Disclaimer : Les personnages de cette fanfic appartiennent à leurs auteurs respectifs. Koga (InuYasha), Severus Rogue, Dumbledore et Hermione Granger (Harry Potter), Jacob Black (Twilight), Inoue Orihime et Kurosaki (Bleach).

Auteur pour ce chapitre : Yanaril


A Poudlard, école de magie et de sorcellerie de Grande-Bretagne, mondialement célèbre, une grande réception battait son plein. C'était le soir de la rentrée suivant la défaite de Voldemort. Le seigneur des ténèbres avait chuté quelques mois auparavant, et la paix, quoique encore précaire avec les quelques Mangemorts rodant pour frapper au moindre signe de faiblesse, était célébrée comme il se devait après une année de terreur.

On fêtait donc ce soir-là la fin d'une guerre et les héros qui l'avaient permise. Certains de ces héros étaient célébrés plus que d'autres car ils avaient cédé leur vie pour permettre de retrouver la paix si difficilement acquise. Ainsi, parmi l'assistance, les pensées allaient vers des personnes telles que Maugrey Fol Œil, Ted Tonks, Hestia Jones, Amélia Bones. Plus fortes encore, ces pensées douloureuses se dirigeaient vers Albus Dumbledore, l'un des plus grands sorciers de son temps, qui par ses directives, par sa vie, avait œuvré à la fin du règne de terreur de Voldemort. A tel point que si un témoin y prenait attention, il aurait presque pu palper la présence de l'ancien directeur de Poudlard.

Mais les autres héros de cette guerre, bien que blessés à jamais, arborant des cicatrices parfois si péniblement visibles, parfois si péniblement profondes, savaient qu'il leur fallait aller de l'avant pour que ces sacrifices payés par tous ne fussent pas vain. Ils n'ignoraient pas que pour cette fois, ils devaient reconstruire bravement un monde qui leur avait été bafoué.

Alors certains dansaient, riaient, discutaient avec le regain d'espoir qui apparait après une guerre, sous le plafond étoilé du grand hall de Poudlard. D'autres observaient silencieusement, dans un coin du grand hall, un verre ou pas à la main. L'un de ces derniers, était aussi l'un des héros les plus inattendus de cette guerre. Le plus critiqué. Severus Rogue se tenait donc seul près d'une grande fenêtre, préférant ne pas se mêler à des festivités à lesquelles il n'était pas complètement certain d'appartenir. Il observait ces autres héros, ce qui avait été acclamés et salués, ceux qui n'avaient pas les mains tâchées de sang d'innocents.

Parmi ceux là, un jeune homme aux cheveux noir jais en bataille, aux yeux vert émeraude, à la cicatrice en forme de foudre, se distinguait. Harry Potter était l'Elu, celui qui avait vaincu Voldemort de ses propres mains, celui qui avait échappé par deux fois à la mort qui lui était promise. De ce fait, il attirait la plupart des regards de l'assistance, car lui, plus que quiconque ce soir là était célébré. Il était admiré et envié de tous, mais il n'en avait cure. Tourbillonnant dans les bras de sa petite amie, Ginny Weasley, il semblait que toute cette attention l'indifférait. Il avait sans doute perdu durant la guerre l'espérance de vivre des jours heureux auprès de ceux qu'il aimait. Il avait même failli perdre Ginny Weasley, possédée par Voldemort lors de la dernière bataille. Alors oui, il devait à présent savourer ces moments privilégiés qu'il aurait pu ne jamais connaître.

Severus Rogue lui aussi ne détachait pas son regard du jeune couple. Néanmoins, il ne partageait pas l'admiration de l'assistance pour le jeune Potter. Non, bien malgré lui, il revoyait un autre couple, qu'il avait haï parce qu'il n'avait jamais cessé d'aimer la femme qui le composait. Lily Evans et James Potter, les parents même d'Harry Potter. Et voir ce dernier, le portrait même de son père aux yeux émeraude comme ceux de Lily, avec une jeune fille aux cheveux roux proches de ceux de Lily, lui évoquait des sentiments qu'il aurait préféré oublier. Cet indescrïptible sentiment de haine et de détresse, qui après tant d'épreuves franchies touchait à la mélancolie. Il se devait de tourner la page. Quand bien même cela faisait près de vingt ans qu'il aurait dû le faire, quand bien même, il savait pertinemment que c'était une bataille perdue d'avance.

Il se força donc à ne plus leur prêter attention et survola le grand hall du regard avant de s'arrêter à un autre couple adossé au mur en face. Eux aussi étaient des héros de guerre, les meilleurs amis d'Harry Potter. Mais contrairement aux autres, Hermione Granger et Ronald Weasley ne profitaient pas de la fête. Non, il semblait même que Granger était à deux doigts d'exploser alors que Weasley gardait un air buté. A croire qu'il n'osait pas inviter sa petite amie à danser, elle qui semblait avoir pris soin de son apparence, ses cheveux bruns habituellement broussailleux lissés dans un chignon élégant. De toute façon, cette situation n'avait rien d'anormal quand on songeait que la plus brillante élève de Poudlard avait choisi de sortir avec l'un des plus bels imbéciles de l'année.

Severus perdit vite son vague intérêt initial pour les deux Gryffondors, et s'arrêta alors sur un groupe qui discutait non loin de lui. Il se focalisa sur l'une des deux femmes qui le constituait, de taille moyenne, ses interminables mèches brunes ondulant sereinement sur sa longue robe bleue de soirée. Il savait qu'il la trouverait inévitablement, comme par habitude. Il avait après tout veillé sur elle, et elle sur lui. Sans cette femme, Severus ne serait pas là actuellement. Il serait sans doute mort que ce fut par un vulgaire Mangemort, Voldemort lui-même ou par sa propre main.

Il devait certainement beaucoup à Yana. Sa vie, sa réhabilitation en plaidant sa cause lors de son procès et auprès d'Harry Potter. Mais surtout, elle lui avait réappris de goûter à la notion d'espoir. Que ce soit en le recueillant malgré la chasse dont il était l'objet parmi les Mangemorts ou les Aurors, qu'en concourant ensemble au Grand Championnat ou lorsqu'elle se battait à ses côtés durant la guerre.

Elle n'avait pas été la seule à l'aider. Il y avait cette autre femme, qu'il sentait dans un petit coin reculé de son esprit, vivante, mais si lointaine puisqu'elle appartenait à une autre dimension. Nynaeve al'Meara, son Aes Sedai, était une femme tout aussi remarquable, mais si différente de Severus qu'il était improbable de les savoir Liés. Cependant c'était leur cas, grâce ou à cause, des pouvoirs de Nynaeve, pour le pire et le meilleur. Et même si Severus se languissait de son éloignement avec Nynaeve, même s'il savait que le jour où il la sentirait mourir, il serait dévasté au point de perdre l'envie de vivre, il ne regrettait pas d'être devenu son Lige. Ce Lien lui était précieux, car elle aussi lui avait appris l'espoir.

Yana, comme si elle s'était sentie observée, se tourna brièvement vers Severus, et lui offrit un bref sourire auquel répondit Severus par un soulèvement de sourcil. Elle s'adressa à nouveau à ses compagnons Nymphadora Tonks Lupin, Remus Lupin et leur fils Teddy, et plus précisément à l'homme qui gardait protectivement un bras autour de sa taille. Celui qui par son retour l'avait rendu aussi resplendissante, loin de l'âme en peine qu'elle avait été lors de la guerre à cause de son absence. Koga Ookami.

Ce dernier lui lança un rapide coup d'œil, ses yeux bleus ciel, montrant un certain ennui envers lui. Rien d'étonnant, c'était à peine si Severus et lui se toléraient, et cela seulement pour Yana. Severus n'avait jamais compris comment Yana avait pu tomber amoureuse de l'ookami yokai. Il avait été un tel imbécile lors du Grand Championnat, un jeune homme à peine sorti de l'adolescence malgré les nombreuses années qui avait vécu en tant que démon. En tant que tel, il avait tout pour se faire remarquer : des oreilles pointus, des yeux bleus déconcertant sur ses traits japonais, et une queue de loup qui dépassait malgré sa veste et son pantalon de moldu.

Malgré son antipathie pour le loup, Severus admettait au moins une chose : il aimait Yana. Au point d'attendre cinq siècles avant de la retrouver lors de leur séparation à la fin du Grand Championnat. Non, il ne pouvait nier les efforts qu'il avait fournis pour elle.

Yana ébourriffa les cheveux de Teddy, du même mauve électrique que ceux de sa mère. Elle était une amie de Tonks depuis un bal inter-écoles plus d'une dizaine années auparavant et était devenue la marraine de l'enfant qu'elle avait aidé à mettre au monde durant la guerre. Elle partageait ce rôle avec Potter, lui-même parrain du jeune Teddy. C'était une chance que le garçon tenait plus de sa mère que de son père, même si celle-ci n'était en rien assagie par la maternité. Au moins, Severus n'aurait pas à produire une double dose de potion anti-loup-garou à chaque pleine lune.

Severus se retint de soupirer. Avec la fin de la guerre, il y avait de fortes chances que le taux de natalité au sein de la population de sorciers de Grande Bretagne explose. C'était un phénomène qu'il avait déjà pu remarquer après la première guerre contre Voldemort. Ce qui signifiait une chose pour Severus : encore plus de mioches aux cerveaux en forme de passoire à qui il faudrait inculquer des bases rudimentaires de potions dans les années à venir.

Les Tonks quittèrent Yana et Koga pour rejoindre Arthur et Molly Weasley qui finissaient une danse, et le jeune couple se dirigea vers lui.

« C'est une belle soirée, déclara Yana quand ils furent à sa hauteur. Je me souviens encore combien c'était beau ici au bal inter-école. »

Severus acquiesça, et se retint de lancer une réplique acérée. Il avait fini par les limiter envers la jeune femme depuis l'époque de la guerre. Elle avait été trop mal au point à ce moment pour pouvoir les digérer avec le même répondant qu'avant. Peut-être qu'il devrait reprendre ses anciennes habitudes.

« Tu arrives à t'amuser ? »

Severus leva un sourcil devant la question passablement stupide de Yana. Ce n'était pas comme si elle ne le connaissait pas.

« Je ne vois pas en quoi danser et parler de sujets inintéressants seraient amusant.

- Tu n'es pas resté tout seul dans ton coin depuis le début de la soirée, au moins ? »

Severus hésita. Il ignorait pourquoi il se sentait obligé de répondre à ses questions. Il était resté trop longtemps auprès d'elle.

« J'ai vu Narcissa et Lucius Malfoy, il y a un moment.

- Et ?

- C'est bien suffisant, je pense. Je ne vais pas me mettre à socialiser avec tout le monde, juste parce que cela te ferait plaisir Yana. Et puis tu sais très bien que malgré ma réhabilitation, on se méfie de moi.

- Si tu te montrais plus engageant, Yana n'aurait pas à s'inquiéter de ta situation sociale non plus. »

Severus sentit la pique de l'Ookami, et si Yana n'avait pas posé sa main droite sur celle de Koga, il aurait sans doute continué sur la même lancée. L'antipathie restait malgré la tolérance. Mais il se reprit donc, et inspira une fois.

« Je te prête Yana pour une danse, leur annonça-t-il.

- Prête ? se vexa l'âme féministe de Yana alors que Severus tentait de cacher sa surprise.

- Excuse-moi ? Qui te dit que j'ai envie de danser ?

- Oh, je t'en prie Severus. S'il y a bien une personne avec qui tu accepterais de danser, c'est bien Yana. Je me souviens quand vous aviez valsé devant tout le monde lors du Grand Championnat. »

Yana tendit soudain la main à Severus avec un fin sourire. Il hésita, mais après tout, il connaissait Yana. Il avait déjà dansé avec elle, et ce souvenir n'appartenait pas forcément à la catégorie désagréable. Oui, il pouvait s'exécuter si cela lui faisait plaisir.

La valse actuelle s'achevait et il prit donc la main qui lui était tendu. Il allait diriger la jeune femme sur la piste de danse quand il sentit la poigne de l'ookami sur son épaule.

« Souviens-toi, menaça-t-il à voix basse, une seule danse. »

Severus se retint de lever les yeux au ciel, mais fut tout de même soulagé de sentir le loup le relâcher. Il n'y était pas allé de main morte, surtout en partant du fait qu'il avait habituellement la force d'un yokai.

« Je vais de mon côté trouver une cavalière, annonça-t-il comme si de rien n'était. A toute à l'heure. »

L'ookami embrassa brièvement le front de Yana, faisant lever les yeux au ciel à Severus. Oui, il pouvait se passer de ce genre de manifestation d'amour qui courait à travers tout le hall. Un phénomène post-guerre, sans nul doute. La même ambiance était apparue après la première guerre contre Voldemort. A l'époque, cela l'avait rendu malade, mais sans doute que la mort de Lily en avait été la cause principale.

