Phase trois – Les mensonges
Je l'entendis glousser et j'aurais parié qu'elle savait que je rougissais. Si j'avais encore été humaine, c'est probablement ce que j'aurais fait. Je continuai de regarder par la fenêtre, ignorant son petit rire si mélodieux. J'aurais voulu rire aussi, mais je ne trouvais rien de drôle à être embarrassée. Je me demandais pourquoi elle me regardait. Je me demandais quand avait-elle cessé de fredonner puisque je ne m'en étais pas rendue compte, trop plongée dans mes souvenirs. Ce douloureux et si merveilleux passé avec elle et Edward. Ils sont les deux personnes les plus importantes dans ma vie et perdre l'un des deux me tuerait. Mais je dois admettre que perdre Alice m'anéantirait.
«À quoi tu penses?» Sa voix n'est qu'un doux murmure. Je fermai les yeux et laissai échapper un soupir que je savais qu'elle entendrait. À quel point j'aimerais lui dire ce à quoi je pensais. À quel point j'aimerais me confesser, mais je suis lâche et le serai toujours. J'ouvrai mes yeux et lui fit face; toujours ce même regard adorable me fixant droit dans les yeux.
«Rien.» J'ai menti, mais puisque j'ai toujours été une horrible menteuse, Alice ne m'a pas crue. Ses sourcils se froncèrent un peu et même à cet instant, je la trouvais toujours aussi magnifique.
«Bella, dis la vérité.» Elle insistait et je ne pus m'empêcher de lui répondre, au moins un petit peu.
«D'accord, j'étais en train de penser à comment j'ai rencontré Edward et la famille.» Voilà, au moins c'était presque la vérité, je ne vois pas pourquoi elle en aurait voulu plus. Alice sembla me croire et hocha la tête en m'écoutant. Ses yeux ne regardaient pas la route, pas comme si elle en avait de besoin de toute façon. Un vampire n'a pas besoin de regarder la route et il ne dira pas «Oops, je crois que j'ai frappé quelqu'un et que je l'ai tué», parce que nous sommes très prudents, excepté pour la vitesse.
«Il te manque, n'est-ce pas?» Sa voix était toujours aussi basse et je crus pouvoir entendre une pincée de douleur ou peut-être était-ce seulement mon imagination. J'ai tendance à imaginer des choses que je veux entendre alors ça me semble parfaitement normal d'avoir cru entendre cela.
«Oui, il me manque.» Un autre mensonge, il ne me manque pas le moins du monde. Elle me manque, même si elle est assise juste à côté de moi. Je lui ai répondu tout de suite après lui avoir tourné le dos pour pouvoir regarder la chaussée à la place. Je déteste mentir à Alice en la regardant dans les yeux. C'est chiant de devoir lui cacher mes sentiments et parfois j'irais jusqu'à souhaiter qu'elle soit Jasper, mais ça serait encore plus étrange pour nous. Je l'entendis soupirer, mais je n'osai pas la regarder encore une fois au cas où mes yeux me trahiraient.
«Jasper me manque aussi.» Je ressentis une vague de culpabilité et de douleur dans ma poitrine et je mordis très fort ma lèvre inférieure pour contrôler les sanglots qui montaient. Je savais que Jasper lui manquait, mais l'entendre le dire était trop dur à assumer. J'adore Jasper, évidemment, mais comme un frère. Il a été là pour moi lorsque j'avais besoin de lui, tout comme un frère aurait été là au moment où sa sœur aurait eu besoin de lui. C'était la même chose pour Alice, sauf qu'elle avait été là lorsque j'avais besoin d'Edward et Edward ne m'en donnait pas autant.
«Ils reviendront bientôt.» Il n'y avait aucun indice d'espoir dans son ton, pas un seul. Je forçai un soupir à s'échapper de mes lèvres, un soupir d'attente et je l'entendis soupirer à son tour, mais ce n'était pas la même chose et je me demandai ce que c'était.
«Allons faire les boutiques pour nous changer les idées, comme Esmé et Rosalie font en ce moment.» Suggéra-t-elle et je pus entendre son ton devenir plus joyeux. Je savais que faire les boutiques la distrairait pendant l'absence de Jasper, mais ce n'était pas mon cas; elle continuerait de me manquer et rien ne pourrait y changer quelque chose.
