Musique : Long nights - Eddie Vedder
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Daydream
Chapitre cinq
Loin de la foule.
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5h13. C'est à cinq heures et treize minutes qu'Ino se réveille. Nous somme lundi matin. Et elle ne sait pas quoi faire.
Elle s'est réveillée, toute seule, frigorifiée. Tout ça parce qu'elle a oublié de fermer correctement sa fenêtre, la veille. Peu importe, elle est debout, sachant pertinemment qu'il n'y a aucune chance pour elle de se rendormir. Dans le doute, Ino ne fait donc rien. Ou plutôt non : elle fait exactement comme d'habitude.
Scrupuleusement, un peu comme une maniaque, elle suis son programme du matin. En silence, elle se débarbouille, s'habille, range ses affaires déjà préparées à côté de la porte et se fait griller une tranche de baguette qu'elle tartine consciencieusement de beurre demi-sel allégé. En une minute, la bouilloire est chaude, alors elle verse d'une main tremblotante sous le poids de l'engin, l'eau brûlante dans sa tasse préférée où l'attend du thé vert, en sachet. Le morceau de pain coincé entre ses dents, et ses deux mains occupées à ne pas renverser le précieux liquide parfumé, elle remonte dans sa chambre à petits pas rapides.
Alors, elle se poste face à la fameuse fenêtre mal fermée qu'elle ouvre en grand cette fois-ci, laissant la revigorante brise ultra-matinale envahir sa chambre et caresser son corps. Elle regarde, droit devant elle, juste au dessus de la maison d'en face, le soleil qui se lève. Enfin, pas le soleil en personne, juste ses rayons, qui viennent chatouiller les quelques nuages effilés qui se promènent par-ci par-là. Et elle apprécie, le surprenant camaïeu de l'aube, qui passe de l'orange jusqu'au rose, dans une infinité de nuances à couper le souffle. En tout cas, le sien de souffle, il est bien coupé, juste le temps qu'elle se rende compte de cette beauté aussi étrange qu'éphémère.
La chaleur de sa tasse entre ses doigts soudains relâchés la ramène un peu à la réalité, détachant légèrement sont attention du spectacle céleste. Pas totalement. Il n'y a que son esprit qui s'en écarte, vagabondant d'une pensée à l'autre, sans qu'elle ne daigne s'arrêter nul-part, alors que ses yeux toujours fixes, voient sans regarder le levé du soleil.
C'est dans cette sorte d'état second, où tout ses gestes, qui tiennent d'ailleurs plus du robot que de l'humain, s'effacent de sa mémoire dès qu'ils sont accomplis, et où ses pensées se baladent un peu partout, que le visage de Sasuke s'impose et s'imprègne soudainement sur ses rétines.
Sasuke…
Immédiatement, sa tête se retrouve envahie d'une infinité de questions toutes plus bêtes les que les autres, puisque destinées à rester sans réponse. Pour l'instant du moins. Parmi toutes ces interrogations, une s'impose et les autres disparaissent dans l'amas confus de leur nombre :
Que va-t-il se passer ?
Ino ne peut s'empêcher d'être inquiète. Ils ne se sont plus reparlés depuis le dimanche matin, juste après cette nuit. La nuit. C'était sa première fois, elle a aimé, et elle est presque sure de ne rien regretter, à moins que… En temps normal, cela ne lui ferait ni chaud ni froid. Sasuke est un coup extraordinaire, un mec sur lequel elle garde un œil depuis le primaire. Le beau gosse par excellence. Non, plus, la perfection incarnée. Elle se sait fascinée par lui, son apparence, sa personne en elle-même. Mais, aujourd'hui, pour la première fois, elle se demande si elle est amoureuse.
C'est peut-être pour ça après tout, qu'elle s'inquiète tellement de sa réaction à lui. Qui sait, il est parfaitement plausible qu'il la rejette, maintenant qu'elle a… servit. Ce ne serait pas la première fois qu'il rompt juste après avoir couché.
