De Bon Tuyaus pour Huggy
Ce chapitre est plus long que les autres... mais je ne voulais pas couper l'ambiance... Bonne lecture et tout simplement MERCI d'être là...
Chapitre 5
Hutch ouvrit la portière, rabattit son siège et se pencha sur le corps inanimé du noir. Dès que celui-ci sentit une présence, il sursauta légèrement, laissa échapper un gémissement sourd.
"Hug? Mon Dieu, qu'est-ce qui t'es arrivé?"
"Hmmmpf... je crois bien que j'ai été heurté par un rouleau compresseur... DEUX rouleaux compresseurs!" finit-il par dire d'une voix très faible.
"Qui t'a fait ça?" demanda Hutch tout en évaluant l'état de son ami. Il ouvrit lentement la veste en cuir clair qui avait vu de meilleurs jours. Une poche était déchirée et elle était maculée de sang séché. Avec précaution, il tâta le corps de Huggy pour vérifier qu'il n'avait pas de fracture. Il lui sembla que celui-ci soufrait surtout des coups qu'il avait reçus au visage.
Starsky avait ouvert du côté passager, vérifia le visage du blessé et vit une profonde entaille au niveau de sa lèvre inférieure où une croûte s'était formée. Son œil droit n'était qu'un œdème énorme. Avec beaucoup d'appréhension, il dégagea les mains de Huggy et vit qu'aucun doigt ne manquait. Il laissa échapper un immense soupir de soulagement et l'aida à se redresser sur la banquette. Huggy grimaça longuement, puis reprit son souffle.
"Huggy, réponds-moi, c'est Monahan qui t'a fait ça?" demanda à nouveau Hutch.
"N-Non... plutôt ses molosses. Et je peux te dire qu'ils avaient tous une sacrée carrure! J'avais l'impression d'être un punching-ball... Aie!"
Il venait de lever la main pour vérifier l'état de sa lèvre, ce qui lui avait tirer un cri de douleur.
"Comment t'as fait pour leur échapper?" demanda Turquet, penché par dessus l'épaule de Starsky.
"S... salut le Turc! Tu sais bien que je cours vite quand il le faut."
"Mais comment t'as atterri ici?" poursuivit Turquet.
"Je me suis planqué pendant quelques jours. Je voulais me cacher à l'hôtel où loge le Turc, et puis soudain j'ai vu la Facel. C'était comme si j'avais eu une apparition! J'ai attendu à l'abri et j'ai réussi à me faufiler ici en profitant de l'entrée d'une camionnette de livraison. Une chance, les gars, que vous ne fermiez jamais votre caisse à clé."
"Pourquoi tu n'es pas allé à l'hôpital?" demanda le blond. "Il faut te faire soigner."
"Oh non, j'aime autant pas! Monahan a certainement mis tout son réseau sur le pied de guerre pour me retrouver. Il a des fouines partout."
"Mais Huggy, tu as peut-être quelque chose de cassé, t'as une méchante coupure et puis il faut que tu fasses examiner ton œil."
"Je sais, merci, j'ai senti. Ça va aller, je te jure."
Hutch s'était assis à côté de Huggy. Celui-ci reprenait peu à peu ses esprits.
"Quand j'ai vu la voiture, j'ai remercié le ciel de te l'avoir offerte. Je n'imaginais pas à quel point je serais heureux et soulagé quand j'ai compris que vous deviez être dans les parages."
Il regarda tout à tour Hutch, puis Starsky et enfin Turquet, toujours en retrait derrière le brun.
"Au fait, comment se fait-il que vous soyez là?" demanda-t-il en tenant de hausser les sourcils, ce qui lui tira une autre grimace.
"C'est... c'est Turquet qui nous a dit que tu avais des problèmes. Au départ, on était juste venus faire la fête pendant le week-end."
"Ah oui?"
Huggy semblait de pas en croire un mot et soupçonnait son compagnon de fortune d'avoir fait appel aux deux policiers spontanément.
"Eh oui. Comme quoi, tu vois, même quand nous sommes en vacances, on trouve toujours à s'occuper." dit Starsky en souriant. "Bon, on va te faire soigner, ensuite tu nous raconteras tout par le menu."
S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~
Hutch et Starsky emmenèrent finalement Huggy le plus discrètement possible dans leur chambre d'hôtel et firent venir un médecin.
