Rating: T parce que le sujet est morbide, et parce que Cid ne sait pas être poli.

Résumé: Un voyage pour enquêter sur la mort d'un être cher peut cacher d'autres motivations. La mort n'est jamais facile à accepter... Et si finalement ce qu'ils avaient cherché tout ce temps c'était une chance de lui dire toutes ces choses passées sous silence ?

Rappel: L'usage de l'italique indique un flash back.


Chapitre un: Rivière de larmes.

Ils étaient tous venus. Ils étaient là pour elle, pour lui dire adieu. Ils ne s'adressèrent que peu ou pas la parole.

Cloud dut soutenir Tifa car elle titubait. La nausée ne l'avait plus quittée depuis l'annonce, et Cloud avait été trop empli de chagrin pour prendre convenablement soin d'elle. Alors il faisait de son mieux, la serrant contre lui d'une main, et se laissant broyer l'autre par Denzel qui essayait d'être aussi fort que lui en retenant ses larmes trop nombreuses.

Barret portait Marlène et lui remémorait à mi-voix toutes les fois où il avait eu envie de botter le cul de Yuffie Kisaragi. Marlène parvint à sourire parmi ses larmes, se souvenir de son amie lui faisait du bien.

Shera, la femme de Cid, tentait de faire bonne figure, mais ses yeux rougis la trahissaient. Cid ne tenait pas en place et beuglait pour un oui ou un non. Parfois, il s'arrêtait brutalement, et ses larmes reprenaient alors qu'il murmurait des choses dont le seul mot compréhensible était « Yuffie ».

Nanaki était posté aux côtés de Godo, le père de Yuffie que la douleur rendait petit et sans charisme, comme une marionnette sans marionnettiste.

Reeves se tenait un peu à l'écart, de temps en temps, il levait la tête vers le ciel bleu et fermait les yeux, comme pour empêcher ses larmes de couler.

A quelques mètres derrière la foule, Vincent Valentine observait silencieusement toute l'agitation dénuée de bruit. Quelques chuchotements montaient parfois, des larmes coulaient souvent, et il ne se sentit pas à sa place. Il n'arrivait pas à pleurer, pas même pour Yuffie. Et il avait encore moins de choses à dire. L'étau qui retenait son cœur s'était comme resserré depuis plusieurs jours. Les mots de Cid l'avaient blessé plus qu'il n'aurait osé l'avouer. Penser qu'il était insensible à la mort de cet être si extraordinaire qu'était Yuffie, c'était l'insulter gravement. Car à cet instant précis, rien ne le touchait plus que de savoir que son corps sans vie était là quelque part non loin. Il ne pourrait pas la voir une dernière fois, pas même pour s'assurer que le cauchemar était bien réel. Il ferma les yeux.

Un rire cristallin vint le déranger. Il fronça les sourcils sans rouvrir les yeux.

-Hey Vinnie, tu joues à cache-cache avec quelqu'un ?

-Yuffie..? souffla-t-il en rouvrant brusquement les paupières.

Il constata qu'il n'était plus sur la grande place de Wutaï proche de la Rivière de la Vie mais dans une prairie où des fleurs multicolores s'agitaient sous une légère brise.

Il vit Yuffie s'approcher de lui et la dévisagea sans comprendre. Elle lui adressa un sourire triste.

-Je suis désolée de ne pas pouvoir jouer avec toi, dit-elle. Une autre fois ?

Il acquiesça sans pouvoir rien dire, subjugué par le soulagement que la voir lui offrait.

-Je dois y aller, à bientôt Vinnie, amuse-toi bien, reprit-elle.

Elle se mit sur la pointe des pieds et embrassa sa joue.

Il ne sentit rien, retour à la réalité.

Une unique larme s'échappa et il l'essuya sur la joue que Yuffie avait embrassée.

-Vincent ? l'appela doucement Nanaki. Godo aimerait que tu viennes dire adieu à Yuffie de plus près. Il dit que c'était très important pour elle que tu sois là.

Il accepta et suivit son ami à quatre pattes jusqu'à la civière sur le sol où une Yuffie endormie, paisible pour la première fois depuis qu'il la connaissait, reposait. Il s'agenouilla et caressa sa joue. Quelque chose n'allait pas dans ce tableau. Elle n'aurait pas dû être là, si proche de partir, c'était à lui de partir, c'était toujours à lui de la laisser seule et non l'inverse.

Il se releva et fendit la foule pour échapper à la douleur, il ne supporterait pas une minute de plus.

Il entendit les chants funèbres alors que la civière était amenée à la rivière, il ne se retourna pas. Il ne se retournerait plus jamais.

Parce que Yuffie ne serait plus là pour le rappeler.


-Hey Vinnie ! Où tu vas comme ça ?

-Tu n'es pas obligée de me rattraper à chaque fois que je m'en vais Yuffie, soupira-t-il.

La jeune ninja sourit et croisa les bras.

-Et qui te rattraperait si je ne le faisais pas ?

-Personne, reconnut-il. Mais je pourrai peut-être aspirer à la paix.

-Oh allez Vinnie, fais pas le rabat-joie, on va fêter notre victoire au bar de Tifa, viens !

Elle lui avait fait le coup des yeux qui brillent d'excitation, ceux qui vous supplient de faire une heureuse. Et il avait cédé, comme souvent, à son nouveau caprice. Yuffie n'était pas la personne avec laquelle il passait le plus de temps dans le groupe Avalanche, mais elle était celle qui le ramenait toujours à ceux qu'elle aimait appeler leurs amis. Et il aimait la croire parfois, se dire qu'il avait des gens qui l'appréciaient. C'était là tout le charme de Yuffie, elle savait vivre et faire vivre.


