~ IV ~
Quand il se rattrape maladroitement
Et voilà le quatrième chapitre! :D
Gino marchait fièrement le long du couloir, bien droit dans ses vêtements blancs immaculés striés d'or et de noir, sa cape verte voletant au rythme de ses pas.
Knight of Three.
Il avait encore du mal à y croire et retint avec difficulté un éclat de rire plein d'orgueil ingénu. Sa place, il se l'était gagné.
Cela faisait environ un an qu'il avait fugué de chez lui pour s'enrôler dans l'armée. Il avait abandonné définitivement ses rêves de voyages en même temps qu'il l'avait perdue, elle. Il chassa bien vite cette sombre idée à laquelle il s'était interdit de penser – pour sa propre santé mentale – depuis déjà bien des années.
Comme il arrivait au bout du couloir, le garde qui l'accompagnait le devança rapidement afin d'ouvrir. Il allait maintenant être présenté aux autres Knight of Round. Ce n'était encore que la rencontre officieuse et il ne lui restait plus qu'une après-midi de répit avant l'officielle qui promettait d'être encore plus barbante.
Il prit une profonde inspiration afin de se calmer et entra d'un pas décidé devant son accompagnateur qui s'était humblement effacé derrière lui.
Ils étaient tous là. Tantôt assis sur de magnifiques fauteuils ornés, tantôt sur des canapés de velours et tantôt droits comme des 'i', ils respiraient tous l'orgueil que leur procurait leur place dans la hiérarchie.
Gino s'autorisa tout de même un léger soupir soulagé; l'ambiance n'était pas aussi pesante que ce à quoi il s'était attendu et, bien qu'ici on ne devait pas rigoler tous les jours, tout le monde avait l'air assez décontracté.
« Mon nom est Gino Weinberg. Je suis le nouveau Knight of Three. Honoré de faire votre connaissance, annonça-t-il solennellement comme on lui avait minutieusement conseillé de le faire.
Ils se levèrent d'un bond, comme s'ils avaient tous réalisé dans une merveilleuse harmonie que ce n'était pas le moment de bailler, et un grand barbu dont l'œil gauche était masqué prit la parole :
- Enchanté. Je suis le Knight of One, le Chevalier en chef. Bismarck Waldstein.
Eh bien dis donc, il n'avait pas la fatuité dans les chaussettes celui-là... Le jeune homme haussa cependant la tête d'un air entendu et, se désintéressant plus ou moins des autres présentations, il se mit à passer au peigne fin de ses cils les moindres détails de la magnifique pièce renaissante aux immenses baies vitrées et de ses habitants.
Alors qu'il crut distingué la description rapide du Knight of Four suivie d'une petite phrase de bienvenue, le regard de Gino se posa à gauche du mur qui lui faisait face. Non... Sur la jeune fille au cheveux roses qui y étaient nonchalamment adossée, trafiquant entre ses petits doigts ce qui semblait être un mobile.
Ce qui le choqua en premier, ce fut sa taille. Quel âge pouvait-elle avoir? Seize ans... Non, tout juste quinze.
Lentement, elle releva vers lui ses grands yeux rouges et lui jetta un regard vide de toute émotions.
Le coeur de Gino eut un raté et il lui sembla qu'il avait céssé de battre pendant une éternité. Impossible... C'était totalement impossible! Ça ne pouvait pas être... Elle...
- Anya Alstreim. Knight of Six.
La terre s'arrêta de tourner. C'était elle... C'était Anya. Sa Anya. Puis elle rabaissa ses yuex impassibles sur son téléphone, brisant le sortilège. Les autres chevaliers continuaient leur présentation mais Gino ne les écoutait plus; Il ne les attendait même pas.
- Anya... murmura-t-il.
Le garde à sa droite lui donna un petit coup de coude dans les côtes.
- Les coups de foudre, ce sera pour une autre fois. Là, c'est une réunion importante même si ça n'en a pas l'air. » Lui fit-il discrétement remarquer.
Le jeune homme détacha donc, tant bien que mal, son regard de la petite tête rose et reposa son attention simulée sur le Knight of Eight, tantant d'enregistrer son identité malgré le profond vertige dont son coeur était victime.
Anya était vivante... Vivante... Non. Là. Juste devant lui...
Le reste de l'après-midi fut très chargé. Il visita les appartements qui lui étaient reservés, le lieu où les Knightmares étaient rangés et, en bref, la quasi-totalité de l'immense bâtiment.
Il n'eut donc pas, à son grand regret, le loisir d'éclaircir cette étrange coïncidence. Anya... Il n'y avait aucun doute possible, c'était bien elle; Il l'aurait reconnu même cinquante ans après entre dix milles petites vieilles aux cheveux roses délavés...
Mais pourtant... Elle n'avait même pas sourcillé à son arrivé. Ne l'avait-elle pas reconnu? Gino sentit son coeur se serrer à cette idée. Ça ne pouvait pas être ça. Pas Anya.