«Je ne crois pas que ça va me distraire.» Ma voix n'était qu'un simple chuchotement, sachant qu'Alice m'entendrait grâce à sa formidable ouïe. J'avais raison car je sentis ses yeux me traverser et je savais que ça ne pouvait être qu'elle. Je me retournai alors pour lui faire face et en voyant son visage concerné, je dus me mordre la lèvre encore. Il me semble que je le fais beaucoup aujourd'hui.
«Est-ce qu'Edward te manque autant que tu le dis?» Non Alice, pour te dire la vérité, il ne me manque pas du tout. Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas juste dire cela? Peut-être parce qu'il est son frère. Peut-être parce que ce ne serait pas juste pour moi de le dire. Peut-être parce que j'aurais préféré lui dire qu'elle me manque et pas lui.
«Ouais, je suppose.» Un autre fantastique mensonge et cette fois elle m'a crue. Sérieusement, je commençais à me sentir comme si j'avais commis un crime et que peu importe la sentence, je ne serais pas pardonnée.
«Vous êtes ensemble depuis deux ans.» Oui et c'était trop long. Deux ans était trop long pour être avec lui et trop court pour être avec toi, même si ce n'était qu'en tant que meilleure amie ou de belle-sœur.
«Ouais, je sais et il me manque encore.» Tout comme je m'ennuie des devoirs. Ça c'est dur – je suppose – parce qu'il reste mon mari après tout. Je raconte beaucoup de mensonges ces temps-ci et j'aurais simplement voulu arrêter. J'espérais qu'elle cesserait de poser des questions sur Edward puisque je savais que je devrais lui fournir un mensonge supplémentaire. Je fermai donc les yeux, soupirai et décidai que je baissais la tête. Ma décision était prise et j'ouvrai les yeux pour regarder Alice qui souriait d'oreille-à-oreille. Je savais qu'elle avait une vision puisque ses jolis yeux dorés étaient devenus distants au moment où je m'étais penchée vers elle. Malheureusement et heureusement pour moi, ses yeux focalisèrent de nouveau sur la route et je me reculai aussi vite que je pus.
«Nous allons te trouver des talons, encore plus de talons et des chaussures!» S'enthousiasma-t-elle en lâchant le volant pour taper dans ses mains. Je grognai et me calai dans mon siège. Je ne voulais pas de talons ou de chaussures, je voulais seulement des souliers confortables comme des tennis ou bien des bottes.
«Alice...» Je grognai et vis ses deux mains retourner au volant. Elle gloussa encore une fois et je sentis sa main sur ma tête, caressant gentiment mes cheveux, mais trop vite elle la retira.
«Idiote, ce n'est pas comme si tu allais tomber. De plus, tu ne sentiras rien.» Vrai, j'ai déjà porté ses talons. Ses pieds sont plus petits que les miens, mais je n'ai rien senti et je n'ai ni tombé, ni trébuché. C'était au moins l'avantage d'être vampire.
«Mais Alice...» Je geignis et son gloussement se transforma en rire. Même si je me plaignais, je pouvais sentir le coin de mes lèvres se retrousser un peu. J'aime entendre le son de son rire. Ce si angélique rire qui n'appartient qu'à elle et dont je ne peux simplement pas me passer. Je ne pus me souvenir du nombre de temps qu'elle passa à rire puisque j'avais perdu la notion du temps au moment où je m'étais perdue dans sa si parfaite, si mélodieuse, si angélique, si douce voix. Soudain, elle s'arrêta et ses yeux devinrent distants encore une fois. Cette fois, elle ne souriait pas. Son regard était sérieux, concentré et je me demandai ce qu'elle voyait. Je voulais savoir ce qu'elle voyait. Je voulais désespérément le savoir lorsque je vis quelque chose se former dans ses yeux. Puis ça me frappa. Alice essayait avec difficulté de ne pas sangloter devant ce qu'elle voyait et comme elle ne pouvait pas pleurer, les larmes restaient coincées au fond de ses yeux. J'aurais tellement voulu la réconforter, mais j'attendis impatiemment alors qu'elle revenait à elle petit à petit.
