Vendredi 31 Août 1767
Ma tendre, mon adorée, mon amour.
Je ne sais comment t'expliquer tout cela, tu ne recevra peut être jamais cette lettre ci.
Comment pourrai je te définir exactement ce qui s'est passé et ce qui va se passé, alors que tu n'as rien vécu de tel, et j'aurai voulu que ce soit aussi mon cas.
Si mes mots se confondent et paraissent troubles, c'est parce que les forces me manques, la douleur qui tout à l'heure était anesthésiée par l'adrénaline me fait à présent souffrir comme jamais une douleur ne m'avait fait souffrir.
Je vais essayer d'utiliser chaque forces restant en mon corps pour t'écrire les mots de cette lettre.
J'étais en train de m'assoupir sur la chaise d'où je t'avais écris ma précédente lettre quand une main sur l'épaule m'arracha à mes soupirs.
-Will, je vais avoir besoin du revolver, me fit Jack.
-Pardon, lui ai je rétorqué, pourquoi me demande tu ça ?
-Nous cherchons partout depuis environ trois heures avec Sir Alexandre et nous n'avons toujours rien trouvé, le seul endroit que nous n'avons pas vérifié est la forêt, et il est évident que le sauvage est là bas.
Nous allons donc prendre quelques armes et nous y rendre pour obtenir la peau de ce monstre.
C'est pour ces raisons que je te demande le revolver ?
-Tu as perdu l'esprit ou quoi, dois je te rappeler que ce fou a réussit à tuer à lui seul douze hommes dans la forêt.
-Oui mais aucun de ces hommes n'avait une arme digne de ce nom.
-Le sauvage nous a attaqué avec un canon, ce n'est pas la ce petit revolver qui fera pencher la balance en votre faveur, en particulier si vous vous aventurez dans son terrain.
-Et que proposes tu alors ?
-Nous devons faire ce qui était prévu, attendre la tombée de la nuit puis tenter de l'attirer ici, pour prendre le moins de risque possible.
-Prendre le moins de risque possible ?
Tu n'as que cela à me proposer, une stratégie de lâche, toujours faire des actions à l'abri du danger, toujours se méfier de ce qui pourrait t'arriver.
-Je t'interdis de me parler sur ce ton Jack, je suis ton ainé.
-Et alors, qu'est ce que cela peut bien me faire, nous sommes à des centaines de lieux de la maison, et personne a part toi ne pourra me reprocher de te manquer de respect.
-Et que feras tu si tu te retrouve seul face à lui à découvert, lorsque tu seras à sa merci ?
-Je me servirai de ce revolver pour le mettre à terre, puis je l'achèverai d'un coup dans la tempe.
-As tu une seule idée de ce que cela peut faire d'abattre quelqu'un ?
-Et toi en as tu une ?
Un long silence avait pris place car ma bouche ne pouvait le combler, Jack saisit le revolver sur la table et reprit :-De toute façon, nous ne nous aventurons pas loin.
Je le regardai ressortir de la maison, sans un regard, sans hésiter, d'un pas déterminé; tuer le sauvage semblait être la chose qui lui importait, il ne ressemblait plus à mon petit frère si drôle et affectueux qu'il était auparavant, c'était à présent un adulte avide de pouvoir et d'argent qui n'hésite pas à risquer son existence pour en obtenir d'avantage.
Ma chérie, ma chérie, je crois que je ne pourrai jamais te faire comprendre par des mots ce que je ressens en ce moment, jamais autant de larmes n'ont pus couler de mon visage, jamais autant le poids du désespoir ne m'a autant étouffé.
Il était six heures du soir et le soleil commençait à s'écraser à l'horizon, j'étais au dernier étage de la si grande maison, sur le balcon, en train d'admirer l'horizon, le labrador de monsieur Gotfroi qui n'avait pas put quitter la maison, me faisait milles caresses en l'absence de son maître.
Je repensais au massacre : comment un seul homme avait put tuer dans des conditions atroces une quinzaine de personnes, et ne pas réussir à éliminer les deux seul qui n'étaient pas armés.
