De jour en jour l'air était devenu étouffant et les températures atteignaient des records digne d'un mois d'août et malgré la fenêtre ouverte Kévin n'arrive pas à trouver le sommeil.

La chaleur lui ayant donné soif, il se lève et en se rendant à la cuisine pour y boire un verre d'eau il s'aperçoit que le canapé du salon est vide de toute présence. Il cherche Yann des yeux et le voit debout sur le balcon, les mains sur la rambarde, cherchant désespérément un souffle d'air frais.

« Tu ne dors pas » fait Kévin en prenant place à ses côtés.

« Non, trop chaud »

Ils restent ainsi un moment sans parler, sans bouger, contemplant les lumières de la ville.

« Tu veux un verre d'eau ? » demande Kévin rompant ainsi le silence qui les entoure.

« Je veux bien, merci »

Après avoir remplis deux verres d'eau fraîche à la cuisine il retourne dans le salon, Yann n'a pas bougé. Il l'observe, il est presque nu, seulement vêtu comme lui d'un boxer, ses cheveux dans lesquels il aime tant passer ses doigts sont décoiffés, des gouttes de sueur descendent lentement de sa nuque sur son dos musclé, le rendant incroyablement sexy et désirable.

Kévin sent la douce chaleur familière envahir le bas de ses reins, il reste un instant comme hypnotisé puis comme poussé par une force invisible, il met les verres sur la table basse, s'approche de lui et pose doucement sa main sur sa nuque . Il sent Yann frémir au contact de sa paume, et son autre main prend place sur sa hanche l'obligeant à lui faire face.

Il embrasse doucement la base de son cou, remonte jusqu'à la mâchoire puis la délaisse pour mordiller le lobe de son oreille lui arrachant un gémissement.

Les yeux mi-clos, Yann se laisse aller, appréciant l'initiative et les attentions de son amant.

Pendant que les lèvres de Kévin descendent lentement sur son torse, ses mains se posent au creux de ses reins, l'attirant vers lui encore un peu plus. Ils ne peuvent plus maintenant ignorer le désir qu'ils éprouvent l'un pour l'autre.

La bouche de Kévin remonte pour s'emparer de ses lèvres et ils s'embrassent presque sauvagement, la tendresse n'a plus sa place dans cette étreinte, le feu qui embrase leurs sens est tellement intense qu'ils ont du mal à résister à la tentation d'assouvir leur désir à même le sol du balcon, dans les lumières artificielles des néons des enseignes publicitaires.

Dans une danse sensuelle, ils se déplacent, n'interrompant leur baiser que pour mieux le reprendre. Arrivés dans la chambre ils basculent sur le lit où ils roulent quelques instants dans une lutte amoureuse jusqu'à ce que Yann bloque le corps de Kévin sous le sien. Leurs mains redécouvrent leurs formes, insistent sur les points sensibles, des gémissements s'échappent de leurs lèvres vite étouffés par leurs baisers.

Soudain Kévin sent le poids qui pesait sur lui s'alléger puis disparaître, il ouvre les yeux juste à temps pour voir Yann sortir de la pièce.

« Qu'est-ce que tu fous, tu vas où ? »

« T'inquiètes je reviens avec une surprise »

Kévin profite de son absence pour se débarrasser de son boxer, à peine a-t-il repris sa place sur le lit que Yann fait sa réapparition un bol à la main, bol qu'il pose sur la table de chevet. Il enlève à son tour le dernier rempart à sa nudité et prend place à califourchon sur Kévin.

Il allonge le bras afin de prendre quelque chose dans le récipient et en réponse à la question muette qu'il lit dans le regard de Kévin il lui ferme les yeux d'un geste de la main et murmure à son oreille.

«Laisses-toi faire tu va adorer »

Des frissons s'emparent de Kévin quand il sent quelque chose de froid parcourir son corps brûlant, suivi de la langue de Yann qui lentement essuie l'empreinte humide laissée par le glaçon.

Le contraste entre le froid de la glace et la chaleur que la langue de Yann lui procure lui fait découvrir une sensation jusque là inconnue de lui, il ouvre la bouche à la recherche d'un peu d'oxygène, ses mains s'ouvrent et se ferment froissant les draps.

