Kévin tourne inlassablement sa touillette dans son café, le sucre a fondu depuis longtemps mais le mouvement circulaire le détend et il en a bien besoin.

C'est son premier café de la journée, il n'a pas déjeuner car il s'est disputé avec Laura, tout ça pour une paire de chaussettes oubliée sur le canapé.

Amusante au début l'obsession de Laura pour le rangement et le ménage commençait vraiment à lui prendre la tête; Il venait juste de finir de s'habiller quand elle l'avait appelé :

"Kévin"

"oui"

"c'est quoi ça ?"

elle tenait entre le pouce et l'index le corps du délit, à savoir sa chaussette dont la soeur jumelle était encore sur le canapé.

"Ben, une chaussette"

"oui, TA chaussette, et qu'est-ce qu'elle fout là ?"

"je sais pas moi, j'ai du les enlever quand je regardais la télé hier soir"

"je te rappelle qu'il y a dans la salle de bain un objet que l'on appelle "panier à linge""

et le ton était monté progressivement.

"c'est pas grave, tu vas pas me faire la gueule pour ça "

"ce n'est pas la première fois, Kévin, tu laisses tout traîner et moi j'en ai marre de voir l'appartement se transformer en dépotoir"

" tu crois pas que tu exagères, pour deux ou trois choses qui traînent de temps en temps tu en fais une montagne et moi pour ta gouverne j'ai parfois l'impression de vivre dans un musée"

Sur ce, il avait pris son blouson et était parti travailler en claquant la porte.

Une voix le ramène sur terre.

"Eh Yann tu viens prendre un café avec nous"

Un des policiers présents vient d'interpeller un homme qui vient d'entrer. Il lève les yeux et croise ceux du prénommé Yann. Il ne peut pas voir la couleur de ses yeux mais son regard est magnétique.

Comme hyptnotisé il le détaille de la tête aux pieds, brun, 1m80 , musclé juste ce qu'il faut.

"il doit faire des ravages celui-là]"

Il ne l'a jamais vu auparavant mais il faut dire que le commissariat, en plus de la PJ comprend d'autres services, en autre les Stups et la BAC. Et comme il n'est là que depuis peu il n'a pa s eu encore assez de temps pour faire la connaissance de tout ses collègues.

Kévin reporte son attention sur son café qui depuis a eu largement le temps de refroidir, le boit d'un trait puis sort de la pièce.

Ce faisant il passe tout près de Yann et de ses collègues et entend une bribe de leur conversation.

"et ta femme ça va ?"

Au mot femme, kévin ne eput s'empêcher de penser :

"il est marié, dommage »

Il se secoue mentalement

« dommage, comment ça dommage, qu'est-ce que ça peut lui foutre qu'il soit libre ou pas »

Il rejoint Laura dans leur bureau, elle est seule et l'accueille avec un sourire.

"excuses -moi pour tout à l'heure"

"non c'est moi"

un rapide baiser scelle leur réconciliation.

Quand il entre dans la cafèt Yann repère tout de suite le jeune homme qui remue son café les yeux dans le vague. Il lui donne quoi, 23, 25 ans ; la douceur des traits contrastent avec sa musculature que l'on devine imposante sous le tee-shirt. Et quand un des ses collègues l'invite à prendre un café il le voit lever la tête et leurs regards se croisent et il a envie de se perdre dans ses yeux.

Puis du coin de l'œil il le voit finir son café et sortir de la pièce.

"et ta femme ça va ?"

Mais un pli amer se forme au coin de sa bouche, s'il s'est marié il y a deux ans c'est pour faire taire les rumeurs qui commençaient à circuler sur son compte depuis que quelqu'un de la maison l'avait vu dans le Marais, quartier préféré des homosexuels de Paris. A l'annonce de ce mariage les rumeurs s'étaient tues aussi vite qu'elles avaient commencé.

Lui s'était fait plus discret quand il sortait le soir à la recherche d'un amant de passage qu'il emmenait dans un petit hôtel dont la devise aurait peu être "motus et bouche cousue" et ce après avoir téléphoné à sa femme qu'il était retenu par le boulot.

