Update 2020 : correction faite !
musique : By your side - CocoRosie
Daydream
Chapitre deux.
Le château de cartes
Le menton dans la main, affalée sur sa table, Ino fixe, un point non défini au loin. Elle laisse ses pensées vagonbonder au-dessus des immeubles, en face du lycée, qu'elle peut aisément regarder depuis sa place habilement choisie tout près de la fenêtre. Assise devant elle, Sakura papote avec animation. Ou plutôt elle entretient un monologue animé - vu sa tendance innée à monopoliser la parole dans toute discussion - avec sa voisine, Hinata. Le sujet est bien évidement le fameux 'scoop confidentiel de la rentrée' dont elle lui a parlé le matin-même.
L'immobilité du ciel gris ne fait que monter l'ennui en elle. Vainement, elle y cherche un échapatoire, et n'y trouve qu'un bizarre sentiment de nostalgie. Un flash aussi impromptu qu'indésiré, une image qu'elle ne peut empêcher de venir la hanter, depuis que le cours de maths a commencé. Sans qu'elle ne l'ai désiré, elle revoit sans cesse l'éclat étrange des yeux de Temari. Elle la revoit qui la fixe, après l'épisode de la guitare cassée. Encore et encore, elle se rejoue la scène, sa stupide question venue de nulle-part, sa gêne, sa curiosité morbide...
Elle ne sait pas quoi penser de cette curieuse obsession. D'ailleurs, il n'y a rien à penser, car le massacre de la matinée n'était qu'une preuve de plus quand à la folie de Sabaku. Ce n'est qu'une grande perche à la coiffure ridicule, deux fois redoublante, qui promène toujours avec elle cette guitare dont personne ne l'a jamais vu s'en servir. Toujours, elle arbore une expression sombre et fermée. Ses vêtements sont trop larges et masculins, comme une armure de tissu pour la protéger du regard des autres. Et jamais une parole, un ami, un coup de fil. Dès la fin des cours, elle disparaît sur son scooter, après s'être grillé une demi clope, seule ou avec la compagnie silencieuse d'un autre cas, Tayuya. A quoi bon avoir cette dégaine, si elle ne l'utilise même pas pouvoir avoir l'air cool ?
Ino pousse un soupir à fendre l'âme, condamnée à se ressasser l'étrange scène, à revoir ce regard jusqu'à … La sonnerie explose. Elle est suivie de près par le bruit des trousses que l'on ferme et le raclement des chaises sur le carrelage. Le prof n'a pas le temps de protester qu'Ino est déjà debout et s'enfui littéralement par la porte qu'elle ouvre à la volé. Sur le même rythme, et sans prendre la peine d'attendre ses amis, elle traverse la cour du lycée, passe le portail. Ce n'est qu'une fois sur le trottoir qui borde l'établissement qu'elle s'arrête, haletante. Elle peut sentir le sang bouillonnant qui fait pulser ses veines.
Que s'est-il passé ?
La belle blonde regarde autour d'elle, quelques élèves pressés sortent à peine, mais le gros des troupes n'est pas encore là. A la recherche d'un visage familier auprès duquel se réfugier, elle n'aperçoit que le sourire ironique de Tayuya. La junky notoire, allume tranquillement sa clope, nonchalamment adossée à un mur. Leur regards se croisent et un frisson incontrôlable venu de nulle part la parcourt de bas en haut.
Elle se met en marche, poussée par la même force inconnue. La silhouette courbée de la redoublante aux cheveux rouges se dessine de plus en plus clairement dans son champs de vision, jusqu'à ce qu'Ino ne soit plus qu'à un petit mètre d'elle.
Alors, après quelques secondes d'un silence troublant, elle lâche, hésitante, les yeux fixés sur la brique écarlate à côté du coup de Tayuya :
"Salut."
La rousse en face ne répond pas, se contentant de la regarder en tirant inlassablement sur le cylindre incandescent. Au bout du troisième champignon de fumée qui vient s'écraser sur son visage, Ino ajoute, dans un effort désespéré de lancer la conversation :
"Euuh … Ca va ?"
Contre toute attente, Tayuya explose de rire. Une fois un peu calmée, elle dit, son éternel sourire de tête à claque, à nouveau en place sur le coin de ses lèvres :
"Je vois pas l'intérêt de te répondre, Princesse, puisque cette question tient de la plus de la rhétorique que d'une réelle envie de savoir comment effectivement je vais. Mais ton air perdu m'a fait pitié, alors je vais faire un effort."
Ino s'est figée et dévisage désormais ouvertement son interlocutrice. Elle bredouille :
"C'est-à-dire ?
- Et bien, Princesse, grâce à toi, je suis de très bonne humeur maintenant."
Un tic nerveux vient étirer la bouche de la blonde, avant qu'elle ne réplique :
"D'où viens le 'Princesse' ?"