Comme si Yana avait senti le malaise dans lequel il s'enfonçait, elle serra brièvement sa main, et Severus se ressaisit. Il la guida vers le centre de la piste, prenant bien soin d'éviter Potter et Weasley. Il entendit les murmures et des chuchotements qui s'intensifièrent à leur arrivée sur la piste mais se força à les ignorer. Il se concentra sur sa partenaire, posant sa main gauche sur sa taille alors qu'elle tenait son épaule, sa main droite entrelacée avec celle de Yana.

Elle lui sourit, et la musique partit. Il la guida fermement, mais sans la presser, puis la souleva de terre, une fois, avant de reprendre les pas précédents. Il connaissait Yana, tout ceci n'était qu'une formalité.

« Tu es moins tendu que la dernière fois, dit-elle.

- Je te renvois le compliment », fit-il en la soulevant à nouveau.

Elle ne rétorqua pas et se laissa guider, puis reprit la conversation. Yana avait parfois malheureusement tendance à ne pas laisser s'installer trop longtemps le silence.

« Tout le monde nous observe. Koga et moi n'attirions pas autant l'attention. »

Severus prit le temps de regarder les alentours. En effet, même certains couples qui dansaient, se contorsionnaient pour avoir une meilleure vue sur eux. Certes, Severus admettait qu'ils devaient former une bien étrange paire. Yana avait été un autre de ces mystères qui étaient apparu lors de la guerre. Elle avait été à ses côtés lors de la dernière bataille contre Voldemort, elle, une sorcière française, quasi inconnue de tous, qui n'avait passé qu'une année à l'Académie de Beaubâtons.

Elle avait mis rapidement un terme à ses études de magie lors de ce qui avait été le Coup du Tiers, où la section du Tiers, la plus dépréciée, car constituée de débutants en magie dont une grande partie d'enfants de Moldus, avait massivement quitter l'Académie en protestation à son régime de faveur pour les deux autres sections le Clergé et surtout les Nobles. Pourtant, cette contestation n'avait apporté qu'un immense soufflet à l'ancien directeur de cette école, sans forcément en modifier le système, même sous l'ère de Madame Maxime.

Sa présence lors de la dernière bataille avait fait naître les rumeurs les plus saugrenues, que ce soit sur ses origines ou bien sur sa relation avec Severus. Bien plus quand il fut établi qu'elle vivait à présent avec l'ookami, l'un des champions de la cause des loups-garous. Aucune n'approchait bien évidemment de la vérité. Aucune ne soupçonnait que Yana détenait un pouvoir similaire à celui de Nynaeve qu'avait réveillé et convoité Voldemort. Elle canalisait la saidar, partie féminine de la Source Unique, un pouvoir d'une autre dimension. Mais sans la guidance d'une canaliseuse, elle n'en était qu'aux balbutiements de son potentiel. Comme dans certaines aires basiques de la sorcellerie comme les métamorphoses ou les potions.

Un éclair de cheveux noirs attira son regard. L'ookami s'était en effet trouvé une partenaire en la personne d'Hermione Granger. Severus chercha alors plus loin, contre le mur du grand hall. Il sourit presque en soulevant à nouveau Yana de terre. Voir Weasley fulminer le mettait de bonne humeur.

« Il semblerait que ton loupiot a trouvé une partenaire. »

La curiosité prit le pas sur Yana qui ne pensa pas à reprocher à Severus l'appellation qu'il avait donné à son compagnon. Elle le chercha parmi les couples qui dansaient et quand leurs regards se croisèrent, ils échangèrent un sourire.

« C'est bien pour Hermione, dit Yana. Elle avait l'air d'être à deux doigts d'exploser à cause du manque d'initiative de Ron.

- Weasley n'a jamais été quelqu'un de brillant. Je ne vois pas pourquoi il devrait craindre de se ridiculiser plus qu'il ne le fait déjà d'habitude.

- Sev ! Tu parles du petit frère d'un de mes amis, là.

- En effet, mais je ne parlais pas de Charlie Weasley. Bien que ce Weasley là eût aussi ses heures de gloires…

- Sev ! »

Il se tut, sachant que la conversation n'allait mener à rien. Elle était loyale envers ses amis, lui envers ses principes. Souvent, leurs loyautés respectives ne pouvaient que se confronter.

La danse touchait à sa fin, et Severus après une révérence rigide, se retrouva subitement dans les bras de Yana. Il était vrai que depuis la guerre… non depuis sa séparation forcée avec l'ookami, elle était devenue agrippante. Il avait cru que le retrouver aurait amélioré les choses, mais il avait visiblement tort.

« Yana ?

- Merci, dit-elle contre son épaule.

- Pour une danse ? Yana, est-ce vraiment nécessaire de…

- Non, pour avoir permis à Koga de me retrouver. »

Oh. Forcément. Yana avait encore du mal à réaliser qu'elle l'avait retrouvé, même si quelques mois étaient passés.

« Tu m'as déjà remercié.

- Je ne te remercierai jamais assez.

- Je vois. Yana, tout le monde nous regarde.

- Je m'en moque.

- Rita Skeeter est au bal. »

Et Merlin savait le nombre d'articles outrageants qu'elle avait écrit sur Yana et lui dans la rubrique potins de la Gazette des Sorciers.

« Je m'en moque, répéta-t-elle.

- Ton petit ami est, je te le rappelle, quelqu'un de possessif. »

Elle s'écarta alors, une mine soucieuse plissant ses sourcils, puis elle se détendit.

« Voyons, Koga a sans doute tout entendu. Il comprendra. »

Ah oui. L'ouïe du démon loup était aussi fine que celle de l'espèce dont il faisait partie. C'était d'ailleurs bien problématique si on souhaitait communiquer sans qu'il ne le sache.

Il accompagna Yana là où il s'était précédemment tenu. Il l'avait choisi au départ parce qu'il le mettait un peu à l'écart du reste des festivités.

« Ta vie au moins… se passe bien avec lui ? » demanda-t-il.

Après tout, s'il avait permis qu'ils se retrouvent alors qu'il était le Gardien du Secret de la maison de Yana, il se devait de vérifier qu'il n'avait pas fait une erreur.

« Très bien, acquiesça-t-elle avec enthousiasme. Bien sûr, nous ne sommes pas d'accords sur pleins de petites choses, comme la cuisson de la viande… Tu y crois ça, qu'il aime les steaks bien saignants ? »

Oui, il pouvait tout à fait y croire venant de la part d'un loup.

« Et puis je jure à chaque fois que je ne monterai plus jamais en moto ou en voiture avec lui ! C'est effrayant la vitesse à laquelle il conduit, mais… »

Elle rougit ses yeux baissés sur ses mains.

« Je suis heureuse de l'avoir à mes côtés… Si heureuse…»

C'était sans doute l'essentiel. Severus avait ainsi remboursé une part de sa dette.

L'ookami arriva alors, un sourire béat sur les lèvres, preuve qu'il avait sans doute écouté la conversation de là où il était. Il prit le bras de Yana et se posta près d'elle. Lui aussi était du genre agrippant depuis son retour.

« C'était bien cette danse avec Hermione ? demanda Yana.

- Très bien. Hermione Granger est très intéressé par la cause des loups-garous et pense travailler plus tard dans le secteur des relations avec les créatures magiques au Ministère de la Magie. Elle a de bonnes convictions. Si elle venait à monter dans la hiérarchie je suis sûr que le clan des loups aurait tout à y gagner. »

Severus leva les yeux au ciel. L'ookami pouvait parler des heures de la cause des loups (qu'ils soient de types garous ou pas), comme il avait pu le constater lorsqu'il avait surpris une conversation entre lui et Lupin. Yana fit mine à Severus de retenir sa grimace de dédain, mais il sembla que l'ookami ne lui prêta pas attention.

« C'était affligeant de la voir attendre que son copain veuille bien se décider à danser avec elle. Je me souviens de notre première danse au Grand Championnat, Yana. Je n'étais pas à l'aise pour le slow, mais tu…

- Par la barbe de Merlin, on ne va pas rentrer dans le sentimentalisme à outrance, rétorqua Severus. Le hall entier empeste de cette ambiance mielleuse que tout le monde semble trouver normale. Je vais plutôt patrouiller dans le château. »

Il les quitta alors, se dirigeant vers la sortie du grand hall. Là où il pouvait respirer autre chose que cette atmosphère de Saint-Valentin sept mois en retard. Là où il pouvait tenter d'enlever des points aux couples errants dans les recoins de Poudlard pour indécence dans l'enceinte de l'école. Surtout des Gryffondors. Il espérait vraiment leur faire commencer l'année avec un compte de points négatifs alors même que les cours n'avaient pas débuté. Oui, ce serait particulièrement jouissif.

Parfois, je pense parfois qu'on tire trop tôt le choix des maisons. Tu aurais pu être un Gryffondor.

Severus s'arrêta, incapable de comprendre pourquoi cette remarque lui revenait à l'esprit. Lointaine, datant d'une conversation qu'il avait eu avec Dumbledore lors d'un bal également. Il secoua la tête et se décida de reprendre son objectif initial d'enlever des points.

La chance fut avec lui, ce soir-là, mais pourtant, sans qu'il ne sût vraiment la raison, ses pas l'amenèrent toujours plus haut dans le château. Au sommet de la plus haute tour de l'école. La Tour d'Astronomie. Là où il avait tué Dumbledore.

Depuis son retour à Poudlard, il n'était pas allé sur les lieux de son crime. Sa culpabilité le retenait. Il se rapprocha du bord. Peut-être était-il là parce qu'après tout, cette fête était entre autre dédié au souvenir de l'ancien sorcier. Peut-être qu'il y pensait plus ce soir-là que les autres jours. Parce que… rien ne laverait le fait qu'il avait effectivement tué Dumbledore…

La brise du soir souffla en haut de la tour, fraiche pour une fin d'été, mais naturelle dans cette région septentrionale de l'Ecosse.

« Merveilleuse soirée, n'est-ce pas Severus ? »

Severus se raccrocha fermement au parapet pour ne pas passer par-dessus bord sous le choc. Il connaissait cette voix. La dernière fois qu'il l'avait entendu dans la réalité était à ce même endroit, suppliante, lui priant de l'achever… Ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas être derrière lui. Il était à Valinor, l'au-delà, auprès de Gandalf. Il ne pouvait tout simplement pas…

Severus se tourna lentement, prêt à s'assurer qu'il divaguait. Et se trouva face à face avec l'homme qu'il avait assassiné à cet endroit même. Dumbledore était devant lui. Il lui souriait d'un air joyeux, une étincelle espiègle dans ses yeux. Sa barbe, longue, tombait sur sa robe de sorcier. Il paraissait tellement semblable au vrai Dumbledore. A un détail près. Il avait l'inconsistance d'un fantôme.

« D… Dumbledore ? fut tout ce qu'il trouva à dire.

- Surprenant, n'est-ce pas ? Je m'étais toujours demandé quel effet cela faisait d'être fantôme. Je crois que j'ai la réponse à présent. Severus… est-ce que ça va ? Tu parais un peu blême. »

Dumbledore semblait être sincèrement inquiet pour lui. Severus ravala une boule dans sa gorge.

« Que faites-vous ici ? N'êtes-vous pas sensé être à Valinor ?

- Ah j'espérais que tu me poses la question, d'ailleurs…

- Dumbledore ! »

Derrière l'ectoplasme de l'ancien directeur de Poudlard, venait de surgir Yana qui descendait des bras de Koga. Elle avait l'air aussi éberlué que Severus aurait eu s'il n'avait pas pris des années pour contrôler ses expressions faciales.

« Ah, Yana, Koga ! Je suis content de voir que vous êtes venus. J'avais également à vous parler.

- J'ai senti quelque chose d'étrange, expliqua l'ookami, quand Yana m'a demandé de repérer Severus…

- Ah, l'instinct des loups est tout à fait remarquable, n'est-ce pas Severus ? »

Severus se raidit devant le ton enjoué de Dumbledore. Il était hors de propos et cela l'agaçait. Un retour si brusque de sa victime dans sa vie avait tout pour détruire le peu de stabilité psychologique qu'il avait construit malgré son indélébile culpabilité.

« Ne changez pas de sujet, Dumbledore. Que nous voulez-vous ?

- Je vois Severus que tu es toujours aussi direct, répondit-il son sourire s'effaçant pour prendre un air plus sérieux. Je voulais vous faire une proposition à tous les trois. Est-ce que vous seriez partant pour participer à une nouvelle édition du Grand Championnat ? »

Le silence tomba, et Severus échangea des regards incrédules avec Yana et Koga.

« Vous n'êtes pas sérieux ? rétorqua Yana.

- Oh mais si. On ne peut plus sérieux.