Avait-elle à nouveau perdu la mémoire, comme elle le redoutait tant...? Mais pourtant, elle avait conservé ce nom. Celui qu'il lui avait donné, des années auparavant. Peut-être n'avait-elle simplement pas trouvé le moment approprié pour des retrouvailles un peu plus émouvantes... Mais elle n'avait montré aucune joie, même pas de la surprise... Rien. Et si elle lui en voulait de ne pas avoir su la protéger...? Et si...
« Mr. Weinberg, vous ne m'écoutez pas?
Gino sursautta et se tourna vers le garde qu'il suivait corps et âme depuis le début de la journée.
- Si, si, bien sûr que si! Lança-t-il en riant, pas sérieusement affecté par le manque d'intérêt qu'il portait aux explications vaseuse de son pseudo-guide.
- Vous feriez mieux de vous recentrez rapidement. Je ne suis pas certain que vous ayez fait une très bonne impression, ce matin.
Comme Gino le regardait avec de grands yeux naïfs, il précisa lentement :
- Les gens aiment que vous les regardiez dans les yeux quand ils vous parlent.
Le jeune homme haussa les épaules.
- Ça m'est sacrément égal! Je n'ai pas de compte à leur rendre... Quel âge à Anya Alstreim?
Le garde poussa un soupir résigné mais ne put retenir un sourire.
- Auriez-vous des vues sur Mademoiselle?
Gino éclata d'un rire franc, réalisant que c'était bien l'impression que cela donnait.
- Non, pas du tout! Elle a juste l'air jeune pour être Knight of Round.
- Vous l'êtes également. Il paraît qu'elle à quinze ans. (Le blondin leva un sourcil, intrigué par la formulation, insitant le garde à continuer.) Enfin... Comment dire? Elle a été adopté par la famille Alstreim il y a environ cinq... Non, plutôt six ans, je crois. Comme elle n'aurait aucun souvenir datant d'avant son entrée à l'orphelinat, le médecin aurait approximativement déterminé son âge.
- Les Alstreim sont une famille plutôt noble... C'est rare de voir ce genre de personne adopter des orphelins amnésiques.
- Je ne tiens pas à avoir de problèmes, et tout ce que je vous raconte ne sont que des choses que j'ai entendu...
- Pas de soucis! Lança joyeusement Gino, craignant que sa source d'information disparaîsse. Je ne dirais rien à personne!
L'homme le regarda en biais, tâtant le terrain... Puis, constatant au sourire candide de son interlocuteur que répéter des ragôts à un gamin dépourvu de matière grise ne pouvait être qu'innofensif, il reprit :
- Eh bien... J'ai entendu dire que le Prince Schneizel (Il baissa spontanément la voix à la prononciation de ce nom, comme si le dit-prince allait sortir d'un mur pour le condamner à mort.) leur avait un peu forcé la main. Anya serait même allée, avant son entrée à l'orphelinat, prendre des cours de bonnes manières auprès de la famille impériale. Certains vont même jusqu'à dire que l'Impératrice Marianne elle-même lui aurait appris à manier les Knightmares tant leurs capacités ont de points communs. Mademoiselle Alstreim possède d'ailleurs la même place de Knight of Round que cette dernière...
Réalisant qu'il s'était laissé emporter par ses racontars, le guide se tut. Jettant un regard inquiet à un Gino qui semblait ne pas avoir tout écouté. Il avait raison. Les ragôts ne l'interessaient pas. Ce qu'il voulait, c'était des renseignments sur Anya. Sur sa chère Anya.
Alors comme ça elle avait bel et bien perdu la mémoire... Elle ne se rappellait plus des années passées. Des années avec lui. De lui. Elle avait tout oublié. Mais elle avait conservé son prénom...
- Mais je vous conseille de ne pas faire de fixation sur elle. Il n'est pas bien vu de mélanger la vie privée et la vie professionnelle.
Gino éclata à nouveau de rire.
- Ne vous en faîtes pas! Je ne suis pas interessé par Anya, mais les autres Knight ont l'air si vieux et ennuyeux que je suis heureux de voir quelqu'un de ma génération!
- Mr. Weinberg, dire ce genre de choses n'est pas vraiment conseillé.
Le calme impérial de son garde amusait beaucoup le jeune homme qui le prit par les épaules en rigolant.
- Je vous l'ai déjà dit! Il n'y a aucune raison de s'inquiéter. Bon, où se trouve la salle à manger, ici? »
Gino ignorait tout ou presque des relations avc les autres. Il avait apprit à rire. Rire pour parraître agréable. Rire pour se faire des amis. Rire pour cacher sa tristesse.
Il se moquait de ce que les autres pouvait dire; aussi, il était bien décidé à éclaircir sa situation atypique sans prendre en compte l'avis des semeurs de troubles qui l'entouraient.
