Bonjour,

j'espère que vous ne vous êtes pas formalisés que je ne réponde pas à certaines de vos questions mais ce serait dommage de dévoiler la trame avant terme.

Je vous remercie pour vos reviews encourageantes. Commencer une autre fic après Mon ami l'ennemi a été assez difficile, mais c'était nécessaire. Il faut apprendre à tourner la page, n'est ce pas?

D'ailleurs j'ai débuté l'écriture d'un one shot. Je prends mon temps car ce sera une histoire humouristique. A mon sens, il est bien plus difficile d'écrire quelque chose de drôle qu'un morceau de tragédie.

Enfin, bref, je vous souhaite une bonne lecture. Ce chapitre étant plus long et plus consistant que les précédents, mais quelque part, je doute que ce fait vous déplaise.

Bises.

Chapitre quatre : Interrogatoires

Lorsque Harry transplana à Gamvik, il atterrit derrière un entrepôt abandonné.

L'atmosphère maritime l'enveloppa aussitôt. Le chant des mouettes, l'odeur saline, les cris des marins, le souffle glacial venant de la mer…

Le jeune homme resserra sa cape autour de lui. Ginny avait pris soin de lui visser un bonnet sur le crâne et de l'obliger à enfiler une paire de gants. Malgré tout, il faisait un froid d'oie, comme disait Mr Weasley.

- Par Merlin! Je vais perdre mes doigts de pied si je reste ici!

Il quitta son lieu de transplanage pour rejoindre le port qui se situait de l'autre côté des entrepôts.

Sur le quai, les marins vidaient leurs cargaisons tandis que les oiseaux volaient à basse altitude pour leur chiper des poissons. Un vieux loup de mer, édenté et d'une hygiène douteuse, leva son poing vers les mouettes chapardeuses en beuglant quelque chose, que la barrière de la langue empêchait Harry de comprendre. Mais le sorcier aurait parié que c'était une injure.

Quelques hommes le regardèrent étonnés. Gamvik était un petit village avec moins d'un habitant au kilomètre carré. Rares étaient les touristes à cette époque de l'année et en général tout le monde le savait par le biais du bistrot de Nielsen.

Située au Nord de la Norvège, les sorciers avaient choisi pour accueillir la prison Azkaban, une petite île dans la mer de Barents. Au delà, l'Océan Arctique reprenait ses droits.

En plein été, la température restait fraîche mais en hiver elle atteignait facilement les - 25 ° C. Encore une fois, Harry se demanda comment Snape avait pu s'échapper, dans ces conditions.

- Harry! L'appela une voix au loin.

Il se retourna et vit Hermione qui avançait vers lui. Elle avait attaché grossièrement ses cheveux bouclés. Ses joues et son nez étaient rougies par le froid et le vent. Elle souriait. Depuis combien de temps n'avait elle pas souri ainsi? Se demanda Harry.

Lorsqu'elle passa devant les marins, elle se fit siffler. Ses joues passèrent de rouges pâles à écarlates. Elle pressa le pas et attrapa son collègue par la main pour l'entraîner un peu plus loin.

- C'est vraiment charmant ici! S'exclama-t-elle. Tu es déjà venu?

- Oui, j'ai du me rendre à Azkaban il y a quelques temps. Cet endroit n'est pas assez chaud à mon goût!

Hermione lui adressa un sourire aussi rayonnant que le premier.

- Le froid m'a toujours revigoré! Cela doit venir de ma grand-mère maternel. Je t'ai déjà parlé d'elle? Elle était juive et a quitté la Pologne en 1938. Juste avant la guerre…

Elle resta un moment silencieuse, se remémorant ce que racontait la vieille femme avec son accent guttural.

- Que lui est il arrivé ensuite?

