D'accord, je l'avoue. Il ne devait tout simplement pas y avoir de suite. Unsaid était supposé raconter la détresse de Malfoy après la mort de Potter, appréhendant la pose de la marque et se sachant incapable de la porter, même si Potter lui avait dit de le faire pour survivre. Pour lui survivre.
Et pourtant, je n'avais pas envie de laissé Malfoy comme ça. C'est pourquoi j'ai décidé d'une suite.
Je ne pense pas que cette histoire dure très longtemps mais je la veux complète. J'espère que quelques uns la suivront, parce qu'il y aura peut-être de bonnes surprises, au milieu de la tristesse.

X.X.X

Chapitre Second.

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Pendant la pluie.

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Tu as la tête qui tourne. La bouche entrouverte, tu essaies de regarder la plafond alors que tes yeux se ferment, et tu ne vois rien. La lumière s'est éteinte depuis bien longtemps déjà, tu le sais. Parfois, tu te demandes si tu es simplement mort et tombé en enfer, si cela va durer toujours. Tu as perdu toute notion du temps, à vrai dire cela pourrait faire trois mois comme quatre ans que tu es là, à pourrir dans cet espace parfaitement clos, alors pourquoi pas l'éternité ? Oui, la tête renversée en arrière et la bave aux coins des lèvres, tu ne sens tellement plus ton corps que tu pourrais bien être mort. Pourtant, il y a ces visages connus qui surgissent parfois, des visages qui semblent venir d'un autre temps, qui te rappellent que, malgré tout, tu es toujours vivant.

Plus que ces visages, il y a ces voix, car tu n'as pas souvent la force de garder les yeux ouverts, que ce soit à cause de cette fatigue extrême qui te domine et te laisse apathique, ou par manque de courage – courage, ce courage qu'il t'a toujours fait si peur chez lui –. Après tout, ce n'était pas ta maison, n'est-ce pas ? Personne ne t'a jamais demandé de faire face à l'adversité, personne n'a jamais attendu de toi que tu brilles ou que tu affrontes ce qui allait t'arriver. Toi, tu excellais dans l'ombre, dans la nuit. Tu n'étais pas du côté du Soleil, brillant comme l'or le plus pur, ce joyau que lui a fini par représenter à tes yeux. Tu étais l'allié de la Lune, l'argent fourbe des chaînes liant mains et pieds des nobles – comme ces fers qui te tiennent étroitement serré au mur.

C'était avant, quand tu fomentais mille et un plans machiavéliques contre les rouge et or, ces ennemis qu'on t'avait appris à haïr plus que de raison. Tu étais doué, n'est-ce pas ? Tu pourrais sourire à ce souvenir, si tu en avais la force. Mais les muscles de tes joues ne te répondent plus, et la pression qui te martèle le crâne t'empêche de recentrer tes efforts. Et pourtant, oui, tu te souviens de toutes ces parties gagnées, de ces moments où tu avais la sensation de régner sur des sujets de pacotille. Tu te souviens de cet âge ingrat, des illusions que tu cultivais pour t'épargner de voir l'essentiel et t'absoudre des péchés qu'un jour tu commettrais sans aucun doute. Aujourd'hui, pourtant, tout cela te laisse de marbre. Il te manque tes larmes, tes rires.
Qui sont tous partis dans son ombre.

Il y a ces visages, il y a ces voix. Comme les relents d'un passé oublié, d'une page déjà tournée. Tu te rappelles l'aube claire qui est venue éclairer, réveiller ces nuits noires. Tu te rappelles les étreintes, la chaleur d'un sentiment jusqu'alors inconnu. Tu te rappelles les mains, le corps, la voix, les yeux, le visage de cette aube qui est venue puis est repartie pour te laisser encore plus vide qu'au départ. Tu te rappelles l'imperfection de vos embrasements, le gel de tes mains et la peur du lendemain. Tu te rappelles ses larmes, qui tâchaient tes draps, et les tiennes, qui ne salissaient que ton âme, âprement retenues. Tu te rappelles, mais ce ne sont que de vagues souvenirs qui s'effacent déjà.

Il y a ces visages, il y a ces voix. Tu les vois, tu les entends.

Tu souffres, c'est vrai. Tu as eu le choix, cependant. Tu aurais pu prendre un autre masque, tout comme lui-même l'aurait voulu. « Tu iras le voir. » C'était ce qui était supposé être, ce pour quoi on t'avait élevé. « Tu prendras sa marque. Tu la porteras. » Tu t'étais tant fait à cette idée. « Ainsi tu survivras, Malfoy. » Et pourtant, aujourd'hui, pourquoi cette douleur te semble plus normale que de prendre place à côté de ce maître que tu t'étais tant préparé à adorer ? Pourquoi cela te paraît-il absurde de voir l'air affligé de ces visages et d'entendre les reproches fatigués de ces voix ? Pourquoi ne peux-tu plus comprendre les idéaux pour lesquels tu pensais être prêt à te battre ? Aujourd'hui, tout a été remplacé par le froid de la pierre sur laquelle tu somnoles et la douleur laissée par les coups et les sorts.

En vérité, tu penses toujours que les sang-de-bourbe ne sont que de pâles imitations sans saveur des sorciers de pure souche. Tu sais que rien n'égale le prestige d'une ancienne famille, tu connais les lignées les plus puissantes par cœur depuis l'année quatre cent vingt trois, date à laquelle remonte l'arbre généalogique de la tienne. Tu es fier, tu es droit, malgré tout tu t'obstines à te persuader que tes ancêtres seraient fiers de toi. Tu portes le nom de Malfoy sur ton visage avec la dignité avec laquelle tu l'as toujours fait, avec cette prestance que tu n'abandonnerais pour rien au monde. La magie noire t'attire, te fascine, et dans le fond faire du mal à tes ennemis ne te paraît pas aberrant ou impitoyable, n'est-ce pas ? Tu sais que la vie est un champ de bataille et qu'aucun coup ne sera jamais épargné – alors pourquoi ne pas frapper le premier ? Et pourtant, tu réalises que finalement, quelque chose en toi s'est teinté de ce fameux et honni rouge et or. Quelque chose qui crie justice, qui pleure la veuve et l'orphelin.

C'était au fond de ses yeux, ses yeux si verts que tu n'as pas eu le temps d'y prendre garde. Il y avait ses principes de héros au grand cœur, de martyr sacrifié sur l'autel d'un futur auquel tu n'as jamais cru, pas même une seule seconde. C'était au fond de ses yeux, ses yeux si verts contre lesquels tu ne savais pas te défendre.
Et qui t'ont avalé.

Il y a ces visages, il y a ces voix. Et puis, il y a cette souffrance. Elle te traverse des pieds à la tête, te tourmente vicieusement et te fait parfois oublier ton nom. Elle ne te quitte pas une seule seconde, comme une amante éplorée, une maîtresse maléfique et maudite. Tu ne sais comment l'apprivoiser, comment t'y habituer. Elle est là, toujours comme pour la première fois. Puissante, incontrôlable, dévastatrice.

Elle est là et tu sais que tu n'es pas mort. A moins que tout ceci ne soit qu'un gigantesque enfer, mais tu aurais imaginé plus de flammes, plus de cendres. Autour de toi, il n'y a que la nuit la plus profonde et les pierres froides d'une cave minable. Autour de tes poignets et de tes chevilles, les chaînes te rongent la peau jusqu'au sang et tintent à chaque mouvement, mais tu ne bouges plus beaucoup à présent, n'est-ce pas ? Tu te tiens immobile, et tu retiens tes pensées. En vain.