- Nous sommes à la veille de la rentrée des classes, Dumbledore, reprit Severus. Et vous me demandez de quitter mes responsabilités pour affronter un concours alors que je viens tout juste d'être réhabilité dans mon poste de professeur ?

- Voyons Severus. Je peux toujours négocier un congé avec Minerva vu toutes les heures supplémentaires que tu as fourni lors de mon service. En plus Horace pourra très bien continuer avec toutes les années. C'est bien dommage d'ailleurs qu'on ne t'ait confié que les années supérieures.

- Peu de parents apprécient en effet que leurs enfants suivent l'enseignement d'un meurtrier, je vous le rappelle.

- Sev… »

Severus inspira profondément. Il n'avait pas voulu faire transparaître son amertume, mais vu la réaction de Yana, il avait apparemment échoué. Mais rien ne changeait les faits : Minerva MacGonagall n'avait pas totalement confiance en lui, même si c'était Yana puis Potter sous son impulsion qui avaient plaidé pour qu'il fût réengagé en tant que professeur. Il serra les poings et se contenta d'observer sans vraiment le voir le lac adjacent du château. Ce fut Yana qui reprit la parole.

« Et mon travail, Dumbledore ? Je ne peux pas le quitter ainsi…

- Voyons Yana, je suis sûr que c'est le moment pour toi de prendre un congé sabatique. Bien évidemment, il faudra juste que tu appelles tes parents. Nous ne voudrions pas que des problèmes similaires à ta disparition lors du premier Grand Championnat apparaissent. Nous n'avons plus de Retourneur de Temps pour réparer ce genre d'évènements.

- Mais… mais…

- Et puis ce sera pour toi et Koga une sorte de lune de miel. »

Yana resta estomaquée, tandis que l'ookami offrit un sourire béat, sans nul doute à l'idée de lune de miel.

« Ceci étant fait, nous constituons une équipe de quatre membres. Yana et Severus vous appartiendrez à la catégorie magie, et Koga à la vitesse. S'il vous me le permettez, j'appartiendrais à celle de l'intelligence tout en assumant au mieux le rôle de capitaine. »

L'ookami fut le seul à acquiescer avec entrain. Pourtant, Yana lança un coup d'œil furtif à Severus.

« Allez-vous contacter les autres membres de notre équipe ? Parn, Mat, Deedlit, Gandalf, et… Nynaeve ? »

Le cœur de Severus battit plus rapidement. Bien évidemment, revoir Nynaeve l'aurait… soulagé. Il ne percevait que peu les sentiments de son Aes Sedai, loin, dans cette autre dimension. Seulement lorsqu'ils étaient trop forts. Cela arrivait régulièrement depuis quelques temps, et Severus ne pouvait que supposer que la Dernière Bataille, Tarmon Gaidon était enclenchée là bas. Et même si elle devait bien être entourée, en particulier par son mari, Severus craignait le jour où il ne sentirait plus la bulle d'émotions et de vie dans le coin de sa tête.

Cela aurait bien trop de conséquences pour lui-même que de perdre son Aes Sedai.

Toutefois, il n'avait pas le droit de l'arracher à son univers.

« Nynaeve a sans doute trop à faire dans son monde avec la Dernière Bataille. Qui plus est, je suis certain qu'elle est accaparée par son mari.

- Oui, et puis… le pouvoir des Trois Anneaux Elfiques a faibli, expliqua Dumbledore. Il ne peut plus appeler des personnes vivant dans des dimensions différentes, je le crains. Gandalf se repose encore également, donc je suis le seul à venir. Et encore, parce que certaines personnes détiennent suffisamment de regrets à mon égard pour me ramener dans cette forme. »

Severus fit tout pour ignorer le sous-entendu qui le concernait. Etrangement, il trouva son salut chez l'ookami qui changea de conversation.

« J'ai un ami qui pourrait faire partie de la catégorie force. Il s'appelle Jacob Black, et vit aux Etats-Unis. C'est un loup, également, de la tribu des Quileutes.

- Ce serait parfait, déclara Dumbledore. Yana nous fera Voyager jusqu'à lui dès qu'on aura son accord.

- C'est une longue distance, reprocha Yana. Je ne crois pas…

- Ne t'en fais pas, interrompit l'ookami, on passera par le Groenland, s'il le faut. »

Ce qui serait sans doute le cas. Yana ne maîtrisait que peu les Voyages sur longue distance. Ils auraient de la chance s'ils ne venaient pas à tomber dans l'Océan Glacial Arctique avant d'y parvenir.

« Je l'appelle donc. »

L'ookami prit un téléphone portable de sa poche. Yana l'avait magiquement modifié pour pouvoir l'utiliser dans une zone protégée contre les technologies moldues comme Poudlard. Yana avait été obligée d'en venir à là pour être à tout moment joignable par ses parents. Ils avaient apparemment été plutôt inquiets en apprenant qu'elle avait pris un loup pour petit ami. Ils devaient craindre, plus ou moins justement, qu'elle ne se fasse un jour dévorée.

« Mais deux loups et une sorcière ayant pour Patronus un loup, remarqua Dumbledore, nous devrions peut-être choisir un autre nom que 'Aigle rouge' pour notre équipe.

- Non, déclara fermement Yana. Nous gardons Caldazar. En l'honneur de nos anciens coéquipiers. »

Severus en fut secrètement soulagé. Il se trouvait suffisamment associé avec des loups en temps normal.

L'ookami acquiesça aux côtés de Yana tout en pianotant sur son téléphone. Severus trouva alors, non pour la première fois, cette sensation d'étrangeté en voyant le loup dans un contexte contemporain. Comme un anachronisme. Il était vrai qu'il s'était parfaitement adapté, après tout, il avait eu le temps de connaître les époques qu'il avait traversé. Mais Severus ne pouvait oublier qu'il avait connu le loup lorsqu'il n'était qu'un yokai barbare sorti du Japon féodal. Il était également étonnant de le voir si bien parlé anglais. Severus l'avait vu communiquer en français avec Yana alors que cette dernière commençait laborieusement l'apprentissage du japonais, mais là encore, il avait eu cinq siècles pour maîtriser ces deux langues.

Il plaqua le téléphone à son oreille, puis parla.

« Allô Jake ?... Salut, c'est Koga, comment ça va ?... Ah, je vais très bien, j'ai un service à te demander… Non, je t'assure, ma moto va bien, et puis tu sais je suis en Ecosse là, donc je ne pourrais pas vraiment te l'amener pour que tu l'améliores. En fait, je voulais te proposer de participer à un grand championnat dans mon équipe. C'est une sorte de grand tournoi où on affronte des adversaires dans nos domaines de prédilection… Pas tout à fait, mais tu ferais parti de la catégorie Force. Y'a un peu de tout, Vitesse, Intelligence, Agilité, Magie… Bien sûr que la Magie existe voyons, tu as vu pas mal de choses bizarres pour en être convaincu. .. Plusieurs mois, je dirais, mais… Attends, mais tu ne penses pas que ce serait mieux que tu laisses Rénesmée un peu tranquille pour un moment ? Cela vous vous ferait du bien de n'être pas constamment ensemble à longueur de temps… Je sais que c'est difficile mais… Oui ? Génial ! On vient te chercher dans pas trop longtemps. Si, si, on est en Ecosse, mais tu verras, Yana est incroyable… Quoi ? Je ne t'ai pas raconté pour Yana ? Attends, il faut que… »

Yana se racla discrètement la gorge.

« Enfin, peut-être plus tard… A toute à l'heure. »

Il raccrocha avec un sourire victorieux.

« Et de cinq. Il n'en nous en reste plus que trois à trouver.

- J'ai déjà un contact du Japon, Kisuke Uruhara, qui souhaitait que nous rencontrions deux de ses connaissances qui sont actuellement dans une situation délicate. Comme le Grand Championnat semble apporter une sorte d'immunité comme un sort de Fidelitas, nous pensions que cela pouvait les protéger.

- Sont-ils au courant ? demanda Severus.

- Bien évidemment que non. Cela rendrait les choses plus compliqués. »

Severus se raidit. Cela recommençait. Des manigances, derrières d'autres manipulations, des secrets en cachant d'autres. Et il savait qu'il n'allait devenir qu'un pion parmi tant d'autres pour obtenir la fin que souhaitait Dumbledore. Lui, l'ookami accessoirement…Yana, également. Alors qu'elle n'avait aucun crime à laver.

Il allait protester, mais Yana s'imposa avant lui.

« Et comment pouvons-nous appeler cet Urahara Kisuke ? Avez-vous son numéro de téléphone ? »

Elle était si facilement manipulable.

« Non, mais nous allons le contacter par un miroir Galadriel. Tu peux sans doute nous en construire un. »

Le moyen de communication elfique qu'avait trouvé Yana par hasard de ses achats dans les vieilles librairies de la Cour des Miracles, à Lutèce, le Paris sorcier. C'était ainsi qu'elle avait connu Gandalf, et par son intermédiaire, Dumbledore. Et sans cette rencontre, le sort de Severus aurait été tout autre.

« Mais ce n'est pas si facile de faire un miroir de Galadriel, avança Yana récalcitrante. Il faut une source d'eau pure à proximité, la terre, les éléments de la forêt.

- Cela correspond tout à fait à ce que tu pourras trouver au bord du lac. Voyages-y avec Severus et Koga et je vous rejoindrai. Je vais voir Minerva pour négocier ton congé Severus. A toute à l'heure. »

Il était évident que Yana ne savait pas comment répondre devant l'ordre subtil et joyeux de Dumbledore. Elle était habituée à répondre à Gandalf, elle l'avait connu durant quelques années, mais n'osait visiblement pas à être encore familière avec l'ancien directeur de Poudlard. Dumbledore n'attendit pas la réponse de Yana et s'éclipsa vers l'intérieur du château. En traversant le mur.

Yana se tourna vers Severus, visiblement éberluée.

« Est-il toujours comme ça ?

- Oui. Il sait comment mener les gens pour arriver à ses fins. Quelque soit le sacrifice qu'il demande. »

Yana se mordit la lèvre, et ne fit qu'acquiescer silencieusement. Elle parut se concentrer, puis une brèche apparut devant eux dans l'air, s'ouvrant, ailleurs, plus précisément à plusieurs mètres en dessous de la Tour d'Astronomie, au bord du lac. Le Voyage, était l'un des tissages de la saidar que Yana avait retenu de Nynaeve. C'était une chance d'ailleurs, parce qu'elle n'arrivait toujours pas à transplaner correctement. A la dernière tentative, elle avait laissé son bras droit que Severus avait dû récupérer pour le lui recoller.

« Quand il faut y aller, » marmonna-t-elle.

Elle passa la première, suivi de Koga et enfin Severus. Lorsqu'il mit pied à terre, la fenêtre derrière lui par laquelle ils avaient Voyager se ferma. Yana, s'agenouilla à même le sol herbeux et posa ses mains devant elle. Il n'y avait que la demi-lune pour les éclairer et Severus utilisa le sort Lumos pour avoir un peu plus de lumière.

Elle prit sa baguette à sa ceinture, ce qui était un soulagement de sa manie à se faire des chignons avec. La terre devant elle se creusa d'elle-même, sans qu'elle ne dise rien, seul indice montrant qu'elle devait utiliser l'un des éléments de la saidar, sans nul doute la Terre. Puis elle tendit sa baguette vers le sol.

« Aguamenti. »

De l'eau jaillit de la baguette de Yana et resta dans le trou qu'elle avait crée. Elle posa sa baguette sur ses genoux, et plaça ses mains au dessus de la petite surface d'eau. Elle ferma les yeux et se mit à entonner une incantation dans une langue fluide et mélodieuse, celles des elfes, qui permettait de créer le miroir de Galadriel.

Cela dura un certain temps, mais ni l'ookami, ni Severus ne prononcèrent de parole. Après tout, c'était la première fois qu'il voyait Yana créer un miroir Galadriel, et non de se contenter de celui qu'elle avait mis dans son jardin.

Une lueur finit par apparaître, puis un paysage, aux contours flous. Malgré ce défaut de qualité, Severus le reconnut immédiatement.

« Mais c'est le temple de la famille de Kagome, » dit l'ookami.

Yana acquiesça. Severus ne pouvait distinguer l'expression de son visage, mais il crut apercevoir un léger affaissement dans le maintien de ses épaules.

« Dumbledore a parlé du Japon. C'est le seul endroit que je connaisse de là-bas depuis… »

Sa voix s'éteignit et l'ookami s'approcha d'elle pour tirer doucement sur une de ses mèches brunes. Même le retour de l'ookami n'avait pu complètement effacer l'époque de son absence et la désillusion qu'elle avait eue lorsqu'elle avait compris que contrairement à Kagome Higurashi, elle était incapable de passer le Puits Dévoreur d'Os pour rejoindre l'ookami dans son époque. Severus s'en souvenait encore, il avait dû être là par la suite pour la pousser à avancer. Même si c'était pour s'enfoncer dans la guerre.