- Oh, fit Hermione qui s'extirpa de ses souvenirs. Elle parvint à dénicher un travail de femme de ménage dans un manoir. Ses propriétaires étaient issus de la haute bourgeoisie. Ils avaient trois enfants, deux filles et un fils, Edgar. Cela fait très romanesque, mais ce jeune homme est tombé amoureux de ma grand-mère même s'ils avaient du mal à se comprendre. Ils finirent par fuguer, se marier et eurent deux filles dont ma mère.

La jeune femme eut un petit rire.

- Et après, on m'accuse d'être romantique… murmura-t-elle.

Ils finirent par quitter le port et s'éloigner de Gamvik. Le paysage était enneigé et paisible.

Leurs pieds s'enfonçaient à chacun de leur pas dans l'épaisse couche de neige, rendant leur avancée plus pénible et plus lente.

Puis ils parvinrent à une crique.

A cause de l'air iodé, les flocons fondaient plus rapidement le long de la mer. Aussi les rochers qui bordaient la mer de Barents étaient plus clairsemés que le reste du paysage.

Hermione compta trois pas à partir de la gauche de la crique et fit face aux vagues.

Elle tendit sa baguette et récita la formule latine :

- Emerge.

Des remous apparurent à la surface de l'eau. Puis de grosses bulles avant qu'un morceau de bois sorte de l'eau. La mer retrouva son calme lorsqu'elle finit d'extirper une barque de son antre.

Harry se sentit pâlir. Il avait l'impression de revivre un cauchemar à chaque fois qu'il revenait ici. Cette barque qui émergeait des flots ravivait des souvenirs qu'il aurait préféré oublier.

La jeune femme releva ses robes et monta précautionneusement dans l'embarcation avant de tendre la main à son ami. La barque tangua dangereusement.

- J'espère que le trajet n'est pas trop long, dit Hermione d'une voix mal assurée, la mer semble agitée.

Elle pâlit lorsqu'une vague faillit les faire chavirer.

- Avec ce temps, nous en avons pour une bonne heure. Il y a environ cinq kilomètres si je ne me trompe pas.

- Soit, soupira-t-elle.

Elle pointa les rames de sa baguette et murmura un sortilège. Aussitôt elles s'animèrent et plongèrent dans les flots. Harry dut s'accrocher au bord pour ne pas tomber à l'eau lorsque l'embarcation fit un bond d'un mètre.

- Finalement, je crois que je me suis trompé, lui dit il avec un grand sourire, on ne devrait mettre qu'une demi heure.

Un petit rire s'échappa de la gorge d'Hermione qui fut vite remplacé par une quinte de toux.

- Molly a un remède super efficace contre les maux de gorge.

- Je sais, répliqua-t-elle froidement.

- Tu ne te rends plus au Terrier? S'étonna Harry. Tu sais pourtant que tu y es la bienvenue.

- Écoutes, je n'ai vraiment pas envie de parler de Ronald et de sa famille.

- Il faudra bien que tu dises un jour ce que tu as sur le cœur.

Hermione poussa un soupir d'agacement.

- Je suis en colère! D'accord? Furieuse! J'ai beau savoir que lui et moi, nous n'étions pas faits l'un pour l'autre, je lui en veux de m'avoir humiliée de la sorte. Je pense que le minimum après tout ce qu'on a vécu ensemble, c'était de m'accorder du respect! Je ne regrette pas la fin de notre relation mais je regrette notre amitié.

- Tu lui manque, à lui aussi. Il s'en veut de s'être comporté comme un idiot.

- Tu te rends compte, continua Hermione, qu'il m'a quittée parce que je voulais attendre un peu pour me marier.

- Euh, je crois que c'était un prétexte.

- Comment?

- Eh bien, Ronald et toi vous vous disputiez pour un rien et je pense qu'il voulait passer à autre chose. Tu le connais aussi bien que moi, desfois il est un peu lâche et je pense qu'il n'osait pas mettre un terme à votre histoire d'amour. A partir du moment où tu as dit non à sa demande en mariage, il a saisi l'occasion pour s'en aller.

- Je ne comprends pas, s'il était fatigué de notre relation, pourquoi m'a-t-il demandé en mariage? C'est illogique.