Il y a cette souffrance, par dessus tout. Elle t'empêche, de toutes façons, de te mouvoir autant que de rêvasser. Elle ne t'accorde aucun repos, aucune trêve. Parce que c'est une guerre, n'est-ce pas ? C'est une guerre abominable qui fait rage au dehors, comme au dedans. De cette cave, tu n'en perçois rien. Tu n'en entends pas les bruits. Les cris. Tu n'en vois pas la couleur. Le sang.

Il n'y a que cette souffrance.
Insoutenable.

X.X.X

C'est étrange, tu ne crois pas ? Ce n'est pas juste lui que tu as perdu, comme on aurait pu le croire. Ce ne sont pas vos nuits qui s'effacent. Ce n'est pas non plus le réconfort de ses bras qui s'éloigne. Il n'est pas simplement question d'un deuil, parce que ce n'est pas seulement son départ. C'est ta vie toute entière qui te fuit entre les doigts.
Mais quelle vie ?

Il te semble que rien n'a jamais été vrai. Rien n'a jamais été bon. Non, au regard des années passées, tu ne peux pas dire ce qui valait la peine de se battre jusqu'au bout, tu ne vois pas ce qui pourrait justifier la guerre et cette souffrance. Tu ne vois rien de valeur dans cette vie encadrée par les mots convenus de tes parents et les regards envieux de tes camarades. Il n'y a rien qui vaille la peine, dans cette mascarade que d'autres appelleraient vie – sans connaître le vide, le vide dévorant d'une fuite constante – ta vie. Rien n'a jamais été beau.
Sinon lui.

Aujourd'hui, il n'y a plus que cette absence.
La sienne.

Insoutenable.

X.X.X

Le visage est à quelques centimètres du tien et les yeux te regardent fixement. Ils semblent chercher une faille, une faiblesse. Inquisiteurs, ils fouillent tes traits usés, ils investissent la fatigue prématurée de ton corps. Ils voudraient te mettre sans dessus dessous, te faire perdre le peu d'équilibre qu'il te reste – sans pitié. Ils adoreraient te saccager, te dévaster, te briser. Ils brilleraient d'une joie satisfaite pour peu que tu te détournes et admettes leur victoire. Seulement tu ne peux pas le faire, parce que ce n'est pas une bataille.

Et ni l'un ni l'autre vous n'ignorez que cela fait déjà bien longtemps que tu as tout perdu.

Pourtant, en face de toi, ses yeux sombres jouent encore le jeu et ont l'air de chercher patiemment ce qui pourrait te faire tomber, ce qui te pousserait à baisser la tête devant lui et sa toute puissance. Ses sourcils se froncent et alors, tu souris. Il te semble qu'il y eut un temps où vous étiez amis. C'est peut-être à cause de ce léger étirement de tes lèvres qu'il agrippe ce qu'il reste de ton col et te plaque durement contre le mur, où tu étais déjà adossé, pourtant.

Sa peau d'ébène contre la tienne, si pâle.
Ces paradoxes inavouables.

- Te souviens-tu seulement de mon nom, Malfoy ?
Sa voix est dure, froide, douloureuse. Tu supposes qu'il se souvient, lui aussi.
Tu ne lui réponds pas, tu te contentes de le fixer impassiblement, comme s'il pouvait te lancer le Doloris sans que tu ne réagisses. Ne le provoquerais-tu pas un peu, petit dragon ? Tu sais pourtant que ce n'est plus un jeu d'enfant. Ne sens-tu pas ses mains qui t'étranglent, nies-tu la force de ce corps contre lequel, enfant, tu as appris à te battre ?
- Dis-le, Malfoy ! Dis-le !
Tu pourrais presque voir des larmes de rage perler au coin de ses yeux, alors tu lâches un soupir. Pour un peu, on pourrait penser que tu es presque déçu, mais peut-être serait-ce mal te connaître, en réalité. Mais tu n'avoueras jamais que tu as peur.
- … Zabini.
Ta voix enrouée a brisé ton silence. Ta gorge te fait affreusement souffrir mais tu te sens obligé d'ajouter
- Blaise.
pour te souvenir de l'enfant qu'était ce jeune homme inconnu – ou bien est-ce toi qui n'es simplement plus capable de le reconnaître – alors qu'il te menace avec toute la rage qu'il a le droit de laisser échapper. Tu penses qu'il t'aurait déjà éventré si le Maître lui en avait donné le droit, mais ta mort ne doit pas encore être à l'ordre du jour. Tu ignores d'ailleurs pourquoi le Seigneur daigne t'accorder un peu de répit – quoique répit soit un bien grand mot.

Sa peau d'ébène contre la tienne, si pâle.
Vous n'êtes plus des enfants.
Sais-tu seulement depuis quand ?

La paume de sa main, - noire -, claque ta joue droite, - blanche -.
Le son aurait pu être beau si votre musique n'avait pas sonné si faux.

Vos notes ne sont plus sur la même portée.

X.X.X

Tu as probablement cinq ans, la première fois que tu le rencontres. Il est déjà plus grand que toi et tu le regardes avec admiration. Il est tout ce que tu ne peux pas être, une sorte d'alter ego parfait. Les premiers mots que tu lui dis sont « soumets-toi », comme le veut la tradition de vos deux familles respectives. Avec un plaisir non feint, tu l'entends souffler « je me soumets » et tu te demandes si tes ancêtres eux aussi ont ressenti ce que tu ressens en ce moment, ce moment précis. Quand il relève la tête et qu'il sourit, tu lui tends la main pour qu'il cesse de s'agenouiller devant toi et te fasse face en tant qu'égal. Ça a beau être un rituel bien plus vieux que toi, il a du sens pour toi.

Tu lances un regard à ton père pour entendre son accord et tu vois ce grand personnage à l'air d'une statue se rapprocher de la réplique agrandie du garçon qui se tient devant toi. Quand leurs deux mains se joignent pour une poignée de main virile et digne, tu sais que c'est le signal et tu entraînes le garçon pour jouer avec lui dans ta chambre, laissant les deux adultes régler les formalités ensemble. Dès lors, il n'y a plus de règles, le monde s'ouvre sur votre passage. Les mers reculent, les trésors se dévoilent, les dragons gémissent de terreur, les princesses sont délivrées par vos soins et vous tombent dans les bras.

Vos jeux d'enfants ressemblaient tellement à ceux des autres, finalement.

Pourtant, un jour, ton père vient toquer à la porte alors que vous êtes en pleine expédition à Gringotts - à la poursuite de quatre dragons - pour vous entretenir sur le héros le plus extraordinaire de tous les temps, le seul sorcier vivant capable de redonner des valeurs au monde magique. Tu ne souffles pas un mot, parce qu'alors, tu as déjà sept ans et que tu sais quand il faut se taire. Tu comprends que ton père, cet homme colossal qui t'impressionne tant, a trouvé un maître. Qu'il y a quelqu'un devant lequel il a choisi de baisser la tête avec respect, quelqu'un au profit duquel il vaut mieux s'effacer. Tu ne souffles pas un mot, non. Tu écoutes, fébrile, ce père distant te narrer avec emphase les exploits du sauveur des sorciers – des vrais sorciers. Celui devant qui tu t'agenouilleras avec fierté.

Plus tard, tu apprends son nom. Mais jamais ne le prononces.
Tes lèvres brûlent.