Elle se redressa puis reprit la parole.

« L'image n'est pas terrible, mais au moins, je pense qu'on peut communiquer avec…

- Ce sera parfait ! s'exclama Dumbledore en les faisant sursauter. Bravo, Yana. Gandalf a bien raison d'avoir autant espérances en toi.

- Je…

- Je te guiderai de façon à trouver Kisuke. »

Yana acquiesça, toujours incapable de décider comme réagir devant les moyens de persuasions du vieux sorcier. Elle écouta les directives de Dumbledore, faisant défiler les images au dessus de plusieurs grandes villes, jusqu'à, finalement, atteindre l'une d'elle, Karakura, aux dires de Dumbledore. Et comme si le miroir s'était senti appelé par son pareil, dans cette ville, l'image fut aspirée pour montrer un visage. Un homme aux cheveux blonds cendrés apparut, ses yeux cachés par un bob aux rayures vertes et blanches.

« Dumbledore-san, j'espérais que vous me contactiez bientôt.

- Comme nous l'avions prévu, mon cher Kisuke. Pouvez-vous mettre les choses en place pour les amener parmi nous?

- Tout à fait. Tout est prêt, nous n'avons plus qu'à vous attendre et je commencerai l'invocation.

- Seront-ils prêts ?

- Ils le devront. Nous devons les convaincre que ce sera leur seul havre de paix avant la guerre de l'hiver. Surtout elle. J'ai peur qu'elle ne choisisse…

- Je lui avancerai tous les arguments nécessaires, mon cher Urahara. Et puis, c'est notre seule chance à nous également. »

Le ton de Dumbledore, plus grave que d'habitude, laissait entendre qu'il y avait bien plus dans les manigances des deux hommes qu'une simple participation à un championnat. Et connaissant Dumbledore, Severus savait qu'il aurait du mal à savoir ce qu'il en retournait vraiment.

« Bien. Je vous attends donc, tandis que mon ami Tessai-san prépare le sort d'invocation et qu'on cherche Kurosaki-san. »

L'homme inclina un peu sa tête, puis l'image disparut.

« Nous attendons juste une nouvelle recrue que j'ai croisé au détour d'un couloir, et nous partons pour les Etats-Unis, annonça Dumbledore. J'ai demandé à Minerva si on pouvait lui emprunter un élève de Poudlard. »

Yana se leva et fit renflouer son miroir de fortune en le remplissant de terre, comme s'il n'avait jamais été. Pourtant, cela n'intéressa pas Severus. Les dernières paroles du fantôme le firent tiquer. Il ne pouvait pas supporter que Dumbledore fasse de nouveau appel à Potter. Merlin, il était sensé protéger ce garçon ! Il l'avait promis…

« Parce que vous croyez qu'il est acceptable que vous entraîniez en plus des enfants dans cette histoire ? N'ont-ils pas des études à suivre ? Potter peut pour une fois passer outre les responsabilités qui l'ont toujours accablé, que vous lui avez toujours confié et…

- Il ne s'agit pas de Harry, répondit doucement Dumbledore. A vrai dire, il ignore tout de ma présence ici. »

Le regret qui suintait du ton du fantôme calma Severus. Il reprit la bride sur sa colère sourde. Au moins, il pouvait se dire qu'ils réussissaient à protéger le fils de Lily même après la mort de Voldemort.

« Mais qui est-ce alors ? demanda Yana.

- Je crois qu'elle arrive », fut la réponse de Dumbledore en se tournant dans la direction du château.

Et en effet, une lueur de baguette quittait l'école et se dirigeait vers eux. Ce fut la vision de l'ookami qui permit d'identifier avant tout le monde le nouvel arrivant.

« Mais c'est Hermione Granger !

- Vraiment, Hermione ? » demanda Yana.

Quelque chose de froid passa dans le dos de Severus, et cette colère, qu'il avait tant de mal à contenir frôla la surface de son contrôle. Il se tourna vivement vers le fantôme de Dumbledore, tandis que Granger arrivait à leur hauteur, un sac sur le dos, chose qui faisait tâche sur sa robe de soirée rose pâle Elle tenait son chat à la face écrasée dans les bras.

« Pro… professeur Rogue ? dit-elle avec une certaine crainte. Vous aussi vous participez ? »

Severus l'ignora et s'adressa à Dumbledore.

« Une élève, Dumbledore ? La mort vous aurait-elle fait perdre la raison ? Pensez-vous que le Grand Championnat soit si sympathique qu'on puisse permettre à des étudiants d'y participer ? Combien de fois sommes-nous allés à l'infirmerie ? Combien de fois avions-nous failli perdre la vie ? Et Miss Granger, n'avez-vous pas une année d'étude à finir ? Etes-vous prête à quitter votre fonction de préfète en chef, votre meilleur ami et votre petit ami ?

- J'ai participé à la guerre, se défendit Granger. Je peux très bien être des vôtres pour ce Grand Championnat , professeur. Et puis pour Ron et Harry… c'est mon problème, n'est-ce pas ?

- Ah, tu vois Severus. Miss Granger n'est d'ailleurs pas la plus jeune participante de ce tournoi. Je crois me souvenir que le jeune Edward Elric devait avoir quinze ans lors de la première édition, n'est-ce pas ? Et puis ce serait honteux de se passer de la plus intelligente sorcière de Poudlard, tu ne trouves pas, d'autant plus que Miss Granger a achevé ses ASPICS par correspondance durant la guerre. Miss Granger sera parfaite dans la catégorie Astuce, et vous soutiendra, toi et Yana, en cas de problème. »

Severus se retint de lancer une remarque acerbe sur l'inconscience des deux Gryffondors. Il commença à sérieusement douter de leur intelligence.

« N'avez-vous eu aucun problème pour excuser votre absence à vos amis, Miss Granger ? demanda Dumbledore. Vous avez bien omis de me mentionner, n'est-ce pas ?

- Tout à fait, professeur. Quand j'ai dit que j'allais suivre un cursus spécial avec Yana et Mr Ookami avec l'autorisation du Professeur Mac Gonagall, Harry a été très compréhensif. Ron, par contre… Comment ose-t-il me faire une crise de jalousie au sujet de Mr Ookami ? Tout ça parce que j'ai accepté de danser avec vous ! Il n'a même pas cherché à comprendre l'opportunité que ce championnat pouvait être ! Et pas un mot d'adieu, juste « amuse-toi bien avec ton Mr Ookami. » Comment ai-je pu vouloir un seul instant sortir avec lui ?

- Il doit être au fond froissé de ne pas avoir eu le courage de te demander de danser, rassura Yana.

- Et tu sais, ajouta Koga, avec la distance, il se rendra compte dans son erreur. Ne dit-on pas que l'amour grandit malgré l'absence ?

- On dit surtout 'loin des yeux, loin du cœur'.

- Sev ! Tu sais très bien que c'est faux, regarde Koga et moi. Et puis toi aussi, tu… »

Yana se tut brusquement et Severus se raidit. Elle allait trop parler devant Granger, et s'était retenue à temps. Si elle ne s'était pas arrêtée, Severus doutait qu'il serait parvenu à le lui pardonner cette erreur. Il ne voulait pas être comparé aux autres.

Dumbledore reprit la parole, sentant peut-être le malaise s'installer.

« Bien, avant de partir, j'ai besoin d'un petit service. Severus, pourrais-tu récupérer ma baguette ? »

Severus se tendit plus encore.

« Vous voulez dire… Professeur, celle qui est dans votre tombe ? demanda Granger.

- Tout à fait.

- Dumbledore, intervint Yana, vous n'êtes pas sérieux. Severus, tu ne vas pas… »

Elle ne continua pas. Et la colère de Severus éclata à nouveau.

« J'ai menti pour vous, mené une double vie. J'ai même tué pour vous, et à votre demande je vous ai assassiné. Et maintenant vous me demandez de piller votre tombe ? N'avez-vous donc aucune considération pour ma personne ? Pour mon âme, Dumbledore ! Essayez-vous donc de me faire payer tous les crimes que j'ai commis lorsque j'étais un Mangemort ! Ne croyez-vous pas que j'ai assez payé depuis Lily ? »

Granger laissa échapper une exclamation étouffée, mais il ne prêta guère plus attention à elle.

- Sev… »

Yana porta une main hésitante sur le bras de Severus, mais il s'écarta. Il n'avait jamais eu besoin de sa compassion et de sa pitié. Pourtant, il se ressaisit. Et pour une fois, il crut discerner une lueur de culpabilité, chez le directeur. Mais si brève, qu'il aurait pu l'imaginer.

« Désolé, Severus. Il est vrai que j'use beaucoup trop de tes services. En plus, je ne pourrais pas vraiment tenir ma baguette dans cette forme. Tu as raison, la mort m'a rendu quelque peu sénile. »

Severus ne rétorqua pas. Il croisa ses bras sur son torse et regarda dans la direction du lac. Il n'avait rien à dire qui pourrait lever la rancœur des paroles qu'il avait lancé. Mais il ne s'acharna pas non plus.

« Donc, notre première destination, les Etats-Unis, annonça Dumbledore. Ma chère Yana, si tu le veux bien… »

Elle acquiesça sans rien dire. Une brèche apparut à la place de la Forêt Interdite, vers des plaines herbeuses, vallonnées qui malgré la nuit donnait un air d'Irlande. Ils y passèrent sans une autre parole, le chat de Granger miaulant avec une certaine méfiance alors que sa maîtresse paraissait fascinée. Yana avait raconté une fois que lorsqu'elle récupérait à Saint Mangouste après la bataille contre Voldemort, Granger était venue la voir dans sa chambre pour lui poser des questions sur sa capacité à canaliser la saidar. Granger en avait été un témoin durant la bataille, et sa curiosité naturelle avait par la suite pris le dessus.

La prochaine étape, fut bien évidemment l'Océan Atlantique dans lequel ils auraient tous plongés si Granger n'avait pas eu la présence d'esprit d'invoquer un radeau. Yana s'excusa un peu, surtout devant la colère du chat Pattenrond qui avait recueilli quelques gouttes salées sur sa fourrure. Mais après tout, un tel évènement était tellement prévisible. Elle parut se concentrer fermement, mais ils n'atteignirent ce qui devait être la côte est canadienne qu'après deux tentatives.

Il faisait jour dans cette partie du monde, et bientôt, ils arrivèrent dans l'état du Washington. L'ookami donna alors des indications à Yana, jusqu'à ce qu'ils trouvent à la lisière d'une forêt non loin de la petite ville de Fork, d'où ils apercevaient au loin un manoir solitaire.

« Mais ne serait-ce pas la maison de Carlisle Cullen ? demanda Dumbledore. Lui et moi avions eu une correspondance passionnante de mon vivant. Je lui aurais bien accordé une petite visite si nous en avions le temps et dans des circonstances différentes.»

Des personnes sortirent du manoir.

« Ah, tiens, je vois Jacob parmi eux », déclara l'ookami .

Puis une forme brune se détacha de la maison, détalant à toute vitesse vers eux. Plus il s'approchait, mieux Severus pouvait le distinguer. Il fut presque horrifié de se rendre compte que la boule de fourrure brune qui venait dans la bruine de fin d'été était en fait un loup. Un immense loup. Comme s'il n'en avait pas assez vu dans sa vie entière.

Il arriva rapidement à leur hauteur et là, se mua, pour prendre une forme humaine. Un jeune homme d'origine amérindienne aux longs cheveux noirs. Et sans vêtements.

L'ookami cacha rapidement les yeux de Yana avec ses mains, et Granger détourna le regard, une teinte rosée sur ses joues dès qu'elle comprit qu'elle le fixait de trop. Severus se promit de se souvenir de l'expression de Granger s'il voulait la faire chanter dans le futur. Il était certain que Weasley fulminerait s'il savait que sa petite amie avait posé ses yeux sur un inconnu complètement dévêtu.

« Jake rhabille-toi vite, ordonna Koga. Pense à l'innocence de Yana !

- Innocence ? fut l'exclamation étouffée de la concernée. Tu pourrais parler, Koga…

- Et notre pauvre miss Granger ne sait plus où se mettre, rajouta Dumbledore avec amusement.

- Désolé, je m'habille toute suite ! »

Il s'exécuta effectivement, mettant à la va vite, un caleçon, un vieux jean rapiécé et une chemise, que sa forme lupine avait tenu dans sa gueule lorsqu'il courrait.

« C'est bon, je suis décent à présent. »

L'ookami relâcha Yana et Granger se décida de jeter un coup d'œil sur le nouvel arrivant. Il s'avança vers l'ookami et lui serra la main.

« Cela fait plaisir de te voir, Koga. J'espère que tu vas bien. Voici donc Yana que tu as finalement trouvé ?

- Oui, fit-elle en tendant sa main à son tour. Enchantée.