« A croire qu'il épargne les gens non armés, mais massacre ceux qu'il le sont ! » me suis je dit alors.
Lorsque soudain comme un éclair qui perça mon esprit, un rugissement se fit entendre de la forêt faisant fuir les oiseaux de celle-ci.
-Non ! Hurlai je alors, et comme pris de folie, je saisit la poivrière et dévala les escaliers de la maison, défonça la porte de la terrasse d'un violent coup de pieds et me mit à courir de toute mes forces.
Je ne put stopper cette action que lorsque d'un racine me fit trébucher, je me releva et m'appétais à reprendre la course lorsque qu'un sensation froide coula de mon front tout le long de mon visage.
Sous mes yeux horrifiés, c'était une goutte de sang qui avait parcouru ma face entière, suivie d'une seconde qui emprunta la même chemin, puis un troisième, jusqu'à qu'un véritable petit ruisseau ce forme sur mon corps.
Je relevai alors doucement la tête, très doucement vers en haut lorsque soudain la vision la plus horrible qui m'eut été donné de voir s'offrit à moi : deux corps... dépourvus de peau, suspendus par les jambes à un arbre.
Ma respiration s'accéléra et devint plus forte, un souffle puis un second et je me mit alors à hurler, à pousser un cris d'épouvante.
Le corps aussi torturé et mortifié qu'il était me permettait de reconnaître qu'il s'agissait de Jack, je reconnaissais son visage.
Ma chérie, je ne pourrai vivre une vie normale après avoir vécu et vu cela, et je pense que c'est mieux pour moi.
La vision de ces deux décédés, dont l'essence vitale s'échappait en scintillant à la nuit, créa en moi une fureur tel que ma vision se troublait et que mes larmes et ma sueur se mélangeait dans une immonde sensation.
Plus rien n'avait d'importance à mes yeux, je ne prêtais même plus attention au bruits de la forêt qui portant étaient bien trop proche de moi.
Les affaires et les habits de Jack et Sir Alexandre macérait au sol dans les feuilles et le sang, je vit alors les abruptes formes du revolver qui en ressortait, et sans même y réfléchir je le saisit d'une main et empoigna la poivrière de l'autre et je me mis alors à crier du plus fort que je pouvais : « Allez viens !
Je suis là, je suis la dernière de tes victimes, sors de ta cachette et viens m'affronter.
Je tira un coup de feux du revolver, puis attendis, attendis patiemment, qu'il se passe quelque chose ».
Mais rien la forêt était silencieuse, pas un bruit ne se produisait, et la teinte ocre du soleil couchant avait fait place à un nuit, une nuit bien sombre, malgré les milles joyaux qui scintillaient dans les cieux.
Il n'y avait aucun bruits, aucun chuchotements perceptibles, je ne voyais rien a part les ténèbres, mais lui, lui il me voyait.
Soudain, un glissement métallique se fit entendre, et tomba au loin dans les arbres, une forme inconnue, qui semblait m'emprisonner du regard.
Je restai un moment puis la seule chose qu'il me vint à l'esprit fut de courir dans la direction du château Gotfroi en égaillant la chose de cris pour attirer la bête.
En courant, je me rendis compte que la forêt paraissait plus abrupte et touffue qu'en pleine journée et chaque brindille et branchage par terre se transformait en obstacles pour ralentir ma course.
Quand inévitablement, une grande branche me refit trébucher pour m'écrouler au sol, sachant que le sauvage se rapprochait de moi, je voulu me relever mais une racine avait accroché mon pantalon et l'avait quasiment déchiré en bougeant.
Je m'étais retrouvé ainsi à moitié nu, coincé au sol par mes vêtement, dans cette forêt sombre où un prédateur était à mes trousses.
J'ai parvenu à me libérer en arrachant de mes dents, ce qui restait accroché de mon pantalon, pour finalement me retrouvé en maillot de corps déchiré, immaculé de sang et de crasse.
J'ai alors repris ma course vers le champ de tabac duquel je voyais à présent dépassés les premières plantations.