Reeves resta bien après les autres, les yeux fixés sur la Rivière qui avait englouti sa complice. Il s'assit dans la pelouse et se demanda sérieusement comment on avance après une telle douleur. Yuffie avait été si gentille avec lui, toujours là pour rire et s'amuser, toujours là pour lui pardonner ses traîtrises et ses tours farfelus. Enfantine, joyeuse et toujours à fanfaronner, agacer, et parler. Comment une telle force de la Nature avait-elle pu s'éteindre ?

Au fond de lui, il sentait qu'on lui avait arraché le cœur dans une mauvaise opération. Mais on ne l'avait pas loupé assez pour le tuer, et il devait vivre à jamais avec ce cœur malade, épuisé, entaillé. Il n'y aurait plus de mission, plus de sauvetage, plus de combat, c'était fini. Yuffie venait d'emmener sa foi avec elle, et il espérait qu'au moins elle lui servirait plus à elle qu'à lui.

Et au fond, peut-être n'attendait-il que l'ouverture d'une porte qui l'aurait dissimulée depuis le début à leurs yeux embués.

Elle si jeune, si belle, si pleine de vie, elle les devançait tous, vieux fous qu'ils étaient.


-Vincent, Vincent réveille-toi... C'était qu'un cauchemar.

Il se redressa en sursaut, essoufflé. Il se passa les mains sur le visage en soupirant. Son ventre se noua, et il ferma les yeux en sentant des larmes s'y précipiter.

-Pourquoi es-tu partie Yuffie ? souffla-t-il. C'est trop rapide, trop injuste... Tu ne méritais pas ça.

-T'en fais pas pour moi, je vais bien Vincent, lui répondit la voix fantomatique.

-Comment en être sûr ?

-Tu n'as plus confiance en moi ?

Il retomba sur le dos et observa les étoiles par la fenêtre.

-Rendors-toi, murmura-t-elle.

Il soupira et ferma les yeux. Le sommeil le trouva vite, mais il fut agité.


Cid shoota dans un caillou qui termina sa course dans l'eau. Il continua sa route sans but, il avait quitté le vaisseau depuis deux heures, partant errer dans la campagne Wutaïenne. Il ne savait même pas s'il savait rentrer, ni même s'il en avait envie. On lui avait arraché sa Yuffie avant qu'il ne lui dise toutes ces choses qu'on n'ose dire aux vivants mais qu'on rêve d'avouer aux morts.

Il avait passé son temps à lui crier dessus, à la faire cible de ses jurons ou de ses humeurs, oubliant à quel point elle comptait. Yuffie c'était la gamine insupportable, toujours dans ses pattes à jubiler ou le taquiner, Yuffie c'était la jeunesse et la naïveté, l'enquiquineuse parfaite. Dieu ce qu'il avait pu la maudire, elle, et ses idées farfelues. Il ne comptait plus les altercations, allant de la fois où elle avait repeint son engin à celle où elle avait eu le mal de l'air au point de ne pouvoir se retenir de souiller son sol tout neuf.

Yuffie, c'était celle qui l'agaçait à le forcer à être galant avec Shera, lui il n'osait pas ces choses-là. C'était également celle qui organisait des fêtes idiotes où l'alcool déliait les langues et faisait danser. C'était celle qui pouvait se relever plus vite que tout le monde d'un coup dur pour motiver à aller de l'avant, au risque de passer pour une insensible. Yuffie, elle préférait être considérée comme une mauvaise personne si ça pouvait sauver des vies.

Yuffie, c'était un peu comme sa fille. Il lui avait appris à conduire des engins volants, montré les combats avec des armes à feu, enseigné la danse dans les règles, appris des milliers de jurons nouveaux, il l'avait même initiée aux joies de faire des ricochets. Yuffie, c'était la gamine apeurée qui lui avait broyé la main pendant un quart d'heure avant que son cavalier pour la fête annuelle de Wutaï n'arrive, c'était l'insupportable surexcitée qui avait fini en larmes dans ses bras lorsque son cavalier était parti pour une autre danseuse des mois plus tard, c'était la petite fille désespérée qu'il avait veillé nuits et jours alors que Vincent était porté disparu après l'explosion d'Oméga.

Yuffie, c'était comme sa fille, et on la lui avait arraché avant qu'il n'ait pu songer qu'un jour peut-être il allait falloir qu'il lui dise à quel point elle comptait.

A quel point il l'aimait.

Il shoota dans un nouveau caillou qui rebondit sur l'eau en ricochet. Il tomba à genoux, se cachant le visage dans les mains. La douleur était trop forte, chaque chose la lui rappelait.

-Hey Cid, arrête de pleurer et bouge tes fesses !

Il se redressa et regarda partout autour de lui. Il fronça les sourcils, son imagination était-elle cruelle à ce point ?

-Mais quelle larve, tu vas bouger ou c'est moi qui te botte le cul ? Ta femme t'attend !

-Yu... Yuffie ? Où es-tu ?

-Bouge Cid, ne perds pas ta vie. Tu me retrouveras.

-Comment ?

-Prends au Nord, elle t'attend au sommet de la colline de Wutaï.

Cid cherchait toujours d'où venait la voix de Yuffie. Mais il ne la vit pas.

-Au Nord Cid, répéta-t-elle.

Il l'appela, mais elle ne répondait plus, elle était partie... encore.

Le cœur lourd, il regarda la position du soleil puis sa montre, puis estima la direction du Nord avant de se mettre en marche.


Rassurez-vous, il y aura plus "d'action" dans le chapitre prochain.

Et n'oubliez pas que les reviews, ça fait toujours plaisir :)