Inlassablement, remplaçant le glaçon fondu par un autre, puis encore un autre, Yann continue la douce torture. Les gémissements de Kévin résonnent comme une douce musique à ses oreilles. Ensuite les mains prennent le relais et ses lèvres retrouvent ses consœurs pour un tendre baiser puis glissent à son oreille :

« Alors tu as aimé ? »

Kévin ne répond pas mais le sourire qui s'affiche sur son visage est éloquent

« On peut passer à l'étape suivante » fait Yann le tournant sur le côté puis en se positionnant sur le lit de façon à se retrouver dans une position inversée à celle de Kévin.

Celui-ci comprends son intention et simultanément leurs bouches leurs procurent une caresse qui ne qu'attiser un peu plus l'incendie qui se propage dans tout leur être. Pendant de longues minutes ils ne pensent à rien d'autre qu'à ce plaisir mutuel.

Sentant qu'ils arrivent au point de non-retour Yann se détache de Kévin l'incitant à faire de même, passant outre le grognement de frustration de celui-ci., puis il se place au dessus de lui, ses genoux de part et d'autre de ses hanches et doucement il descend sur la virilité tendue à l'extrême de son amant.

Kévin émet un râle de plaisir, il lève légèrement la tête et la vision que lui offre Yann, les reins creusés, les mains posées sur ses cuisses, la tête renversée en arrière, les yeux fermés, le torse luisant de sueur, accentue encore son désir.

Lorsque Yann commence à bouger , dans un lent mouvement de haut en bas et de bas en haut, ses mains se crispent sur ses hanches. Le souffle court il est déconnecté de la réalité, plus rien n'a d'importance que leurs deux corps en parfaite osmose. D'un mouvement du bassin il l'incite à accélérer la cadence alors les gémissements et les râles de plaisir qui emplissaient la pièce s'intensifient, suivis d'un cri simultané quand, précédé de vagues de plaisir plus intenses la jouissance les submerge, les laissant sans forces.

Yann se laisse tomber doucement sur le torse de Kévin, ils s'embrassent pour un baiser tout en tendresse, calmant ainsi les battements effrénés de leur cœur.

Leurs corps se séparent enfin et ils restent allongés quelques minutes, les yeux dans les yeux, puis pour la deuxième fois depuis qu'ils sont amants, trois petits mots sont prononcés, l'amour qu'ils se portent brillent dans leurs yeux, leurs paupières se ferment et le sommeil les gagne, enlacés.

C'est le bruit du tonnerre qui réveille Kévin, il n'aime pas l'orage depuis que la foudre est tombée non loin de lui lorsqu'il était enfant.

Un bref coup d'œil au réveil-matin lui indique qu'il est seulement 5h, vraiment trop tôt pour se lever un samedi matin et même s'il en avait eu l'intention, le bras de Yann qui l'enlace l'empêche de tenter toute tentative d'évasion. L'orage redouble d'intensité et des éclairs illuminent la pièce, il se blottit davantage contre le corps chaud de Yann qui malgré la colère du ciel n'a pas bougé d'un iota, dormant du sommeil du juste ou plutôt celui de l'homme comblé..

Bien calé contre lui, il laisse son esprit vagabonder ; la veille a été son dernier jour au sein de la BAC et s'il est content de retrouver Lyes, Nadia, Alex et même Laura, il regrette déjà cette semaine passée avec le lieutenant Moretti avec qui il a sympathisé et beaucoup appris.

De plus son retour à la PJ signifie aussi qu'il verra Yann moins souvent et ce malgré leur cohabitation. Celle-ci n'étant de toute façon que temporaire , il allait se retrouver seul.

Son regard se porte sur un vêtement posé sur un cintre lui-même accroché à la porte de l'armoire, il appartient à Laura. Laura à qui, malgré la promesse faite à yann, il n'a pas parlé, il n'a pas encore eu l'occasion de le faire, soit elle n'était jamais seule, soit le temps lui manquait. Mais c'est juré il lui parlera lundi.

L'orage s'est éloigné, il se laisse aller et se rendors.

Yann ouvre les yeux, le cœur léger, le corps puissant de Kévin tout contre le sien lui prouve qu'il n'a pas rêvé leur étreinte.

Pour la première fois il a passé la nuit entière à ses côtés et il espère de tout son être qu'elle sera suivi de beaucoup d'autres.

Il se sent bien, il est heureux tout simplement.

Doucement, afin de ne pas réveiller Kévin, il retire son bras, libéré de sa prison humaine, celui-ci se retourne dans son sommeil et lui fait face.

