musique : K-hole - CocoRosie

Daydream

Chapitre un.

Premier incident.

Deux bises claquantes, puis Ino ramène une longue mèche blonde derrière son oreille gauche, et lance :

"Salut, Saku. Ca va ?"

Une grande et mignonne adolescente à la surprenante toison rose et aux beaux yeux émeraude taillés en amande voit un sourire s'étendre sur son agréable visage, au front tout de même légèrement disproportionné. Elle lui répond de la même manière, empressée et enjouée :

"Super !"

Elle marque une petite pause, et reprend plus doucement :

"Dis, tu connais le scoop de la rentrée ?"

Ino prend une expression intéressée et se rapproche quasi imperceptiblement de son interlocutrice pour lui demander, invitant à la confidence :

"Non, c'est quoi ?"

Sakura, satisfaite d'avoir su attiser la curiosité de son auditoire plutôt restreint, poursuit, un ton plus bas :

"Tu vois, Suigetsu ? Il était dans notre classe en quatrième ...

- Ouais", marmonne Ino, le temps que l'image du concerné lui revienne en mémoire.

"Et bah, l'année dernière, monsieur était encore puceau.

- T'appelle ça un scoop ?

- Attend, j'ai pas fini. Donc, il complexait à mort sur ça.

- Et ?

- Et, au début de l'été, il parlait avec Kin Tsuchi - tu vois qui c'est ?"

Ino acquiesce lentement, sentant venir la conclusion.

"Tu peux être certaine que ce que je vais te raconter est de source sure, vu que j'étais là, hein. Et bien - les deux, ils se connaissent depuis un bout de temps - il lui a demandé de coucher avec lui, histoire de gagner en expérience. Tu sais comment elle flippait pour sa première fois ..."

La grande blonde arbore soudain une moue dubitative, et avance :

"Ne me dit pas qu'elle a accepté ?"

Voila, le morceau est lâché, et Sakura aussi, par la même occasion. Cette dernière commence à sautiller en beuglant :

"Si ! J'te jure ! Ils m'ont fait promettre de rien dire - t'imagine la honte ? - Surtout qu'elle a déjà un copain, un mec de Racine ...

- C'est pas ce que tu es exactement en train de faire, là ?

- Oui, sauf que ça compte pas, parce que Suigetsu s'est vanté à un pote qui a craché le morceau à Naruto. Tu le connais, avec lui les secrets ne le restent jamais longtemps ...

- Comme quoi, vous étiez fait pour terminer ensemble.

- Oh, c'est bon, hein. Laisse-moi finir. Donc, le bruit s'est répendu et maintenant les paris sont lancés pour savoir si oui ou non ils l'ont fait.

- Et ?"

Alors que Sakura s'apprête à répliquer, elle se sent tirée en arrière par une force inconnue, et une voix résolument masculine retentit tout près de son oreille :

"Salut ma chérie", puis plus fort, "Salut Ino !"

Et pendant que la blonde marmonne une réponse, Sakura se retourne pour se retrouver le nez contre le torse de son copain. Elle se dresse sur la pointe des pieds. Fixant avec insistance les orbes bleu azur du jeune homme, elle souffle, juste avant de l'embrasser délicatement :

"Bonjour, Naruto."

Déjà, les mots doux fusent, et les mains se baladent sans la moindre retenue. Ino pousse un long soupir puis tapote sèchement l'épaule du grand benêt :

"Hn. Et Sasuke ?"

Il lui répond par un sourire encore plus idiot que d'habitude et un mouvement bref du menton :

"Derrière toi."

Elle se retourne, plus vive qu'un cobra ayant abusé de la caféine et le cherche des yeux. Elle ne met qu'une seconde à le repérer. Il marche vers leur groupe, son regard froid fixé sur elle. Comme toujours, les mains dans les poches, il fond avec nonchalance la foule des lycéens. Seul. Si beau.

Il se rapproche jusqu'à ce qu'ils puissent sentir leurs souffles communs venir heurter le visage de l'autre. Sans préavis, il passe ses mains autour de sa taille et la colle contre lui. Il marmonne un faible "bonjour", puis l'embrasse.

Elle se sent devenir de sable, et glisser, (s'envoler !) alors que les lèvres de l'adolescent s'entrouvrent et que le baiser s'approfondit encore.

Encore aujourd'hui, et plus de six mois après le début de leur relation, elle a toujours un peu de mal à s'y faire, autant à sa beauté, qu'à son extraordinaire prestance. A eux deux, ils forment le couple emblématique du lycée. Ils sont près à entrer dans la légende de ceux qui ont duré et qui extasient encore les petites collégiennes en manque d'amour.

Mais comme un fait exprès, la sonnerie stridente choisit ce moment précis pour hurler dans leur oreilles. En temps normal, ils n'y auraient pas fait attention ... Si seulement Anko, la prof de sport, ne s'était pas plantée derrière eux, et n'avait pas poussé cet horripilant raclement de gorge que tout ces élèves lui connaissent.

De sa voix aigre, elle leur intime de la suivre, vers les terrains d'EPS. Les deux heures passent sans aucun incident notable. Ce n'est que le deuxième jour après la rentrée. Les lycéens font semblant d'écouter la prof pendant son discours hargneux sur l'importance d'une activité physique régulière (une heure d'endurance le dimanche matin, la bonne blague) et sur l'idiotie de l'administration qui refuse de débloquer des fonds pour reconstruire un gymnase. Ino et sa bande se sont assis en cercle dans un coin et papotent, rient.

