Par amour
Chapitre 7 – L'enfant du rêve
S'il y a une chose que Sesshoumaru détestait plus que tout, c'était la pitié. Il haïssait ce sentiment, particulièrement lorsque c'est de lui dont on avait pitié. Il ne le supportait pas. Et ces femmes qui entraient et sortaient de la chambre le regardaient avec cet air... un air de pitié, vraiment. Jaken n'arrangeait rien en faisant des allers-retours et en marmonnant:
- Quel moment terrible pour Sesshoumaru-sama! Quel moment terrible. Pauvre Rin-sama! Pauvre petite!
Les yeux agressifs de Sesshoumaru se fixèrent sur le youkai vert. Il l'assomma d'un coup de poing et le mit dehors. Il l'entendit tout de même crier:
- Pauvre Sesshoumaru-samaaaaaa!
Sesshoumaru reprit son air impassible et se remit à songer à quel point il détestait la pitié. Rien n'était plus misérable. Le cri de Rin interrompit ses pensées. Il ne put s'empêcher de noter que les muscles de son abdomen s'était contracté en entendant ce cri de douleur. Il y avait déjà plusieurs heures que Rin souffrait dans cette chambre pour donner naissance à leur enfant. Il avait voulu l'accompagner, mais la miko d'Inuyasha s'était interposée et lui avait ordonné, à lui Sesshoumaru, de rester à l'extérieur de la pièce. Elle avait osé lui dire que ses craintes étaient trop visibles et que cela n'aiderait pas Rin. Sesshoumaru se promettait de la remettre à sa place lorsque tout cela serait terminée. Il ne se gênerait pas pour lui dire sa façon de penser, même si elle achevait elle aussi une grossesse. Il n'avait jamais eu de pitié des autres.
Un autre cri résonna dans les murs de la maison. Il lui semblait qu'ils étaient plus fréquents et plus intenses qu'auparavant. Depuis quelques minutes, les femmes qui assistaient Rin ne sortaient plus de la chambre. Finalement, cela l'aurait rassuré de les voir passer. Il entendait la respiration laborieuse de sa femme et l'odeur de son sang se mêlait maintenant à celui de sa sueur.
Sesshoumaru tentait de contrôler son inquiétude et de garder un visage de glace. Mais à chaque fois qu'il l'entendait crier, un frisson le parcourait. Il se disait que le corps de Rin pouvait peut-être supporter la douleur, mais que l'expérience durait trop longtemps. Il n'aimait pas percevoir l'odeur de son sang et il ne pouvait s'empêcher de l'imaginer perdre lentement sa vie.
Rin cria plus longtemps et Sesshoumaru ne put retenir un grondement. Quand est-ce que ce serait fini?
Il ruminait de mauvaises pensées... Rin souffrait par sa faute. S'il avait fait plus attention, elle ne serait pas enceinte maintenant. Après tout, il n'avait pas besoin d'enfant, il n'en avait pas besoin si c'était à ce prix. Tout ce qu'il voulait, c'était elle. Il se serait contenté de la vie de Rin, pourquoi avait-il fallu qu'il la mette en péril ainsi? Il détestait déjà cet enfant qui la faisait souffrir.
Sesshoumaru détestait la pitié et il méprisait quiconque éprouvait un sentiment si inutile. Il se sentait si impuissant dans cette pièce, à attendre que ce soit fini qu'il avait pitié de lui-même. Il se haïssait pour ça.
Il entendit son frère entrer dans la maison et il le vit s'appuyer à l'embrasure de la porte. Inuyasha resta pensif quelques minutes. Plusieurs cris retentirent, mais il ne réagit pas. Lorsqu'il y eut un instant de silence, il lui dit:
- C'est presque fini, je crois.
Sesshoumaru ne soupira pas pour ne pas lui donner le plaisir de savoir qu'il avait calmer, d'une phrase si simple, une bonne partie de ses inquiétudes. Mais il ne put s'empêcher d'éprouver de la reconnaissance, un autre sentiment qu'il n'appréciait pas particulièrement chez lui. Inuyasha parla encore:
- C'est tellement long les accouchements... Je n'en reviens pas que les femmes puissent survivre à une si longue torture.
Il n'acquiesça pas, mais il n'en pensait pas moins. Son frère le regarda et ajouta:
- Le pire, c'est que Rin ne parlera même pas de cela quand elle aura le bébé dans les bras. Et que toi aussi, tu vas oublier.
Cette fois, il répliqua:
- Ça m'étonnerait.
