Par amour
Chapitre 2 – Question de désir
Depuis quelques années déjà, Rin habitait avec Kaede-sama, la vieille prêtresse du village. Elle avait vu Sango et Miroku avoir leurs premiers enfants, et Kagome revenir près d'Inuyasha. La joie de ces moments l'avait rendue un peu envieuse. L'amour était triomphant dans ce village. Kagome était enceinte d'Inuyasha et elle se promenait partout avec son ventre bien rond, les yeux pétillants de joie. Inuyasha semblait tout aussi heureux et ne la quittait pas d'une semelle lorsqu'elle partait dans la montagne cueillir des herbes médicinales.
Rin soupira. La vie était douce ici, mais Sesshoumaru-sama lui manquait terriblement. Elle le voyait de temps à autre. À chaque fois, il amenait avec lui de superbes présents. Elle rendait jalouse toutes les femmes du village avec ses kimonos de la soie la plus pure. Ce n'était rien en plus! Si elles avaient vues les bijoux qu'elle gardait dans sa chambre. Mais son cadeau le plus précieux était une couverture, faite dans la même fourrure que celle dont Sesshoumaru-sama se couvrait. Elle avait son odeur. Tous les soirs, elle s'emmitouflait dans la douceur de son parfum et elle reprenait des forces pour affronter un autre jour. Un autre jour sans lui.
À l'exception de Kagome et de Sango, elle n'avait aucune amie féminine ici. Mais elle avait un contact facile avec les garçons du village. Depuis qu'elle avait commencé l'entraînement avec eux, elle les connaissait de mieux en mieux. Ils étaient sympathiques, mais aucun n'avait la prestance de Sesshoumaru-sama. Pour Rin, ce n'était que des amis.
Au début, Inuyasha s'était opposé à sa décision de s'entraîner aux armes. Il croyait que Sesshoumaru désapprouverait un tel exercice. Et si elle se blessait, son frère ne lui pardonnerait pas. Ce serait pire si c'était un autre qui la blessait. Sesshoumaru le tuerait! Mais Kagome l'avait soutenue en lui disant qu'il était bon qu'elle sache se défendre. C'était sûrement Kagome qui la comprenait le mieux. Elle avait tout de suite saisi que le plus grand souhait de Rin était de retourner auprès de Sesshoumaru. Et qu'à ce moment-là, elle ne voulait plus être embarrassante pour lui.
L'exercice du jour l'avait laissée en sueur, les muscles douloureux. Elle tentait de manipuler deux courts bâtons et ils lui échappaient souvent. Elle avait des bleus partout sur les bras et les jambes. Elle avait besoin de prendre un bain frais pour calmer la douleur.
Rin se dirigea vers un petit bassin de la rivière qu'elle connaissait bien. L'eau formait un coude et une jolie cascade lui permettait de se laver les cheveux.
Lorsqu'elle y arriva, elle ressentit un picotement familier dans son cou. Sesshoumaru-sama était là. Mais il ne s'approcha pas plus près. Peut-être était-il seulement de passage? Rin retira lentement son kimono de combat et elle entra dans l'eau fraîche.
Elle nagea dans le bassin avant de se mettre debout dans la rivière, sous la cascade. Elle sentait toujours la présence de Sesshoumaru-sama. Rin laissa un bref sourire lui monter aux lèvres en imaginant qu'il la regardait peut-être. Elle leva les bras vers la source de la petite chute et sentit l'eau lui caresser la peau, glisser sur son visage, mouiller complètement sa lourde chevelure. Le possible regard de Sesshoumaru-sama ne la gênait pas, bien au contraire. Il lui donnait le goût d'être jolie. Rin s'attarda longuement à son bain. Lorsqu'elle sortit enfin de l'eau, Sesshoumaru était parti.
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Ce matin, c'était Miroku et Kirara qui entraînaient Rin. Ils tentaient de lui montrer comment sentir l'énergie des youkai, le jaki.
- Bien, Rin. Essaie de ne pas te fier à ce que tu entends, concentre-toi sur ce que tu sens, à ton instinct. Kirara va s'approcher de toi, pointe la direction.