Le garçon à la peau d'ébène et toi changez légèrement vos jeux innocents. Désormais, votre plus grand honneur est de mener à bien les missions que vous octroie votre roi. Un mot de lui vous réchauffe le cœur, vous comble de joie pour des mois. Vous vous imaginez mille privilèges, et l'euphorie que vous pourriez ressentir si jamais ce seigneur venait à avoir besoin de vous. Vous ne parlez ni de mort ni de torture, et pourtant il te semble que vos parents vous en donnent bien des occasions. Vous vous cachez derrières votre jeunesse et vos jeux de capes et de baguettes magiques. Ce n'est pas que vous êtes innocents, c'est plutôt que vous voulez vous en donner l'illusion, comme si une voix lointaine vous soufflait que le temps vous rattrapera bien vite, de toutes façons.

C'est ainsi que les années continuent de passer. Tu n'ignores pas que beaucoup de choses n'ont pas de sens mais ce n'est pas si important que cela surtout si, comme le veut la vieille et inaltérable alliance des Malfoy et des Zabini, ce garçon à la peau si noire ne quitte pas ton ombre. Après tout, il t'a prêté serment d'une allégeance absolue. Tu sais que, plus tard, il aura un autre maître, bien plus puissant que toi, alors tu te bats pour te faire une place indétrônable dans son cœur. Tu veux qu'il puisse donner sa vie pour toi, qu'il te soit fidèle jusqu'à la mort. Tu veux ce genre de relation absolue. Tu ne pardonnes ni ne cèdes rien, petit tyran. Et lui semble s'en contenter.

Quand vous rentrez à Poudlard, rien ne change. Quand tu deviens le prince, il devient ton premier chevalier. Qui aurait pu distinguer Zabini de Malfoy, à cette époque ? Vous étiez inséparables. Il avait besoin de toi, afin de pouvoir profiter des privilèges de ton nom. Tu avais besoin de lui, en tant qu'homme de main. Vous aviez onze ans, seulement onze ans, et une relation de pouvoir typiquement adulte vous liait, sous couvert d'une amitié enfantine – bientôt adolescente.

Cela aurait pu continuer ainsi longtemps.
Si seulement.

X.X.X

Aujourd'hui, tu n'es plus très sûr de savoir ce qu'il faut regretter. Tu t'es souvent imaginé tout ce qui aurait pu être différent si l'un ou l'autre d'entre vous était né une année avant l'autre. N'étant pas confrontés directement, auriez-vous cherché malgré tout à vous rentrez l'un dans l'autre ? Parfois, tu as la faiblesse de raisonner comme une poufsouffle de bas étage, mais tu ne peux pas totalement t'en empêcher. Alors tu te demandes si tout cela n'était pas prédestiné. Si ce n'est pas ce pour quoi tu étais fait, finalement.

L'aimer.

X.X.X

- Te souviens-tu de ce temps où nous n'avions pas de secret l'un pour l'autre ?
Tu hoches doucement la tête, pendant que des centaines d'images y font la fête. Tu le vois, lui, sous sa cape noire aux bordures rouges dont il était si fier – tu lui avais offert pour son dixième anniversaire – qui tourne autour de toi un sourire franc sur ses joues noires elles-aussi et sa peau noire et son ensemble noir, petite perle noire dansante sous la neige si blanche qui tombe comme une pluie dense.
Tu te rappelles les soirées passées à se raconter tout et n'importe quoi, comme des petites pipelettes – de vraies petites filles, une honte vraisemblablement – à partager l'un avec l'autre vos pensées, sans ornement, sans faux-semblants. Tu te rappelles l'éclat de vos yeux et le frétillement de vos iris, cette joie habituelle à laquelle vous ne preniez même plus garde.
Tu le vois, les sourcils froncés, la ride au bord du front, agiter sa baguette dans tous les sens en prononçant maladroitement les mots « wingardium leviosa » et l'air ennuyé sur ses traits alors que tu lui expliques avec concupiscence. Tu n'oublies pas que tout de suite après cela, c'est lui qui t'apprend comment métamorphoser un verre d'eau en verre de vin – alors que tu bougonnes et maudit la prétendue simplicité des miracles d'un prophète de pacotille – et qu'il s'amuse franchement du retournement à quatre vingt dix degré de la situation.

- Te souviens-tu de notre amitié ? L'as-tu jamais considérée ?
Tu fermes les yeux, las. Tu sais qu'il ne t'écoutera pas. Pour lui, les jeux sont faits. Et s'il te torture, il vaut mieux qu'à ses yeux tu prennes le visage du traitre, qu'il ne soit pas obligé de blesser un ami – si cela peut lui éviter cette peine, tu veux bien être son ennemi. Après tout, c'est ce que tu es. Traître à ton sang, à ta race, à ta classe, à ta caste. Aujourd'hui, tu ne devrais pas être là, la voix brûlante et la gorge cassée, les flammes de l'enfer coincées dans tes entrailles, à attendre le prochain coup, le prochain Doloris. Tu ne devrais pas être dans cette misère sans nom, à écouter les lamentations absurdes de ce garçon à la peau noire que tu as tant aimé.
Mais peut-être pas assez.

- Te souviens-tu, Malfoy ? Regrettes-tu ? Non, tu n'as plus aucun honneur. Tu ne te souviens plus, n'est-ce pas ? A moins que... Te souviens-tu, malgré tout, de nos promesses ?
Tu voudrais assurer oui, sans trembler, sans frémir. Toutes ces affirmations déguisées en demandes, qui coulent sur toi les unes après les autres dans un torrent amer de déception, tu voudrais les mettre à nu, les humilier, leur rappeler leur erreur fondamentale. Tu voudrais crier oui, je m'en souviens, Blaise, si tu savais comme je m'en souviens, dans cette cage de pierre je ne fais que ça, me souvenir, me nourrir d'un passé que j'ai chéri, de jours dont j'ai joui, et que je ne peux plus comprendre à présent que le temps est parti, qu'il a fui loin de moi. Tu voudrais pouvoir t'accrocher à ses bras noirs qui ne te touchent plus que pour te pousser à terre et gémir bien sûr je me rappelle, mon ami, je me rappelle, tu n'étais pas le seul à désirer ce que nous désirions, à aimer ce que nous aimions, à croire ce que nous croyions. Tu voudrais lui dire que tu avais sûrement tort, oh oui Blaise j'avais tort mais que faire contre lui ? Que faire contre sa tendresse si chaude contre mon corps si froid, mon corps venu de Sibérie contre son Sahara ? Que faire alors que tout ce qui avait un sens devient vide, quand tous nos idéaux s'effondrent ? Aujourd'hui il ne me reste plus que la saveur d'une tempête, quand le vent s'éloigne avec les nuages et la pluie et la grêle et les tornades et les ouragans. Une saveur de pays en friche, que personne jamais plus ne viendra cultiver. Une saveur d'abandon. Tu voudrais demander pardon, toi qui gardes cette étincelle d'amour propre que personne n'a encore jamais réussi à éteindre parfaitement, tu voudrais demander pardon, mais si Blaise je suis navré, je suis navré mais je ne peux rien y faire, je ne peux plus me dire que demain il me faudra tuer pour le meilleur des mondes possibles, un monde sans sang-de-bourbes, un monde hiérarchisé sur lequel nous pourrions régner car nous sommes du bon côté, n'est-ce pas ? Du côté des vainqueurs. Si, tu es navré, tu es vraiment navré, car aujourd'hui je te laisse les lauriers.