En courant, le souffle du vent était si fort que je pouvais à peine tenir mes yeux ouverts sans pleurer que plus aucun son ne parvenait à moi excepté ce souffle.
Une foi arrivé sur la terrasse du château, j'ouvris la porte de domestique qui menait au salon d'un violent coup de pied et la referma en la claquant.
Je m'écroua alors contre celle ci, le visage mut de tristesse et de rage, j'étais tellement exténué que sans m'en rendre compte le moins du monde, je m'assoupis.
Je fus ramené à mes esprits par le son d'un vase que l'on brisait.
Je sauta dans mes gonds, il faisait nuit, il n'y avait pas de bruit, et même le son de l'horloge avait disparu.
Je fus comme parcouru d'un être glacial lorsque je compris que mon revolver n'était plus sur moi : l'étui bien fermé dans lequel il était placé avait été ouvert et vidé, tandis que la poivrière elle était bien sur mon côté, cette créature jouait avec moi, j'en avais la certitude, cette chose n'est en rien un sauvage elle était au contraire très maline et je crois qu'entre moi et elle, je suis celui que l'on pourrait qualifier de ce terme.
J'avais saisit dans la cuisine un couteau bien affuté pour compenser cette perte.
Le bruit venait de l'étage inférieur, je m'en souvenait, j'avançais à pas de loup de l'escalier la poivrière braqué vers l'obscurité.
Lorsque tout à coup, je sentis quelque chose bougé derrière moi, et la mort fila dans les airs, dans de grands jets de sang, et des cris de douleurs.
Je tranchait, coupais, plantais, tuais; je ressentais la rigidité de la chair qui se refusait à laisser pénétrer la lame, et je pris un atroce plaisir à tuer ainsi l'assassin de mon frère.
Je ne pus m'arrêter que lorsque je compris que ma pauvre victime était le chien de Monsieur Gotfroi que j'avais sauvagement agressé.
Je relâchai subitement l'arme du crime et admirait mon œuvre, la pauvre bête était à présent bel et bien morte, des dizaines et des dizaines de plaies étaient grandes ouvertes, partout sur son corps et son beau pelage beige était à présent noircie par le sang dans l'obscurité.
Cette vision aussi écœurante et triste soit elle, me redonna un élan de courage, qui n'avait pourtant aucune logique, j'avais réussie à tuer un chien sans défense et je me pensait capable de pouvoir éliminer la chose, une pensée que ne me parut ni horrible ni stupide sur l'instant, d'autant plus que je ne pouvais me laisser croire que le bruit de verre brisé avait été causé par le chien.
J'ai descendu les escaliers doucement, très doucement en évitant les sons que chaque marche pouvait produire.
J'avais atteins l'étage inférieur, dans le couloir sombre des chambres d'enfants, j'ouvrais méthodiquement chacune des portes des chambres pour vérifier s'il n'y avait personne dedans.
Toutes vides, je m'apprêtais à refermer la chambre du fils de monsieur Gotfroi lorsque je remarquai quelque chose d'étonnant, en pénétrant dans la pièce, je me rendis compte que quelque chose gisait au sol.
En m'approchant de plus près, je vis alors des bouts de verres brisés, sur la table de travail se trouvait la cadre du crabe qui m'avait interpellé, il était brisé et l'animal semblait avoir été vulgairement arraché puis reposé.
Je me laisser hypnotiser par cette vision, ne faisait plus aucun geste lorsque j'entendis un bruit qui raisonna dans la maison, un bruit indescriptible, comme le sifflement d'une flute grave.
Je ne fis plus aucun geste, j'entrepris alors de sortir de la chambre, pour retourner au vestibule de l'entrée, je braquai avec la poivrière tout ce qui brillait et tendait le couteau de cuisine de l'autre main.
Je me trouvais alors dans le couloir qui reliait le vestibule au salon principal de la maison, lorsqu'une voix à peine perceptible se fit entendre mais résonna en mon esprit comme un coup de tonnerre : « Will » avait elle fait d'un ton implorant.
Je ne savais d'où elle avait pris naissance, mais je me précipitai au salon, une foi atteint, je me mis à regarder dans touts les coins, ne laissant aucun détail au hasard; La voix m'était familière, tellement familière que je compris qu'elle ne pouvait venir que de Jack.