Harry se gratta la tête. Il connaissait la réponse mais n'avait pas vraiment envie de la donner à son amie.

- Je ne suis pas sûr que tu veuilles le savoir.

- Dis le! Ordonna-t-elle.

- Bah, il savait justement que tu répondrais non…

Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent puis lancèrent des éclairs.

- Tu veux dire, commença-t-elle d'une voix que la colère, plus que le froid, rendait tremblante, que Ronald m'a demandé en mariage parce qu'il savait que je dirais « non » et ce à la seule fin de me quitter?

Harry soupira puis hocha la tête.

- Le rustre! Le goujat! Le couard! S'écria-t-elle.

Le jeune homme se cacha le visage entre les mains. Diantre! La demi heure qui allait suivre serait sûrement la plus longue de toute sa vie!


De violentes vagues se fracassaient sur les flancs de l'île. La forteresse d'Azkaban, haute de cent cinquante mètres, au minimum, semblait infranchissable.

Une pluie féroce s'abattit sur eux. Aucun sort n'était possible à moins de cinq cent mètres de la prison, ce qui empêcha les sorciers de se protéger magiquement. Cette mesure avait été appliquée après le départ des Détraqueurs, afin de prévenir tous transplanages et surtout toutes évasions.

- Hermione, pourquoi est-ce que les rames sont toujours sous l'emprise du sort? Cela n'aurait pas du se désactiver lorsqu'on est rentrés dans le périmètre?

- Il va falloir que je me renseigne, répondit elle. Il semblerait que les sortilèges continuent à fonctionner et que seuls les sorts sont prohibés. Je vais faire quelques recherches en rentrant.

Leur embarcation se dirigea toute seule vers le quai. Harry lança la corde d'amarrage qui se noua d'elle-même sur le poteau le plus proche. Ceci fait le sorcier sauta sur la rive. Quand il se retourna, Hermione s'accrochait au bateau, lançant un regard suppliant à son ami.

- Je croyais que tu aimais l'eau! S'étonna Harry.

- Les mers dans lesquels je plonge sont plus chaudes et plus calmes. Et en dernier recours, je peux utiliser la magie.

Le jeune homme lui tendit la main qu'elle attrapa vivement. Il la tira vers lui brusquement.

Elle émit un petit soufflement soulagé lorsque ses pieds touchèrent la terre ferme. Elle épousseta ses robes et tata ses cheveux. Une multitude de frisottis s'échappaient de son chignon mal fait. Harry trouvait, en toute objectivité bien sûr, que cela lui donnait un certain charme.

Ils se tournèrent vers l'immense porte d'entrée de la prison d'Azkaban. Haute de six mètres, large de quatre mètres, forgée par les Gobelins, elle était réputée pour être indestructible.

Le sorcier avança et frappa trois fois.

Il y eut un instant de silence puis les sorciers entendirent un nombre infini de cliquetis.

- Ce sont tous les verrous, informa Harry.

La jeune femme hocha la tête.

- Je le sais. Je l'ai lu dans Azkaban, la forteresse où finissent les méchants. Il y a précisément cent quarante huit serrures à cette seule porte et il faut environ un quart d'heure pour tous les ouvrir.

Harry grogna. A ce train là, ils finiraient noyés sous la pluie.

- Tu savais que la forteresse a été bâtie par des moldus? Selon la légende, ce serait les Vikings qui auraient construit cet édifice pour leur servir de refuge et d'entrepôt pour les trésors volés et accumulés. C'est amusant, non? Beaucoup doutent de cette théorie, dont le sorcier Luke Norton qui avance l'argument que ce peuple n'a jamais érigé de tel fort. Tu les imagines importer d'immenses blocs de pierres avec leurs drakkars? Quoiqu'il en soit les Gobelins ont découvert la forteresse en 1238, l'ont rénovée, ont construit sa porte puis l'ont utilisée comme citadelle en 1612 lors de leur Révolte. Le Ministère de la Magie l'a récupérée lorsqu'ils ont défait les Gobelins. Le fort a été baptisé Azkaban et est devenu une prison.