Eh oui, il préférait les hommes et dans la police comme dans beaucoup d'autres milieux ce n'était pas toujours bien vu, même si les mentalités avaient évolué

il l'avait découvert quand il avait presque 14 ans quand il avait commencé à fantasmer sur une star masculine du grand écran; Il avait eu des copines mais cela ne durait jamais longtemps, elles n'étaient là que pour cacher ce qu'il était vraiment.

Puis l'année du bac il était sorti avec un mec de son lycée. Ils se voyaient chez lui, ses parents tant souvent absents, sous prétexte de devoirs en commun ou de révisions, qui se terminaient immanquablement dans le lit de son ami. Ensuite leurs chemins s'étaient séparé, lui était rentré à l'école de police, l'autre était parti à l'étranger avec ses parents.

Depuis il n'avait pas eu de liaison sérieuse, la plupart du temps que des coups d'un soir pour parler vulgairement.

Alors quand ce flic de la PJ en planque l'avait vu et que les ragots avaient commencé à circuler il avait décidé de succomber au charme de la serveuse du café où il avait l'habitude de prendre un café chaque matin et qui lui avait fait comprendre qu'elle le trouvait à son goût. Il s'était laissé faire pour sauver les apparences et sa tranquillité.

Ensuite il s'était trouvé pris dans un tourbillon ; visites aux parents de chaque côté, il se rappellerait toute sa vie la joie de sa mère quand il lui avait présenté LInda, elle qui désespérait de voir son fils célibataire ; fiançailles et mariage en blanc pour la mariée comme il se doit. Il avait dis oui un goût amer dans la bouche car il savait qu'il ne serait pas heureux et qu'il ne pourrait pas rendre à sa femme toute l'amour qu'elle lui portait.

Il avait de l'affection pour elle mais cela n'allait pas plus loin.

Ensuite il était devenu capitaine, Linda avait trouvé une place dans une agence de voyages, depuis peu ils avaient pris un appartement plus grand; Une petite vie modèle quoi.

Mais tout n'était qu'illusion.

Ras le bol, il n'est pas entré dans la police pour classer des rapports. Kévin peste, depuis le début de l'après-midi il n'a fait que ça, trier, classer. le travail administratif c'est décidément pas son truc, écrire un rapport après une enquête, normal, mais le reste.

les autres "bleus" étant occupés ailleurs c'est sur lui que Franchard a jeté son dévolu pour ce travail qui s'il est nécessaire n'en est pas moins ennuyeux, barbant, rasoir enfin tout ce que vous voudrez sauf passionnant.

Et maintenant, la pile de rapports bien calée sous son menton, il essaie de gagner la salle des archives, slalomant entre les policiers qui croisent son chemin.

Il est arrivé à bon port, il pose sa main sur la poignée de la porte, rendant encore plus précaire l'équilibre de la charge qu'il porte quand soudain, la loi de la gravité aidant, il se retrouve sur les fesses, les dossiers éparpillés autour de lui.

"ça va ?"

Il lève les yeux et voit le mec de la cafèt qui lui tend la main pour l'aider à se relever.

"merci je peux encore me débrouiller tout seul" grogne Kévin en refusant la main tendue.

Il se remets sur pieds en grimaçant, sa rencontre avec le sol du commissariat ne s'est pas fait avec douceur.

"je suis désolé, j'étais au téléphone et je ne t' ai pas vu, je me présente Yann Berthier"

"Kévin Laporte"

"je vais t' aider à ramasser"

Joignant le geste à la parole Yann se penche imité par Kévin, ayant l'un et l'autre mal estimé la distance qui les sépare, leurs crânes s'entrechoquent avec un bruit sourd.

"aie"

le même cri de douleur s'échappe de leurs lèvres.

"décidément" dit Yann en souriant

Kévin ne peut s'empêcher de sourire.

"on range tout ça et je t'invite à boire un verre après le service, pour me faire pardonner"

"d'accord"

"alors dans une heure au café au coin de la rue ?"