Nous ne partagerons pas les trésors de nos rêves d'enfant – je te les laisse.

- Te souviens-tu de la haine que nous ressentions envers le balafré ? Te souviens-tu de leur fausse gentillesse, de leur air de bons enfants, de leur manie de faire de nous les méchants ? Te souviens-tu de ce jour où il a refusé ta main pour traîner dans la crasse des Weasley ? Te souviens-tu que tu l'exécrais ?
Tu voudrais pouvoir expliquer l'infinie tristesse des épaules basses de Potter et la dureté de ses baisers, le goût âpre de la résignation de ses larmes, mais ce ne sont pas les bonnes oreilles, ce Zabini n'est plus celui à qui tu peux tout raconter. Tu ne peux pas partager l'amour. Tu voudrais dire tu sais, je suis un égoïste, parce que cette douleur-là est supportable, et elle fait, je le crois, plus de mal à toi qu'à moi, Blaise. Je suis lâche, ce n'est pas une nouveauté, et j'ai choisi de t'accorder le mauvais rôle, car ce n'est que toi qui m'attaques, ce c'est que toi qui me blesses. Moi, je te t'ai jamais rien fait, je n'ai pas porté la main sur toi, au contraire, je t'ai souvent rappelé à quel point tu m'étais précieux, au commencement, jusqu'à ce que cette cage se referme purement et simplement sur moi. Je n'étais pas assez fort pour me battre contre toi, et il aurait fallu que je le fasse bien plus tôt. Tu voudrais reconnaître l'implacable vérité, lui avouer dès le premier soir, quand les lèvres de Potter ont aspiré mon âme, j'aurais dû trahir, mais je n'ai rien fait, j'ai laissé la situation empirer, je t'ai laissé espérer et j'ai laissé Potter s'éloigner. Oui, je suis un égoïste, parce que je voulais tout garder. Mais j'ai tout perdu, Blaise, j'ai tout perdu alors frappe-moi si tu veux, la douleur ne me fait plus peur, elle vit avec moi, elle est gravée dans ma chair, dans mon âme. Tortures-moi encore parce que tu m'es cher, ce n'est pas grave. Tu voudrais lui rappeler que je t'aime, Blaise. Mais cet amour n'a aucune commune mesure avec celui que Potter a fait naître en moi.

Mais tu ne réponds rien. Tu ne trouves pas les mots, et tu sais qu'il ne comprendrait pas. A vrai dire, toi-même, tu ne vois pas de sens à donner à ta vie.

- Te souviens-tu de nos rêves d'enfant ?
Évidemment.
Mais ils n'avaient d'enfant que le nom.

Quand le jeune homme à la peau noire – tu n'as plus le droit de l'appeler par son nom, quoi qu'il en dise – semble avoir fini de te jeter sa haine et sa déception à la figure, il décide d'y envoyer ses mains et ses pieds. Parfois même ses Doloris. Tu ne hurles pas, tu n'en as pas la force. Tu ne pleures pas non plus, parce que tu ne sais plus le faire depuis quelques temps. Tu restes placide, attends et anticipes les coups. Tu ne te protèges pas, tu sais que de toutes façons tu ne le peux pas. Tu endures, jusqu'à ce qu'il s'en aille, la souffrance.

Insoutenable.

X.X.X

Le temps était parfaitement clair, le jour où Potter a définitivement quitté ta vie. Un ciel d'hiver au bleu presque outrageant s'étendait au dessus de Pourdlard et sa région. Une beauté parfaite oui, parfaitement ignoble, une pureté absolue que tu regardais les yeux dans l'eau – les larmes coulaient sur la courbe douce de tes joues et le long de ton coup – ta tête tournée désespérément vers cet immensité où les légendes placent le paradis. Et tu priais pour qu'il ne l'appelle pas, qu'il ne l'accueille pas. Qu'il ne te l'enlève pas.

« Je ne vais pas le vaincre, n'est-ce pas ? »
Il était étrange, tu sais, ce petit sourire installé sur tes lèvres. Incongru, maladif, douloureux. Oh oui, il faisait mal, ce petit rictus, vestige d'une nuit magnifique – pour la première fois, vous aviez fait l'amour –. Parce qu'il ne reviendrait pas – et cette tendresse, sublime, et ces gestes, ces caresses, ces soupirs langoureux, ces gémissements, cette délivrance, cette certitude d'aimer et d'être aimé, où étaient-ils passés ? Où allaient-ils s'enfuir ? Non, il ne reviendrait pas.

Ce n'était pourtant pas une surprise. Depuis des mois et des mois, tu savais que Potter finirait indubitablement par mourir. C'était quelque chose qu'on était obligé de savoir, quand on le côtoyait de trop près. Potter était un mourant à l'agonie, sur le fil d'une existence fragile que le maître allait balayer d'un revers de main. Non, il n'était pas faible, ce n'est pas ça. Il n'était simplement pas assez fort. Personne ne l'était depuis la mort de Dumbledore, absolument personne – et certainement pas lui. Oui, tu savais pertinemment qu'il mourrait bientôt. Probablement avant toi.
Tu le savais, pourtant.

Alors pourquoi cela te faisait-il mal comme une mauvaise surprise ? Et puis, il y avait cet espoir, fou, insensé, que peut-être les jeux n'étaient pas faits, pas encore, pas tout à fait. Il te tournait la tête, alors que, les yeux noyés dans tes larmes, tu distinguais encore à peine la couleur bleue blessante du ciel parfait. « Je ne vais pas le vaincre, n'est-ce pas ? » Non, Potter ne l'avait pas vaincu, il ne l'avait pas pu. S'il l'avait fait, la nouvelle serait déjà parvenue à Poudlard et le monde magique serait déjà en fête. Au lieu de ça, il y avait ce ciel et cette campagne imperturbables, figés dans leur insouciance, leur ignorance. Tu voulais crier : ne vous rendez-vous pas compte ? Potter est parti, Potter est mort. C'est la fin, la fin de tout.
Mais c'était surtout la fin pour toi. Après tout, qu'est-ce que cela pouvait bien faire au ciel et à la terre que Potter ne soit plus là ? Absolument rien – et tes pleurs ont redoublé.

« Il faut que nous soyons là-bas à l'aube et... Je m'en vais ».
Mais pourquoi avait-il fallu que le Soleil se lève, ce jour-là ?

Le temps était parfaitement clair, le jour où Potter a définitivement quitté ta vie.
Un ciel d'hiver – pour un cœur qui aurait dû être de glace.
Embrasé contre les flammes de l'âme de Potter.
Maudit, damné.

« Malfoy, je m'en vais. »
Mais pourquoi avait-il fallu qu'il t'abandonne ?