- Mmm... Il est vrai que tu risques de t'en souvenir plus longtemps qu'elle... Mais n'empêche...
Les deux frères restèrent silencieux pendant qu'un nouveau tourbillon de cris et que de nouvelles odeurs de sang arrivaient. Sesshoumaru aurait bien voulu se sentir aussi sûr de lui qu'à l'habitude et mettre Inuyasha dehors, mais il se surprit à espérer que le hanyou reste un peu plus longtemps. Il ne voyait pas de pitié dans ses yeux et il sentait un calme surprenant venant de ce petit frère.
Ils attendirent sans dire un mot. La nuit tombait lentement. Après un grand cri de Rin, ils entendirent le hurlement d'un nouveau-né. Inuyasha leva la tête et précisa:
- Ton bébé est arrivé.
Sesshoumaru ne savait pas s'il devait se lever tout de suite ou attendre, mais encore une fois, son frère répondit à ses questions.
- Reste ici, elles viendront te chercher lorsque ce sera prêt.
Ce fut encore très long. Les cris avaient cessé et il ne comprenait pas pourquoi il devait attendre à l'extérieur. Kagome finit par sortir de la chambre avec un petit paquet dans les bras. Elle se dirigea vers le père.
- Sesshoumaru-nii-chan. Voici votre fille.
Il se pencha vers la petite chose dans les bras de la miko. Inuyasha s'approcha lui aussi pour regarder l'enfant.
- Eh! Mais elle te ressemble tellement, Sesshoumaru!
« En effet », pensa-t-il, lui aussi. « Elle me ressemble. » La petite gardait les yeux et les poings fermés, mais on voyait bien le tracé d'un croissant de lune sur son front. Ses oreilles de youkai étaient bien dessinées et ses cheveux blancs étaient déjà longs. Sesshoumaru resta impassible devant elle, mais quelque chose bouillonnait à l'intérieur de lui. Il avait le goût de la prendre, mais il n'osait pas le demander. Il vit Kagome se retourner et se diriger vers la chambre. Il faillit la retenir et son visage prit un air ennuyé.
Kagome remarqua le changement et lui expliqua:
- Je dois amener l'enfant à Rin maintenant. Dans quelques minutes, vous pourrez les rejoindre, Sesshoumaru-nii-chan. Tout s'est bien passé et elle s'en remettra très vite, vous verrez.
- Merci, s'entendit-il lui dire.
La miko sourit à Inuyasha en entrant dans la chambre. Sesshoumaru jeta un coup d'oeil à son frère qui lança un regard amoureux à cette femme. Inuyasha remarqua l'intérêt du youkai et il lui dit, avec un sourire:
- Ce sera bientôt notre tour.
Il est vrai que Kagome affichait un ventre bien rond et que leur enfant suivrait de peu le sien. Mais cela ne faisait pas partie des préoccupations de Sesshoumaru. Il était impatient de revoir Rin pour s'assurer qu'elle aillait bien. La porte s'ouvrit bientôt et les femmes sortirent. Kagome passa près de Sesshoumaru en lui indiquant la chambre. Il ne se fit pas prier.
Rin était couchée entre les draps, plusieurs oreillers appuyées derrière son dos. Elle semblait fatiguée, mais son visage s'illumina lorsqu'elle vit Sesshoumaru. Elle lui tendit la main, tout en maintenant le bébé contre elle. Il s'avança.
- N'est-elle pas magnifique, notre fille?
Il acquiesça. C'était en effet le plus joli des bébés, de cela il n'avait aucun doute. Rin lui tendit la fillette et Sesshoumaru la prit dans ses bras. Comme elle était petite! Encore plus que Rin enfant, elle ne prenait aucune place. Un poids plume au creux de son bras. Il regarda Rin et lui dit:
- Elle est superbe.
Le sourire si caractéristique de Rin monta à son visage. Sesshoumaru lui caressa la joue avec sa main disponible et il lui demanda:
- Ça va?
- Mmm. J'ai mal partout et je suis un peu fatiguée, mais ça va.
- Alors il te faut dormir, Rin.
Elle acquiesça et elle s'appuya contre les oreillers. Elle ferma les yeux, pour les ouvrir tout de suite et regarder Sesshoumaru et l'enfant. Le manège recommença plusieurs fois. Elle n'arrivait pas à s'abandonner au sommeil, encore émerveillée d'avoir donné la vie, de voir ses deux amours ensemble.
