Rating: T parce que le sujet est morbide, et parce que Cid ne sait pas être poli.

Résumé: Un voyage pour enquêter sur la mort d'un être cher peut cacher d'autres motivations. La mort n'est jamais facile à accepter... Et si finalement ce qu'ils avaient cherché tout ce temps c'était une chance de lui dire toutes ces choses passées sous silence ?

Rappel: L'usage de l'italique indique un flash back.


Chapitre deux: Premiers doutes

Un mois plus tard

« Bienvenue sur le répondeur à Vinnie. Il est parti bouder dans un coin mais vous en faites pas il écoute toujours sa messagerie, alors oubliez pas, après le bip, vous... -Yuffie ! Qu'est-ce que tu fais avec mon téléphone ? BIP »

Vincent ferma douloureusement les yeux, il n'avait pu se résoudre à changer le message d'accueil. L'enthousiasme de Yuffie dans toute sa splendeur, son humour aussi... C'était une trace inestimable, une preuve qu'elle avait un jour été là, toute proche, à portée de main.

Il savait que Cid l'appelait parfois, juste pour entendre la messagerie. Alors il ne répondait pas quand il voyait son nom s'afficher. De toute façon, l'aviateur n'avait rien à lui dire. Reeve avait eu tendance à le faire aussi au début, puis il avait cessé d'appeler, pas même pour essayer de prendre ou donner des nouvelles.

Tifa et Cloud avaient tenté de maintenir un lien avec lui, mais peu à peu il s'était retiré, s'effaçant jour après jour de leurs vies.

-Vincent c'est Reeve, je sais que ça fait un moment mais j'ai été pas mal occupé. J'ai besoin de te parler de quelque chose, je serai à ton manoir demain dans la journée.

Il soupira et referma le clapet de son portable avant de le glisser dans l'une de ses poches. Il attrapa son verre de vin et en but une gorgée puis sombra dans ses pensées.

Un mois jour pour jour qu'elle avait disparu, son corps si frêle emporté par les eaux tumultueuses. Il faisait des cauchemars, au moins autant qu'avant la disparition de Chaos. Mais chaque nuit, la douce voix de Yuffie le rendormait, essayant de le rassurer. Il avait l'impression d'être fou à l'entendre ainsi. Pourtant, il ne pouvait se résoudre à essayer d'ignorer cette voix, Yuffie lui parlait, elle était comme encore vivante, encore là pour l'ennuyer, au point cette fois-ci de le rendre fou.


-Lâche-moi les basques, espèce de mioche à palourdes vicieuses ! beugla Yuffie en s'écartant vivement d'un jeune brun. Tu me retouches encore et je me sers de toi comme plante verte mais sans les feuilles si tu vois ce que je veux dire !

Le môme sembla soudain paniqué, et il prit ses jambes à son cou, quittant le bar sans demander son reste. Satisfaite, Yuffie mit ses mains sur les hanches et afficha un air arrogant destiné à faire baisser les yeux à quiconque la dévisageait. Une fois sa suprématie affichée, elle tourna les talons et retourna s'asseoir au bar à côté de Vincent.

-Pourquoi dois-tu toujours te faire remarquer ? soupira-t-il.

-Je ne me fais pas remarquer, je crie, rectifia-t-elle. Crier est bon pour la santé morale, tu devrais essayer à l'occasion.

Il leva les yeux au ciel et but une gorgée de vin.

-Comment tu fais pour boire ce truc infâme ? grimaça-t-elle en jetant un coup d'œil à son verre de rouge. On dirait que tu bois du sang. Tu me diras, ça va avec la cape et le cercueil.

-Yuffie, grinça-t-il.

-Respire Vinnie, ça s'appelle de l'humour. H, u, m, mour, un peu comme amour tu vois ? En parlant d'amour, t'en es où ? T'as repéré une jolie fille dans la salle ?

Il secoua la tête, exaspéré. Mais Yuffie insista et il craqua, comme toujours lorsqu'elle lui portait sur les nerfs. C'était plus que ce que ses terminaisons nerveuses pouvaient supporter.

-Je ne vois pas comment j'aurai pu repérer une jolie fille ici étant donné que hormis Tifa et toi, il n'y a aucune fille.

-Et elle là-bas ?

Vincent observa la personne désignée et leva un sourcil sceptique vers Yuffie.

-C'est un homme aux cheveux longs Yuffie, déplora-t-il.

-En tout cas ce n'est pas la galanterie qui t'étouffe...

-Et pourquoi ça ? ne put-il s'empêcher de demander.