- Je te présente toute l'équipe, annonça l'ookami en tenant son ami par l'épaule. Voici, Albus Dumbledore, notre capitaine et appartenant à la catégorie Astuce.

- Quoi ! Mais c'est un fantôme !

- Entre des vampires et des loups garous, tu ne devrais pas vraiment être très étonné, remarqua l'ookami.

- C'est vrai, mais… Wouah !

- C'est également un plaisir de vous rencontrer, dit Dumbledore. Je vous serrerais bien la main, mais il se peut que l'expérience ne vous soit pas très agréable.

- Heu… tant pis, s'empressa de répondre le loup. Une autre fois, peut-être.

- Et voici Hermione Granger, une sorcière, dit l'ookami en le tirant vers la jeune fille. Vous devez avoir le même âge, je crois. Hermione, je te présente Jacob Black.

- Enchanté. Et encore désolé pour tout à l'heure, s'excusa-t-il. C'est un de nos problèmes avec les transformations.

- Je… je comprends, bredouilla-t-elle en lui tendant une main tout en gardant son chat dans son autre bras. J'ignorais qu'il existait des loups-garous qui se transforment en dehors des nuits de pleines-lunes.

- Ah parce que ce genre de loups garous existent vraiment ? dit Black. En même temps, depuis quelques minutes j'apprends l'existence de sorcières et de fantômes… »

L'ookami se tourna vers Severus avec hésitation. Pourtant, il se décida.

« Et voici, Severus Rogue. Un sorcier également. Et un… ami de Yana. »

Severus leva un sourcil à l'attention de l'ookami mais ne releva pas. Il n'allait pas le féliciter de son visible effort pour rester respectueux. Non, Yana s'en chargeait en lui caressant le bras, comme pour complimenter un brave chien.

Black, dans sa grande naïveté, vint vers lui pour lui serrer aussi la main. Severus croisa dédaigneusement les bras, à la surprise du jeune homme.

« Severus, reprocha Yana, tu pourrais faire au moins un effort pour te montrer civil !

- Je ne suis pas là pour faire des mondanités, Yana. Je supporte déjà le loupiot que tu as toujours collé à tes basques, ne me demande pas de faire de même avec un de ses amis, encore moins un qui a en plus la malchance de s'appeler Black. »

Oui, il n'avait pas besoin d'un rappel journalier d'avoir croisé la vie de cet imbécile de Sirius Black.

« Sev !

- Espèce de… »

L'ookami posa sa main sur l'épaule de Black avant qu'il ne parte en insulte.

« Laisse, il est toujours comme ça. Je n'ai jamais compris ce que Yana a pu trouver de bien en lui.

- Koga !

- Il fait un peu vampire, dit Black. Même s'il n'en a pas l'odeur, il y a quelque chose… Pour un peu je le présenterai bien à Rosalie la Blonde. Peut-être qu'ils pourraient s'entendre…

- Les présentations étant faites, coupa Dumbledore avant qu'une dispute générale n'éclate, il ne nous reste plus qu'à récupérer les deux derniers membres de notre équipe. »

Black laissa un long regard vers le manoir et Koga posa sa main sur son épaule.

« Cela n'a pas été trop dur pour Renesmée ?

- Bien sûr que si. C'est difficile pour nous deux. Mais au fond, je pense qu'elle comprend malgré ses larmes. Enfin, c'est ce que disait Edward. Mais je crois que Bella est soulagée que je parte quelques temps également. Elle pense que ce n'est pas très sain pour nous deux de rester toujours ensemble, même si je l'ai imprégnée.

- Imprégnée ? demanda Granger. Qu'est-ce que cela veut dire ?

- C'est un lien qui se forme entre un loup et sa promise. C'est suffisamment fort pour briser tout autre attachement, car je sais que Renesmée est la personne pour moi.

- Tiens, remarqua Yana, tu ne m'as jamais imprégnée, je crois ?

- Non, expliqua l'ookami, c'est quelque chose de spécifique aux loups de la tribu Quileute. Mais je t'ai marquée.

- Marquée ?

- Il veut dire qu'il est impossible pour un loup de ne pas savoir que tu es avec lui, dit Black en s'exclaffant quelque peu. Tu empestes le Koga, si tu me permets l'expression.

- Moi je trouve que Yana sent bon, comme ça.

- Hé ! fit l'intéressée en rougissant.

- Les us et coutumes des loups sont fascinants, » dit Dumbledore alors que Granger acquiesçait.

Severus n'était pas de cet avis, mais ne partagea pas son idée sur la question.

« Bien, Yana, continua le fantôme. En route pour le Japon !

- Le Japon ? » dit Black avec une certaine incrédulité.

Incrédulité qui dut aller croissante quand il vit une brèche dans l'air s'ouvrant quelque part sur l'Océan Pacifique.

« Ah oui… c'est toute de suite plus facile de croire que vous étiez en Ecosse, là.

- Je t'avais dit que Yana était formidable. »

Severus se pressa d'invoquer un radeau sur la mer calme pour pouvoir dépasser les conversations peu intéressantes des deux loups. Il fallut encore plusieurs essais à Yana pour atteindre le Japon, au petit matin, plus précisément à l'arrière du temple de Kagome Higurashi. Yana fut rapide pourtant, ne voulant pas revoir la jeune fille avec qui elle avait gardé contact par mail depuis sa tentative avortée de passage vers le Sengoku Jidai.

Il y avait toujours eu un malaise de la part de Yana vers la jeune fille qui avait pris le cœur de son loupiot avant elle.

Leur prochaine étape fut la ville de Karakura, en dessous d'un de ses ponts. Ils eurent de la chance d'ailleurs d'être dans un lieu aussi isolé, car leur apparition de nulle part en aurait choqué plus d'un. Bien que Dumbledore restât invisible pour le commun des mortels, un groupe comme le leur, avec un amérindien pieds nus en tenue négligée, un yokai, deux européennes en robe de soirée et lui-même, ne pouvait passer inaperçu.

Yana tituba quand elle traversa la dernière la fenêtre du Voyage qui se ferma avec un claquement. L'ookami fut le premier à ses côtés, ses bras venant la soutenir.

« Tu as trop puisé, reprocha-t-il avec douceur.

- C'est juste que je ne suis pas habituée à Voyager en faisant la moitié du tour du monde ainsi, répondit Yana. Ca va passer.

- Nous allons marcher pour arriver à la boutique de Kisuke, annonça Dumbledore. On prendra des petites rues pour ne pas nous faire trop repérer. »

Yana refusa de se faire porter, mais accepta le bras de l'ookami pour l'aider. Ils remontèrent le long de la rivière, et grâce à l'ouïe et l'odorat des deux loups, ils passèrent par des rues plutôt désertes. Enfin, après quelques directives de Dumbledore, ils débouchèrent dans une petite cour devant une maison à l'aspect traditionnelle entre deux immeubles plus modernes.

« Voici la boutique de Kisuke. Severus, il faudrait peut-être que tu mettes en place un sort de traduction, demanda Dumbledore. Les choses vont se compliquer si Koga ou moi devons à chaque fois traduire le japonais.

- Pourquoi, tous ces gens ne parlent-ils pas anglais ?

- Sans doute, mais cela rendra la communication plus facile si chacun peut s'exprimer dans sa langue maternelle. »

Severus haussa les épaules mais s'exécuta. Lui-même parlait la moitié du temps en français avec Yana, et l'ookami avait pris le temps durant cinq siècles pour maîtriser aussi bien l'anglais et le français. Yana ne connaissait que quelques mots de japonais, à l'inverse, et il serait étonnant que Granger et surtout Black en sût plus. Oui, la communication finirait par se compliquer s'il ne faisait rien, d'autant plus qu'ils risqueraient de rencontrer des concurrents aux origines plus ou moins obscures.

Il lança donc l'incantation sous les regards attentifs de Yana et Granger. Granger en particulier avait une grande soif de savoir lorsque cela concernait la magie.

Quand il eut fini, l'homme qu'ils avaient vu à travers le miroir de Galadriel, Kisuke Urahara , sortit de la maison. Il avait toujours son bob à rayures sur la tête qui contrastait avec sa tenue plus traditionnelle de haori et hakama vert avec des geta aux pieds. Severus n'aurait su dire s'il souriait ou non, car il cachait le bas de son visage par un éventail. Il avait un aspect à fois négligé et mystérieux. Derrière lui, apparut un homme grand, à lunettes, aux cheveux et à la barbe noirs. La carrure de cet homme, qui aurait pu passer pour celle d'un catcheur, était mise à mal par le port d'un tablier de cuisine. Deux enfants se tenaient à ses côtés. Un garçon roux et à l'air revêche, et une petite fille aux couettes noires et au regard triste.

Quelque chose en elle dérangea Severus. Malgré son aspect frêle, son instinct lui disait qu'elle était bien plus qu'il n'y paraissait.

« Albus-san, je suis heureux de voir que vous avez pu venir sans encombre.

- Merci, mon cher Kisuke. Mais nous allons faire vite. Sont-ils prêts ?

- Yoruichi-san est parti chercher le jeune Kurosaki. Je sens qu'ils sont en chemin vers la boutique à l'heure qu'il est. Son reiatsu a toujours été particulièrement remarquable.

- Un reiatsu ? demanda Hermione. Qu'est-ce que c'est ?

- Une sorte d'aura de puissance, expliqua Dumbledore. Assez communément admise chez les personnes ayant des dons spirituels.

- Comme des sorciers, professeur ?

- Non, nous n'en avons pas. J'ai cru entendre que Yana en a une visible pour une canaliseuse de la saidar, ce que ni vous Miss Granger, ni moi, pouvons sentir. Là nous parlons de Shiningami, de dieux de la mort. Des gens liés à l'au-delà… »

Un frisson désagréable passa dans le dos de Severus alors qu'il fixait Urahara et ses acolytes.

« Tessai-san va invoquer Inoue-san. Tessai-san, quand vous voulez. »

L'homme derrière lui acquiesça, et s'avança au centre de la cour.

« Je t'invoque, toi, au l'au-delà du monde des vivants, des enfers et du ciel… »

Un cercle bleu apparut devant lui, comme gravé au sol par la voix profonde de l'invocateur, une étoile à six branches en son centre.

« Je t'invoque, toi, Inoue Orihime, au-delà de la terre, des enfers, et du ciel. Kido interdit d'invocation, 77. »

Il fit tomber ce qui ressemblait à de long filin roux, et ce fut comme si le cercle de lumière explosa, les branches de l'étoile qui le constituait grandissant pour se transformer en pétales de fleur. Puis, après un éclair, une personne se trouva à l'intérieur de la colonne lumineuse, une jeune femme. Elle flottait dans les airs, prisonnière du cercle d'invocation, son corps écartelé en demi-lune, ses cheveux roux masquant les contours de son visage. Puis la lumière cessa, et elle tomba au sol.

Elle était à genoux ses mains la faisant se relever un peu plus. Elle leva un visage choqué vers Urahara. Severus se rendit alors compte que la fleur bleue à six pétales qui avait été au sol était identique aux barrettes de chaque côté de la tête de la jeune fille.

Elle était étrangement vêtue d'un kimono rouge qui découvrait légèrement ses épaules pour finir en décolleté. Décolleté qui aboutissait qui plus est sur une poitrine… plus imposante que la moyenne. Severus se serait forcé de détourner son regard ailleurs que sur la jeune fille si la détresse qui semblait naître en elle n'attirait pas sa curiosité. Ce même genre de curiosité malsaine qu'on ne peut qu'avoir pour un accidenté de la route que l'on croise sur son chemin.

Urahara vint vers elle pour l'aider à se relever, et ce fut comme si elle sortait de sa transe. Elle s'agrippa à son haori.

« Urahara-san, ramenez-moi auprès d'Aizen ! »

La fervente supplication dans la voix de la jeune fille surprit Severus.

« Tout va bien, Inoue-san, rassura Urahara comme s'il ne l'avait pas entendu. Nous avons trouvé une solution pour votre sécurité. Tout ira pour le mieux.

- Non, vous ne comprenez pas ! Quand Aizen découvrira mon absence, il sera furieux ! Il s'en prendra à la Soul Society, à Karukara, à mes amis. Il faut que je revienne au château !

- Inoue-san, il est temps que vous arrêtez de sacrifier votre vie…

- Mais Urahara-san ! Je vous en supplie ! Avant qu'ils n'arrivent ! Ils ont déjà senti ma présence. Tatsuki-chan, Ishida-kun, Sado-kun, Kuchiki-san, et Abarai-kun ! Ils arrivent. Et Kurosaki-kun aussi… Il ne faut pas… s'il me voie, jamais…

- Dumbledore, dit Severus, je ne vois pas pourquoi on devrait prendre une personne qui ne désire nullement être parmi nous. Ce serait un fardeau dont nous pouvons nous passer. Autant qu'elle retourne d'où elle vient. »

Elle se tourna vers lui, et pour la première fois leurs regards se croisèrent. Ses grands yeux gris imbibés de larmes le fixèrent, et Severus employa inconsciemment la Légilimencie pour être frappé par les images de son esprit. Une partie de lui regretta d'avoir appris cette capacité. Choqué, Severus s'arracha de son regard, se raidissant pour ne rien laisser paraître de ce qu'il avait vu.