Gino marchait lentement dans le beau jardin fleuri au centre des bâtiments reservés aux Rounds. La veille, il n'avait pas eu le temps de voir Anya. Il la cherchait donc férocement depuis le début de la matinée, fouillant fleur par fleur, la moindre parcelle de la gigantesque batisse.
Il ne lui restait plus que ce jardin et, persuadé de sa chance laborieuse, elle ne pouvait être que là.
Il lorgnait, ça et là, aussi interessé par les escargots sur les feuilles des rosiers que par l'envol gracieux de quelques hirondelles, quand il aperçut le fruit de ses recherches intensives.
- Anya! Cria-t-il sans réflechir plus que d'habitude. Anya!
Comme elle ne semblait pas encline à le regarder, il s'était déjà rendu à ses côtés qu'elle n'avait pas encore tourné la tête.
- Bonjour, Anya!
Elle lui lança le même regard que la veille – le même qu'elle lançait à tout le monde – et lui répondit sans conviction.
- Bonjour.
Réalisant à quel point il était idiot, Gino s'assit sur le banc, à coté d'elle, optant pour l'improvisation – qui était d'ailleurs la seule option qui s'offrait à lui, étant donné son manque de préparation.
- C'est une belle journée, n'est-ce-pas?
La jeune fille releva le nez de son mobile et regarda un instant le ciel avant de le rabaisser.
- Il fait soleil.
- En effet... Qu'est ce que c'est ? dit-il, désignant l'engin sur le quel elle pianottait sans interruption.
- Mon diary.
Elle releva le dit-diary, le plaça entre eux, et une petite musique retentit.
- Enregistré. Merci.
- Tu... Tu m'as prit en photo ?
- Apparamment.
La tache s'avérait ardue. Qui était cette machine qui lui faisait face ? Elle n'avait rien de l'Anya qu'il avait connu.
- Tu aimes quoi, Anya ?
La gamine releva à nouveau son visage, sans même regarder Gino, et sembla méditer un long moment; comme si elle n'avait jamais réfléchit à la question. Alors qu'une minute allait s'écoulait et qu'Anya fixait toujours un point abstrait dans le ciel, une hirondelle passa délicatement juste au dessus d'eux.
- J'aime les oiseaux.
Gino cessa de respirer. Elle aimait les oiseaux. Les oiseaux.
- Tu... Tu te rappelles de moi ?
Le tout pour le tout.
- Tu es Gino Weinberg, Knight of Three.
Le tout pour le rien. Elle ne se rappellait pas. Gino sourit tout de même, comme il le faisait toujours pour cacher sa detresse, et l'attrapa par les épaules.
- C'est ça ! Ravi de faire ta connaissance, Any a! Tu viens manger un bout ? »
Elle ne pouvait pas l'avoir oublié ! C'était impossible ! Elle allait se rappeller ! Il lui fallait juste le temps...
Il se raccrocha à cette idée durant environ un an. Il ne la quitta plus, pas tant par volonté obsessionnelle de la voir se ''reveiller'' que par réel désir de se lier d'amitié avec elle. Comme elle parlait rarement, il lui était difficile de savoir si elle appréciait vraiment sa compagnie, mais elle ne s'en plaignait pas. Elle s'ouvrait lentement, très lentement, mais le jeune homme continuait d'espérer qu'un jour, en se levant, elle lui sourirait comme autrefois, un cake au citron vert fermement tenu entre ses petits doigts.
Au bout de six mois, un certain Kururugi Suzaku se joint à eux en tant que Knight of Seven. Bien que la situation ne fut pas forcément évidente tous les jours, Gino était heureux avec ses deux amis. Suzaku n'était pas beaucoup plus bavard qu'Anya, il avait même un regard mechant parfois, mais ça ne dérangeait pas le jeune blond qui savait passer outre...
Ensuite, Kururugi réintegra l'Académie Ashford. Comme Gino trouvait l'idée de vivre une vie normale plus que passionante, il en fit autant, ramettant Anya dans sa course.
Non... Vraiment cette année n'a rien de passionant. Rien qui soit réellement digne d'être raconté. Aussi je passerais directement à un soir en particulier. Un soir sur le toit de l'Académie Ashford. Le soir de la journée Cupidon organisée par la présidente du Conseil des élèves...
Bon, un chapitre pas franchement passionant, mais necessaire. Z'avez vu comme elles sont romantiques leurs retrouvailles ? xD
Nan, plus serieusement, j'aime pas mon mini-résumé à la fin mais il le fallait, histoire de pas faire celle qui passe du coq à l'âne... ^^'
Bref, le prochain chapitre, je le trouve chou, mais j'espère que vous aussi vous l'aimerez bien... Sinon ça a pas beaucoup d'intérêt... x3
Chu ~ ! :3