"pas de problème"

Comme prévu ils sont assis autour d'un verre. Après avoir échangés des banalités, Kévin raconte sa vie à Biarritz, son arrivée à Paris, Yann son parcours. Ils se sentent bien l'un avec l'autre et ils ont l'impression de se connaître depuis des années.

Puis le silence s'installe , leurs regards se croisent et Kévin en rencontrant les yeux verts de son vis à vis sent une sentation inconnue de lui l'envahir et il doit prendre sur lui pour reporter son attention ailleurs que sur Yann.

Yann a vu son trouble, cette sensation lui il l'a connaît, Kévin lui plaît, il ne se le cache pas.

Kévin regarde sa montre, il n'a pas vu le temps passer et Laura va lui faire une scène.

Il prend son blouson.

"Je dois y aller"

"on t'attends ?"

"oui, ma petite amie"

"Ah !"

Par cette interjection Kévin perçoit la déception dans la voix de Yann.

"Et toi personne ne t'attends ?"

"si ma femme, mais..."

Yann n'en dis pas plus mais Kévin comprend à demi-mot.

"encore merci pour le verre"

"pas de quoi"

"on se reverra peut-être au commissariat ?"

"j'espère"

Sur ces paroles pleines d'espoir Kévin se lève et sort du café sous le regard de Yann.

Une jeune femme brune, les yeux couleur noisette sourit quand elle entend les portes de l'ascenseur s'ouvrir et les pas familiers s'approcher.

Elle enlève son tablier le pose sur une chaise, remet en place une mèche rebelle et se dirige vers l'entrée. L'homme qu'elle aime est enfin là.

"bonsoir chéri"

Pour toute réponse Yann dépose un rapide baiser sur ses lèvres. Puis il enlève sa veste, l'accroche à une patère, enlève ses chaussures et va s'installer sur le canapé.

elle s'assoie près de lui et passe sa main dans ses cheveux. Yann ferme les yeux sous la caresse.

Il après de 2 h de retard, n'a pas téléphoné et pourtant elle ne lui reproche rien. Yann pense que Linda est l'épouse que beaucoup d'hommes aimeraient avoir, douce, prévenante, jamais un mot plus haut que l'autre, mais parfois tant de sollicitude l'étouffe.

il l'entend se lever pour retourner à la cuisine.

"le dîner sera prêt dans 15 mn"

Yann ne dis rien , il est ailleurs, son esprit est resté dans le café avec Kévin. au fur et à mesure qu'il faisait sa connaissance il a compris que plus rien ne serait pareil.

Il ouvre les yeux et regarde sa femme, il ne veut pas la faire souffrir, mais combien de temps encore va-t-il pouvoir continuer à jouer la comédie ? Sa rencontre avec Kévin vient de tout remettre en question et pour la première fois le mensonge lui pèse.

Comme il s'y attendait Kévin est accueilli par une Laura, toutes griffes dehors.

"t'étais où ? quand je suis revenue au commissariat tu étais déjà parti"

"je suis allé prendre un verre avec quelqu'un ?"

"qui ?"

"un mec du commissariat, yann Berthier"

" et pour quelle raison ?"

Kévin se sent obligé de raconter toute l'histoire s'il veut avoir la paix.

"et on a discuté et je n'ai pas vu l'heure passée, j'aurais du te téléphoner, je suis pardonné ?"

Laura sourit

"excuses-moi mais je n'aime pas quand tu es loin de moi"

Il l'enlace et dépose un baiser à la base de son cou.

"quand est-ce que tu va finir avec ta stupide jalousie, je t'aime il n'y a que toi qui compte"

Il s'apprête à l'embrasser quand soudain sur le visage de Laura se superpose celui de yann. Il se raidit ce qui n'échappe pas à Laura.

"ca ne va pas ?"

"non c'est rien je suis crevé c'est tout, je vais prendre une douche"

Un rapide baiser et il se dirige vers la salle de bain.

« mais qu'est-ce qui m'arrive bon sang ? j'aime Laura mais je suis attiré par lui »

Le doute s'est emparé de lui.