Le docteur fut rapidement briefé par les deux détectives quant au silence qu'ils attendaient de sa part. Ils avaient exhibé leur badge pour appuyer leur explication. Il s'avéra que les blessures de leur ami ne nécessitaient pas un détour à l'hôpital. Ils raccompagnèrent le médecin jusque dans le couloir et Hutch lui glissa quelques billets. Le médecin voulut d'abord refuser et regarda la somme que le blond venait de lui donner. Il avait semblé hésitant sur la conduite à tenir en pareil cas, mais cessa de réfléchir lorsque Starsky doubla la mise en fourrant dans la poche de sa chemise le même montant que Hutch, ce qui faisait une somme rondelette. Le médecin fit un signe de tête pour leur faire comprendre qu'il se tairait et disparut rapidement au détour du couloir. Décidément, Las Vegas est vraiment la ville de tous les excès, songea Starsky.
Tandis que Turquet se versait un verre, Hutch été allé à la salle de bains chercher un gant de toilette qu'il avait trempé sous l'eau froide et dans lequel il glissa quelques glaçons du mini bar. Il s'approcha lentement de Huggy et posa le gant sur son front quelques minutes. Huggy somnolait à cause des deux cachets de relaxant que le docteur venait de lui donner. Starsky était assis sur le bord du lit.
"On dirait qu'on est arrivé juste à temps, Blondinet." murmura Starsky.
"Oui, mais on a encore à faire avant que ce Luke ne lui lâche la grappe. Et quelque chose me dit que ce ne sera pas une mince affaire."
"Comment veux-tu qu'on se débarrasse de ce type?" dit Starsky en se dirigeant vers le mini-bar.
"On trouvera un moyen. Fais-moi confiance. Hey Turquet, qu'est-ce que tu sais d'autre sur ce gars, à part qu'il aime manier le couteau de boucherie?"
Turquet vida son verre d'un trait et respira profondément avant de répondre.
"Il tient une série de petits clubs dans la ville."
"Quels genre de clubs?" demanda Starsky.
"Des clubs du genre jolies filles et mecs pleins aux as qui ont besoin de compagnie de grande classe pour un soir, si vous voulez ce que je veux dire."
"Des call girls? Il dirige un réseau de call girls?"
"On dirait."
"Eh bien, on va peut-être pouvoir jouer là-dessus. J'ai mon idée." rétorqua Hutch d'une voix triomphante, tout en regagnant la salle de bains pour y laisser le gant à présent tiède.
"Hutch, comment veux-tu qu'on fasse pression sur ce type?" dit Starsky. "Tu veux te retrouver avec des doigts en moins? Comment tu f'ras pour jouer de la guitare après, hein?"
Hutch ne releva pas la boutade.
"Turquet, combien doit Huggy à ce type?"
"Un paquet!"
"Turquet, bon sang, combien??" dit Hutch d'une voix plus agressive.
"Plusieurs centaines."
"Plusieurs centaines de dollars?"
"Je dirais plutôt plusieurs centaines de milliers. Ecoutez, je n'ai pas pu retenir Huggy, il était déchaîné au jeu, et ce Luke l'a bien embobiné. Il les a allongés jusqu'à ce que Huggy soit piégé."
"Eh merde! N'empêche on peut trouver la somme assez rapidement... du moins en partie." répondit le blond, le regard fixé devant lui, l'esprit apparemment en pleine réflexion.
"Toi, t'as une idée en tête!" dit le brun. "Vas-y mollo, tu vas te faire une entorse au cerveau."
"Starsk, c'est pas le moment de rire." gronda Hutch.
"Oui, je sais. Désolé. Alors, dis-moi, à quoi tu penses?"
Hutch se tourna vers Turquet.
"Vous êtes venus comment à Vegas?"
"Dans la voiture de Huggy."
"Elle est toujours disponible?"
"Ben oui... Pourquoi?"
"Parce qu'on va en avoir besoin."
"Pour quoi faire?" demanda Starsky.
"Pour rentrer, pardi."
"Et la Facel?"
Hutch fit une brève pause avant de poursuivre.
"Avant de partir, un type qui louchait depuis un bon moment sur ma voiture m'a demandé si elle était à vendre. Je lui ai répondu non, que c'était un cadeau, que je ne voulais pas m'en séparer. Il a insisté. Il m'a même fait une offre absolument dingue, je crois qu'il était un peu dingue aussi. Donc, je sais que si je le rappelle, je peux déjà compter sur environ cent soixante quinze mille dollars. Si je le travaille bien au corps, je peux peut-être l'amener à cracher deux cents tickets."
Starsky regarda son coéquipier avec étonnement.
"Tu te sépares de la Facel? De la merveille que Huggy t'a offerte??"
"Starsk, si je dois choisir entre la voiture et sa vie," dit Hutch en pointant Huggy de son index, "Mon choix est tout fait. Mais ça ne suffira pas à couvrir ses dettes et à calmer Monahan."
"Et si j'ajoutais trois ou quatre cent mille?" annonça soudain Starsky.
"Hein?"