X.X.X

Tu te souvenais de ce temps parfait, le jour où tu as pénétré le salon noir de ton manoir comme pour la première fois. Tu te souvenais aussi de la nuit de la veille, passée le visage enfoui au plus profond de ton oreiller pour y enterrer tes larmes et les y sceller. La pierre était si lourde, tu ne l'avais jamais remarqué. Tu n'avais jamais senti les murs peser sur toi comme à cet instant-là, comme si tout était prêt à t'ensevelir – mais pas avant t'avoir fait longuement souffrir. Tu regardais les larges pavés foncés qui composaient les murs et les quelques tapisseries et tableaux enchantés qui y étaient accrochés. Les scènes dépeintes te faisaient soudain froid dans le dos, alors que tu les voyais depuis ta plus « tendre » enfance, que tu connaissais le moindre de leurs détails à force d'habitude. Le couteau de ce personnage-là t'apparaissaient pourtant plus brillant, à la lueur de la flamme tremblante dans l'âtre lourd, et le visage de celui-ci te semblait soudain plus malfaisant qu'à l'ordinaire. Les fioles posées sur les étagères avaient toutes l'air plus dangereuses les unes que les autres et les grimoires avaient les couvertures de livres interdits. Les rideaux noirs te rappelaient ceux de ta chambre de préfet en chef, et le sourire de Potter réduit en cendre comme tu le serais bientôt. « Voldemort sera là, Malfoy. » Tu as frémi une fois, t'es maudit pour cela. Tu as fermé les yeux et, les rouvrant, ta décision était prise.
Te libérer de son emprise.

Ce salon froid, tu étais prêt à en faire ta pierre tombale. Tu y avais vu le jour, pourquoi ne pas s'éteindre à ce même endroit ? Que ce manoir soit ton cercueil, c'était ce que tu voulais. Puisque Potter t'avait faire renaître, alors ce qu'il avait créé pouvait disparaître. « Voldemort sera là, Malfoy. » Tu te souvenais de sa voix hantée, de ses yeux aux prunelles dilatées. C'était étrange, parce que le nom du Maître ne faisait plus dresser tes poils. Ce n'était pas une question de peur – Merlin, tu étais mort de peur, en vérité. C'était une simple histoire de fatalité. « Voldemort sera là, Malfoy. » C'était vrai, il serait là, d'une minute à l'autre il serait là, il serait là pour toi et il avait fallu choisir, il faudrait faire face, il faudrait sourire, au moins avoir la force et l'insolence de sourire à tous ces souvenirs. Une dernière fois.

« Je sais qu'un jour viendra où tu te tiendras à ses côtés, pas nécessairement parce que tu l'auras choisi mais plutôt parce que tu n'auras pas eu ce putain de choix. » C'était vrai, tu n'avais tout simplement pas le choix. Tu avais été élevé pour cela. Tu l'avais désiré. Tu t'étais toujours dit avec fierté, dans chaque moment dur, qu'un jour viendrait où tu porterais ce masque. Cet autre visage. Moins faible, moins fébrile, moins sujet aux sauts de cœur, aux émotions superflues, à tout ce que Potter t'apportait. Cet autre visage. Moins toi. Surtout moins vous. Avant, tu en rêvais. Tourner la page sur tout ce qui touchait à Potter. Cracher dessus. Il y a même des nuits où tu te réveillais en riant, parce que tu venais de tuer Granger ou Weasley en leur faisant payer toutes ces années d'humiliation. Non, tu n'étais pas un gentil garçon.
Tu l'avais tellement voulu, c'est vrai.

« Pour survivre, tu le feras. »
Survivre.
Survivre.

A bien y repenser, il te semble que c'était une supplique, une toute dernière prière avant de disparaître avec l'aube et le jour, en emportant le soleil et la douceur et la chaleur et la tendresse et le réconfort et l'espoir. Un dernier rempart contre l'obscurité qui allait tout effacer, sans doute. Oui, tu crois comprendre que Potter voulait désespérément que tu vives après lui, il voulait fermer les yeux et savoir que, toi, tu les gardais ouvert. Car quoi de mieux pour lui que de te passer le flambeau, de sacrifier sa vie en te laissant le poids de vos sentiments sur les épaules ? Potter restait un gryffondor, après tout. Avec cette stupidité d'un égoïsme insoupçonnable. Tu crois le comprendre, seulement, et tu es loin d'en être sûr, de toutes façons. Était-ce parce qu'il manquait de confiance en toi, qu'il pensait que dès qu'il serait parti tu l'oublierais – est-ce qu'il souhaitait que tu l'oublies ? Tu ne sais pas penser comme Potter. Tu ne l'as jamais su – et c'est aussi pour cela qu'il te fascinait.

Si c'était toi... Si tu étais celui qui avait dû mourir... Si à l'aube, tu avais été celui qui devait abandonner la vie, et l'abandonner avec elle...
Tu l'aurais emporté avec toi.
Car comment supporter sa perte ?

« Pour survivre, tu le feras. »
Tu le ferais ?
Malfoy, tu le ferais ?

Le maître est arrivé dans un silence presque religieux. Tu faisais face aux flammes frissonnantes, en tâchant d'oublier le gel qui avait pris possession et contrôle de toi, plus que jamais, égaré dans tes pensées – et tes souvenirs, il ne te restait que ça. Tu ne l'avais pas entendu, évidemment, mais tu le sentais. Tu savais qu'il était dans ton dos, tu sentais son regard perçant, son regard de serpent – de monstre. Tu ne te retournais pas, tu attendais qu'il te fasse signe, qu'il t'estime digne de contempler son visage blafard. Tu te demandais si Potter l'avait senti, lui aussi, s'il avait su que le maître était là avant même de le voir, s'il avait eu le temps de voir l'éclair vert et d'entendre les mots maudits avant de... Avant de.

- Le petit dragon a bien grandi, n'est-ce pas ?
Ses yeux de braise brûlaient ta peau glacée. Avec lenteur, tu t'es retourné. Tu voulais parler, mais les mots ne sont pas parvenus à ta bouche.

« Dis-moi que tu le feras. »
Une ultime façon pour Potter de te tourmenter.

Tu as entendu le sort être prononcé, sans aucun préambule – de but en blanc. La marque. C'était douloureux, bien sûr. Comment cela aurait-il pu ne pas l'être ? Tu t'y étais préparé, tu t'y attendais. Tu n'ignorais pas sa cruauté – rien ne devait être facile. Et pourtant, ce n'était qu'un jeu d'enfant. C'était comme des milliers de poignards qui s'enfonçaient sous ta peau, et qui remuaient profondément dans la plaie fraîche. Une torture – du moins, c'est ce que cela aurait dû être. Mais tu n'as pas sourcillé, tu n'as pas crié. Tu es resté stoïque, supportant la douleur abominable, te retenant simplement de respirer. Tu as enduré – et cela n'était rien. La douleur était ailleurs, depuis ce matin au ciel trop bleu, la douleur était ailleurs – elle te bouffait le cœur. Tu t'en es rendu compte ; tu souffrais à l'agonie depuis quinze jours déjà, depuis que tu avais serré le corps secoué de pleurs de Potter pour la toute dernière fois. Alors non, cela n'était rien. Cela n'était vraiment rien.

La douleur terrible s'est arrêtée et tu n'as pas bougé, bouleversé. Tu n'avais pas pensé que cela se passerait aussi vite, ce n'était pas ce que tu avais prévu – tu étais sensé avoir le temps de parler, de faire la révérence, quelque chose comme ça. Tu as vu le visage du maître, les sourcils légèrement froncés mais un léger sourire aux coins des lèvres. Tu ne savais pas ce que tu devais en penser. Doucement, tout doucement, tu as tourné ton regard vers ton bras.

La marque.