Derrière la panique et l'angoisse, des images chaotiques de ses peurs et de ce qu'elle avait vécu avaient surgi, lui rappelant lointainement l'histoire d'une autre jeune femme qu'il avait croisée lors du premier Grand Championnat. Et il y avait aussi des batailles, du sang et des larmes, et un sacrifice pour un garçon qui se transformait en monstre. Non, il n'avait pas le loisir de s'appesantir sur l'histoire de cette jeune fille, non plus.

« I… Inoue. »

La voix venait d'un nouvel arrivant, un jeune homme aux cheveux orange, le même que dans les pensées de la jeune fille, qui semblait avoir la vingtaine. Son visage était creusé par un froncement des sourcils qui aurait pu paraître permanent. Ses yeux bruns par contre ne voyaient que la jeune fille, avec une
expression mêlée de choc, de soulagement, de désespoir et de culpabilité. Il paraissait essoufflé comme s'il s'était mis à courir comme jamais pour arriver jusqu'à eux.

Il était accompagné par un chat noir.

« Inoue, tu as pu te sauver… J'ai cru sentir ton reiatsu, mais je… Tu… tu n'as rien ? »

Sa voix était suppliante presque et sembla toucher la jeune fille plus profondément dans son désespoir.

Il fit quelques pas vers elle, mais elle recula, le peu de contenance qu'elle avait mobilisé pour retenir ses larmes lui échappant totalement. Elle se courba en deux et des sanglots silencieux la secouèrent, alors qu'elle portait une main contre sa bouche. Le jeune homme, Kurosaki, s'arrêta alors, sa culpabilité plus visible encore par le plissement de son lèvres. Il serrait les poings, et Severus n'aurait su dire si c'était de la colère ou de la honte qui prédominait chez lui. Pourtant, il ne pouvait comprendre la raison de la réaction de la jeune fille. Non, de ce que Severus pouvait grappiller par la Légilimencie, il était à des années lumières de se douter de la vérité.

« Yana, Granger, allez vous occuper d'elle. »

Elles lui adressèrent un regard interrogateur, mais après un instant, Yana tira Hermione vers la jeune fille. Yana posa les mains sur les épaules de la jeune fille sanglotante, tandis qu'Hermione lui tint doucement le bras.

« Albus-san, déclara Uruhara, ils arrivent tous, et s'ils la voient, il sera plus compliqué de l'emmener en sécurité. Qui plus… oui, il ouvre un Garganta…

- Oui, acquiesça Dumbledore. J'espère que tout ira bien de votre côté, mon cher Kisuke.

- Nous ferons le nécessaire, répondit Urahara.

- Bien. Yana ! Fais nous Voyager en sécurité. Et vite ! »

Il était tout simplement impossible de contredire le ton impérieux de Dumbledore, même pour une tête de mule comme Yana. L'air claqua devant elle, et une ouverture vers un endroit nocturne apparut.

« Hermione, amène-la ! Vous autres, allez-y vite ! »

Quelque chose dans la voix de Yana déplut à Severus. Il comprit quoi, lorsqu'il reconnut la destination de Yana.

« Dépêchez-vous, » pressa-t-il à son tour.

Granger tira Inoue avec elle vers la nuit. Après un appel à l'attention de la jeune femme rousse, Kurosaki les suivit, enjambant le pas, accompagné par Black. Dumbledore s'inclina pour saluer Urahara et sa troupe, puis les suivirent. Severus se dépêcha alors, et aperçut ensuite Koga prendre une Yana pâle dans ses bras pour traverser la fenêtre du Voyage avant qu'elle ne se ferme brusquement sur eux.

Et arrivé à destination, Severus sentit cette boule de colère au fond de lui éclater. Comment avait-elle osé se montrer aussi imprudente ? Comment avait-elle osé les transporter directement devant chez elle, en France ? A des dizaines de milliers de kilomètres de leur lieu de départ.

« Yana ! Te rends-tu compte de ce que tu viens de faire ! Idiote !

- Hé, ne lui parle pas comme ça ! menaça l'ookami en serrant un peu plus Yana contre lui. Yana n'a pas besoin que tu lui fasses la morale !

- Qui la fera alors, toi, Ookami ? Quand ta petite amie aura canalisé au-delà de ses limites au point de se Désactiver de la Source ? Que feras-tu quand tu n'auras plus qu'une loque sans envie de vivre comme compagne parce qu'elle aurait été trop imprudente ?

- Severus, lui parvint la voix fatiguée de Yana. Je ne me suis pas Désactivée… L'Air et l'Esprit sont les éléments de la source que je maîtrise le mieux avec le Feu... Et puis avec ton sort de Fidelitas sur la maison, c'était l'endroit le plus sûr auquel je pouvais penser. »

Il y avait du sens dans ce qu'elle avançait. La maison banlieusarde de Yana en France visible seulement par Koga, Yana et Severus parmi le groupe était un bon lieu de protection avant le Grand Championnat. Il était juste regrettable que Yana dût leur faire traverser la moitié de la Terre pour y parvenir. Et cela n'enlevait pas le fait qu'elle avait été particulièrement stupide.

« Nous devrions rentrer, déclara Dumbledore. Si nous faisons trop de bruits à cette heure, nous allons attirer les voisins. »

Il savait sa mauvaise humeur apparente quand il invoqua un parchemin et sortit une plume à encre injectable de sa longue redingote noire. Au moins l'éclat entre Yana et Severus avait apparemment calmé la jeune fille rousse, peut-être plus curieuse de se retrouver subitement dans un quartier pavillonnaire en France.

« Qu'est-ce que…, voulut demander Kurosaki alors que Severus griffonnait l'adresse de Yana.

- Les explications viendront au bon moment, apaisa Dumbledore, Mr Kurosaki. Nous allons juste nous mettre à l'abri au domicile de Yana.

- C'est quelle maison ? » demanda Black en regardant curieusement autour d'eux.

Pour toute réponse, Severus montra son morceau de parchemin avec l'adresse de Yana aux membres de l'équipe qui n'était pas Yana ou l'ookami. Et aussi vite fait, il le brûla.

« Hé ! protesta Black, c'est à peine si j'ai eu le temps de… »

Il se tut. La maison de Yana devait apparaître sous ses yeux, avec son jardin entouré d'un grillage et muret, et son figuier qui la masquait partiellement. L'ookami prit les clés d'une de ses poches et les tendit à Severus pour qu'il ouvre la porte. Il fut surpris, mais ne protesta pas. Après tout, il connaissait tout aussi bien cette maison que le loup. Il y avait vécu pendant un temps.

« Le sort de Fidelitas permet de ne donner accès à un lieu qu'aux personnes choisies par le Gardien du Secret, expliqua généreusement Granger aux non-sorciers de l'équipe alors qu'ils pénétraient dans le jardin sauvage de la maison. J'ignorais par contre que Yana avait besoin de cette protection.

- Miss Granger, si vous utilisiez votre fameux cerveau autrement que pour démontrer de votre prétendu savoir aux autres, vous vous serez rendu compte qu'il était tout à fait probable que les Mangemorts fanatiques restant trouveraient Yana particulièrement aisée à atteindre s'ils leur prenaient l'envie d'exécuter une vengeance exemplaire. »

Granger se raidit sous l'insulte peut-être injustifiée sur son intelligence. Son chat siffla même hargneusement. Mais Severus n'en avait cure. Cette soirée avait tout d'un parfait fiasco.

« Severus tu y vas un peu fort, reprocha Yana derrière lui tandis que l'ookami marmonnait sans doute des insultes à son encontre. Qu… qu'est-ce qui ne va pas ? »

Il lança un coup d'œil sur Dumbledore, inconsciemment, mais se força à s'intéresser à la serrure de la porte d'entrée pour ne pas avoir à répondre. Il entra en premier à l'intérieur, allumant d'un coup de baguette le hall et le séjour.

L'ookami le dépassa, posant Yana confortablement dans un coin du canapé, et invita les autres convives à s'asseoir. Oui, il s'imposait définitivement comme le maître des lieux. Les deux jeunes filles rejoignirent Yana, et Severus prit l'un des fauteuils. L'ookami amena des chaises pour Black et lui, tandis que Kurosaki s'installa directement dans le fauteuil en face de la place d'Inoue. Cet arrangement mit visiblement mal à l'aise la jeune fille qui se mordit la lèvre en fixant ses mains posées devant elle. Et Severus pensait que ce n'était le froncement permanent de sourcils de Kurosaki qui l'intimidait.

« Un bon thé ou un chocolat chaud serait bienvenu, remarqua Dumbledore. Pas que je pourrais en profiter, mais je pense que plusieurs d'entre nous en auraient besoin.

- Je vais faire chauffer l'eau, » proposa l'ookami.

Mais Severus leva les yeux au ciel. D'un coup de baguette, une bouilloire en ébullition, des tasses, du lait chaud, une cafetière et des biscuits apparurent sur la table devant eux. L'ookami se rassit à cheval sur sa chaise qu'il avait placé à l'envers, et lui lança un air dégoûté, auquel répondit Severus par un air suffisant. Il avait juste eu la chance que Yana avait laissé tout le nécessaire dans les étagères habituelles, mais cela, il n'allait pas l'avouer à l'ookami.

Black siffla même impressionné devant ce petit tour de magie.

« Yana, es-tu une sorcière ou pas ? réprimanda Severus.

- Désolée, Sev, rétorqua Yana sur le même ton, si on est plus moldus dans cette maison.

- Ou que tu préfères perdre ton temps. »

Quelque part, c'était rassurant de reprendre les chamailleries d'entant avec Yana.

« Ah… ah ! Yana-san ! Severus-san ! Ne vous disputez pas, s'il vous plait! »

Severus fixa avec surprise Inoue qui paraissait depuis lors moins désespérée que quelques instants plus tôt. Elle secouait les mains devant elle d'un air ridiculement paniqué.

Koga pouffa de rire.

« Ne t'en fais, depuis que je les connais, Yana et Severus passent leur temps à se chamailler. Il n'y a rien d'anormal à cela.

- Oh. »

Severus prit bien soin d'ignorer Koga et Yana et se servit de café, bien noir. Il remarqua pourtant que Yana esquissait un sourire au coin des lèvres. Les autres commençaient à faire de même sous l'invitation de Yana. Seul Kurosaki se retint.

« Vous avez donc des explications à nous donner, dit-il sans préambule. Qu'est-ce que nous faisons ici ? Qui êtes-vous ? Que nous voulez-vous à Inoue et moi ? »

Il fixait intensément le fantôme, ayant apparemment déterminé qu'il était celui qui avait mis en œuvre toute cette mascarade.

« Je vous ai emmené, Miss Inoue et vous, à la demande de Uruhara Kisuke. Pour aussi bien votre sécurité que celle de nos mondes. »

Le silence tomba, et seul le crissement de tissu du kimono dans les mains d'Inoue s'éleva. Elle fixa Dumbledore avec surprise, mais apparemment pas parce qu'elle avait à faire à un revenant. A vrai dire, il n'y avait eu que Black qui avait eu une réaction normale face au fantôme.

Pourtant, elle effaça sa surprise par de la détermination.

« Ramenez-moi dans la dimension royale, fut tout ce qu'elle dit.

- Inoue ! interpella Kurosaki. Je ne te laisserai pas revenir dans les mains d'Aizen !

- Je vous en prie, ramenez-moi auprès de lui, supplia-t-elle désespérément.

- Il en est hors de question, déclara Dumbledore. Sans vous, les chances de réussite d'Aizen s'amoindrissent ainsi que sa légitimité sur la dimension royale. Orihime Inoue, votre place n'est pas aux côtés d'Aizen…

- Il retournera le monde pour me retrouver, il…

- Je te protégerai ! Face aux Arrancars, face à Tosen, et Gin ! Face à Aizen ! »

La ferveur des paroles de Kurosaki secoua la jeune fille qui se perdit un instant devant le regard du garçon. Mais elle hocha négativement la tête.

« Kurosaki-kun, je ne veux plus que tu me protèges. Plus jamais. »

Le choc atteint le garçon de plein fouet, alors qu'il serra les poings fortement contre ses cuisses. Ce fut comme une sentence qui le condamnait à mort. Elle leva la tête vers lui et parut à la fois effondrée et déterminée. Severus continuait à observer leur échange comme un match de tennis.

« Alors, c'est à nous autres de te protéger, dit Yana avec une légèreté qui contrastait avec l'atmosphère.