Kirara s'approcha lentement vers la droite, mais le doigt de Rin s'éleva devant elle.
- On recommence.
L'exercice était difficile. Sentir les jaki n'était pas donné à tout le monde, mais Rin voulait essayer de développer cette habilité. Elle savait déjà deviner la présence de Sesshoumaru-sama, peut-être qu'elle pourrait sentir les autres youkai. Cela pouvait être très utile pour appréhender les dangers lorsqu'elle serait avec Sesshoumaru-sama.
Elle sentit quelque chose derrière elle, se retourna et pointa dans cette direction. Mais elle reconnut alors l'aura de Sesshoumaru-sama. Elle ouvrit les yeux. Sesshoumaru la regardait, les yeux plissés, interrogatif. Il parla à Miroku:
- Recommencez.
Kirara s'approcha et Rin essaya de la pointer. Elle n'y était pas tout à fait. Miroku lui dit:
- Est-ce que tu peux pointer Sesshoumaru-sama?
Tout de suite, le bras de Rin s'éleva dans la bonne direction.
- Essaie encore une fois de pointer Sesshoumaru-sama, Rin, lui demanda Miroku.
Elle se déplaça légèrement sur la gauche et pointa en hauteur, vers la cime d'un arbre. Sesshoumaru fronça les sourcils. Rin ouvrit les yeux et le fixa directement. Il descendit de l'arbre et s'approcha.
- Tu sais où je suis. Comment?
- Je peux sentir l'aura de Sesshoumaru-sama partout. Depuis très longtemps.
Sesshoumaru écarquilla les yeux, surpris pour une rare fois. Une autre pensée traversa son esprit et Rin vit la colère traverser son regard. Sesshoumaru se retourna et quitta vers la forêt. Miroku interrogea Rin du regard, mais il n'obtint pas de réponse. La jeune fille semblait mal à l'aise, elle le remercia rapidement et courut vers le village, dans la direction contraire à celle qu'avait pris Sesshoumaru. Cela souleva quelques interrogations dans l'esprit de Miroku, mais il ne dit rien et retourna vers le village, en compagnie de Kirara, afin de rejoindre sa famille.
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Rin trouva le chemin de la rivière. Lorsqu'elle sortit du sentier, la scène la laissa quelques secondes immobiles. Une cascade venant des montagnes coulait tout en douceur sur les rochers et le soleil illuminait les gouttelettes d'eau comme du cristal. Des arc-en-ciels se formaient au pied de l'eau qui caressait les brins d'herbes et les fleurs de la rive. L'endroit était si pur. Comme s'il existait seulement pour elle. Elle prit une respiration et laissa le vent jouer dans ses cheveux. En s'appuyant à un gros rocher, elle trempa ses pieds dans le bassin. Elle ferma les yeux et réfléchit.
Sesshoumaru-sama devait sûrement avoir compris maintenant. C'était sûrement le sens de son regard tout à l'heure. Il semblait irrité par ses actions, mais Rin ne regrettait rien. C'était peut-être absurde de sa part, mais c'était comme cela. Après tout, Sesshoumaru-sama pouvait être là lorsqu'il le souhaitait. Même lorsqu'elle prenait son bain. Comme il était tout pour elle, aucun moment ne lui semblait trop privé pour lui.
Elle avait ressenti une chaleur l'envahir en devinant qu'il ne quitterait pas le bord de la rivière, qu'il continuerait de la regarder. Tout à coup, chacun de ses gestes était devenu plein de sens. Elle nettoyait ses cheveux, mais elle pensait à ses longues mains dans sa chevelure. Elle mouillait sa peau, ses épaules, sa poitrine et elle imaginait son regard la toucher comme l'eau qui glissait. La présence de Sesshoumaru-sama lui avait fait plaisir. Peut-être était-elle assez belle pour qu'il la regarde encore?
Ses mouvements étaient devenus plus lents, elle voulait retenir son regard. Sesshoumaru-sama n'avait été jamais visible, mais il était facile de ressentir son aura puissante. Elle avait toujours su quand il était là, sa présence lui était si réconfortante.