Mais tu n'en avais pas voulu, tu n'avais pas désiré cela, en réalité. Non, tu n'avais jamais voulu t'abaisser à être marqué comme du détail – où était l'honneur ? Où était la fierté ? La peau était rouge, et le dessin immonde te criait « POTTER EST MORT ! » Où était la justice, où était cette foutue justice, où était l'avenir ? Merlin, où était passé l'avenir, où était parti l'espoir ? POTTER EST MORT ! Et cette marque, insupportable, qui te disait ça y est, te voilà parmi ceux qui ont tué le seul qui pouvait te sauver. POTTER EST MORT. La pièce s'est mise à tourner, tu as vacillé. La marque t'a semblé encore plus prononcée – le Maître était mécontent, tu le savais, tu le sentais – Tu sentais sa présence en toi, insidieuse et malvenue, puissante et égoïste, grâce à cette marque qui... POTTER EST MORT. Grâce à cette marque qui faisait de toi son instrument, son outil. « Tu le feras, n'est-ce pas ? » Mangemort. POTTER EST MORT. Était-ce la mort de Potter que tu mangeais ? Tu as le goût du sang dans la bouche. POTTER EST MORT. La marque. Le sourire de Potter. Ses soupirs. POTTER EST MORT. « Pour survivre, tu le feras. » Le serpent, le maître – la cruauté. La torture de Potter, son beau visage défiguré par la souffrance abominable – et cette certitude de mourir pour rien – mais de le devoir. POTTER EST MORT. « Il faut que nous soyons là-bas à l'aube et... Je m'en vais. » Te souviens-tu de nos rêves d'enfant ? Où sont les trésors, où sont passés les moments de joie ? Où sont les héros ? - Tu n'en voyais plus. Il n'y avait plus de sauveur. POTTER EST MORT. Le survivant était mort – ce survivant qui était mort tellement de fois dans tes bras, d'une mort douce et éphémère. Son visage, défiguré par la souffrance. Son visage, béat de jouissance alors qu'il vient en toi. POTTER EST MORT. « Je m'en vais, Malfoy. » Toutes ces choses que tu aurais voulu lui dire.

La MARQUE. Traîtresse. Potter est mort. Que fait-elle sur ta peau ? Qu'y fait-elle alors que tu pleures ton mort ? Que tu portes son souvenir dans le moindre de tes atomes ? La marque. Cette abominable marque qui te rappelle toutes vos erreurs. Toutes tes erreurs. Et le maître. Ce monstre. AVADA KEDAVRA. Pourquoi, pourquoi ne pouvait-il pas survivre une nouvelle fois ? Pourquoi ? POTTER EST MORT. La marque. L'enlever. L'effacer, l'arracher s'il le faut. IL LE FAUT. Potter est mort. « Dis-moi que tu survivras. » JE NE VEUX PAS SURVIVRE SANS TOI ! JE NE VEUX PAS D'UN MONDE DANS LEQUEL TU N'ES PAS ! La marque, cette tâche, cette blessure. Tu ne peux pas faire ça, tu ne peux pas oublier Potter, tu ne peux pas tourner la page. JE N'EN VEUX PAS ! Il faut qu'elle s'en aille, il faut que la marque s'en aille. Tu grattes, tu y jettes des sorts, tu convoques un couteau pour la découper – et le sang coule. Le Seigneur des Ténèbres te regarde, fasciné – et tu pleures. Pourtant, c'est de rage que tu hurles, pas de chagrin. POTTER EST MORT. Le chagrin n'est rien – c'est la douleur. La marque a du mal à disparaître et tu cries le nom de Potter alors que tu sais que tu ne reverras plus ses yeux verts – ses yeux insidieux, ces yeux qui t'ont avalé. POTTER EST MORT. POTTER EST MORT !

Quand on t'enferme ici, tu n'en as pas conscience. Tout ce que tu fais c'est t'arracher les cordes vocales à cause de la souffrance. Insoutenable. Multiple. Qui te traverse – de part en part. Et son absence. Et la marque – sur laquelle tu t'acharnes. Et les Doloris. Et les regards dégoûtés – mais tu t'en fous, parce que Potter ne te reviendra pas. Alors au moins, que cette marque disparaisse. Tu ne veux pas te rappeler que tu n'étais pas du bon côté – tu ne veux pas te rappeler tu ne l'as pas aidé. Qu'il est mort seul. Sans toi.
Sans toi.

Et puis, le monde devient noir. Et froid. Encore plus qu'il ne pouvait l'être auparavant. Cela ne te plaît pas, mais tu l'oublies. Il n'y a que cette souffrance. La souffrance. Celle que, d'une certaine façon, tu partages avec Potter au delà de sa mort. La porte de la cave se referme et, un jour, quand ton bras ne ressemble plus qu'à un amas de chair abîmée, tu réalises qu'on t'a enfermé – que tu n'es pas mort. Tu ne comprends pas pourquoi, mais tu es vivant. Tu ne sais pas pourquoi, mais tu ne peux pas rejoindre Potter. Alors tu te souviens.
Et tu te perds dans ta mémoire. Et la souffrance.

Aujourd'hui, tu ne regardes plus la marque. Tu ne la sens même plus, perdue au mileu des ématomes et de tes nerfs à vifs. Tu sais juste que si jamais ton regard se pose sur ton bras, ce n'est pas le crâne et le serpent que tu y trouveras, et tu portes ta cicatrice comme une fierté.

« Tu le feras, Malfoy. Je te jure que tu le feras. »
La divination n'a jamais été le grand fort de Potter, de toute façon.
C'était aussi comme ça que tu l'aimais.
Imparfait, téméraire... Amoureux.

X.X.X

D'aussi loin que tu te souviennes, tu n'as jamais vu d'amour dans ses yeux bleu clair comme un ciel maladif. Bambin, tu ne t'en souciais guère, puisque tu avais les bras tendres à la peau de lait de cette femme si douce et si belle que tu avais l'extrême joie teintée d'orgueil de pouvoir appeler « mère ». Le port altier de ton père t'apeurait plus qu'il ne te terrifiait, de toutes façons, et si jamais les regards devenaient trop durs, tu pouvais toujours trouver refuge dans le monde merveilleux des jupes en soie pure de cette mère magnifique. Il ne te montrait pas de tendresse, ne t'a jamais appelé « fiston », n'a jamais partagé avec toi les anecdotes de sa jeunesse – lui qui a pourtant fréquenté la même maison que toi. Tu aurais aimé entendre ses aventures, tu crois.

Ce n'est pas grave, mais tu aurais apprécié qu'il se comporte avec toi comme si tu étais vraiment son fils. Tu ne comprenais pas, au commencement, quand les années ont passé et que le monde devenait un peu plus clair pour toi. Tu ne comprenais pas pourquoi souvent son regard se posait sur toi et se détournait tout aussi vite qu'il était venu, pourquoi ses mains ne caressaient pas ta tête, pourquoi sa voix ne te félicitait observais avec attention, mais tu ne pouvais pas comprendre pourquoi il te fuyait, d'une certaine façon. Alors c'est devenu une joie pour toi, de le voir te sourire, même si ce n'était qu'un pincement de lèvres convenu. Tu te contentais du peu qu'il pouvait te donner – mais non, tu n'as jamais vu d'amour dans ses yeux bleus clairs, les yeux dont tu as hérité – probablement la meilleure chose, s'ils ne te rappelaient pas le jour du départ de Potter.

Tu as continué de grandir, et même si tu ne posais aucune question, tu voulais savoir pourquoi. Tu étais persuadé de pouvoir tout accepter, du moment que tu parvenais à saisir pourquoi ce père ne semblait rien d'autre qu'un étranger – pourquoi ses pensées t'étaient interdites, pourquoi ses paroles t'étaient lointaines. Tu savais qu'il n'était pas totalement mauvais – d'ailleurs, tu l'as cru bon pendant très longtemps, jusqu'à ce que Potter te démontre sous les yeux ce qu'était la bonté et la gentillesse – ce qu'était la douceur. Tu avais confiance en lui, quoi qu'il en soit. Tu voulais pouvoir avoir confiance en lui. Tu aurais juste aimé partager avec lui plus que la chair, plus que le sang. Tu voulais être le fils, alors que tu n'étais que la descendance.