- Mais vous ne comprenez…

- On comprend parfaitement, interrompit l'ookami en lançant un sourire à la jeune fille tout en se penchant sur sa chaise. Après Naraku, ou Voldemort, on peut parfaitement gérer cet Aizen.

- Mais…

- Mais c'est absolument essentiel que vous restiez en sécurité, Miss Inoue, renchérit Dumbledore. Urahara a prévu avec la Soul Society et les Vaizard de contrer toutes représailles que pourrait lancer Aizen. Qui plus est, sans vous, Miss Inoue, nous retardons ses plans de conquêtes. Il est impératif que vous retiez hors de sa portée.

- Cet Aizen semble aussi horrible que Voldemort, remarqua Granger.

- C'est le cas, acquiesça Dumbledore. Et peut-être qu'il l'est bien plus. »

Après avoir entre-aperçu les souvenirs d'Inoue, Severus était
prêt à croire les propos de Dumbledore.

« En attendant, continua-t-il, profitez juste de l'instant présent en notre compagnie. »

Elle était étonnée par cette prise de position, mais, avec quelque chose entre la résignation et l'espoir, elle acquiesça en leur offrant pour la première fois un sourire. A côté de Severus, Kurosaki déglutit, mais il reprit la parole.

« Il y a sans doute un prix pour cette sécurité que vous semblez nous offrir…

- Ah oui, dit Dumbledore. Je ne l'aurais pas présenté ainsi, mais puisque nous y sommes … Je ne vous demanderai que de participer à un grand concours dans notre équipe. Une suite d'épreuves sensé nous fortifier dans nos domaines de prédilection respectifs. Trois fois rien, je vous assure. Voyez cela comme une sorte d'entraînement. De quoi vous rendre plus fort. »

Les deux jeunes gens se tendirent. Il semblait que Dumbledore avait touché leur point faible. Il avait décidemment tout prévu à l'avance.

« Faisons-le, Inoue. Participons à ce Grand Championnat.

- Kurosaki-kun… »

Il semblait que la jeune fille allait le contredire, mais elle fut coupée par Dumbledore.

« Que préférez-vous vraiment, Miss Inoue ? Ne souhaitez-vous pas vous battre à nos côtés ? Aux côtés de Mr Kurosaki ? »

Elle détourna la tête, avec une légère teinte rosée aux joues. Puis elle acquiesça.

« Parfait ! Mais je pense que des présentations en bonne et due forme sont nécessaires. Je suis donc Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore, mais je vous en prie, appelez-moi Albus. »

Comme si une telle familiarité pouvait être possible pour Severus. Même Yana l'appelait par son nom, et Merlin savait qu'elle n'avait eu que très peu de retenue docile avec Gandalf par le passé.

« C'est moi-même qui ai souhaité vous réunir tous pour participer à la deuxième édition du Grand Championnat. Je serai donc votre capitaine, et concourrai dans la catégorie Astuce. On peut dire que mon intelligence peut être une quelconque aide dans le domaine. J'étais également de mon vivant directeur de la plus réputée des écoles de magies, je peux le dire avec fierté. Mon objectif est que nous formions une équipe soudée, et qu'ainsi, chacun d'entre nous montre l'aboutissement de son potentiel. »

Le regard de Dumbledore s'appesantit sur l'équipe, semblant durer plus longtemps sur Inoue, Kurosaki et Yana.

« J'espère aussi que nous construirons de merveilleux souvenirs. »

Severus fut surpris par la déclaration de Dumbledore. Il ne l'aurait pas cru si nostalgique.

« Avez-vous des questions ?

- Comment vous êtes mort ? demanda Kurosaki sans détour. Les fantômes qui restent trop longtemps sur terre peuvent se transformer en Hollow et… »

Severus s'était tendu à la question indiscrète du garçon. Il pouvait sentir les regards mal à l'aise de Yana, l'ookami et Granger sur lui.

« Ma mort serait terriblement ennuyeuse à raconter aujourd'hui. Qui sait, une autre fois. Yana, veux-tu te présenter ?

- Oui, acquiesça-t-elle avec vigueur. Je suis donc Yana Hentz. J'ai déjà participé à la première édition du Grand Championnat. C'est d'ailleurs là que j'ai rencontré Koga. »

Les regards mielleux entre Koga et Yana donnèrent presque la nausée à Severus. Encore. Combien il pouvait se passer de ce genre d'ambiance !

« Je connais Albus Dumbledore parce qu'il était un ami de notre ancien capitaine, Gandalf. Oh, et par leur intermédiaire, j'ai connu Severus. Nous étions devenus pendant la guerre contre Voldemort des… partenaires ? »

Elle lui lança un regard interrogateur et Severus ne put qu'acquiescer imperceptiblement. Elle sourit.

« J'appartiens à la catégorie Magie, comme vous vous en êtes aperçus. Comme Severus et Hermione, je suis une sorcière. J'apprends à maîtriser depuis peu la saidar, la composante féminine de la Source Unique. C'est un peu difficile toute seule, mais je ne peux pas joindre les personnes qui pourraient m'en apprendre plus.

- Pourquoi cela ? » demanda Granger.

Yana posa un long regard sur Severus.

« Parce qu'elles appartiennent à une autre dimension. »

Le silence tomba, inconfortable. Oui, cela devait être difficile d'admettre qu'il existait d'autres mondes, ailleurs, d'autres forces magiques.

« Moi je suis Koga Ookami, déclara l'ookami pour couper le malaise ambiant. Je suis le compagnon de Yana, et comme mon nom d'adoption l'indique un ookami yokai.

- Un démon loup ? demanda Inoue avec une certaine fascination.

- Je croyais que vous étiez un loup-garou, dit Granger circonspecte.

- Un peu des deux, sourit le loup en leur lançant un clin d'oeil. Je suis dans la catégorie Vitesse. J'adore courir, la moto, les sports de vitesse. Ah, j'aime Yana et mon ambition et de promouvoir la condition des loups quelque qu'ils soient. Oh et avoir pleins d'enfants avec Yana. »

Yana eut la décence de s'étouffer avec son café.

« J'enchaîne alors, déclara Black avant que Yana ne riposte devant la dernière affirmation de l'Ookami. Jacob Black, 17 ans, j'appartiens à la tribu Quileute dans l'état de Washington. Je suis pour faire simple, un loup-garou également et on m'a mis dans la catégorie Force.

- Wouah, Kurosaki-kun ! Est-ce que tu aurais pensé qu'il y avait tellement de gens incroyables dans le monde ! »

Severus trouva étrange de voir la jeune fille reprendre ainsi le dessus. Elle devait montrer sa véritable personnalité, loin de la jeune femme écorchée et désespérée qu'elle avait été quelques instants plus tôt.

Kurosaki sourit presque, mais bomba semble-t-il un peu le torse, quand Black lança un clin d'œil à la jeune fille. L'air devint même légèrement plus pesant. Comme s'il l'avait également senti, Black leva les mains au ciel.

« Merci, merci ! Enfin, mes ambitions… j'attends que Renesmée grandisse pour qu'elle et moi devenions… enfin… comme je l'ai imprégnée à la naissance et qu'elle n'a que deux ans pour l'instant. Dans cinq ans elle devrait paraître de mon âge mais… »

Kurosaki et Granger furent ceux qui s'étranglèrent avec leur thé, cette fois-ci alors que Yana avait la bouche grande ouverte. Severus lui-même ne masqua pas un rictus de dégoût.

« Deux ans ? répéta Yana choquée.

- Hé, ne commencez pas, se justifia Black. Je ne la vois pas comme ça, pour l'instant. Je suis tout juste un grand frère pour elle. Je la veux heureuse, ça me suffit parfaitement. Et puis ce n'est pas comme si j'avais choisi de l'imprégner…

- Grand-frère ? répéta Yana d'une petite voix alors que Dumbledore émettait un rire étouffé.

- Ne t'en fais pas, déclara Koga qui penchait sa chaise pour poser une main sur l'épaule de son ami. Je comprends tout à fait. J'ai dû recroisé Yana quand elle avait onze ans…

- Pardon ? demanda Yana.

- Oui, tu te souviens quand tu avais cru voir un loup-garou à Lutèce ? C'était en fait moi. Je t'ai croisé plusieurs autres fois sans que tu ne le saches.

- Je ne comprends pas, déclara Granger. Comment auriez-vous pu savoir que Yana rentrerait dans votre vie, si vous dites que vous n'imprégniez pas… ?

- Ah, j'ai dû omettre mon âge, expliqua Koga. Je suis tombé amoureux de Yana avant qu'elle ne naisse. J'ai participé à la première édition du Grand Championnat parce qu'on m'a tiré de mon époque, le Sengoku Jidai. Quand j'y suis revenu, j'ai attendu cinq siècles avant de trouver Yana. »

Un lourd silence tomba sur eux, tandis que Yana posa sa main sur la jambe de son compagnon. Severus était certain qu'elle avait toujours du mal à réaliser que l'ookami avait attendu tellement de temps pour elle. Et pourtant…

« Comme c'est romantique ! déclara soudain Inoue une expression rêveuse au visage. Black-san, Ookami-san, c'est tout simplement magnifique ! »

Severus vint vite à la conclusion qu'Inoue était dans son état normal quelqu'un non seulement joyeuse, mais également bizarre. Voire un peu cruche. En employant un euphémisme.

« Heu… merci, dit Black, mais je t'en prie appelle moi Jacob ou Jake.

- Et moi, Koga.

- A votre tour, Miss Granger, demanda Dumbledore.

- Oui, professeur. Je suis Hermione Granger, et je suis une sorcière également. J'ai étudié à Poudlard ce qui m'a permis de connaître Professeur Rogue et Professeur Dumbledore. J'ai rencontré Yana lors de la dernière bataille contre Voldemort, et Mr Ookami, enfin, Koga, au bal fêtant la fin de la guerre juste avant la rentrée. Bien que sorcière, je suis dans la catégorie intelligence. J'aime apprendre. »

Severus se retint de lever un sourcil. Encore un peu, et Granger serait prête à raconter qu'elle avait les meilleurs notes de sa promotion.

« Mon ambition… je pense que je vais travailler au Ministère dans la section de régulation des créatures magiques. Le sort des elfes de maison et des loups garous entre autre est tellement injuste…

- Bien parlé, approuva Koga.

- Oh et puis… Non, ce n'est pas grave. »

Une teinte rosée passa sur les joues de la jeune femme et Severus fut heureux de l'autocensure. Il se sentait motivé d'éviter de parler de cet imbécile Weasley à l'heure actuelle.

« Sev, à toi, peut-être ? suggéra Yana.

- Je suis Severus Rogue, professeur de potions, catégorie magie. C'est tout ce que vous avez besoin savoir. »

Et ses yeux défièrent quiconque voulait en savoir plus. Yana leva les yeux au ciel, mais ne dit rien de plus.

« Je crois que c'est à mon tour, déclara joyeusement Inoue. Je suis Inoue Orihime, et suis une lycéenne à Karakura. »

Elle s'était mise droite, sa poitrine ressortant plus encore contredisant le fait qu'elle puisse être lycéenne. Yana donna un coup derrière le crâne de l'ookami qui regardait justement là où tous les regards étaient attirés.

« Yana, je t'assure je préfère largement tes…

- C'est bon, Koga, coupa-t-elle sèchement. Pas devant tout le monde.

- Je peux voir les fantômes, continua la jeune fille comme si de rien n'était, et mes pouvoirs viennent de mes barrettes qui permettent de guérir, créer un bouclier et… oui, attaquer. Mon ambition, c'est que mes amis soient heureux ! Tatsuki-chan, Kuchiki-san, Ishida-kun, Sado-kun, Abarai-kun… et Kurosaki-kun…»

Sa voix se finissait en un souffle rêveur. Kurosaki se redressait dans son fauteuil avec intensité.

« Oui, et j'aimerai avoir aussi cinq vies ! Cinq vies pour faire cinq métiers différents, et manger cinq fois plus de choses délicieuses ! Et naître dans cinq villes différentes, mais… »

Il semblait qu'elle allait en dire plus, mais elle se tut. Elle secoua la tête, puis ses mains volèrent pour prendre sa tasse de chocolat chaud qui finit renversée.

« Ah pardon ! Pardon ! Je suis tellement maladroite ! »

Elle risquait de tout faire tomber en épongeant frénétiquement la table, chose que comprit vite Granger qui nettoya les dégâts d'un coup de baguette.

« Ah merci, Hermione-san ! Oh fait, dans quelle catégorie vais-je concourir ? Magie ?

- Non, annonça Dumbledore en riant un peu. Agilité. »

Severus s'arrêta de boire son café, se demandant non pour la première fois de la soirée si la mort avait rendu sénile Dumbledore.

« Pardon ? demandèrent ensemble Inoue et Kurosaki.

- Mais oui ! Ma chère Orihime, si je peux me permettre de vous appeler par votre prénom. Vos pouvoirs qui se manifestent par la forme de petites fées, je suis certain qu'elles sont très agiles.