Sesshoumaru s'avança et il la prit facilement dans ses bras. Il se coucha dans les oreillers, en appuyant Rin sur son corps et en gardant la fillette tout près de lui. Il sentit tout de suite le corps de la jeune femme se détendre. Ce fut une question de minutes avant qu'elle ne s'endorme. La respiration de Rin devint profonde tandis qu'il sentait les battements réguliers de son coeur humain traverser les couches de ses vêtements et faire vibrer le sien.
Sa femme étant maintenant endormie contre lui, il jeta un coup d'oeil à la petite boule chaude appuyée sur son bras gauche. Elle avait les yeux ouverts et elle regardait sa mère. Sesshoumaru remarqua ses yeux dorés lorsqu'elle les leva vers lui et qu'elle le fixa sans gêne. Ils restèrent longuement ainsi à se dévisager. La petite n'avait pas de marques fléchées sur les joues, mais sinon, elle était son portrait. Il se demandait si elle afficherait des traits de sa mère en vieillissant. Il se mit à parler.
- Ta mère est très fatiguée, petite. C'est une femme extraordinaire, tu sais.
La fillette regarda en direction de Rin, comme si elle comprenait. Puis elle revint fixer ses yeux à ceux de son père.
- Les humains sont une race inférieure. Mais certains se distinguent du lot. Ta mère est un diamant au milieu d'un tas de pierres sans intérêt. Tu devras veiller sur elle, toi aussi.
Un long silence suivit cette première responsabilité. Les yeux attentifs du bébé fascinaient Sesshoumaru.
- C'est un miracle que tu existes, petite chose. Rin est morte deux fois et j'ai failli l'abandonner dans un village humain.
Il regarda au loin en se remémorant sa vie depuis qu'il avait sauvé la petite Rin de sa première mort, en ne sachant pas qu'elle changerait son destin aussi drastiquement. Il revint vers les yeux de la fillette:
- Je te protégerai, petite. Tu es une hanyou, humains et youkai te mépriseront parce que tu n'appartiens pas complètement à leur monde. Tu pourras les mépriser en retour. Tu devras chercher la compagnie de ceux qui savent voir au-delà des différences. Ceux qui peuvent comprendre le miracle de ton existence.
Sesshoumaru réfléchit quelques instants avant de lui annoncer.
- Je n'en ai pas discuté avec ta mère, mais j'ai un nom pour toi. Je crois qu'elle sera d'accord de joindre les caractères « rêve » et « enfant » à ton nom. Que dirais-tu de « Muko », petite chose?
C'est alors que le père de Muko comprit que Rin avait donné à cette enfant son plus beau trait. Il vit un sourire identique à celui de Rin éclairer le visage de la petite, comme si elle était heureuse de son nouveau nom. Sesshoumaru se sentit infiniment choyé. Un tourbillon d'émotions l'envahit face à la joie de retrouver chez cette enfant qui lui ressemblait tant le sourire de sa Rin. Il se sentit humble devant ce miracle de la vie, et aussi très fier. Il se permit lui aussi de sourire.
- Maintenant que ta mère dort si bien, ferme tes yeux Muko, et dors. Je veillerai sur vous deux.
Il vit le sourire de l'enfant s'effacer lentement, alors qu'elle succombait à la fatigue. Ses yeux se fermèrent et le visage de Muko prit un air paisible.
Sesshoumaru s'appuya aux oreillers et il se reposa aussi, en gardant les yeux ouverts. C'était une scène étrange que de voir ce youkai puissant au milieu de cette chambre, près d'une femme humaine et d'une petite fille hanyou. Les deux dormaient sur lui, en toute confiance, alors qu'il aurait pu achever leurs vies si facilement. Mais tout dans l'harmonie de cette scène contredisait cette idée, car on aurait dit que les bras du daiyoukai étaient justement faits pour elles.
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Que Sesshoumaru est beau lorsqu'il parle à sa fille. Je l'imagine tellement lui dire cela... Ah! Quel personnage! :)
Réponses aux reviews:
- Merci Cynthia pour tes commentaires, ça me donne le goût de continuer. :)
- Moonly: Merci, je ne me gênerai pas pour faire des chapitres longs si vous aimez ça!
- Sara34: C'est grâce à d'autres histoires que j'ai écrites que tu aimes celle-là. Je t'encourage donc à continuer d'écrire!
- Itomi et Nanoune: Il ne reste que l'épilogue, mais je ferai peut-être une suite.
Merci!
Myriel