Ce moment caché l'avait rendu audacieuse. Elle avait senti la chaleur monter depuis son bassin et de l'électricité sur sa peau. Elle ne savait pas décrypter ces émotions qui l'envahissaient, mais elle savait que cela était agréable. Et que c'est le regard de Sesshoumaru-sama qui avait déclenché tout cela.
Cette fois, ce fut différent. Sesshoumaru ne chercha pas à dissimuler sa présence. Il se dirigea rapidement vers elle et s'avança dans la rivière:
- Tu savais.
Rin regarda les cheveux de Sesshoumaru-sama virevolter dans le vent. Elle fixa son regard sur ses yeux dorés. Il n'était pas irrité. Sesshoumaru-sama était sérieux et il y avait même une parcelle d'amusement dans ses pupilles.
- Pourquoi, Rin?
Cette question était difficile à répondre. Elle ne le savait pas vraiment elle-même.
- Je voulais que Sesshoumaru-sama me trouve belle.
- Oh?
Elle ne connaissait pas grand chose aux désirs de Sesshoumaru-sama, mais elle avait souvent vu dans les yeux d'Inuyasha son désir pour Kagome. Elle les avait entendus s'aimer et se murmurer des mots d'amour. Elle en avait conclu que l'amour et le désir étaient sûrement liés. Elle ne doutait pas une seconde de son amour pour Sesshoumaru-sama.
- Je voulais que Sesshoumaru-sama me désire.
- Pourquoi?
- Parce que j'aime Sesshoumaru-sama.
- Et puis?
- C'est tout.
C'est tout, elle l'aimait, elle voulait qu'il l'aime, donc qu'il la désire. La chose était claire pour Rin. Sesshoumaru-sama ne bougea pas, mais son regard changea. Ses yeux glissèrent sur la peau découverte des jambes de la jeune fille.
- Sais-tu ce qu'est le désir, Rin?
- Je... C'est l'amour?
- Pas toujours.
- Oh...
La voix de Rin était pleine de déception. Ainsi, le désir n'était pas nécessairement de l'amour. Pourtant, le désir faisait agir Inuyasha, il faisait alors des gestes d'amour avec Kagome... La notion était de plus en plus floue pour Rin.
- Me désires-tu, Rin?
- J'aime Sesshoumaru.
- Mais tu ne sais pas si tu me désires.
- Je ne sais plus ce que c'est!
Et elle sourit, tout à fait innocemment, sans arrière-pensée. Le désir, c'était une notion tout à fait compliquée.
- Si Sesshoumaru-sama souhaite me regarder, je le souhaite aussi. Sinon, je serai triste, mais je comprendrai.
- Vraiment? Et qu'est-ce que tu comprendrais?
- Que je ne suis pas belle pour Sesshoumaru-sama.
Rin sourit encore. Sesshoumaru, à chacun de ses sourires, sentait sa résistance fondre lentement. La peau blanche de son cou l'attirait infiniment. Il savait très bien qu'elle le laisserait ouvrir son kimono et glisser ses mains sur son corps tendre. Elle n'aurait pas peur qu'elle déchire sa peau avec ses griffes, elle s'abandonnerait complètement. Les hésitations étaient rarement le lot de Rin.
- Tu es très belle, Rin, lui dit-il d'une voix grave et la regardant très sérieusement.
Rin sursauta en entendant ce compliment, qui venait longtemps après sa dernière phrase. Elle eut l'impression que le soleil était tombée sur elle et que tout son corps prenait feu. Ses joues étaient rouges et ses mains tremblaient un peu quand elle dénoua sa ceinture. Son kimono glissa rapidement et s'échoua à moitié dans l'eau.
Sesshoumaru-sama, voyant le corps dénudé de la jeune femme, ouvrit brièvement les yeux. Il sentit la tension entre elle et lui augmenter d'un cran. Rin était nue sous ses yeux. Et elle le regardait directement, sans rien dire. Elle attendait quelque chose.
- Très bien. Voyons si tu me désires, Rin.