Un long frisson la parcours de bas en haut, et elle siffle d'une traite le fond de sa tasse devenu tiède. Elle s'ébroue brusquement, et se détourne de la fenêtre, une expression terriblement lasse sur le visage. Ses deux orbes bleus parcourent alors sa chambre, jusqu'à s'arrêter sur son lit duquel son épaisse couette blanche, qu'elle a impitoyablement repoussée en se levant, est en train de tomber. Après une légère hésitation, et dans un long soupir, elle se laisse tomber sur le matelas. Incertaine.
Et puis tout d'un coup, elle ne supporte plus la vision d'un plafond désespérément uniforme au dessus d'elle, alors elle ferme les yeux. Très fort, très longtemps. Mais ça ne sert à rien. Impossible de se rendormir.
Des minutes, peut-être des heures passent ainsi, elle, toujours aussi immobile, lorsqu'elle entend sa mère qui l'appelle, derrière sa porte. Porte qu'elle s'empresse d'ouvrir, sans attendre le consentement de sa fille, bien évidement.
- Ino … Ah ! Tu es réveillée, c'est parfait.
Dans un grognement, la jolie blonde un peu décoiffée répond :
- Bonjour 'man…
- Ecoute, ta sœur est malade, j'ai appelé le médecin, mais il ne va pas arriver avant un moment, alors tu vas devoir y aller à pieds, ma puce.
Eructant un vague « D'accord » pour signifier qu'elle a entendu, Ino ne daigne toujours pas bouger d'un centimètre. Sans rien ajouter, elle laisse sa mère se retirer doucement, avant de tenter un redressement de la tête. Cette dernière qui semble peser les quadruple de son poids habituel retombe dans un bruit sourd accompagné d'une grimace de sa propriétaire.
Au bout d'une minute supplémentaire de contemplation du plafond, l'adolescente se sent enfin prête à retenter l'expérience. Ca marche. Tant bien que mal, elle se met debout, avant de se diriger d'un pas trainant vers le fond de sa chambre où l'attend sa paire de Converse préférée (elle n'est pas assez suicidaire pour y aller en talons comme prévu). Sans faire attention au craquement sinistre de ses genoux qui se plient, elle s'accroupit pour enfiler puis lasser ses baskets. Toujours aussi lentement. Mais, contre toute attente, et comme si le fait d'avoir les pieds chaussés l'avait réveillée, elle se redresse vivement, et, attrapant son sac et sa veste au passage, elle quitte sa chambre d'un claquement de porte.
Tout en traversant la coquette maison familiale, elle fait un rapide bonjour/au revoir à sa sœur dont le visage tout rougeau d'un probable 40° de fièvre la fait bien rire, et à son père qui s'éveille à peine, le nez dans son café, avant de sortir, sans plus de cérémonie dans le froid mordant de ce début de journée.
Un peu surprise par le changement de température, elle enfonce brusquement ses doigts déjà sensibles au fond des poches de veste. Ces dernières, un peu trop petites, laissent apparaitre tout le haut de ses mains. Pestant contre la mode et Sakura (encore elle) qui l'a incitée à se payer (petite folie) ce faux perfecto, le vendredi précédent, lors de leur descente à Zara, Ino avance cependant à longue foulées rapides sur le trottoir gris et sale.
Comme sont rythme reste soutenu, elle arrive assez vite devant le lycée. Et elle dépasse le portail puis se met à scruter avec attention la cours autour d'elle, à la recherche de têtes connues. Elle a tôt fait de repérer Naruto et Sakura qui se roulent la « pelle du matin », accrochés l'un à l'autre, comme si leur vie en dépendait. Pas vraiment touchée par cette charmante vue, elle passe son chemin, d'un haussement d'épaule. La sonnerie retentit d'un coup, et tout le monde rentre en cours. Sasuke n'est toujours pas là.
Les minutes défilent à une vitesse ahurissante tandis qu'Ino, sans vraiment le vouloir, sent l'appréhension monter en elle au fur et à mesure que le temps s'écoule. C'est bientôt la fin du cours, et l'interclasse.