Et puis, un jour, tu as compris.

Greengrass t'avait fait comprendre que tes parents et les siens avaient réussi à trouver un accord. Sa lignée était presque aussi pure que la tienne, c'est pourquoi tous voyaient d'un très bon œil l'union à venir. Daphne t'avait « accordé » la main de sa sœur Astoria au petit déjeuner, avec un rictus goguenard installé sur les lèvres, l'air de ne pas y toucher mais secrètement sûrement gonflée d'orgueil de rentrer dans la famille des Malfoy. Le visage impassible, tu avais continué ton repas, te demandant sans beaucoup d'intérêt qui pouvait bien être cette Astoria – tu ne savais même pas que Daphne avait une sœur, de toutes façons. Si elle en a été vexée, Daphne n'a pourtant rien dit, et tu as vu Pansy et Blaise s'échanger deux mots à l'oreille, l'air satisfait. Tu as lancé un léger regard vers la table des rouge et or, débordante d'agitation – les héros ne savent pas se tenir. Tu as croisé ses yeux verts, il t'a semblé plus renfermé qu'à l'habitude. Tu savais que tu te faisais des idées, qu'il n'avait aucunement pu entendre la conversation – et pourtant c'était comme une trahison. Merlin, Potter ne t'aimait pas, est-ce que tu arriverais jamais à te mettre ça dans la tête ?

Mais toi, toi, tu ne savais plus vivre sans lui. Alors oui, tu as compris. Tu as imaginé ta vie, la vie que tu allais jouer – comme une pièce tragicomique plus ou moins réussie – y aurait-il seulement un seul spectateur ? Tu as vu les années passer, les rides apparaître sur ton visage, la prestance prendre racine dans tes pas. Tu as vu une femme que tu n'aimerais pas, même en faisant tous les efforts du monde. Une femme que tu ne pourrais pas combler, mais à qui tu te devrais de faire un enfant pour préserver le sang. Tu as vu le ventre de cette femme s'arrondir, tu as vu un être naître, un être fait de toi et d'elle alors que tu aurais voulu qu'il soit de lui – même si c'est impossible, tu aurais voulu qu'il soit de lui, eut-il été d'Astoria et de lui, tu aurais pu l'accepter. Tu as entendu ses premiers cris, tu as imaginé le nom que tu pourrais donner à cet enfant – Scorpius, le scorpion – le poison. Alors tu as vu les générations défiler à l'envers, et tu savais qu'alors tu aurais appelé ton fil Draco, le dragon – les flammes de l'enfer. Tu aurais fait ton possible pour le considérer comme ton fils, mais il aurait d'abord et avant tout été le sien. A elle. Oui, tu as compris pourquoi il n'y avait jamais eu de la tendresse dans ses yeux bleu pâle – les yeux dont tu as hérité, même si tes joues et la forme de ton visage tiennent plus de ta mère que de lui. Tu as compris.

Aujourd'hui, ses yeux bleu pâle comme un ciel maladif, un ciel dépressif, te fixent avec tristesse. Tu te demandes confusément qui ton père a pu aimer assez fort pour ne pas parvenir à combler ta mère, qu'auparavant tu trouvais tellement parfaite. Tu voudrais lui demander, mais tu ne penses pas qu'il te répondrait. Plus maintenant – non, il ne le pourrait plus, à présent. Il te regarde vraiment, peut-être pour la première fois et tu trouves ça amusant, quelque part. Enchaîné, le bras en sang, les vêtements déchirés et des plaies sur tout le corps, tu ne sais plus à quoi tu ressembles, mais tu devines sans mal que le spectacle n'est pas des plus glorieux. Et c'est maintenant qu'il te regarde - et que ses yeux ont l'air de te voir. Tu pourrais presque penser qu'il est sur le point de pleurer, si tu ne le connaissais pas si bien. Si tu avais déjà vu en lui la moindre marque de faiblesse.

Il te regarde et tu te demandes vaguement ce qu'il recherche. Es-tu si méconnaissable ? Peut-être veut-il retrouver les traits qu'il t'a donnés, peut-être veut-il lui aussi voir ce qui a bien pu changer en toi – pourquoi tu as tourné le dos à tout ce pour quoi on t'avait élevé – et ce qu'il dit alors, tu ne t'y étais pas préparé. Ce ne sont que deux mots, ceux qui tu voulais entendre. Tu ne respires plus, l'espace d'un instant.

- Mon fils...

Sa main se pose sur ta joue, incertaine. C'est la première fois, la toute première et la toute dernière fois qu'il a l'air de t'aimer, de te reconnaître. Alors tu le vois, toi aussi. Tu vois les années passées sur son visage, tu vois l'amour qu'il a dû abandonner et l'angoisse qu'il avait de ne pas pouvoir t'appeler fils – tu vois aussi que cela n'était pourtant pas difficile. Tu vois sa douleur, mais tu vois aussi sa puissance, son charisme. Ton père est beau, et il t'éblouit. Tu réalises qu'aujourd'hui, tout pourrait être différent, tu pourrais être à ses côtés, du bon côté, de celui des vainqueurs. Tu souris, désabusé. Rien de tel n'est plus possible.

C'est trop tard. Tout arrive bien trop tard.
Jusqu'où faudrait-il remonter le temps pour changer ça ?
Tu ne le voudrais pas, de toutes façons.
Tu ne veux pas abandonner ton mort.
Abandonner Potter.

- L'amour d'un mort vaut-il donc tout ceci ?

Tu hoquètes de surprise. C'était la question, la seule question qui pouvait faire chavirer ton cœur et c'est lui, ce père absent soudain trouvé, qui ne te pardonnera pas ta trahison, qui te la pose. Les larmes coulent, alors qu'elles semblaient sèches depuis longtemps déjà. L'amour de Potter vaut-il tout ceci ? Oui, sans doute. Mais l'amour d'un mort ? Comment accepter que Potter soit mort ? Tu ne peux pas t'empêcher de l'espérer vivant. Tu imagines une réalité différente, dans cette cave sordide. Tu rêves de fuite, de cachette – rien de très gryffondor mais qu'importe, les héros ont aussi leurs moments de doute, n'est-ce pas ? Tu penses à ces mères que ne peuvent pas faire le deuil de leur enfant, tu les comprends – il faudrait que tu aies vu son corps, il faudrait que tu l'aies senti glacial, que tu l'aies enterré. Les larmes coulent, comme au premier jour – alors ton père s'en va. Tu te recroquevilles encore un peu plus contre le mur glacial et tu pleures. Tu sanglotes comme un enfant. L'amour d'un mort.... - un mort qui ne viendra pas te sauver. Il l'a déjà fait tant de fois.

X.X.X

L'amour d'un mort vaut-il donc tout ceci ?

X.X.X

La porte s'ouvre, mais pas tes yeux. Des bruits de pas se font entendre, et te percent les tympans. Ta tête te fait horriblement mal, les pierres te râpent le dos. L'intrus s'approche de toi. Il te semble percevoir le son d'un corps qui s'agenouille. Tu sens un souffle sur ton visage. Tu préfères ne pas ouvrir les yeux. Tu as peur, oui, admets-le, tu as peur de ce qui pourrait advenir si jamais tes paupières se relevaient. Tu souffres déjà. Tu voudrais juste ne pas souffrir encore plus.
Pas plus. Pas plus.