Yann se redresse sur un coude et observe son amant endormi. Il ne résiste pas à la tentation de poser sa main sur sa joue, puis elle descend sur son épaule, son bras pour mieux glisser sur son flanc et enfin s'arrête sur sa hanche, sans autre réaction de la part de Kévin qu'un léger frémissement de sa peau. Alors il s'enhardit et pose sa main sur son bas-ventre. Dans un demi-sommeil Kévin se met sur le dos afin de mieux apprécier la caresse qu'il lui procure maintenant. Alors les doigts experts de yann commence un lent mouvement de va-et-vient et un soupir de contentement s'échappe des lèvres de Kévin qui ouvre les yeux complètement réveillé.

Sans interrompre ce qu'il a commencé, Yann prend place entre ses cuisses et sans plus de formalité le fait sien. Kévin pousse des gémissements mêlés au nom de son amant. Les mouvements des reins se calquent sur ceux de la main, des râles de plaisir résonnent dans la pièce, leurs battements de cœur s'accélèrent et ils atteignent ensemble le 7ième ciel, des étoiles pleins les yeux.

Tout à leur volonté se s'appartenir l'un à l'autre ils n'on pas entendu la porte d'entrée s'ouvrir et quelqu'un entrer dans l'appartement puis ressortir quelques instants plus tard, des éclairs dans ses yeux noirs.

« Bonjour, merci pour le réveil »

« Ce fut un plaisir »

Leurs lèvres se trouvent pour la première fois de la matinée. Ils sont maintenant allongés l'un à côté de l'autre, leurs doigts entrecroisés sur le torse de Yann, contemplant le plafond.

De longues minutes s'écoulent dans le silence avant que Yann ne prenne la parole.

« J'ai rendez-vous tout à l'heure dans une agence immobilière »

«Tu vas partir ? t'as déjà trouvé un appart ? »

« Non, je cherche seulement depuis une semaine tu sais, mais je ne peut pas vivre ici éternellement »

« Pourquoi ? »

« Parce que c'est l'appartement où tu vivais avec Laura et beaucoup trop de choses me rappelle sa présence. »

Yann tourne la tête et voit le visage de Kévin se fermer, alors il prononce les mots qu'il n'aurait jamais cru capable de dire un jour à un homme, lui qui par tout les moyens a caché son homosexualité , veut maintenant vivre son amour sans se préoccuper du quand-dira-t'on .

« Kévin…quand j'aurai trouvé cet appartement, j'aimerai que… »

« Que ? »

« Que tu viennes vivre avec moi, je veux m'endormir chaque soir dans tes bras et me réveiller contre toi. Je ne veux plus me cacher. Ca ne sera pas une partie de plaisir tout les jours, comme tu le sais j'ai un fichu caractère mais je t'aime et j'ai besoin de toi »

Kévin reste un moment silencieux, il ne crois pas encore à ce qu'il viens d'entendre, ce qu'il a tant espéré, qu'il a ardemment désiré viens de se réaliser, Yann veut faire sa vie avec lui.

« Alors qu'est-ce que tu en penses ? »

« Ce que j'en pense ? c'est que je suis d'accord »

Un deuxième baiser, puis un troisième, des mains qui s 'égarent, qui caressent , qui griffent, faisant renaître le désir, encore des baisers de plus en plus passionnés et de nouveau la communion entre deux corps fait l'un pour l'autre, entre deux hommes qui s'aiment et dont le cœurs battent à l'unisson.

Laura ferme son portable d'un geste rageur. Cela fait au moins la 6ième fois qu'elle essaie de joindre Kévin pour à chaque fois tomber sur sa messagerie. Monsieur ne veut pas être dérangé. Elle voulait le prévenir de sa visite et bien tant pis si elle lui gâche sa grasse matinée.

Elle met le sac, qu'elle a prévu afin de rapporter quelques affaires, sur son dos, enfourche sa moto et prend la direction de son ancien appart.

Arrivée sur le palier elle fouille dans son sac à la recherche de ses clés, puis elle ouvre la porte et pénètre dans l'appartement.

Personne dans le salon, ni dans la cuisine ; en se rendant dans la salle de bains elle croit entendre du bruit provenant de la chambre. La main sur la poignée elle colle son oreille contre la porte, non elle n'a pas rêvé ce sont bien des gémissements qui lui parviennent.

