Musique : Wait for me - Moby
Daydream
Chapitre quatre.
Les gens sont étranges quand ils dansent
*
Ino jette un coup d'œil sur son poignet, avant de se rappeler qu'aucune montre n'y siège plus depuis une bonne heure. Depuis le moment où Sakura lui a fait remarqué le plus innocemment du monde que son bracelet turquoise jurait affreusement avec sa tenue. La blonde se tourne alors vers Sakura, justement, et lui demande :
- Il est qu'elle heure ?
La rose qui vérifie encore son maquillage ne répond pas tout de suite, trop absorbée par le décollement probable d'un de ses faux-cils. Elle lance tout de même, d'un air ennuyé tout en observant avec attention son reflet dans le grand miroir de la salle de bain :
- T'as qu'à regarder ta montre.
Ino retient de justesse une phrase bien sentie envers sa meilleure amie, et réplique à la place:
- Je l'ai enlevée tout à l'heure et je sais plus ou elle est.
Sakura qui a apparemment fait le nécessaire pour garder son regard de biche toute la soirée, daigne enfin se tourner vers la blonde, pour lui dire, agacée :
- T'es vraiment pas douée, toi.
Puis elle ajoute, plus conciliante :
- Prend mon portable, il est dans mon sac à main.
Ino s'exécute, curieusement sans prononcer la moindre réflexion quant au commentaire de Sakura et se contente d'annoncer, une fois le Motorola rose fuchsia sorti de sa pochette noire couverte de strass argentés représentant le lapin playboy - summum de l'élégance - d'une voix forte :
- Neuf heures moins quart. Faut qu'on y aille, on a déjà un quinze minutes de retard, Sakura.
Cette dernière se contente de marmonner un faible « ouais, ouais » tout en continuant, tranquillement, à farfouiller dans son imposante trousse à maquillage rose bonbon, héritée de ses plus jeunes années, selon toute vraisemblance. Ino de sont côté commence vraiment à s'impatienter. Elle a dors et déjà croisé ses bras sur son torse, et souffle comme un bœuf en grognant à la rose de se dépêcher.
Ino n'a pas du tout envie d'arriver en retard car, ce soir, c'est Sasuke qui organise. La fête a lieu dans la maison que les parents Uchiwa ont désertée pour un week-end. L'événement promet d'être grandiose, sensationnel, la soirée de l'année ! Et puis, c'est son petit ami. Et cet argument est plus que suffisant à ses yeux pour qu'elle soit si pressée d'arriver à destination.
La blonde se met à trépigner d'un air ennuyé, elle secoue faiblement l'épaule de son amie, qui, tout en poussant un long soupir, reprend son portable à nouveau recouvert de sa housse, le plonge dans sa petite pochette argentée et pointe d'un doigt agacé la porte de sa salle de bain.
- Après toi.
Ino se contente pour toute réponse, d'un sourire éblouissant, avant de se mettre à courir vers l'extérieur de la pièce. Une fois dans le couloir, elle se retourne pour vérifier que Sakura la suis bien. Elle continue à sautiller un peu partout dans la grande maison familiale où vit sa meilleure amie, faisant au passage un détours par sa chambre pour y attraper son propre sac et les manteaux. Ainsi, sur le pas de la porte d'entrée, après une rapide bise à la mère de Sakura et la promesse de ne pas faire de bêtises, elle présente son imposante veste beige bordée de fausse fourrure à sa copine avant d'enfiler son propre perfecto en similicuir acheté la veille, pour l'occasion.
Sasuke et Sakura vivent dans le même quartier résidentiel, où les villas toutes plus grosses les unes que les autres, effacent le reste du monde. Bienvenue chez les bobos. Ici la moyenne est de deux voitures, trois gosses, une piscine et un chien. Ino qui vit dans une maison bien plus modeste n'a rien contre ça, au contraire, elle, elle préfère s'amuser de l'architecture quelque fois étonnante de ces grosses baraques de riches ou des gros dogues qui aboient dès qu'on s'approche de la moindre palissade.
Elles ont préférées y aller à pied, malgré le froid bien présent en ce début octobre, par facilité, et pour éviter les questions et les remarques parfois gênantes des parents. En cinq minutes, elles arrivent à destination.
La musique résonne dans toute la rue, les cris des fêtards avec. Heureusement que la maison - quoi que cet endroit pourrait être plus aisément qualifié de palais - des Uchiwa est isolée au fond d'une impasse, ce qui limite sensiblement la possibilité qu'un voisin au sommeil fragile rameute les flics, histoire de bien casser l'ambiance, dès que la limite des 23 heures aura été dépassée. Comme s'il était possible qu'une fête digne de ce nom s'arrête avant de levé du soleil !