"De toutes façons, je bois davantage de bière que de vin."
Hutch venait de comprendre.
"Oh, Starsk... c'est...c'est..."
Hutch termina lui-même la phrase.
"C'est une idée géniale que Huggy a eue de nous offrir ces cadeaux, au moins maintenant, on a de quoi le sortir du pétrin où il s'est fourré."
"Turquet, tu crois que ça suffira à calmer Monahan?" poursuivit-il en se tournant vers Turquet.
"Vous comptez rassembler combien en tout?"
Les deux détectives se regardèrent, firent mentalement un calcul rapide.
"On devrait rassembler plus ou moins cinq cent mille." répondit Starsky.
Turquet soupira.
"Je... je crois que ça suffira largement. Les mecs, vous êtes super. Ça devrait dissuader le Manchot de chercher des noises à Hug."
"Turquet, s'il te plaît, ne prononce pas ce nom devant moi, ça me donne la chair de poule." dit Starsky en se servant une autre bière.
Il jeta un œil à Huggy dont le visage, quoi qu'encore boursouflé, était plus détendu.
"Dans deux jours, on ira voir ce Monahan et on lui fera une offre qu'il ne pourra pas refuser. Tout ça n'est pas très habituel mais on n'a pas vraiment le temps de passer par la voie hiérarchique, n'est-ce pas?"
"Eh les gars, soyez prudents. C'est pas un enfant de chœur."
"T'inquiète, Turquet," répondit Hutch, "On a gardé quelques relations de notre dernier séjour à Vegas et on va s'en servir en plus de la belle enveloppe qu'on va apporter à Monahan. D'abord, il aura un premier acompte. Il se trouve que le gars mordu de la Facel vit à Vegas. Je vais l'appeler dès ce soir. Coup de bol, hein?"
"Moi, j'appelle mon voisin de vignoble," enchaîna Starsky "Il rêvait d'élargir sa propriété et louchait sur la mienne en permanence. Je vais voir jusqu'où il est prêt à aller. Tant qu'à faire, autant assurer le coup et garder un peu de rab' au cas où."
"Mais Starsky, combien vaut cette propriété en fin de compte?"
"Ben, je pense qu'on pourrait l'estimer à plus ou moins sept cent cinquante mille."
"Woaw, et tu penses que ton voisin t'en donneras combien?"
"J'en sais rien, au moins cinq cents, vu que je suis pressé de la vendre, donc j'aurai moins le temps de le faire saliver. Cinq cents mille, c'est pas mal, avec ta Facel, on s'en sort largement."
"Vous... vous ne pouvez pas... faire ça..." dit une voix faible derrière eux.
S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~
Les trois hommes se retournèrent brusquement et virent Huggy, appuyé sur un coude, les yeux entrouverts. Il venait d'émerger péniblement de son sommeil forcé.
Starsky s'approcha de lui.
"Alors, toi, en ce qui te concerne, les ordres du docteur sont, je cite, "du repos et pas d'émotion", fin de citation. Donc tu te reposes et tu nous laisses finir notre conversation!" dit-il à voix basse mais autoritaire.
Huggy se massa doucement la nuque.
"J'ai jamais été aussi content de vous voir débarquer, les gars." dit-il d'une voix faible.
"T'aurais pas pu trouver un autre moyen d'attirer notre attention?" demanda Starsky.
"J'ai fait ce que j'ai pu, mon grand."
"Turquet nous a à peu près tout raconté. Dans quel pétrin tu t'es encore fourré, Hug?"
"J'aimerais mieux ne pas en parler."
"T'as pas le choix, beau brun; on est obligé de s'occuper de toi sinon t'auras du mal à compter jusqu'à dix sur tes doigts."
"Okay, c'est bon... de toute façon, j'ai pas la force de discuter, suis complètement cassé."
Huggy se laissa retomber sur le lit et sembla se rendormir.
Hutch fit signe à Starsky de le rejoindre à l'autre bout de la pièce.
"Je vais m'occuper de la Facel."
"Et moi, je vais passer un coup de fil à mon voisin de vigne."
Turquet les regarda sans rien dire, puis il murmura:
"C'est génial ce que vous faites, les mecs!"
"On n'est pas encore entré dans l'auberge, mais au moins on a une idée du prix du menu."
S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~
Hutch avait réussi à négocier la vente de sa précieuse Facel assez vite, son amateur était très emballé à l'idée que le blond ait finalement cédé.
De son côté, Starsky avait téléphoné à son voisin. Les négociations étaient en bonne voie.
Turquet était resté toute la journée avec Huggy, aussi bien pour vérifier son état de santé que pour l'empêcher de sortir de l'hôtel au cas où l'envie lui en aurait pris.