La réponse de Tayuya fuse, sur le ton de l'évidence :
"C'est-ce que tu es, non ? La Princesse de ce fabuleux royaume," elle pointe du pouce le mur du lycée dans son dos, "qui file le parfait amour avec son promis, le Prince charmant. Tous les deux entourés de leurs fidèles sujets et d'une cours digne de Louis quatorze lui-même."
Ino sent sa mâchoire se relâcher, elle commence à balbutier un semblant de réponse. Mais Tayuya l'interrompt, en attaquant d'un air faussement attristé :
"Mais tout à une fin, pas vrai ?"
Avant qu'elle ne puisse répliquer, la blonde se sent tirer en arrière, happée dans le flot des élèves qui se sont enfin décidés à passer le portail. Elle fixe toujours la rouquine, alors qu'une main s'est agrippée à son sac. Elle remarque ses yeux marrons qui se plissent, ses épaules fines secouées d'un léger tremblement. Si elle ne peut plus l'entendre, Ino la voit rire, et elle devine sans mal l'éclat cruel de sa voix. Une bande de Terminales passe, Tayuya disparait de son champs de vision. La belle blonde doit résigner à se retourner. Elle marche désormais aux côtés de Sakura, la propriétaire de la main.
"Qu'est-ce que tu foutais avec l'autre tarée ?"
Ino se renfrogne légèrement, en entendant sa meilleure amie lui poser cette question. Elle se courbe un peu, pour réajuster son sac, ralentit le pas, puis lâche :
"Je lui parlais, juste comme ça."
Et Sakura de se moquer :
"On leur parle jamais juste comme ça aux filles comme Tayuya."
Elle ajoute après un instant de silence :
"Aux filles bizarres.
- Si tu le dis."
La jolie rose se passe une main dans les cheveux, visiblement assez satisfaite de la réponse de son ami, puis occulte totalement le sujet de conversation en disant d'un ton moitié blasé, moitié curieux :
"Et sinon, pourquoi tu nous as pas attendus à la sortie du cours du maths ?"
Ino secoue la tête, sans répondre. Sakura en profite pour ajouter, arrêtant d'un geste leur avancée :
"Ne me dis pas que tu t'es disputée avec Sasuke et que tu essayes de l'éviter depuis ? Je t'ai trouvée très bizarre pendant le cours. Il s'est passé quelque chose à la récré ? Je ne vous ai pas vu … Ino, tu s…
- Chut."
Ino a levé la main devant la bouche de son amie qu'elle masque. Ses yeux dardés dans les prunelles anis de Sakura.
"On parlera demain," conclue-t-elle, catégorique.
En face, Sakura s'est figée, bouche béante, les yeux écarquillés. Et pour une fois, elle ne réagit pas. Ino ne lui laisse pas le temps de retrouve ses moyens. Elle lance, en se préparant à traverser la rue :
"Bon, je dois y aller, ma mère m'attend, à plus !"
Elle ne récolte qu'un maigre balancement de la main auquel elle ne fait pratiquement pas attention, trop occupée à rejoindre la Peugeot gris argenté au volant de laquelle sa mère l'attend. Ino ouvre la porte et grimpe sur le siège avant.
"Salut 'man."
La femme d'une quarantaine d'année est l'exacte réplique, avec vingt ans de plus, de sa fille. Devant le manque d'enthousiasme de sa progéniture, elle s'inquiète gentiment :
"Quelque chose ne va pas, ma puce ?"
Ino répond dans un murmure, le visage tourné vers le dehors. Ses yeux cherchent sans savoir quoi - ou qui - quelque chose, de l'autre côté de la chaussée :
"Non, maman, tout va parfaitement bien."
Le trajet se passe tranquillement, ponctué par de petites remarques sur tout et n'importe quoi de la mère. Elle ne reçoit aucune réponse. Devant ce mutisme indifférent de la part de sa fille, elle décide de ne pas réagir. Il est peut-être enfin temps de faire sa crise, elle se dit. Surement, elle a de bonnes raisons de garder le silence.
Arrivée chez elle, Ino monte directement dans sa chambre et se laisse tomber sur son lit. Elle est toujours pensive, toujours la bouche close. Immobile. Dans sa tête par contre, c'est à la fois l'ébullition totale et le calme plat. Elle ne cesse de réfléchir, mais elle ne sait pas à quoi. Et désormais, par-dessus le visage terriblement neutre de Temari, se superpose le rire silencieux de Tayuya.
…Tout a une fin …
Elle entend sa mère l'appeler pour venir manger, mais n'esquisse pas le moindre mouvement. Les yeux vides voguant sans volonté du plafond au parquet, les mains crispées sur le couvre-lit.
Mais que s'est-il passé ?