- Ahh, d'accord. Je ferai de mon mieux ! »

Elle montra un biceps hors de la manche de son kimono comme pour prouver sa détermination. Pourtant à l'exclamation de quelques uns, il n'était pas le seul à avoir aperçu des bleus sur les avant-bras de la jeune fille. Kurosaki se pencha en avant comme pour la rejoindre, mais ses mains agrippèrent les accoudoirs du fauteuil pour se retenir.

Elle sembla s'en apercevoir vu la vitesse à laquelle elle baissa son bras, honteuse. Un silence s'installa de nouveau. Un qui demandait au fond des réponses.

« Qui est cet Aizen ? demanda Yana non sans douceur à la jeune fille à côté d'elle. Que s'est-il passé réellement tout à l'heure ? »

Inoue baissa la tête, ses poings serrés sur ses cuisses. Elle se mordait la lèvre comme pour s'empêcher de parler.

« Aizen… était un shiningami, un capitaine même, l'un des plus forts. »

A la surprise de tous, c'était Kurosaki qui parlait. Il portait ce qui devait un être son expression perpétuelle : un froncement de sourcil bourru.

« Il s'est servi d'une amie à nous, Rukia, elle-même Shiningami pour récupérer le hogyoku, la clé pour atteindre la dimension du roi. Il a trahi la Soul Society pour pouvoir être le maître du monde. Le maître du monde des vivants et des morts. »

Inoue ne répondit pas, et Kurosaki fronça d'autant plus les sourcils.

« Puis quand il est devenu le maître des enfers, du Hueco Mundo et des âmes perdus de ses Hollows… il fit enlever Inoue. Et nous, nous sommes partis la chercher.

- Vous n'auriez pas dû, dit-elle. Je n'en valais…

- Inoue ! »

Elle sursauta et se força de regarder Kurosaki. Ils donnaient l'impression d'être seuls, sans autre témoin autour d'eux.

« Nous avons échoué, dit durement Kurosaki. J'ai échoué. Inoue est restée auprès d'Aizen. Parce que… c'était notre seule chance d'être sauvés, n'est-ce pas ? »

Une colère froide filtrait dans la voix du jeune homme. Si la question lui était adressée, Inoue ne répondit pas.

« Je suis Kurosaki Ichigo, dit-il finalement avec détermination. J'ai seize ans. »

Yana retint une exclamation de surprise, sans doute devant l'improbabilité de l'âge du garçon. Il aurait certes pu se faire passer de quelqu'un de dix ans de plus. Mais après tout, elle n'aurait pas dû être étonnée avec son compagnon qui pour ses six cent cinquante et quelques années ne paraissait pas avoir dépassé la trentaine ou avec Black à qui on aurait également donné dix ans de plus.

Pourtant, Kurosaki continuait sa tirade sans prêter attention aux autres, son regard plongeant dans celui d'Inoue.

« Je suis lycéen et Shiningami remplaçant. Ma fonction est de sauver les âmes perdues sur terre en les envoyant à la Soul Society avant qu'elles ne deviennent des Hollows. Mon rôle est de protéger mes amis, ma famille, ma ville. Mon ambition est de ramener Inoue auprès de moi… de nous tous. »

La fin fut précipitée dans un lapsus sans doute révélateur, même s'il décrocha le regard de la jeune fille qu'il avait juré de protéger, sa détermination flottait encore dans la pièce. Elle serait d'autant plus grande s'il savait quel avait été le sacrifice de la jeune fille pour lui. Severus hocha de la tête. Où allait donc ce monde ? Et qu'était-il pour s'intéresser à ces personnes ? Non, leurs affaires ne le regardaient pas. Il avait suffisamment donné face à Voldemort.

« Kurosaki-kun est gentil, dit Inoue. Il pense à protéger tous ses amis. C'est pour cela qu'il ne devrait plus s'inquiéter pour moi. Kurosaki-kun a déjà bien suffisamment à faire… »

Malgré la douceur de sa voix, il y avait comme un reproche, ou plutôt une mise en garde dans son ton. Et Severus fut certain d'une chose : la joyeuse et extravagante Inoue présente quelques instants plus tôt n'étaient en fait qu'une façade pour rassurer Kurosaki. Oui, il deviendrait fou de rage s'il apprenait ce qui se cachait derrière cette façade.

Kurosaki allait ouvrir la bouche, mais il fut coupé par un applaudissement de Dumbledore.

« Bravo pour ces projets ! Nous ferons tous de notre mieux pour parvenir à atteindre nos objectifs.

- Tout à fait, acquiesça Koga. Pleins d'enfants !

- K-Koga !

- Et pour t'aider, mon cher Ichigo, dit Dumbledore après un rire à l'encontre de la réaction de Yana, je vais te mettre dans la catégorie vitesse.

- Hé ! protesta Koga. D'habitude c'est moi qui ai la suprématie dans cette catégorie !

- Ah, mais si tu avais vu la vitesse d'Ichigo dans sa forme Bankai ! Je suis certain que vous ferez une très belle équipe tous les deux. »

Vu le regard incertain qu'échangèrent Kurosaki et l' ookami, Severus, lui, aurait parié le contraire.

« Bien, en attendant, je pense qu'il va falloir s'organiser pour loger tout le monde, annonça Yana. Les filles pourront aller dans la chambre de mes parents et Ichigo et Jacob dans la chambre d'amis. Bien sûr, j'ai toujours ta cave réservée, Severus. Qu'en penses-tu Koga ?

- Je crois que ce ne sera pas nécessaire, dit Dumbledore. Nous avons rendez-vous à trois heures du matin pour le Grand Championnat.

- Déjà ? demanda Yana.

- Oui, à la porte des étoiles.

- La porte des étoiles ? répéta Granger. Mais ce sont des artéfacts légendaires. Bill en parlait au sujet de peintures dans une ancienne pyramide d'Egypte…

- Oui, maintenant que tu le dis, ajouta Yana. Un grand cercle métallique qui ferait voyager de planète en planète, non ?

- Il y en a deux sur terre, expliqua Dumbledore. L'une appartient à l'armée américaine. La seconde passe de mains en mains de façon plus ou moins officielle. Il semblerait que c'est celle-ci qui a été récupérée par les nouveaux organisateurs du Grand Championnat. Et ils m'ont donné l'adresse du lieu où nous la trouverons. C'est-à-dire, place du Chatelet à Paris.

- Vous n'êtes pas sérieux ? demanda Yana. C'est une des places les plus fréquentées de Paris, et en plus juste à côté du quartier sorcier de Lutèce. Comment un tel objet pourrait y être caché ? »

Les yeux de Dumbledore clignèrent.

« Je crois que nous verrons sur place. Il n'y a plus qu'à nous y rendre.

- Je vais vous y conduire, annonça l'ookami. Yana ne peut pas nous y faire Voyager une fois de plus. »

Severus vit Yana pâlir et il se souvint de ce qu'elle lui avait dit en début de soirée.

« Je peux encore faire un petit effort, Koga, je t'assure…

- Non, je ne voudrais pas que tu te Désactives. En plus, en vingt minutes nous y serons. »

C'est-à-dire, trois fois plus rapidement que Yana, avec une circulation fluide. En effet, il devait être un véritable chauffard sur la route. Pourtant, Severus ne put intervenir à temps pour empêcher l'inévitable.

« Ce sera parfait, déclara Dumbledore d'un ton définitif. Severus, Miss Granger, vous utiliserez un sortilège d'Aménagement pour que nous puissions tous rentrer confortablement dans la voiture. Et si nous partons maintenant, nous aurons même de l'avance sur le programme.

- Bien, acquiesça Koga. Je prends juste quelques affaires de rechanges pour Yana et moi, et je vous rejoins à la voiture. »

Il s'éclipsa en un coup de vent, comme il avait souvent l'habitude de faire. Yana se leva en soupirant, mais déclina l'offre d'aide de sa voisine Inoue. Ils se dirigeaient tous vers la porte d'entrée quand Koga se présenta à leur droite, sur les escaliers, un sac de voyage sur l'épaule.

« J'ai aussi pris des affaires pour Ichigo, Jacob, et Orihime. Il faudra juste que tu fasses un ajustement pour les hauts d'Orihime, Yana.

- Je devrais dire la même chose pour tes chemises, Koga, répondit-elle avec une amabilité feinte.

- Mais Yana, puisque je te dis que… »

Elle ouvrit la porte après un regard assassin sur son loupiot qui parvint à le faire taire. Car après tout, ils n'avaient aucunement besoin d'entendre plus sur leur vie privée, chose qu'avait apparemment du mal à comprendre l'ookami. Il n'était pas quelqu'un qui brillait par son intelligence, quand bien même il avait gagné en maturité en cinq siècles.

Les portes se fermèrent et les lumières s'éteignirent dans la maison pavillonnaire protégée par le sort de Fidelitas. Granger s'évertua à pratiquer le sortilège d'aménagement sur la voiture citadine de Yana, chose qu'elle réussit sans difficultés au grand regret de Severus. Il ne l'avouerait sans doute jamais, mais l'un de ses plaisirs était de pointer les imperfections chez ses élèves, en particuliers, lorsqu'ils étaient des Gryffondors. Granger avait pour elle la détestable habitude d'être douée en magie, même lorsqu'elle devenait complexe. Même si c'était plus un talent acquis dans les livres que de façon innée.

Ce fut Black qui accompagna l'ookami à l'avant. Yana prétexta assez maladroitement qu'elle devait appeler ses parents pour les prévenir de son absence. Et, lorsque tous furent installés et que l'ookami démarra, Severus comprit alors pourquoi Yana jurait de ne plus jamais monter dans une voiture conduite par son compagnon. Il ne lâchait quasiment pas l'accélérateur.

Il était heureux que Granger eût pensé à mettre suffisamment de ceinture de sécurité pour tout le monde (si on ne comptait pas Dumbledore). Bien qu'en y réfléchissant, ses doigts étaient tellement crispés sur la banquette, qu'il avait peu de chance de partir percuter une autre personne dans la voiture. Pourtant, il fallait noter que Dumbledore traversa désagréablement les membres de l'équipe assis à l'arrière.

Severus remarqua que Black, Dumbledore et Inoue semblaient franchement apprécier la conduite de l'ookami. Surtout Inoue qui paraissait s'amuser autant que dans une attraction d'une fête foraine, et cela rendant plus mal à l'aise sa voisine Granger.

Mais, effectivement, au bout de vingt minutes de route, ils arrivèrent au centre de la capitale française, non loin de la place de Chatelet. L'ookami trouva une place où stationner, et très vite, Yana, Granger, Kurosaki s'extirpèrent de la voiture. Severus les suivit rapidement.

« C'était génial, Koga-san ! félicita Inoue. On se serait cru dans le train fantôme le plus rapide du monde !

- Je devrais tenter la queue de poisson que tu as fais trois rues plus loin, ajouta Black. C'était franchement pas mal.

- Merci, j'essaye de faire de mon mieux. L'idéal c'est de savoir où sont les radars, et après, la conduite vient d'elle-même. »

Severus se sentait aussi pâle que Yana et Granger, et on pourrait même penser que Kurosaki touchait au vert.

« Tu as conduit comme un malade ! lui lança-t-il. Tu aurais pu nous faire tuer !

- Mais non, rétorqua l'ookami en balayant l'accusation du rouquin d'un mouvement de la main. Je contrôle ce que je fais. »

Et le pire, c'était que Severus n'avait aucun doute sur ce dernier point.

Ils se dirigèrent sur la place de Châtelet, quasi désertée à cette heure de la nuit mis à part les quelques fêtards qui allaient de soirées en soirées. Leur groupe paraissait sans doute étrange, mais avec la proximité de Lutèce, et cette heure tardive, cela n'était pas aussi inhabituel.

Les néons orange éclairaient la grande fontaine au centre de la place d'où s'élevait la colonne qui portait en haut, un ange doré, symbole de victoire. Tout autour trônaient des sphinx, cracheurs d'eau.

« Je ne vois rien qui pourrait ressembler de près ou de loin à une porte des étoiles », remarqua Yana.

Dumbledore s'avança vers la fontaine, et tourna tout autour de la colonne centrale, indifférent de traverser sans la toucher l'eau qui y jaillissait.

« Et moi, je crois bien l'avoir trouvé. »

Severus s'approcha de la fontaine à son tour, et c'est là, dans le bassin, qu'il vit un cercle de pierre ou de métal gris, portant ponctuellement des marques à l'allure de hiéroglyphes. Il allait émettre des doutes sur la fonctionnalité d'une fameuse porte des étoiles incrustées dans un bassin d'une fontaine, mais des bruits suspects l'en empêchèrent.

Il semblait donc qu'une équipe concurrente était également arrivée au point du rendez-vous. Une équipe que Severus aurait bien pu se passer.