétexte. Même si Asami savait que le russe n'en voulait pas directement à Takaba, qu'il était juste un moyen de pression pour l'atteindre, il ne voulait prendre aucun risque. Arbatov pouvait chercher à se venger après ce qui s'était produit à Macao même c'était lui qui avait décidé de faire sauter sa propre résidence en espérant se débarrasser de lui. Il connaissait bien Arbatov. Malgré les airs détachés qu'il affichait la plupart du temps, le russe pouvait se montrer machiavélique, surtout lorsqu'il n'obtenait pas ce qu'il voulait. Asami le voyait plus comme un sale gosse capricieux mais même le plus angélique des enfants pouvaient, par caprice ou jalousie, se transformer en démon.
Asami sortit de la chambre et composa un numéro sur son portable tout en s'allumant une cigarette.
- « C'est moi », fit-il à Kirishima qui avait décroché. « Demande à ce qu'on aille chercher sur-le-champ l'infirmière et dites-lui de prendre ses effets personnels… Oui, pour plusieurs jours. »
Une voix froide et des yeux acérés ne lui ayant pas donnée d'autre alternative, la malheureuse infirmière se vit contrainte de rester cinq jours durant à surveiller et soigner le jeune homme. Le propriétaire de cet appartement luxueux avait même eu la bonne idée de lui installer un lit dans la chambre du patient privilégié. Elle aurait eu à se plaindre qu'un tel procédé était contraire aux conventions des droits du travailleur mais, la somme coquette qu'elle avait reçue pour la dédommager de son dévouement quelque peu forcé, l'aida à supporter sa condition. Sa seule distraction, mise à part les soins prodigués sur le malade, était de voir rentrer de son travail le maître des lieux. Elle attendait chaque jour ce moment avec impatiente. Certes, il rentrait tous les soirs à des heures tardives, semblait avoir dîner à l'extérieur et n'éprouvait aucunement le besoin d'engager une conversation futile – mis à part se renseigner sur l'état du patient – mais elle avait tout de même parfois le plaisir d'assister à la sortie spectaculaire de l'homme sortant de sa douche. Il ne semblait nullement gêné de parcourir l'appartement seulement vêtu d'une serviette nouée autour de ses hanches. Son torse musclé, ajouté de ses cheveux noirs et humides, étaient un ravissement pour ses yeux. Surtout, lorsque se sentant dévisagé, il levait ses yeux cuivrés dans sa direction, une cigarette lovée entre les lèvres. Même si son regard n'exprimait que froideur et exaspération, l'infirmière tombait en pâmoison devant tant de virilité. Cependant, la jeune femme se sentait frustrée et bafouée car le bel Apollon ne lui accordait aucun intérêt, elle paraissait même totalement transparente à ses yeux. Pourtant, tout le monde disait d'elle qu'elle était pétillante et pétrie de charme, au point même de devoir repousser bons nombres de prétendants. Mais avec cet homme, c'était à croire que son sex-appeal s'était scratché tel un avion sur la piste d'atterrissage. Lorsqu'il n'avait pas le nez plongé dans ses dossiers ou l'oreille collée à son portable, il passait l'autre partie de son temps à vérifier l'état de santé du jeune homme. Et sa santé s'était si bien améliorée que la jeune femme se vit congédiée – enrichie tout de même de quelques milliers de yens supplémentaires – sans aucun remerciement, ni même un regard appréciateur sur ses voluptueuses rondeurs. Ainsi donc, le bel homme d'affaires referma la porte sur la jeune infirmière qui passa une année entière chez son psychanalyste qui s'époumona à la conforter sur sa grande beauté.
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Cinq jours s'étaient donc écoulés et Akihito commençait à reprendre des couleurs. Sa respiration s'était aussi améliorée et les repas, provenant directement du traiteur, avaient contribué à sa reprise de poids. Akihito s'amusait follement de voir le mafieux lui apporter son plateau au lit. C'était un fait nouveau pour lui et cela aurait pu être vraiment agréable si à chacun de ses repas, Asami planté devant lui sur une chaise, ne le fixait d'un regard qui signifiait : « Si tu ne termines pas, c'est moi qui me chargerais de tout te faire avaler. »
Le photographe, installé en tailleur sur le lit, leva discrètement les yeux sur Asami. Il était assis, jambes croisées, et examinait un dossier. Il portait une simple chemise déboutée au col et avait remonté ses manches jusqu'aux coudes, laissant apparaître un bandage au bras droit. Sa main aussi était bandée. Même si elles commençaient à cicatriser, Akihito savait parfaitement reconnaître des marques de brûlures. Elles zébraient ses deux avant bras. Comment s'était-il fait tout ça ? Asami ne lui avait encore rien dit sur ce qui s'était passé à Macao…
- « Comment vont tes blessures ? » se décida-t-il enfin à demander, mettant par la même occasion un terme au silence qui régnait dans la chambre. Et puis surtout il songeait à une certaine blessure. Celle de son épaule gauche qu'il s'était faite pour lui avoir sauvé la vie avant que Feilong ne l'emmène en Chine. Une blessure faite par sa faute…
- « Elles se portent bien… »
Puis le silence reprit ses droits. L'homme d'affaires replongea son nez dans son dossier tandis qu'Akihito, déconcerté par l'attitude de celui-ci, reprit son activité première – celle de finir son repas –. « Quel homme asocial ! » songea-t-il irrité. Toutefois, il n'avait pas l'intention de se laisser déstabiliser. Il posa ses baguettes sur le bol et reprit ses investigations :
- « Je peux savoir maintenant ce qui s'est passé ! Et ne me sors pas le coup du bain ! »
- « Tu as fini », fit Asami sur le ton de l'affirmation.