Le sorcier avait décroché à partir des Vikings.

- As-tu au moins écouté un seul mot de ce que je viens de te raconter? Demanda Hermione.

- Mmh Mmh, fit Harry d'un air distrait.

- C'est à cette époque là, d'ailleurs que Jésus Christ a débarqué pour coloniser l'Afrique, débita Hermione en fixant son ami, mais comme il avait la varicelle, il ne pouvait jouer du piano, ce qui l'a poussé à se lancer dans la Magie Noire. Mais je dis cela, Frankenstein n'a pas fait mieux lorsqu'il a pris une échelle pour grimper sur la Lune. Il paraîtrait que l'herbe y était plus verte là bas…

La porte s'ouvrit enfin et un vieil homme fit un ample geste de la main accompagné d'un courbette obséquieuse pour les inviter à entrer.

- C'était passionnant, Hermione, lui dit Harry en lui tapotant le bras avant de pénétrer dans la prison.

Il ne put l'entendre l'insulter de « sombre ignare » alors que le gardien lui présentait ses salutations.

- Mr Harry Potter, quel honneur de vous recevoir! Je ne sais si vous vous souvenez de mon humble figure, nous nous sommes vus il y a quelques mois en ces murs…

Le sorcier acquiesça.

- Trêves de bavardages, coupa-t-il assez sèchement, nous sommes venus enquêter sur l'évasion de Severus Snape.

- Je n'y suis pour rien! S'écria le vieil homme en levant les mains. Je n'étais pas de garde ce soir là. C'était ce fainéant de Rollings! Ne m'enfermez pas, Mr Potter! Je vous en prie.

L'homme se mit à genoux et commença à pleurnicher sur les robes d'Harry.

- Relevez vous, nous sommes là pour interroger uniquement. Il n'est pas question d'emprisonner qui que ce soit. Il y a des faiblesses au niveau de la sécurité et nous sommes là pour y remédier.

- Nous commencerons par la cellule du prisonnier, intervint Hermione d'un ton professionnel.

- Suivez moi! Suivez moi!

Le vieil homme les fit longer un couloir puis les mena dans un immense hall où un escalier prenait toutes la place. En levant les yeux, Harry aurait été pris de vertiges s'il n'était pas déjà venu auparavant.

Au dessus de lui se déployait une cage d'escalier desservant plus de vingt cinq étages.

- Heureusement pour vous, il était au deuxième étage, leur annonça le vieil homme en souriant de toutes ses dents pourries.

Harry entendit Hermione pousser un soupir de soulagement.

Même si les Détraqueurs avaient quitté les lieux quelques années plus tôt, ils hantaient encore les lieux. Rien de beau ne pouvait arriver entre ces murs de pierres.

Le sang, la souffrance, le désespoir, la mort…

Le sorcier sentit la colère bouillonner dans son cœur. Et dire que les deux hommes qui avaient été parmi les plus importants dans sa vie avaient vécu ici! Comment Sirius et Severus étaient ils parvenus à survivre? Où avaient ils trouvé l'espoir, la force, le courage de s'enfuir?

- Il était d'une sale espèce ce Snape, cracha le vieil homme, une mauvaise plante. Coriace, venimeux, dangereux… Dommage qu'ils aient interdit la peine de mort… Il l'aurait bien méritée.

Le sorcier se retint de lui lancer un sort. De toute façon même s'il le voulait, il ne le pourrait pas. Par contre, lui casser la figure…

Il sentit la main d'Hermione caresser son poing crispé.

La cellule de Severus Snape était lugubre. Il n'y avait pas de terme plus approprié.

En six mètres carré, il y avait un toilette crasseux dans un coin, à côté duquel se trouvait un lavabo. En face, il y avait une paillasse à même le sol. Le tout était illuminé par une fenêtre sans vitrage et par laquelle entrait la pluie. Le sol en était trempé. Tout au fond, à côté du « lit », se recroquevillait un rat maigrichon.

