musique : Nothing to do with you - The Pigeon detectives

Daydream

Chapitre trois.

Respiration.

Une semaine passe. Tranquille, Ino retrouve enfin sa vie de l'année passée, sans prise de tête ni fille bizarre pour l'en écarter. Tous les matins, elle continue à s'extasier en regardant Sasuke, et a écouter Sakura caqueter des heures durant, et elle savoure. Oui, elle savoure sa vie paisible, l'éternelle et si rassurante répétition des petites habitudes qui l'ont faite. Et elle aime ça. Pester contre le nouveau prof de maths, les devoirs, les autres filles, la proviseure trop stricte ... Prévoir de nouvelles sorties ou tout simplement profiter de son statut tout neuf de lycéenne.

Une semaine passe, donc, et la voila, assise sur le siège avant de la voiture, souriante, sa mère qui papote à tord et à travers, en train de la conduire au lycée, à côté d'elle. Elles sont à un feu rouge, Ino jette un coup d'œil à l'autoradio où l'animateur nous annonce le dernier tube de Shakira, et pousse un soupir : cette chanson la gave.

Alors, faisant fit de la musique qui envahit en quelques secondes l'habitacle hermétique, elle laisse son regard dériver autour de la petite Peugeot, passant unes à unes les mines renfrognées des autres conducteurs qui commencent à s'impatienter - ne sont-ils pas au courant que le feu de l'avenue de France met toujours un quart d'heure à passer au vert ? - jusqu'aux silhouettes rendues épaisses par les multiples couches de vêtements nécessaires à cause le température qui ne cesse de baisser, des motards et autres conducteurs de deux-roues.

Ses yeux accrochent subitement à un scooter, à celui qui le conduit plutôt. Elle aperçoit, s'échappant de dessous le casque intégral sombre, de petites mèches claires, et dans son dos, un sac, un vulgaire sac noir parfaitement banal, excepté l'énorme 'Too drunk to fuck' tagué au marqueur et au Blanco dessus. Et son cœur rate un battement.

Temari.

Depuis l'incident du second jour d'école, le mardi précédent, elle n'est plus reparue à l'école, on la supposait renvoyée pour quelques jours, mais personne ne s'en souciait vraiment. Après tout, qui voudrait d'une pareille folle furieuse comme amie ?

Elle en est rendue là dans ses réflexions lorsque la voiture s'ébranle brusquement, Ino, déstabilisée par le mouvement soudain, ne quitte cependant pas des yeux la silhouette altière de sa la jeune fille qui, assise bien droite sur son engin a aussitôt démarrée avec le reste de la file. Sa tête pivote à mesure que sa mère la dépasse, sa mère justement, qui a bien remarqué le manège de sa fille. Elle lui demande :

- Tu la connais ?

Ino ne répond pas tout de suite, le temps que l'information remonte à son cerveau, une fois fait, la jolie blonde se retourne vivement face à sa génitrice qui la regarde, un sourire en coin. Elle bafouille :

- Euuh … Oui, enfin non, pas vraiment … Enfin, juste comme ça.

Sa mère - peut-être consciente du trouble dans lequel sa progéniture est lancé ? - n'ajoute rien de plus, préférant se concentrer sur le trajet.

Elles arrivent à destination, et Ino est déposée rapidement sur le bitume, de l'autre côté de la chaussé, parfaitement en face du grand portail vert où est gravé en lettres dorées : Lycée Charles Baudelaire.

La Peugeot grise s'éloigne, mais elle ne bouge pas, se contentant de fixer, les yeux vides, les élèves qui entrent à un débit plutôt lent dans l'établissement. Qu'est-ce quelle attend ? Elle-même, ne le sait pas. Ino ne se pause pas vraiment la question.

- Hm, hm.

La jolie blonde se retourne immédiatement à l'entente du bruyant raclement de gorge, surprise. C'est la brune à la coiffure de princesse Leya ridicule qui passe son temps à esquisser des pas de danse en écoutant dieu sait quelle musique. Toujours silencieuse mais tout autant souriante, elle passe pour une baba cool nourrie aux joins, pas bien méchante, mais un peu allumée.

- Ino, c'est ça ?

La concernée acquiesce doucement.

- Tu pourrais me laisser passer s'il te plait ? Tu bloque le passage.

En effet, sans l'avoir remarqué, la blonde s'est arrêtée juste devant une petite venelle sombre, coincée entre deux immeubles blancs. Elle s'empresse de se décaler, et s'excuse :

- Désolé, j'était dans les nuages.

- C'est-ce que je vois.

Et sans rien ajouter de plus la brune dépasse. Le vent choisit ce moment précis pour souffler, soulevant légèrement le long foulard coloré. Un parfum fruité, mélange subtile entre litchi et vanille vient chatouiller agréablement ses narines .

Cette odeur agis comme un électrochoc pour la jolie blonde, qui suis le mouvement et lance au dos de l'adolescente.

- Tu t'appelle Tenten, c'est ça ?

C'est au tour de la brune de se figer. Elle fait pivoter à moitié sa tête, le visage éclairé d'un petit sourire :

- Oui.

Puis elle descend du trottoir et s'enfui presque à l'intérieur du lycée, d'un pas léger et dansant.

Ino ne tarde pas à la suivre : la cloche à sonné, elle voit Sakura entourée d'une bande de pintades excitées qui lui fait de grands signe tout en bouchant avec sa troupe l'entrée. Elle se dépêche de la rejoindre, et, immédiatement, Sakura l'attrape par le bras et l'amène à part.