-« Je ne vois pas comment j'aurai pu repérer une jolie fille ici étant donné que hormis Tifa et toi, il n'y a aucune fille », l'imita-t-elle en riant.

Vincent lui adressa un regard blasé mais ne répondit pas, il y avait des limites. Elle avait déjà réussi à lui faire parler de relations, elle n'allait pas en plus lui faire dire qu'il la trouvait jolie. Il avait une réputation.

-Vincent, Vincent, Vincent, soupira-t-elle. Si seulement tu m'invitais à danser. Je suis sûre que tu danses mieux que l'autre mioche.

Il ne répondit pas mais leva l'une de ses bottes pointues vers elle. Yuffie sourit et sauta au bas de son siège.

-Dans ce cas, la prochaine fois qu'on fait la fête, tu mettras d'autres chaussures et tu pourras me faire danser.

Il lui adressa un regard qui voulait clairement dire à quel point il ne la trouvait pas drôle. Elle élargit son sourire, puis, après un signe de main, elle était partie à l'autre bout de la salle pour embêter Cid et Barret.


Reeve entra dans le manoir sans avoir signalé sa présence. Il traversa le Hall et monta les escaliers familiers jusqu'à l'étage où il prit un couloir sur sa droite pour frapper à la troisième porte à gauche. Vincent l'autorisa à entrer et l'ex-Turk s'exécuta rapidement.

Il salua son ami et s'assit sur une chaise vacante en face de Vincent, posant sa sacoche sur la grande table.

-Tu as un ordinateur disponible ? s'enquit-il en fouillant sa sacoche.

Vincent acquiesça et se leva pour lui attraper l'un des ordinateurs portables qui n'était pas utilisé pour la vidéo surveillance du manoir. Il le déposa devant Reeve mais ne se rassit pas.

-Je crois qu'il y a quelque chose de louche dans toute cette histoire, expliqua Reeve en branchant son matériel à l'ordinateur.

-Je ne crois pas que fouiller tout Wutaï pourrait la ramener de la mort, souffla amèrement Vincent en se tournant vers la fenêtre.

-Certes, mais dans ce cas, comment explique-tu ça ?

Vincent se tourna et vit que Reeve lui tendait son téléphone. Il leva un sourcil, sceptique.

-Appuie sur la touche d'appel et écoute.

Vincent hésita et attrapa le téléphone. Il vit que Reeve avait sélectionné le numéro de Yuffie et il sentit la douleur le reprendre.

-Je ne crois pas qu'appeler le téléphone d'une morte ait un quelconque avenir, se buta Vincent.

-Appelle, ordonna Reeve.

Vincent soupira mais accepta d'appuyer sur la touche appel, il ne risquait rien, pas même le répondeur ne se mettrait en route. Toute personne décédée était retirée du réseau dès que la famille déclarait la mort.

Il entendit une première tonalité et écarquilla les yeux.

-Ça... sonne ? articula-t-il, choqué. Ils ont réattribué son numéro ?

-Attends encore un peu.

« Hey ! Vous êtes sur le répondeur de Yuffie Kisaragi, la princesse ninja la plus sexy que vous connaissez ! Je suis partie botter le cul des méchants, alors laissez-moi un message et je verrai si j'ai envie de vous rappeler. Ciao ! BIP »

Vincent reposa le téléphone après avoir raccroché. Il leva les yeux vers Reeve, dans l'espoir d'une explication.

-Il y a deux possibilités, exposa Reeve. Soit Yuffie est toujours en vie mais malheureusement c'est imp...

-Passe à la deuxième, coupa Vincent en se tournant vers la fenêtre.

-Soit elle n'est pas morte comme on nous l'a dit.

Vincent fit volte-face.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-La famille ne peut couper la ligne de la défunte si une enquête est ouverte sur la mort. La personne reste dans le réseau autant que ça puisse aider l'enquête, comme des ennemis qui appelleraient ou une boîte vocale suspecte. Si la ligne de Yuffie n'est toujours pas coupée, c'est qu'elle n'est pas morte de la façon qu'on nous a affirmé.

-A quoi tu penses ? s'enquit Vincent, de plus en plus intéressé.

-J'ai un contact dans le palais de Wutaï, il m'a filé quelques codes et j'ai pu entrer dans leur base de données: journal de bord, vidéos de surveillance, livres de comptes, et tout le protocole. J'ai épluché le journal de bord à partir du jour de la mort de Yuffie, il y a bien eu la bousculade, mais Yuffie était déclarée disparue depuis trois jours avant. Et soudain elle réapparaît le lendemain de l'incident. Son corps est retrouvé sans vie sur les marches du palais et on en a déduit qu'elle était morte dans la bousculade et que le peuple l'avait restituée pendant la nuit.