Il s'approcha, en ne sachant pas vraiment s'il avait décidé de le faire ou si son propre désir était trop grand. Lorsque son visage fut tout près du sien, le vent fit voler vers eux les gouttelettes de la cascade. Il se pencha pour l'embrasser. D'abord presque gentiment, comme une caresse, il posa ses lèvres sur celles de la jeune fille. Mais rapidement, la saveur de sa bouche et la respiration rapide de sa compagne l'amenèrent à approfondir ce baiser et prendre possession de ses lèvres, de sa langue, comme s'il la prenait toute entière.
Son bras glissa sur le dos découvert de la jeune femme. Rin pencha la tête en arrière et soupira. Sesshoumaru se pencha vers son cou blanc et il joua avec la peau tendre. De son souffle chaud, il caressait son cou, mais avec ses dents, il mordillait légèrement. Rin ne put s'empêcher de gémir et de laisser quelques sons lui échapper. Ses mains montèrent jusqu'à la tête de Sesshoumaru et elle enfouit ses doigts dans ses cheveux. Sesshoumaru s'éloigna lentement de sa bouche.
- Que ressens-tu, Rin?
- Sesshoumaru-sama... Je sens mon corps chaud et j'ai beaucoup de plaisir sous vos baisers...
- Ah... Et tu aurais envie que je continue?
- Oh! oui! Et aussi, que vous m'embrassiez encore, partout. Que vos mains me caressent, que je touche votre peau moi aussi, que...
- Rin.
- Oui?
- C'est ça, le désir.
- Oh...
Sesshoumaru l'embrassa chastement sur le front et défit son étreinte. Il partit, sans se retourner.
Rin était heureuse : Sesshoumaru-sama l'avait embrassée, il lui avait dit qu'elle était belle! Mais elle ressentait aussi comme un pincement au coeur, comme si ses gestes avaient seulement réveillé le feu en elle, sans l'éteindre. Si elle comprenait maintenant très bien ce qu'était le désir, elle trouvait que c'était un sentiment plaisant, mais aussi très frustrant. Est-ce que c'était la même chose pour Sesshoumaru-sama?
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Sesshoumaru se dirigeait silencieusement vers Jaken et Ah-Un. Ses vêtements étaient détrempés et de l'eau mouillait toujours son visage et ses cheveux. Mais il n'en avait cure. Il jeta un coup d'oeil derrière lui en songeant à la situation qu'il venait de quitter. Rin qui s'offrait à lui. Rin, toute à lui.
En la faisant habiter avec Inuyasha, il avait cru que son absence à ses côtés allait lui permettre de penser à autre chose. Mais son souci était plus grand quand elle n'était pas là que lorsqu'elle l'accompagnait. Son frère ne pourrait pas la protéger comme lui, il le savait bien. Peut-être devait-elle revenir à ses côtés?
Ce qui tracassait Sesshoumaru, c'est que Rin avait hanté son esprit, même lorsqu'elle n'était pas près de lui. Il ne pouvait s'empêcher de chercher des cadeaux qui lui plairaient afin de revenir vers elle pour voir la joie envahir ses yeux. Leur séparation n'avait rien donné, il devait l'avouer. C'en était même pire, il devenait obsédé par ces visites, de plus en plus fréquentes.
Et la petite fille d'alors devenait une jeune femme très attirante, ce qui n'arrangeait pas la situation. Inuyasha aurait pu être plus discret avec sa miko, songea Sesshoumaru. Mais il se doutait bien que les choses auraient sans doute été pires si Rin était restée avec lui. Son odeur de femme faisait craquer son masque de glace et sa joyeuse innocence lui donnait l'envie d'apprendre à Rin tout ce qu'il y avait à savoir sur le sujet du désir.
Un frisson passa le long de sa colonne vertébrale lorsqu'il se souvint des mains de Rin dans ses cheveux, de ses lèvres sur les siennes. Rin, qui avait déjà tant de pouvoir sur sa volonté... Rin, qui ne quittait jamais son esprit. Combien de temps encore pourrait-il accepter qu'elle soit loin de lui?