Ino parcours les derniers mètres en courant, tandis que, derrière, Sakura continue à son rythme de tortue, avant de se jeter sur la sonnette comme une sauvage. Rapidement, quelqu'un vient ouvrir. C'est Naruto. Tout sourire, il lui dit bonsoir avant d'enchaîner sur le pourquoi du comment de leur retard à toutes les deux. Ino l'ignore et passe son chemin, parfaitement consciente de la poignée de seconde qu'il reste avant que le blondinet ne se jette sur sa petite amie et commence à lui nettoyer avec application et amour le palet.
Elle traverse une partie du jardin, avançant sans prêter attention à la pelouse taillée au millimètre plongée dans l'obscurité de la nuit, toujours tout droit, vers le perron où une seconde porte, légèrement entrebâillée laisse filtrer la musique et les lumières de la fête.
D'un coup, elle ouvre complètement l'énorme et épais battant de chêne peint en blanc, dans son geste, un nuage de fumée où l'odeur de la cigarette et du haschich qui se mêlent vient chatouiller ses narines. Elle fronce un peu es sourcils, désagréablement surprise, puis esquisse enfin un premier pas à l'intérieur de la maison, rabattant à moitié la porte derrière elle.
Immédiatement, le rythme sourd et répétitif de la musique vient percuter ses tympans, pas encore très habitués. Quelques jeunes, entre quinze ans et la vingtaine se baladent, traversant le couloir à la lumière tamisée qui s'étend devant elle, pour passer du grand salon à la cuisine, et vice et versa, un verre dans une main, la plus part son déjà 'mi-cuits' et se dandinent en rigolant. Le sourire d'Ino s'agrandit, ici, elle est dans son élément. Pas d'adulte devant qui tenir un rôle de petite fille sage, elle veut s'amuser et se lâcher, comme jamais.
Délaissant veste et sac dans un des placards de l'entrée, elle se dépêche de rejoindre le living-room bondé d'une foule de têtes dont elle ne connait pas la moitié autrement que du vue. Ino se débat, traversant les vestiges du salon occidental classique aux couleurs neutres du meilleur goût qu'on à transmuté le temps d'une soirée - en repoussant les imposants canapés et en renversant contre le mur l'élégante table-basse - en piste de danse, elle semble chercher quelqu'un, scrutant avec avidité les visages des joyeux fêtards. Il n'est visiblement pas dans cette pièce.
Un peu déçue, mais toujours enthousiaste, Ino part à la conquête du reste de la maison. Elle traverse la cuisine, inspecte les toilettes déjà squattées par des couples d'un soir, et fini par grimper quatre à quatre les marches en bois précieux du très imposant double escalier qui domine la salle à manger (enfin, le machin avec la table énorme au milieu).
En passant à côté d'un des 'bars' qui parsèment le rez-de-chaussée, elle a attrapé au hasard un verre rempli d'un liquide dont elle n'a pas su identifier la nature dans la cohue. Peu importe, elle le gobe d'une traite, et alors que la substance selon toute probabilité alcoolisée coule le long de son gosier, le verdict tombe : vodka.
Tout en s'ébrouant légèrement, peu habituée aux alcools forts non coupés, elle atteint enfin le premier étage où des groupes de fumeurs assis sur les épais tapis ou affalés dans des fauteuils, en quête d'un peu plus de calme s'enfilent joins sur joins en gloussant pour les uns, savourant en silence pour les autres. Elle pousse un soupir désespéré tout en continuant son inspection, camouflant au passage ses narines sensibles aux drogues volatiles.
Il est devant sa chambre, il discute et rigole presque avec une bande de potes tous plus âgés que lui. Toujours aussi beau, dans la lumière tamisée aux reflet ocre qui fait danser les ombres sur son visage parfait. Ino s'empresse de le rejoindre, pour se coller à lui, comme un chat.
Sasuke l'accueil facilement, capturant sensuellement sa bouche glossée dès qu'elle se trouve à porté de ses propres lèvres. Le baiser est long, intense, et, déjà, les mains de l'adolescent se baladent le long de la robe fourreau de sa petite amie, cherchant la faille dans le tissus.
A côté, ses amis se moquent, le rire un peu jaune face à la 'bombe' qui sert de copine à l'Uchiwa. Les blagues vaseuses et les mauvais jeux de mots fusent, et le couple se décide enfin à rompre le baiser. La jolie blonde, sans s'éloigner de Sasuke, se love, son dos contre son torse, à 'son homme' et les salue poliment. Elle reste ainsi une dizaine de minutes, acceptant sans broncher les caresses de Sasuke et les remarques de ses amis quant à la longueur de sa robe et son tour de poitrine.
Tout d'un coup, prise d'une espèce de bougeotte, elle souffle, à l'oreille du beau brun qui frémit :
- Viens danser…
Il la regarde fixement de longues secondes, et finit par céder, la suivant avec paresse, après un dernier signe aux autres, alors qu'elle se dirige vers les escaliers. A nouveau, Ino traverse la maison, jusqu'à se retrouver encore une fois dans le salon où les danseurs se déhanchent, hilare, en gobant de temps à autre un verre de quelque chose.