La jalousie et la colère montent en elle en l'espace d'un instant.

Il a osé, il a osé emmener sa pouffiasse ici et il lui fait l'amour dans leur chambre, dans leur lit.

Hésitant entre ouvrir la porte à la volée et les surprendre ou alors remettre sa vengeance à plus tard, non sans avoir d'abord vu le visage de sa rivale.

Elle se décide pour la deuxième solution, la vengeance est un plat qui se mange froid.

La poignée s'abaisse doucement, l'angle de vue est parfait mais ce qu'elle voit la fige sur place, Kévin , les yeux fermés, gémis, mais le corps au dessus de lui n'a rien de féminin, c'est ² un dos musclé luisant de sueur, le dos d'un homme qu'elle aperçoit. Un homme, il fait l'amour avec un homme, une envie de vomir la prend soudainement.

Elle n'a pourtant pas d'a priori sur les homosexuels, mais voir le garçon avec qui elle a partagé tant de choses , prendre à l'évidence plus de plaisir qu'avec elle la dégoûte. Elle ne voit pas son visage mais soudain Kévin dans un moment de plaisir prononce enfin son prénom : Yann.

Comme un automate elle referme la porte puis quitte l'appartement aussi silencieusement qu'elle y était entré.

Après une douche , qui faute de temps fut sage et un solide petit déjeuner, Yann et Kévin se sont rendus ensemble à l'agence immobilière afin de trouver l'appartement de leur rêve. Ils ont eu la promesse de leur interlocuteur de faire le nécessaire pour accéder à leur demande dans les meilleurs délais. Ils se sourient mutuellement en sortant de l'agence, une étape dans leur relation viens d'être franchie.

Il fait beau et les trottoirs sont envahis de promeneurs et de touristes et la chaleur accentue l'odeur des gaz d'échappement.

Pris d'une impulsion Yann se tourne vers Kévin et lui demande :

« Ca te dirait de finir le week-end hors de Paris ? »

« Oui, pourquoi pas, on irait où ? »

« Je sais pas , pas trop loin pour ne pas passer la moitié du temps dans la voiture »

« Ok, on rentre et on va voir sur internet « propose Kévin

Aussitôt dit, aussitôt fait, après plusieurs recherches ils décident de partir pour la ville impériale de Compiègne à environ 1h de Paris. Après avoir rempli leur sac de voyage du strict nécessaire ils affrontent le périphérique puis l'autoroute A1, direction l'Oise.

Arrivés à destination ils n'ont aucun mal à trouver un petit hôtel dans le centre-ville. Après un passage à l'office du tourisme ils décident de visiter le château, résidence de Napoléon III, et continuent par une promenade dans le parc jusqu'à la vue des Beaux-Monts, que pour la petite histoire, l'empereur aurait fait percer dans la forêt en une nuit afin que son épouse, Eugénie, puisse retrouver à Compiègne la vision qu'elle avait de ses appartements étant enfant.

Après quelques hésitations ils ont fini par se tenir la main, après tout personne ne les connaît, et c'est ainsi qu'ils partent maintenant à la découverte de la ville, sous le regard parfois hostiles, étonnés ou bienveillants comme celui d'une femme et de sa fille qui les croisent en souriant.

La journée se termine par un dîner au restaurant puis par leur retour à l'hôtel. La porte de leur chambre à peine refermée, oubliant leur fatigue, ils se jettent l'un sur l'autre, brûlants de désir et la petite pièce résonne bientôt des preuves de leur plaisir.

Le lendemain, après avoir parcouru les alentours et fait une longue promenade en forêt et reprennent le chemin de la capitale, heureux de cette première escapade en amoureux.

Mais quand ils entrent dans l'appartement un spectacle de désolation s'offre à eux.

« Mais c'est quoi ce bordel ? « fait Yann

« Un cambriolage ? »

« Non la porte était fermée et aucune vitre n'est brisée »

Chaises renversées, bibelots cassés, DVD et Cd sortis de leurs boîtiers et rayés, dans la cuisine le frigo a été vidé et de la nourriture jonche le sol parmi la vaisselle cassée, le sol de la salle de bain est rendu glissant par les produits qui ont été renversé.

Ils continuent leur progression jusqu'à la chambre où ils découvrent la plupart de leurs affaires éparpillés et lacérés.

Alors ils comprennent et un même prénom s'échappent de leurs lèvres : Laura.