- C'est confirmé ! C'est confirmé ! Beugle-t-elle, au comble de l'excitation.

Ino tente de la calmer en lui bloquant les avant-bras.

- De quoi tu parles ?

- De Kin et Suigetsu !

- Et ?

- Ils l'ont fait !

La dessus, la rose se met à sautiller partout comme une aliénée.

- Du calme, Saku ! Tu me raconteras ça en sport, d'accord ? On doit y aller maintenant.

Sakura accepte, et se précipite vers les terrains de sport où elle voit Naruto et Sasuke discuter tranquillement.

Malheureusement elle n'a pas l'occasion de l'éclairer sur ce nouveau potin brûlant : Anko à décidé de faire des groupes de niveau pour le badminton et bien évidement, Ino se retrouve chez les nuls, à une centaine de mètres de sa meilleure amie. Cette dernière s'en accommode très bien puisqu'elle discute déjà, incorrigible bavarde qu'elle est, avec la seule fille de son groupe.

La blonde se retrouve donc toute seule, raquette à la main, devant le tableau des groupes, à la recherche des autres filles (parce qu'il n'y a que des filles chez les nuls, c'est bien connu) de son équipe.

Elle déglutit difficilement.

Terrain 6 :

Hitomi Tenten

Okayasu Tayuya

Sabaku Temari

Tsuchi Kin

Yamanaka Ino

Pourquoi elle ? Pourquoi c'est toujours sur elle que ça tombe ?

Ino se met à chercher activement la seule fille à peu près fréquentable de son groupe, Kin, mais bien évidement, elle sèche le sport. Même chose, à son grand soulagement, pour Tayuya et Temari. Il ne reste donc que Tenten, assise en tailleur, le dos très droit, en plein milieu du terrain, un sourire bienheureux sur le visage. Paumes de la main retournées sur ses genoux qui semble … méditer ?

La jolie blonde s'approche à petits pas de la brune. L'alliance entre le son du rythme lent et mesuré de sa respiration, et le spectacle de son éternel foulard coloré qui se balance au grès du vent lui donnent une curieuse impression. Comme si cette étrange position de bouddhiste un peu trop zen n'était pas juste ridicule …

Elle ne peut plus se retenir. Ino s'accroupit juste en face de Tenten et lui lance, innocemment, sur le ton de la question :

- Qu'est-ce que tu fait ?

Elle lui répond, en ouvrant un yeux à demi, d'une voix douce, proche du murmure :

- Je médite.

- Pourquoi ? lance Ino, presque pressante, en se penchant un peu plus vers son interlocutrice.

Tenten relâche ses mains et ouvre complètement ses paupières sur ses deux noisettes pétillantes et agaçantes de paix et de joie amusée :

- Le mieux pour comprendre, c'est d'essayer.

La blonde secoue la tête vivement. Elle recule aussi son buste, troublant ainsi son fragile équilibre, et écrasant son derrière sur le vieux bitume du terrain :

- Pas question. C'est pas pour te vexer, mais tu ne pense pas que tu es ridicule assise comme ça, toute seule ?

- Non, lui répond la brune comme une évidence.

Ino sourit. Un sourire gentil, ce n'est pas vraiment de la pitié, mais plus une sorte de tendresse que l'on éprouverai pour un petit frère ou une petite sœur qui nous raconterai ses histoires d'ami imaginaire.

- T'es sympa comme fille, Tenten. Pourquoi tu viens pas plus souvent avec nous, au lieu de méditer toute seule.

La proposition d'Ino éclaire le visage de la concernée qui lui répond, sur le même ton.

- Toi aussi, t'es sympa … Mais …

Elle marque une légère hésitation, puis reprend, dardant ses iris dans les saphirs d'Ino :

- Mais je préfère rester seule, tu vois … On ressent toujours tout mieux dans le silence et la paix.

- C'est-à-dire ?

- Et bien … tais-toi, et écoute, juste une fois. Contente toi de regarder, sans prononcer un mot. Ouvre ton esprit et libère toi de toutes ces choses qui t'agressent les oreilles, les yeux … Désencombre-toi. Tu verras, ça fait du bien.

La blonde ne répond pas, se contentant de fixer d'un air interdit Tenten qui ne semble pas avoir compris l'impacte de ses paroles sur Ino. D'ailleurs, la brune ajoute, comme pour enfoncer le couteau un peu plus :

- C'est pas tout, mais j'aimerai bien retourner à mes exercices de respiration, Ino.

Se sentant immédiatement de trop entre Tenten et … sa méditation, la jolie demoiselle se relève brusquement et s'éloigne rapidement d'un pas lourd, avant de s'assoir de la même manière sur l'un des bancs qui bordent les terrains.

Etrange …

Elle entend un beuglement juste derrière elle. C'est Sakura qui s'est finalement lassée de discuter avec l'autre fille et se rapproche de sa meilleure amie, en parlant. Encore.

Ino sourit : une pensée vient de lui traverser l'esprit. Une pensée bizarrement très séduisante.

Pourquoi pas ?

- Ino ! Alors, faut absolument que je te raconte !

En face, pas de réaction, la rose s'assoit donc à ses côtés et commence son récit.

- Alors tu vois, hier, je parlais avec …

Elle n'écoute déjà plus, mais ça n'a pas d'importance. Ses yeux voguent alors, accrochant au passage la silhouette toujours immobile de Tenten. Sakura ne remarque rien et continue.

Alors Ino ferme les yeux, et respire. Longtemps, très fort. Elle respire.