Les deux détectives avaient ensuite appelé un de leurs confrères de Vegas pour obtenir des renseignements complémentaires sur Le Manchot.
Deux jour plus tard, ils se présentèrent à l'un des clubs gérés par Monahan et demandèrent à lui parler en prenant bien soin d'exhiber leurs badges respectifs.
Un des gardes du corps les fit entrer dans un salon luxueusement décoré de tapisseries représentant des scènes de chasse à courre; il y en avait sur tous les murs. Un immense canapé recouvert de velours d'un rouge sombre trônait au beau milieu de la pièce. Une blonde pulpeuse vêtue de rouge écarlate y était à moitié allongée et se polissait les ongles consciencieusement. Elle regarda les deux détectives d'un œil gourmand. Comme ils ne lui prêtaient aucune attention, elle reporta toute son attention sur ses ongles.
Lorsque Monahan fit son entrée dans la pièce, les deux détectives se raidirent, prêts à réagir.
"Bonjour, Messieurs." salua-t-il d'un air important, comme s'il allait présider une réunion au sommet.
Ce qui n'impressionna nullement les deux policiers. Ils en avaient vu de toutes les couleurs et ce genre d'entrée en matière les laissait de marbre.
"Monahan, nous sommes ici pour une raison bien précise. Vous allez nous écouter, nous ne le dirons qu'une fois." commença Hutch.
Monahan se dirigea vers le bar en bois précieux en forme de croissant de lune, déboucha une carafe en cristal finement ciselée et se servit un verre de vieux cognac dans un verre ballon.
Il prit place dans un fauteuil en cuir, posa nonchalamment l'avant-bras gauche sur l'accoudoir et but une petite gorgée de cognac qu'il savoura lentement.
"Je vous écoute, Messieurs." annonça-t-il d'un ton condescendant.
Starsky voulut prendre la parole, mais Hutch le devança, voyant que le brun risquait de perdre son sang-froid. Et surtout il disposait d'une information que Starsky ignorait encore.
"Vous vous en êtes pris à l'un de nos amis. Et nous n'aimons pas qu'on touche à nos amis."
"De quel ami s'agit-il?" demanda Monahan d'un ton distrait.
"Ne faites pas l'innocent, Monahan. Vous savez très bien de qui nous voulons parler. Huggy Brown. Vous l'avez piégé avec des sommes faramineuses et, comme il ne peut vous rembourser, vous avez tenté de le tuer."
"Messieurs... Messieurs..." répondit Monahan d'un air offusqué. "Je n'ai jamais porté la main sur qui que ce soit."
"Non, pas vous, mais les molosses qui travaillent pour vous, si!"
"Mes hommes voulaient juste lui laisser un petit message."
"Eh bien je peux vous dire que nous, on l'a bien reçu le message. Et la réponse est la suivante: "ça suffit!"
"Je suis un businessman, il est normal que ceux qui contractent une dette..."
"Allez vous faire foutre, Monahan!" s'exclama Hutch. "Vous avez embobiné Huggy, mais à présent, vous allez le laisser en paix."
"Il me doit de l'argent."
Hutch sortit une enveloppe de la poche intérieure de son blouson.
"Il vous DEVAIT!"
Hutch jeta avec rage l'enveloppe sur les genoux de Monahan.
Monahan ouvrit lentement l'enveloppe et compta les grosses coupures.
"Il n'y a pas le compte."
"Vous aurez le reste dans quarante huit heures. Ensuite, vous oublierez que vous avez jamais rencontré notre ami." termina Hutch, planté devant Monahan, l'index pointé à deux doigts de son visage.
Les gardes du corps n'avaient pas bronché, car Starsky avait porté la main gauche sous l'épaule droite, leur signifiant qu'il valait mieux pour eux ne pas intervenir.
"C'est une menace?" demanda Monahan le plus calmement du monde.
"Non. C'est une promesse." répondit Hutch. "Nous avons de quoi faire capoter vos combines pour de bon. Rappelez-vous Candice. Mais je n'ai pas envie de perdre mon temps davantage avec quelqu'un comme vous. Tout ce qui m'importe, c'est que vous laissiez notre ami tranquille, capice?"
Monahan émit un faible sourire, tentant de prouver qu'il n'était nullement impressionné. Toutefois il y avait dans ses yeux une petite lueur d'inquiétude.
Hutch se dirigea vers la sortie. Avant de le rejoindre, Starsky se retourna vers Monahan et lui lança:
"A votre place, j'obéirais. Mon partenaire est encore plus dangereux quand il est calme. Alors tenez-vous à carreau."
Il sortit en claquant la porte, comme il avait l'habitude de le faire dans le bureau de Dobey.
S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~ S*H* ~