Une trouée opportune dans la masse des danseurs se fait, et Ino s'y glisse, entrainant à sa suite un Sasuke pas parfaitement à l'aise. Mais son comportement change radicalement dès qu'elle commence sa 'parade'.
Toujours collée à lui, elle frotte son corps contre le sien, faisant immédiatement monter le thermomètre corporel de son copain d'un cran. Ino se retourne, lasse de ne montrer que ses fesses, et rapproche sensiblement d'un mouvement lascif et lent sa bouche du coup de Sasuke qui se laisse faire. Agréablement surpris par la tournure des choses. Un frisson glacé le parcours, lorsqu'il sent des doigts fins parcourir son torse, sous sa chemise. Elle se déhanche, se frotte, s'imprègne, encore et encore.
Leur danse dure longtemps, régulièrement entrecoupée d'une pause alcool. Mais Ino semble infatigable, insatiable. Elle aime son regard conquit par son corps, par ses geste. Elle le sent prit, éprit d'elle. Elle sait son désir et joue avec. Encore et encore.
Il finit cependant par s'écarter, fatigué. Mais elle ne quitte pas la piste, à l'aise qu'elle est, Ino se sent capable de continuer ainsi jusqu'au matin. Verre après verre elle se libère, se déchaine, allant même jusqu'à s'enfiler le joins d'un fumeur imprudent. Alors, elle plane. Et elle rigole, et elle rigole.
Mais toute chose à une fin, non ? Son corps luisant de sueur, et ses cheveux défaits, elle se sent défaillir. Après ce long moment hors du temps, ses muscles la rappellent à l'ordre et sa tête lui cri d'arrêter. Elle obéit, s'écartant avec souplesse du centre de la pièce qu'elle avait envahit. Dès qu'elle quitte la bulle de musique, de joie et de corps chaud et vibrants, ses sens se troublent et elle vacille. Un peu, beaucoup. Ino doit désormais se concentrer pour faire un pas, à peu près droit.
Mue par un curieux instinct, elle grimpe, lentement et difficilement, une nouvelle fois, les deux grands escaliers, après avoir manqué de s'écrouler en traversant le rez-de-chaussée. Et lorsqu'elle atteint enfin le palier, elle s'écroule contre la rambarde dans un gloussement incontrôlable et incontrôlé.
Ses deux orbes bleus se promènent alors vers le bas, s'arrêtant parfois sur une silhouette titubante, sur une rire idiot, sur un baiser alcoolisé … De son perchoir, elle peut apercevoir une partie du salon où la musique continue de faire bouger, de faire crier. Ils semblent s'amuser, tous. Mais elle, elle a mal à tête. Ino ne plus bouger, ses bras et ses jambes sont bien trop lourds pour ça.
Résolue, grâce au peu de lucidité qu'il lui reste, à devoir garder son immobilité un certain temps, elle reprend sa contemplation hébétée des danseurs, en bas. Son regard se fixe sur une fille en particulier, à moitié déshabillée, tente de boire un verre de quelque chose, tout en dansant, enfin en essayant, avec un mec qui ne cesse de la tripoter. Vulgaire.
Soudain, la vérité la frappe comme une évidence : ils sont laids. Tous, tous dans leurs mouvements hiératiques, un bras dans un angle, l'autre à l'opposé. Avec leur face, leur gueule qui gerbe des mots, des cris dont le sens s'est perdu dans les méandres de leur pensées depuis longtemps noyées par l'alcool. En moins d'une seconde, Ino dessaoule de moitié, et réprime un sursaut d'horreur mélangé au dégout. Parce qu'elle en fait partie, de toutes ces abominations. Ils sont moches ! Moches ! Moches !
Perdue l'humanité ! Perdue la moindre once raison. C'est tous des bêtes. Ces humains sont juste des bêtes revenue à leur état naturelle. Des animaux qui cessent un instant de se mentir.
Un haut-le-cœur soudain lui tord l'estomac, elle alors qu'elle veut s'écarter, elle sent une douce pression lui enserrer la taille. Nul besoin de se retourner, elle sait qui c'est. Lui. Lui …
Un peu hésitante, elle bafouille tout doucement :
- Dis, Sasuke, tu ne trouve pas que les gens sont étranges quand ils dansent ?
Il ne répond pas, trop occupé à lui faire un suçon dans le cou. Et elle gémit, se laisse faire. Oublie tout.
Comment s'est-elle retrouvée dans cette chambre ? Pourquoi est-elle sous ce corps, nue. Pourquoi l'embrasse-t-il ? Pourquoi elle se laisse faire ?
Qui sait …