Sakura l'accoste en parlant fort et rapidement, alors qu'ils changent de salle, mais elle ne l'écoute pas, trop occupée à fixer, l'expression crispée, la silhouette sans pareil de son petit ami. Un simple retard, c'est un simple retard; il ne s'est probablement pas réveillé comme ça lui arrive parfois le lundi matin. Et elle ne sait pas si elle doit s'en réjouir ou s'en inquiéter…
Deux rangs devant, un cran à gauche, il est assis, complètement affalé sur son siège, les jambes tendues devant lui, le regard ennuyé qu'elle lui connait si bien, lui aussi il essaye d'ignorer son voisin, Naruto qui, à l'image de sa copine ne semble pas savoir ce que le verbe « se taire » signifie.
Elle appréhende, bien sur qu'elle appréhende la récré qui va bientôt sonner, et ces putains de quinze minutes où elle devra l'affronter ! De quoi elle a peur ? De tout, tout et n'importe quoi. Qu'il la rejette, qu'il l'ignore, ou pire … qu'il fasse comme si de rien ne s'était passé. Se prenant la tête entre les mains, elle se courbe au dessus de la table et fait abstraction du monde autour d'elle. Longtemps, très fort, elle appuie sur ses yeux de ses doigts de moins en moins froids. Toujours immobile, loin des autres.
- Ino, Ino ! Tu viens ? C'est la récrée !
Récréation. Ce mot lui sert d'électrochoc. Et tout d'un coup, elle réalise qu'elle n'est pas encore apte à l'affronter. Que la peur doit prendre le dessus, il n'en est pas question autrement.
Alors, balançant d'un seul coup ses affaires dans son sac qu'elle referme rapidement, elle quitte la salle, sans un regard pour son amie qui n'y comprend rien, bousculant tout ceux qui lui bouchent le passage, les yeux rivés sur le sol.
Elle cherche un endroit isolé, loin de la foule. Un endroit enfin un peu calme où elle pourra souffler et réfléchir. Une fois sortie du grand bâtiment réservé aux langues, elle s'arrête, hésitante sur la direction à prendre. Où ?
Ino n'a pas l'habitude de s'isoler, de chercher le calme. Elle peut toujours sortir du lycée quelques minutes, mais ça reviendrait à traverser le troupeau des fumeurs en manque, et l'insupportable nuage de fumée qui flotte continuellement au dessus d'eux. Pas question. Les toilettes ? Non, il y a toujours une bande de pouffes pour venir d'y recoiffer, en se racontant des conneries en gloussant.
Elle se remet en marche, incertaine, lorsque l'idée s'impose en elle : le terrain vague. Une espèce de no man's land qui sépare le lycée des terrains de sport, loin derrière le bâtiment scientifique. Personne ne va jamais là-bas, depuis que l'administration à goudronné un chemin moins long pour rejoindre le gymnase.
Presque en courant, elle traverse donc l'établissement, jusqu'à s'arrêter devant l'étendue caillouteuse et quasi vierge de végétation. Un nom s'échappe d'entre ses lèvres tremblantes, un chuchotis qu'elle seule entend, alors que ses yeux s'écarquillent brusquement :
- Tenten.
Elle est là, assise en tailleurs, les paupières baissées et la paume de ses mains posées sur ses genoux, tournée vers le ciel. Tranquille. Installée comme elle est, au pied du seul élément végétal de l'endroit, un vieux bouleau tout rabougrit, elle fait irrésistiblement penser à Bouddha sous son arbre.
Elle médite. Encore.
Doucement, sans faire de bruit, Ino s'approche, le souffle en suspend, puis, sans crier gare, et sans même savoir ce qu'elle fait, ni pourquoi elle le fait, la jolie blonde s'accroupit à moins d'un maitre de la brune. Alors elle lance, le plus naturellement du monde, sans se soucier d'interrompre sa méditation :
- Apprend-moi.
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Bon, d'abord, j'ai mi un temps fou pour trouver LA chanson, et ce n'est que tout à l'heure, après avoir téléchargé la BO du film Into the Wild, que j'ai trouvé THE morceau qui m'a permis d'écrire ce chapitre. Bon, c'est un peu étrange, et pas vraiment 'complet', je sais pas si vous l'avez remarqué mais NO PANIC, c'est en fait un triptyque, les chapitres 5, 6 et 7 racontent la même demi-journée ^^
Prochainement -- "Apprend-moi" (j'avoue, j'ai gazé sur le nom du chapitre 6 ^^)
Reviews ?
See ya ! Tedd.