Harry surprit une lueur d'avidité dans le regard du vieil homme.

- Voilà mon dîner, marmonna le gardien en prenant une clé de son trousseau et en l'insérant dans la serrure.

Dès qu'il ouvrit la porte, l'animal émit un couinement puis s'enfuit entre leurs pieds.

- Viens ici! Beugla le vieil homme qui se mit à lui courir après.

Harry et Hermione échangèrent un regard incrédule.

Puis leur visages s'assombrirent.

- Tu avais déjà vu sa cellule? Demanda-t-elle à voix basse.

- Jamais. Je n'aurais pas pu tolérer cela. Ils ne m'ont pas permis de le voir dans sa geôle.

Il posa sa main sur l'épaule de son amie qui était blême.

- Quand je pense qu'ils vont le remettre là dedans… murmura-t-elle.

- Ils ne l'attraperont jamais, lui dit Harry d'un ton sûr.

- Promets le moi! Supplia-t-elle

- Il est trop malin, Hermione. Il ne se laissera pas prendre. Il va disparaître et le monde sorcier ne le reverra plus.

La jeune femme ferma les yeux.

- Tu avais raison, il vaut mieux qu'on enquête sur son évasion. Je n'aurais pas le cœur à le poursuivre, avoua-t-il.

- Pssst, fit une voix d'homme derrière eux.

Ils se retournèrent pour faire face à un prisonnier agrippés aux barreaux de la porte.

- Bonjour, lui dit la sorcière.

L'homme ne lui rendit pas son salut. Il ne la regarda même pas.

- Vous êtes là pour Snape? Demanda-t-il.

- En effet, vous avez des choses à nous apprendre au sujet de son évasion? Questionna Harry.

- Bah je pense pas, répondit il. Je dormais quand il s'est barré. En pleine nuit, avec ce froid, il doit être au fond de l'eau à l'heure qu'on parle! Il a pas pu survivre.

- Vous n'avez rien noté dans son comportement d'inhabituel? Intervint Hermione.

L'homme, là encore ne tourna pas ses yeux vers la sorcière.

- J'parle pas aux femmes.

Hermione haussa les sourcils et Harry les épaules. Ils n'avaient pas de baguettes et l'homme subissait déjà le pire châtiment que la société pouvait lui infliger. Autant laisser couler.

- J'ai tué la mienne, murmura le prisonnier, le regard dans le vide. Elle était si belle. Sale garce! Elle couchait avec tous les voisins, j'en suis certain! Je ne supportais pas qu'elle mente! Elle pleurait, elle suppliait et puis après elle ne bougeait plus. Sale garce! Elle l'a bien mérité!

Hermione soupira et commença à se détourner lorsqu'un détail lui sauta aux yeux. Elle tourna plusieurs fois la tête pour comparer la cellule du prisonnier à celle de Severus Snape.

- Qu'y a-t-il? Demanda Harry.

- Les barreaux, répondit elle.

Le sorcier jeta un coup d'œil aux deux fenêtres et en effet, à celle du fugitif, il n'y avait plus de barreaux. Il suivit son amie qui avait poussé la porte pour entrer dans l'étroite geôle.

Le ricanement du taulard parvint à leurs oreilles.

- Alors c'est pour ça qu'il passait tout son temps à sa fenêtre! Le vaurien!

Harry se rapprocha de l'étroite ouverture taillée dans la roche.

- Cela ne fait pas plus de quarante centimètres de largeur! S'étonna le sorcier. Il se souvenait de son ancien professeur comme d'un homme mince, et non pas squelettique.

- Il est au deuxième étage, il pouvait sauter dans l'eau sans se blesser, constata Hermione.

Elle se mit à quatre pattes et commença à fouiller.

- Qu'est-ce que tu cherches? Demanda Harry.