-Et qu'y-a-t-il de suspect ?

-Tout. Yuffie n'a pas disparu comme elle pouvait le faire avec nous, le journal dit qu'un matin, sa chambre était ravagée et que personne n'a pu la retrouver. Elle ne répondait pas au téléphone et personne ne l'avait vu à Wutaï. Et soudain, elle réapparaît le lendemain de la bousculade, prétexte parfait pour cacher un assassinat tu ne crois pas ?

Vincent secoua la tête, essayant de chasser sa douleur pour rester lucide.

-Je crois que tu n'acceptes pas sa mort Reeve, soupira-t-il.

-Je me doutais que ça ne te suffirait pas, reprit l'ex-Turk. Alors j'ai des vidéos de surveillance qui devraient t'intéresser.

Vincent vint se placer derrière lui, résigné à supporter le délire de Reeve. Ce dernier lança une première vidéo qui montrait un simple couloir. Yuffie apparut sur l'écran et Vincent sentit l'étau se resserrer autour de son cœur. Elle fut arrêtée par un homme un peu plus vieux qu'elle qui l'attrapa brutalement par les poignets et la plaqua contre le mur. Ils virent Yuffie lui cracher à la figure et profiter qu'il s'essuie pour lui échapper en courant.

Vincent ne fit aucun commentaire, Reeve enclencha une nouvelle vidéo. La salle du trône se montra à eux, l'heure à l'écran indiquait qu'il était plus de minuit. Yuffie était assise au milieu de la pièce, elle semblait pleurer. Un homme entra dans le champ, le même que dans l'autre vidéo. Il l'attrapa par les cheveux et pointa un doigt menaçant sur son visage alors qu'elle se débattait. Il la rejeta contre le sol et s'éloigna.

-J'ai encore d'autres vidéos où elle a des altercations avec cet homme, il l'a harcelé pendant un mois jusqu'au jour de la disparition de Yuffie.

-Tu as une vidéo ? s'enquit Vincent.

Reeve acquiesça et sélectionna le bon fichier qu'il lança.

Yuffie entra dans sa chambre et délaça ses chaussures pour les jeter dans un coin, elle enleva ensuite son bandeau et son attirail de guerrière avant d'enlever son t-shirt pour l'envoyer balader.

Un silence gêné se fit entre Reeve et Vincent alors qu'ils essayaient de se convaincre qu'il fallait décrocher leurs regards.

Elle passa derrière un paravent, à leur grand soulagement, et ressortit avec un large t-shirt noir qui lui tombait presque aux genoux. Vincent ne put s'empêcher de remarquer qu'elle avait dû visiter sa garde-robe, il reconnaissait ce t-shirt. Ça lui arracha un léger sourire.

Elle allait s'installer sur son grand lit quand elle s'arrêta, se figeant. Vincent ne put s'empêcher de se raidir en reconnaissant la silhouette de l'homme agressif entrer dans le cadre. Yuffie semblait avoir une discussion violente avec lui et elle lui jeta sa lampe. Il l'évita et attrapa Yuffie qui se débattit de son mieux. Elle parvint à lui échapper et il la poursuivit. Elle fit tomber des choses pour mettre de l'espace entre eux mais il parvint à la faire tomber, elle se cogna contre une table et s'écroula.

L'écran se coupa et Vincent se redressa.

-Comment ça se fait ? demanda-t-il, agressif.

-En tant que princesse, Yuffie avait le privilège que les caméras soient coupées à vingt-et-une heure, soupira Reeve.

-Mais enfin, toutes ces vidéos, personne d'autre ne les a vus ?

-Ils en ont vu quelques-unes, mais la moitié, j'ai eu toutes les peines du monde à les récupérer, elles ont été supprimées de la base de données commune et j'ai dû les reconstruire.

-Et alors ? Ce n'était pas assez évident pour eux ?

-Mon contact m'a expliqué que cet homme était un prétendant de Yuffie qui était devenu fou lorsqu'elle l'avait refusé. Godo ne le considérait pas comme une menace, il continuait de le loger, il espérait, d'après mon contact toujours, que Yuffie revienne sur sa décision. D'après la femme de chambre il faisait peur à Yuffie, elle suppliait son père quotidiennement pour qu'il soit chassé. Elle recevait des menaces de la part de notre belliqueux.

Vincent acquiesça pour lui signifier qu'il avait écouté attentivement, puis se mit à marcher de long en large, réfléchissant. Il tentait de garder la tête froide, mais Reeve avait raison, quelque chose n'allait pas dans cette histoire.