Quand le temps de la récrée arrive, ils gardent leur formation serrée et se déplacent un peu partout dans la cours. Rien de très extraordinaire là non-plus.

Le troupeau migre alors devant la salle de français, au deuxième étage du bâtiment A. Il est réservé à certaines langues et aux matières littéraires. L'affreuse sirène a encore rappelé son existence, en éclatant leurs tympans une énième fois. S'en suis une longue attente paisible d'environ une demi-heure. Hatake est réputé pour son sens de la ponctualité légèrement déficient.

Naruto et Kiba chahutent encore. Ils se donnent des coups dans l'épaule et rigolent comme des forcenés. Sakura et Ino papotent tranquillement, comme la plus grande partie de la classe, à l'exception des trois filles bizarres, mais ça, ce n'est pas important. La blonde, qui n'écoute qu'à moitié l'histoire de sa meilleure amie, observe encore Sasuke du coin de l'oeil. Il s'est éloigné pour échanger quelques mots avec Neji Hyûga, son alter ego aux cheveux longs. D'un coup, Naruto donne un coup un peu trop fort à Kiba qui vacille en arrière, se prend les pieds dans des sacs qui traînent, puis tombe.

Sur la guitare de Temari.

Tout le monde se raidit, et les regards se tournent irrésistiblement vers la punk asociale. Elle ne réagit pas immédiatement. Se contentant de retirer un écouteur d'une de ses oreilles - la droite - puis de se pencher vers l'étuis sombre désormais étendu sur le sol, pas très loin du brun qui a roulé sur le côté. Elle l'ouvre délicatement. Une grimace vient perturber son joli minois.

Il a visiblement fait mouche.

Alors, elle se redresse. Elle attrape presque tendrement le col du pauvre agitateur, qui tente d'aligner une excuse pitoyable sans éclater de rire. Le même rire qui lui rentre au fond de la gorge lorsqu'il sent le poing de la blonde s'écraser sur son visage. Une fois. Deux fois. A la troisième, Naruto tente de s'interposer. Elle le repousse d'un coup sec, et l'envoie balader à l'autre bout du couloir. Sans perdre une seconde, elle reprend son massacre sur un pauvre Kiba qui n'arrive pas à répliquer.

Pourquoi personne n'intervient ? Ils se contentent d'observer, figés dans un effarement collectif, la silhouette élancée de l'adolescente. Elle frappe sans relâche sa pauvre victime, écructant parfois un légé grognement bestial. Ino, elle, croit comprendre, tant la haine suppute de tous les pores de sa peu. La rage qui envahit l'air épaissit l'atmosphère. Elle frissonne.

"Sabaku, dans le bureau de la CPE. Maintenant."

C'est un homme qui vient d'intervenir. Grand, fin, la moitié du visage mangé par son éternelle écharpe sombre, une main au fond de sa poche gauche, l'autre tenant fermement sa sacoche, il est apparut comme par magie au détour d'un couloir. Il se tient, droit, face à Temari qui a enfin lâché Kiba, lequel se laisse tomber par terre, pour y cracher une poignée de dents fracassées.

Il se tourne vers les pauvres adolescents encore choqués de la scène à laquelle ils viennent d'assister. La voix du professeur de français, et accessoirement enseignant principal de cette classe de seconde générale s'élève encore :

"Qui sont les délégués provisoires ?"

Deux mains se lèvent. D'abord c'est celle hésitante de Ino, qui a l'impression de se réveiller d'un mauvais rêve, et puis de Naruto, qui se relève à peine, tant la scène s'est passée vite.

"Bien. Uzumaki, tu emmènes Kiba à l'infirmerie. Yamanaka, tu t'occupes d'escorter Sabaku chez Shizune."

C'est pour ça qu'elles sont en train de marcher. Côte à côte. Dans un silence écrasant pour l'une, naturel pour l'autre. En effet, les deux blondes n'ont pas prononcé un mot depuis que Hatake a prit les choses en main. Elles avancent, c'est tout. Et maintenant, elles en sont environ à la moitié du chemin, entre deux rangées d'arbres centenaires. Les branches surchargées de feuilles qui rougissent à peine en ce début d'automne, font apparaître d'étranges dessins d'ombres sur le visage des jeunes filles. Mais la poésie de l'endroit n'est pas à l'ordre du jour. Ino n'est pas à l'aise. Vraiment pas du tout.

N'y tenant plus, elle stoppe net le rythme de ses pas. Temari prend une seconde avant de s'en rendre. Elle l'attend, l'air impatient, un ou deux mètre devant. Enfin, Ino ose rompre le calme oppressant. Elle parle d'un étrange ton à la fois, craintif, curieux, empressé et stressé.

"Pourquoi t'as réagis comme ça ?"

Ce n'est peut-être pas la bonne question, ni le bon moment. Mais, c'est ainsi. Elle est prête à tout recevoir. Oui, Ino s'attend à tout. Argument logique, larmes incontrôlables, explications interminables, rage débordante... Peut-être recevra-t-elle même un coup, qui sait. Elle s'attend à tout, sauf ça : rien.

Rien, il n'y a strictement rien sur son visage, dans ses yeux. Pas d'inquiétude, de remords. Disparue, la haine. Juste reste ce regard indescriptible, mélange parfait d'indifférence et de neutralité totale.

Puis la cloche sonne, Ino se remet en marche et Temari la suis de prêt, son sac sur une épaule, la guitare cassée sur l'autre, et les écouteurs dans les oreilles.