Le salon était la pièce la plus grande de la maison, haute de trois étages, large comme une rivière, deux grands escaliers parcouraient les niveaux du bâtiment en spiralée.
La partie face aux escaliers étaient un mur formé de vitrages qui donnait sur le terrasse principal, il n'y avait alors aucune lumière excepté celle du croissante de lune que miroitait la terrasse dans la pièce, en créant une étrange couleur bleutée.
Je montai les marches doucement puis arriva au dernier étage, le rez de chaussée baignait dans l'obscurité.
Je m'appuyais sur la rampe pour reposer mon corps, lorsque soudain.
Il y eut alors un rire, un rire atroce, grave et pervers.
Ce rire ma chérie, n'était pas humain, aucun homme sur terre n'aurait put avoir une telle voix, je peux te garantir à présent que je n'ai pas à faire à un homme mais à quelque chose de bien plus monstrueux, même l'idée d'un démon me paraissait moins effrayante.
Mais yeux voyait flous, mes jambes tremblaient, à ce moment là, j'aurai tout donné pour pouvoir me blottir sous une couverture en attendant que les cauchemars passent, comme un enfant.
Mais rien, j'étais seul dans le noir, avec ce monstre, qui était là, je vis alors une masse bouger dans l'ombre, je braqua la poivrière et tira.
Le coup était si fort que je crus me déboité le bras, et dans un claquement très bruyamment, quelque chose tomba à terre en un grand fracas.
J'observai plus attentivement , et je me rendis que compte que ce qui s'était écroulé, était en réalité un armoire de monsieur Gotfroi qui était disposée dans le salon, elle avait surement dut tomber après avoir été déstabilisée.
Je voulus m'enfuir plus profondément dans l'étage supérieur de la maison quand un suintement résonna.
Une douleur horrible accabla ma jambe, je regardai et vis les deux lames dentelés qui étaient plantés au mur et l'une d'elle avait pénétré le muscle de ma jambe gauche en passant, je poussa un hurlement de douleur et tentai de libérer mon pauvre membre de ce piège infernal.
Je sentis que la bête se rapprochait de moi, je fis alors une chose absurde, pour me libérer des griffes de la lame, je saisis ma jambe à deux mains et la fit de toute mes forces bouger pour que la lame coupe ce qu'il restait de chair entre elle et l'air libre.
Dans un second hurlement de douleur, je parvins me libérer, la silhouette qui arrivait vers moi ne semblait pas pressée.
Je me précipitai tant bien que mal vers la fenêtre la plus proche et de mouvement de folie, me jeta à travers celle-ci.
La chute me parut durer une éternité, et je ne sais comment une foi au sol, j'étais toujours vivant, je pensais m'en être sortit indemne mais je ressens à présent la douleur que me produit ma main gauche cassé, mon entorse à la cheville droite ainsi que la grande fracture que je me suis fait un bassin; j'ai l'impression que milles bouches affamés me dévore sur place en me faisant souffrir le martyr.
Ma chérie, ma tendre, j'ai peut être réussis à ramper jusqu'ici, au cabanon, mais je ne pourrais plus rien faire d'autre.
La créature semble m'avoir laissé un temps de répit mais c'est finit à présent, j'entends ses pas qui se rapproche dehors, je vois mes larmes tombé sur le papier de cette, je vois mon sang qui se déverse abondamment de tout mon corps.
Ma chérie, j'aurai tellement voulu ne pas vivre cela, j'aurai tellement voulu rester en Angleterre et ne jamais pauser les pieds sur ce sol maudit, j'aurai tellement voulu une dernière foi sentir le contact de tes lèvres sur les miennes et voir la beauté des tes cheveux brins sillonner sur tes taches de rousseurs, j'aurai tellement voulu une dernière foi te serrer dans mes bras.
Ma chérie, il me reste encore de quoi faire un tir avec la poivrière, il sera pour lui ou bien il sera pour moi.
Il est là à présent.
Adieu ma bien aimée.