-Yuffie mérite qu'on découvre qui lui a fait ça, déclara Reeve en rangeant son matériel.

-Si ça se trouve ça ne nous mènera à rien, c'est peut-être un simple hasard, soupira Vincent.

-Notre mystérieux agresseur n'est pas réapparu à Wutaï depuis la disparition de Yuffie, argua son ami avec un air déterminé.

-Il n'a plus aucune raison de prétendre au trône puisque Yuffie est morte. Et c'est justement parce qu'elle est morte qu'une telle aventure serait vaine.

Cela dit, Vincent tourna les talons pour partir. Reeve soupira et sortit son téléphone, il chercha un numéro et l'appela. Une messagerie s'éleva alors qu'il mettait le haut-parleur.

« Bienvenue sur le répondeur à Vinnie. Il est parti bouder dans un coin mais vous en faites pas il écoute toujours sa messagerie, alors oubliez pas, après le bip, vous... -Yuffie ! Qu'est-ce que tu fais avec mon téléphone ? BIP »

Vincent s'arrêta et ferma les yeux. Reeve venait de lui percer le cœur.

-Je sais que tu n'arrives pas à surmonter sa mort Vincent. Tu as gardé la messagerie qu'elle t'avait faite, et je sais que tu l'écoutes parfois, j'ai vu les photos qu'elle avait faites de nous tous avec elle, tu les as mises un peu partout, je sais aussi que tu projettes de retourner dans ton cercueil. Et je sais que tu as peur de souffrir une fois de plus en partant sur les traces d'un possible assassin... Mais tu ne penses pas qu'elle aurait préféré que tu venges sa mort plutôt que tu te laisses mourir ?

Vincent se tourna vers son vieil ami, le visage fermé. Reeve attendit patiemment que pour une fois il soit le premier à parler. Mais au bout de quelques longues minutes de silence, il reprit un peu de son argumentation:

-Yuffie était aussi mon amie, et ça fait mal de se dire qu'elle a été arrachée à la vie si tôt. Elle ne méritait pas un tel sort, et nous ne méritions pas de la perdre. Nous devons le faire pour elle, pour notre Yuffie.

-... Il faudra passer chercher Cid, répondit finalement Vincent. Il partirait au bout du monde pour elle, encore plus une fois que tu lui auras montré tout ça.

-Aller à Wutaï devrait tout d'abord suffire, répondit Reeve. Mais on peut passer chez Cid pour le prendre, son engin nous sera utile.

Vincent acquiesça :

-Nous partons demain à l'aube, préviens Cid que nous arriverons dans l'après-midi.

-Bien. Tu crois que nous devrions aussi prévenir les autres ?

-Ils n'en ont pas besoin pour l'instant.

Reeve en convint et chercha Cid dans sa liste de contacts alors que Vincent quittait la pièce.

L'homme en rouge se dirigea vers sa chambre pour préparer son prochain voyage. Un vertige l'interrompit en chemin et il s'appuya contre le mur le plus proche.

-Vincent... lui souffla la voix de Yuffie.

Il ferma les yeux de toutes ses forces. Il ne voulait pas entendre ses reproches, pas maintenant. Il voulait la sauver une dernière fois, et ce même si son fantôme voulait l'en empêcher.

-Vinnie, ouvre les yeux, murmura-t-elle.

Il ne put s'empêcher d'obéir et s'étonna de se retrouver au milieu d'une prairie. Il la reconnut, c'était la même que le jour de l'enterrement de Yuffie. Il la chercha des yeux et elle apparut non loin de lui, se matérialisant peu à peu. Elle finit par marcher jusqu'à lui et s'arrêta à quelques centimètres.

-Ne m'empêche pas de le faire, la pria-t-il.

Elle sourit, puis bougea doucement la tête pour lui signifier que non, elle ne l'en empêcherait pas. Il se sentit soulagé.

-Sois prudent Vincent.

Il hocha la tête sans pouvoir s'empêcher de la dévorer du regard.

-Je dois repartir, on m'attend. Prends soin de toi, sourit-elle tristement.

-Toi... toi aussi, articula-t-il non sans amertume.

Elle lui fit un léger clin d'œil, puis se jeta sur lui pour enlacer sa taille.

Il referma ses bras sur le vide et le couloir remplaça la prairie ensoleillée. Il s'appuya contre le mur et chercha son souffle, quelque part perdu dans la douleur.

-A bientôt Vinnie, souffla la voix de Yuffie.


*s'approche avec un mouchoir*

Alors ? Est-ce moins terrible ?

Au fait, autant le dire, je poste tous les deux soirs :)