- Les barreaux. Ah! En voilà un!

En effet, elle lui tendit une barre en fer de forme cylindrique.

- Logiquement, il en manque encore deux, lui dit le sorcier.

Elle souleva la paillasse et en trouva un autre.

Le troisième, ils le trouvèrent derrière les toilettes.

Hermione et Harry examinèrent les extrémités des barreaux, et même si le matériel leur manquait, il semblait évident que les barres avaient été sciées.

- Tu te rends compte du temps que cela a du lui prendre?

- Avait il vraiment autre chose à faire? Répliqua t'il. Par contre, où a-t-il trouvé l'outil adéquat et surtout …

- …où se trouve cet outil? Continua Hermione.

Ils passèrent la cellule au peigne fin et ne trouvèrent rien.

- Il l'a peut être jeté à la mer, proposa la jeune femme.

- Pourquoi faire?

- Pour nettoyer ses traces.

- Je n'en vois pas l'intérêt. Néanmoins, s'il avait une scie ou une lime, il a du se dire que cela pourrait être utile pendant sa cavale. Il l'a peut être emmenée avec lui.

- Ce serait logique, acquiesça-t-elle.

Ils restèrent un instant silencieux, dans cette obscure cellule, où ils ne pouvaient imaginer Severus Snape y vivre… ou du moins y survivre. Car dans ces conditions, pouvait on vraiment parler d'existence?

Vers 13h, Harry et Hermione descendirent dans la loge du gardien d'accueil. Ils surprirent le gardien qui faisait tourner un rat à la broche au dessus de son feu de cheminée.

- Croustillant, comme je les aime! Vous en voulez un morceau.

- Sans façon, merci beaucoup, répondit poliment la sorcière.

La loge ressemblait à une cellule, à la différence du lit, du bureau et de la cheminée. Les murs transpirait d'humidité. L'air était saturé par les odeurs de moisi et de sel. La mer semblait s'insinuer partout. Harry remarqua un cadre en bois à côté du matelas. Une femme d'allure vulgaire le regardait insolemment puis lui fit un signe grossier du doigt.

- Aaah ma Perdita! Soupira le vieux gardien qui avait vu l'échange muet. Une femme adorable. L'amour de ma vie. Après elle, la vie a perdu de sa saveur. Les gens murmuraient que j'étais devenu fou… Carnassiers! Obligé de se cacher… Ici personne ne peut me faire de mal! La mer me protège.

Un élan de dégoût mêlé de pitié se fraya un chemin dans la poitrine de l'Auror.

- Nous sommes venus regarder le registre des visites, l'informa Hermione de son ton le plus professionnel. Apparemment, les problèmes existentiels du vieillard ne l'émouvait pas du tout.

- Oh! Avec plaisir, je vous l'enverrais dès ce soir.

- Ne peut on pas le voir dès à présent.

- Non, cela se fait uniquement par courrier.

- Mais enfin, c'est ridicule! Nous sommes Aurors et nous avons un mandat du Ministère!

Le vieillard s'obstina.

- C'est pas comme ça que ça se passe, ici, ma jolie! Je vais vous envoyer une copie. Voilà tout.

Les joues d'Hermione se rougirent de colère. Harry s'interposa. Rien ne servait de s'énerver. Cet homme n'en valait vraiment pas la peine.

Avec un peu de recul, le jeune homme se rendit compte que ce comportement lui ressemblait bien peu. Ginny l'adoucissait.

- Les ordres sont les ordres. Dès l'aube, vous l'aurez.

Il y eut un instant de silence qui fut coupé uniquement par les bruits de mâchouillements que produisait le gardien avec son rat.

- Autrement, vous n'avez rien remarqué d'inhabituel au sujet de Severus Snape? Demanda Harry.

- Che ne vous l'ai pas dit? dit il la bouche pleine. Il avait des visites tous les mois, de la même personne.

- Qui?

L'homme haussa les épaules.