Une main se pose sur ta joue.
Pas plus. Pas plus.

Tu ne crains plus les coups, ni les injures. Tu ne peux rien subir de pire, n'est-ce pas ? Aucun sort ne te fait véritablement frémir. Que les Doloris fusent, tu peux les supporter. Qu'un avada kedavra vienne poser un point à ton existence, tu lui en serais plutôt reconnaissant. Le reste ne sont que des jeux d'enfants. Tu peux tout endurer. N'est-ce pas ?
Pas plus. Pas plus.
Alors pourquoi cette peur ?
Pas plus. Pas plus.
Mais la main est tendre, trop tendre.

- Malfoy.
Et puis, toute douleur disparaît.
Ton cœur rate un battement et tu ouvres les yeux de surprise.
Tu ne peux pas y croire. Tu ne dois pas y croire.
N'est-ce pas ?

- Malfoy.
La voix est douce. Tu en avais oublié les accents. Tout te revient en mémoire, c'est comme une maison vide qui se repeuple, qu'on remeuble. Un vieil espace presque pourri à qui l'on redonne subitement vie. Quelqu'un ouvre les volets rouillés, laisse passer un rayon de lumière et tu le regardes comme s'il était le soleil. A son contact, tu deviens chaud et tu oublies le froid cadavérique de ta peau contre la pierre glacée. La main caresse ta joue et soudain, tes chaînes ne sont plus que de vieux souvenirs.

- Malfoy.
Il te sourit doucement, comme il le faisait parfois, si rarement pourtant. Des arabesques enivrantes se dessinent dans ton esprit, tu l'as toujours su, il lui suffit de cligner de l'œil pour te faire perdre toute raison. Les volutes de tes pensées te tournent la tête et tu oublies strictement, parfaitement, tout ce qui n'est pas lui. Son sourire se fait plus sauvage.

En un instant, tes lèvres sont sur les siennes et l'aspirent. Ce ne sont pas des retrouvailles mais une tentative désespérée de se raccrocher l'un à l'autre. Ni l'un ni l'autre ne fermez vos paupières, et tes yeux ne quittent pas les siens. Tu avais oublié à quel point ils étaient irréels, et à quel point tu te sentais vivre lorsque tu y voyais ton reflet. Ta langue touche la sienne et t'envoie des frissons dans tout le corps. Tes mains tremblantes s'accrochent derrière sa nuque, s'enfouissent dans ses cheveux désordonnés. Merlin, tu as besoin de lui. Tu as tellement besoin de lui.

Tu gémis lorsque ses doigts descendent sur ton coup et s'amusent le long de tes artères. Pour un peu, tu le penserais vampire, surtout lorsqu'une flamme qui ne t'est pas inconnue se réveille au fond de ses iris. Il quitte ta bouche pour ton oreille et tu te sens défaillir. Tu gémis, ton souffle saccadé te malmène – ton corps est endolori, mais lorsqu'il le touche, tout n'est plus que confort et volupté. Tu lui enlèves sa chemise alors qu'il se débat avec tes haillons et vos torses se rejoignent – l'électricité de sa peau t'enivre. Tu veux tout de lui, maintenant, tout de suite. Tu n'as plus conscience de rien, ni de l'endroit ni de l'heure. Il n'y a que lui, lui que tu pensais mort contre toi et tu bénis le ciel d'être encore vivant.

Tu l'embrasses à nouveau, tu savoures le goût de ses lèvres et retrouves sa langue charmante qui se tortille comme un serpent contre la tienne et te perds dans le baiser ardent. Tu as besoin de lui. Tu te sens si bien, quand tu réalises, l'esprit obscur, que tes jambes entourent ses reins et que ses mains caressent tes fesses nues – depuis quand est-il aussi rapide ? Tu l'avais oublié. Lorsqu'il entre en toi, tu te souviens que cela a souvent été violent, entre vous deux, désespéré et rapide – brutal et empressé – comme si la fin allait arriver d'un moment à l'autre, comme s'il fallait déjouer les plans machiavéliques d'un temps ennemi – Il ne t'a pas préparé et est rentré d'une seule poussée avec un long gémissement rauque qui ressemblait à celui d'un prédateur dangereux – tu veux bien qu'il te dévore. Pourtant tu es à présent comme anesthésié – la douleur ne te fait plus rien, ce qui n'est pas le cas du plaisir. Oui, tu avais tout oublié, comment avais-tu pu, le sais-tu seulement ? Cette sensation de complétion, alors qu'en toi il se perd et que tu le regardes se retenir avec force de bouger pour te blesser plus que nécessaire, les traits béats d'une jouissance incomparable. Tu bouges les hanches pour qu'il n'aie plus peur de te briser et tu te souviens – être vivant, aimer, être aimé – qu'importe ton âme de poufsouffle, il est là, il est là, il est là. Il est là et tu as tellement, tellement besoin de lui.

- MALFOY !
Il crie et de ça aussi, tu apprends à te souvenir. Ce son qui te réveille. Tu souris avec abandon, les sens écartelés par la luxure parfaite de vos retrouvailles, pris de tremblements hystériques. Tu t'accroches à lui, tu lèches sa peau – tu veux retrouver la saveur, l'odeur, la sensation, tout. Ton mort – si vivant contre, et en toi. Vos mouvements se font un peu plus désespérés encore et tu sens que vous allez venir. Il feule comme un animal sauvage et tu aimes sa bestialité – tu aimes sa puissance, tu aimes qu'il soit ardent et vif, turbulent et spontané, tu aimes qu'il soit lui avec son impétuosité et sa tendresse. Il te caresse, te murmure à l'oreille que tu lui as manqué, qu'il en a longtemps rêvé et qu'il se sent bien – des mots qui te font venir plus vite encore.

C'est alors que sa voix aux trémolos divins se glisse comme un serpent dangereux jusqu'à tes oreilles en un long sifflement déchirant, alors que tu le sens venir en toi. Il mord ton lobe avant de souffler doucement
- Malfoy, je t'aime.
Et c'est comme cela que tu souviens que tout ceci n'est qu'une illusion.

Potter ne te dirait jamais qu'il t'aime, c'est comme ça. Votre histoire n'était pas faite pour être belle, ni pour être racontée – les héros ne s'avouent ni leur amour ni ne se battent pour lui. C'est pour cela que cela n'a pas duré. Si tu avais eu assez de courage, pour une seule fois dans ta vie, tu aurais vécu sept années à Poudlard avec lui. Au moins, tu aurais sept années de souvenirs. Mais tes choix n'étaient pas les siens. Le rêve s'efface et tu te retrouves dans la même situation qu'auparavant, cette situation dans laquelle tu resteras tant que tu auras encore un léger souffle d'air dans les poumons, tant que le Seigneur le souhaitera. C'est comme cela.

Les larmes coulent. Une nouvelle fois. L'amour d'un mort vaut-il donc tout ceci ? Tu le crois. Parce que cela n'a jamais été l'amour d'un mort, mais l'amour de ton mort. Celui de Potter, qui lui aurait préféré l'enfer à te voir souffrir, à te voir mourir. Potter qui souhaitait que tu lui survives.

Et à qui tu ne sais pas dire adieu.

X.X.X

A suivre, donc.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, si ça vaut le coup que je continue.