- « Hein ? »
Asami posa son dossier sur la table de chevet, puis se leva de la chaise pour ensuite débarrasser le plateau installé sur les jambes du jeune homme. Sans émettre un seul mot, il quitta la chambre.
Mais… Il se foutait de lui ! Bon sang ! Il était hors de question qu'il évite une fois de plus la discussion. Lui, il avait besoin de réponses ! Après tout, il avait failli mourir ! Mais ne le voyant pas revenir après plusieurs minutes, Akihito décida de quitter son lit. Ah, il ne comptait pas revenir ! Alors c'est lui qui se déplacerait ! S'il croyait s'en sortir de cette façon, il se mettait le doigt dans l'oe… AAAH ! Tout en poursuivant son cri, Akihito se retrouva le nez contre le sol. Tous ces jours à rester alité avaient fini par amollir ses muscles.
Asami, attiré par le fracas et les exclamations râleuses du photographe, avait rejoint la chambre. Il regardait la scène, somme toute comique, bras croisés et épaule appuyée contre le chambranle de la porte. Ça l'amusait beaucoup de voir le jeune homme, nu, tenter de se relever en tirant les draps du lit vers lui.
- « Arrête de te marrer et viens plutôt m'aider ! » pesta Akihito au bord de la crise de nerfs.
Merde ! Il en avait marre de se retrouver constamment dans ce genre de situation. Puis, soudainement, en voyant le regard d'Asami, il jugea qu'il était préférable de stopper toute tentative inutile pour se remettre sur pieds. Le premier ordre était de masquer au mieux sa nudité aux yeux du mafieux qui commençaient à briller d'intérêt. Mafieux, qui d'ailleurs, s'avançait dangereusement, un sourire en coin.
- « Qu'est-ce que tu ferais sans moi… » railla Asami qui s'était accroupi en face du jeune homme.
Akihito eut soudain un frisson qui lui donna la chaire de poule. Le vil avait terminé sa phrase en caressant du bout de ses doigts l'une de ses jambes. Oh non, vite ! Il fallait trouver une parade à ses frissons qui, malheureusement, à en juger à son regard, n'avaient pas échappés au Tentateur.
- « Je… J'ai froid… Dépêches-toi de me remettre dans le lit », bafouilla le jeune homme dont les joues commençaient à s'empourprer. Pitié ! Faites que ça marche ! supplia intérieurement Akihito.
- « Dans ce cas… Laisse-moi te réchauffer… » susurra Asami de sa voix sensuelle tout en se penchant tout contre son oreille.
- « Ah ! N… Non… »
Akihito tressaillit en sentant le souffle tiède d'Asami caresser sa nuque. Oh non, misère. Ça n'allait pas recommencer ! Dans un autre cri de surprise, Akihito se sentit subitement soulevé du sol. Asami avait glissé un bras sous ses genoux et le maintenait dans ses bras tout en le regardant d'un air qui en disait long sur ses intentions. Le cœur battant, le photographe ne voyait que trop bien la suite des événements. Et il se sentait vraiment en danger, nu comme il était. Mais surtout copieusement embarrassé. Il faisait tout ce qu'il pouvait pour cacher de ses bras son intimité qui, avec cette proximité, commençait fortement à réagir.
En le voyant faire, Asami eut un rire bref. Il le déposa en douceur sur le lit, puis se pencha au-dessus de lui. Leurs visages étaient si proches qu'ils pouvaient sentir leur chaleur mutuelle. Le cœur d'Akihito se mit à battre. Le mafieux ne l'avait pas habitué à tant de délicatesse. Il ne l'avait jamais non plus regardé de cette façon. Mais de quelle façon en fait ? Akihito n'arrivait pas réellement à définir ce regard. Il était à la fois incisif et doux. Il se mit soudainement à rougir comme une jeune mariée lors de sa nuit de noce, et détourna rapidement son regard vers la fenêtre.
- « Qu'est… Qu'est-ce que je fais ici ? » demanda-t-il en essayant de cacher son trouble et en tirant vivement sur son corps. « J'étais pourtant à l'hôpital à… à Macao… »
- « Je t'ai rapatrié au Japon », répondit Asami en s'asseyant sur le bord du lit. « Je devais attendre que tu sois transportable, mais… »
Asami tourna la tête en direction du photographe dont l'expression attendait visiblement la suite de l'histoire.
- « Si tu veux tout savoir, Arbatov s'est enfui avant que je ne lui mette la main dessus. »
- « Il a dû sûrement avoir la trouille… » fit Akihito dans un rire bref en baissant les yeux sur le bras bandé d'Asami.