- Portait une longue cape noire qui le couvait des pieds à la tête. Jamais vu sa tête. Sûrement un pote mangemort! Racailles!

- Vous souvenez vous du numéro qu'il indiquait dans le registre? Demanda Hermione.

- Non, j'me rappelle pas. Y a tellement de chiffres sur ce fichu bout de parchemin.

Harry soupira. Il n'avait jamais trouvé pratique le système du registre des visites d'Azkaban.

A la sortie de Poudlard, tous les sorciers se voyaient attribués un numéro d'identité, qu'ils devaient rappeler principalement dans les démarches administratives. C'était également un moyen de garantir l'anonymat de chacun dans les contextes plus délicats. Lorsque un sorcier visitait un prisonnier, il notait le nom de ce dernier, la date, et son numéro d'identification. Seul le Ministère avait un droit de regard sur cette liste.

Hermione et Harry restèrent encore quelques heures dans l'enceinte d'Azkaban mais éprouvèrent l'un comme l'autre le besoin de fuir cette forteresse du désespoir. Ils parvinrent à glaner quelques informations des sentinelles qui n'avaient rien remarqué de particulier aux abords de l'île la nuit précédente. Le prisonnier de la cellule avoisinante n'avait pas vu Snape se jeter de sa fenêtre.

Personne n'avait rien vu ni rien entendu.

Lorsque les deux Aurors sortirent de la prison, ils virent plusieurs de leurs collègues devant la porte d'entrée. Certains faisaient parti de la Brigade de police magique. Harry repéra une chevelure blonde dans le lot.

Draco Malefoy passa devant eux sans un regard et interpella le gardien d'accueil. Il l'entraîna à l'intérieur, une main posée hypocritement sur son épaule.

- Je me méfie de lui comme de la peste, murmura Harry à son amie.

Hermione haussa les épaules.

- Nous n'avons rien à reprocher à sa conduite d'après guerre. Pour l'instant, il s'est parfaitement conduit et semble désireux de rétablir le nom de sa famille.

- Severus Snape était son parrain, l'informa Harry.

- Oh, fit elle surprise, je l'ignorais.

- Qui ne voudrait pas sortir son parrain d'un lieu aussi infâme?

Une vague de nostalgie l'envahit. Sirius lui manquait. Et penser à lui, le faisait penser à Rémus et à ses parents. Tous ces morts, toutes ces injustices…

- Vous avez des pistes?

Les deux Aurors se retournèrent au son de la voix grave de leur supérieur.

- Pas beaucoup, répondit Harry.

- Nous rentrons au Ministère pour tout mettre sur la table. Il y a des trous dans le puzzle, continua Hermione.

- Nous savons, reprit le sorcier, qu'il a scié ses barreaux mais nous n'avons trouvé aucun outil. De plus nous ignorons comment il a pu se le procurer.

- Nous avons appris qu'il recevait des visites de la même personne tous les mois. Le gardien nous envoie le registre au Bureau.

- Très bien, c'est en effet un peu mince. Ah Malefoy! Je ne vous avais pas vu. Commencez à sonder les alentours. Les médicomages m'ont affirmé qu'il ne pouvait pas survivre plus de quelques minutes dans cette mer glaciale sans aucune protection. Il est peut être bien noyé.

- Dans ce cas, répondit le blondinet qui se trouvait juste derrière Hermione, j'ai bien peur que son corps n'ai été emporté. Les courants marins sont très puissants dans la mer de Barents.

- Tu m'as l'air bien informé! Insinua Harry.

- Je fais mon travail, répliqua Draco Malefoy froidement.

- Cela suffit, coupa Kingsley. La zone est rocheuse, le cadavre a pu rester coincé. Sondez quand même. Granger, Potter, interrogez les riverains de Gamvik, surtout les marins, ils ont peut être vu quelque chose. J'espère que vous avez pensé à emmener un Translator avec vous… Au travail maintenant!

- Oui, répondirent ils tous avec plus ou moins d'enthousiasme.