Celui-ci le regarda.
- « Sûrement… »
- « Alors il court toujours… Et c'est pour cette raison que tu m'as emmené ici, dans ton appartement. » Akihito releva la tête sur le visage de l'homme d'affaires et le regarda droit dans les yeux. « Tu as peur qu'il vienne au Japon et qu'il s'en prenne de nouveau à moi, c'est ça ? »
- « Ça n'arrivera pas », répondit Asami en se levant du lit pour se diriger vers la porte de la chambre.
- « Ah oui ? Et qu'est-ce qui te le fait croire ? »
Le ton insolent qu'il avait employé fit se retourner l'homme d'affaires.
- « Je te répète que ça n'arrivera pas », rétorqua-t-il sèchement.
- « Alors dis-moi pourquoi je me suis retrouvé chez ce connard ? » cria Akihito subitement sentant les larmes lui monter. « Et pourquoi il m'a violé pour ensuite me balancer une balle dans la poitrine ? S'il l'a fait, il peut très bien recommencer ! Je ne vois pas sce qui pourrait l'en empêcher ! En tout cas, certainement pas toi ! »
Akihito s'était redressé sur le lit et laissait les larmes ruisseler sur ses joues. Il tremblait et serrait les draps de ses mains sans quitter des yeux le mafieux.
Asami fronça les sourcils et demanda sur un ton glacial :
- « Serais-tu en train de me reprocher quelque chose ? »
En voyant le visage d'Asami se durcir, Akihito eut un pincement au cœur. Était-ce de la rancœur, de la colère ou, du chagrin ? Il avait tant souffert depuis qu'il l'avait rencontré… Asami ne faisait que l'humilier. Il le prenait sans jamais lui manifester une once d'amour ou d'affection. Il était seulement un objet que l'on s'appropriait pour ensuite le jeter une fois qu'on l'avait utilisé. Asami ne se rendait pas compte de la souffrance qu'il éprouvait, il ne montrait jamais de compassion ou de tendresse. Il… Il ne l'aimait pas, tout simplement. Il s'amusait avec lui sans se soucier de ses sentiments. Ce n'était pas la vie qu'Akihito avait espéré. Asami avait tout détruit. Il avait détruit sa vie…
- « Si… Si je ne t'avais pas connu… » murmura le photographe en sanglotant, le regard fixé sur ses mains. « Si je ne te connaissais pas… Rien… Rien de tout ça ne serait arrivé ! » hurla-t-il brusquement de toutes ses forces.
Asami, le regard noir, fixa quelques instants le jeune homme et s'approcha ensuite d'un pas rapide vers le lit. Akihito eut un mouvement de recul et hoqueta de peur lorsque l'homme lui prit sans douceur le visage entre ses doigts pour le relever avec brutalité.
- « Si tu n'avais pas mis ton nez dans mes affaires, rien de tout ceci ne serait arrivé. Ne me reproche pas tes erreurs. Ce n'est pas moi qui suis venu te chercher. Et ce n'est pas moi non plus qui t'ai jeté dans les griffes de Feilong après m'avoir trahi… Alors ne me fais pas regretter de t'avoir sauvé. »
Akihito écarquilla les yeux. Ses lèvres tremblaient. Asami le regardait avec froideur de ses yeux acérés. Il était penché au-dessus de lui et le dominait de son imposante stature. Sa main faisait étau sur ses joues et ça lui faisait mal. La colère qu'éprouvait le photographe n'était rien comparée à celle du mafieux. Elle était même égale à celle de ce fameux jour où il lui avait avoué qu'il l'avait trahi… C'était la seconde fois qu'Asami le regardait de cette façon. Mais aujourd'hui, Akihito n'éprouvait pas seulement de la peur face à ce regard, une sensation de vide au cœur venait s'y ajouter. Pourquoi ressentait-il ce vide ?
Asami s'écarta brutalement et planta son regard d'acier sur le photographe. Il resta ainsi quelques secondes avant de quitter la chambre en claquant la porte qui fit trembler les murs. Akihito resta prostré durant plusieurs minutes avant de s'effondrer en larmes sur l'oreiller. Pourquoi lui avait-il dit tout ça ? Pourquoi, alors qu'il ne le pensait même pas ? « Je ne suis qu'un imbécile. » Maintenant Asami devait le détester, ou pire, le mépriser. Et lui, pourquoi se sentait-il aussi mal ? Il devrait être plutôt satisfait. Ce mafieux de malheur sortirait enfin de sa vie. Il le laisserait tomber. Il lui foutrait enfin la paix. Il ne chercherait plus à le revoir… Il ne le verrait plus…
Akihito eut soudain mal au ventre comme si une lame venait de le transpercer jusqu'au cœur. Une lame glacée qui lui déchirait le cœur en lambeau. Akihito n'avait jamais ressenti cette impression. Mais qu'elle était cette nouvelle sensation ? Elle était vraiment douloureuse, suffocante…
N'en pouvant plus, Akihito enfouit son visage dans l'oreiller pour étouffer le bruit provoqué par ses sanglots…
À suivre…
