Bonjour,
tout d'abord, je vous remercie pour vos reviews. Elles m'ont fait vraiment plaisir.
Je vous souhaite une excellente lecture.
Bises
Chapitre six : Conclusions
Le village était plongé dans l'obscurité lorsque Harry arriva. Un vent glacial, venu tout droit d'Antarctique l'enveloppa immédiatement. Nulle lumière brillait en cette nuit, à part celle, au loin, du phare de Gamvik.
- Lumos, murmura-t-il.
Il serra sa cape autour de lui et se dirigea vers les criques.
Là, il retrouva Hermione. Ses yeux étaient rouges et il savait que ce n'était pas du au manque de sommeil. Bien qu'ils soient en service, elle se réfugia dans ses bras dès qu'elle le vit.
- Je ne peux pas y croire, murmura-t-elle.
- Tu l'as vu?
Elle secoua la tête.
- Les médicomages sont là bas, on attend leur verdict.
Ils se rapprochèrent de la rive. Malgré les ténèbres et les chuchotements incessants de ses collègues, Harry pouvait discerner le chant mortuaire des vagues qui venaient de rendre la dépouille gardée prisonnière en son sein pendant plusieurs jours.
Helbert Spleen, finalement, vint vers eux. La mine gave, le médicomage essuyait sa baguette d'un chiffon alors que Kingsley l'interrogeait.
- Alors?
- C'est un homme, cela est certain. Malheureusement la mer l'a rongé et je ne peux fournir aucune certitude, que des hypothèses. Ce que je sais c'est qu'il avait entre trente et cinquante ans. Un homme très mince. Un mètre quatre vingt treize. De longs cheveux noirs. Pour le reste, je ne peux même pas vous dire si c'est un sorcier ou un moldu. Quant au visage, ma foi, il n'y a plus rien. La zone est rocheuse comme vous le savez et je crains que le corps ai été ballotté au gré des vagues.
- Est-ce que cela correspond à Severus Snape?
- Eh bien, c'est un peu mince. Tout ce que nous avons ce sont une taille, une tranche d'âge et des cheveux. Je ne peux faire la corrélation avec si peu d'informations.
- Je pense que cela suffira au Ministre.
Helbert Spleen haussa les épaules, un sourire cynique aux lèvres.
- Eh bien, si cela lui suffit. Tant mieux pour lui.
- Hum…, interrompit Hermione, vous savez, les moldus ont un moyen très efficace de relier un corps à une identité, et ce par l'ADN.
- Oui, j'en ai entendu parler, dit le médicomage. Il leur faut un fragment de peau ou du sang…
- Entre autres oui, continua-t-elle. Nous pourrions envoyer des échantillons à un laboratoire moldu, non?
- Je crains, ma chère, que ce soit impossible, objecta Helbert Spleen. Jamais le Ministre n'acceptera. Nous ne savons exactement ce que les moldus pourraient découvrir dans cet échantillon. Nous ne pouvons courir le moindre risque.
- J'aimerais quand même en toucher un mot au Ministre.
- C'est votre droit, mais ne partez pas le cœur plein d'espoir. Vous serez déçue.
Harry s'approcha du cadavre tandis qu'Hermione discutait avec Helbert et Kingsley. Posé sur une civière qui flottait dans l'air, l'Auror ne pouvait reconnaître l'homme allongé. La mer l'avait avalé, rongé, dévoré puis craché, comme un vulgaire morceau de viande.
Que c'était il passé? Était ce bien Severus Snape?
Des larmes d'amertume coulèrent sur les joues d'Harry Potter. Un flash l'aveugla à cet instant. Il releva la tête et vit le sourire narquois de Rita Skeeter. Il sut qu'il serait à la une du matin même. Mais peu importait au sorcier qui ressentait une intense déception. Cet homme avait donné son âme pour le protéger et lui, avait été incapable de le sortir de prison.
Un flot de culpabilité le submergea. Il avait échoué…
Une semaine plus tard, sans aucune preuve apparente, le cadavre fut associé au nom de Severus Snape. Son dossier était classé, sa mort déclarée, son corps enterré.
Peu de gens assistèrent à la cérémonie. Draco Malefoy et ses parents avaient tout payé. Ils avaient regardé, stoïques, le cercueil disparaître dans la terre. Harry était venu avec sa femme qui avait regardé ses pieds pendant tout l'office. Hermione, pleurant à chaudes larmes sur l'épaule de Kingsley, répétait à quel point elle s'en voulait. Ronald n'était pas venu. Lui et sa femme n'en voyaient pas l'utilité.
Harry avait attrapé une pelle et avait recouvert la tombe de terre sans l'usage de la magie. Comme pour Dobby, il ressentait le besoin d'effectuer ce dernier adieu à cet homme qu'il respectait.
A sa plus grande surprise, Draco Malefoy le rejoignit. Sans un mot, les deux hommes ensevelirent le cercueil de l'homme qui les avait tous deux protégés au prix de sa vie.
Après l'enterrement, Hermione rentra avec Harry et Ginny. Affalé dans son fauteuil en cuir, le jeune homme tentait de mettre au clair son esprit embrumé par le chagrin. Quelque chose lui échappait. Quelque chose clochait.
- Il n'a jamais eu l'intention de s'évader, conclut il dans un soupir.
- Je ne sais pas, murmura Hermione en soufflant sur son thé brûlant. Pourquoi a-t-il limé ses barreaux dans ce cas?
- Pour donner son corps à la mer. Pour qu'elle décide de son destin. Cela valait mieux que de croupir à perpétuité dans sa cellule.
La jeune femme resta silencieuse un instant, puis elle porta la tasse à ses lèvres et but une gorgée.
- Qui lui a donné cette lime, alors?
- Celui qui lui rendait visite chaque mois, celui qui a volé le registre. Malefoy.
Hermione soupira.
- Je sais que c'est lui, dit il sèchement. Et je sais pourquoi il l'a fait.
- Dis le moi, alors.
- Malefoy venait voir son parrain tous les mois mais un jour celui-ci a fait appel à la Dette qu'il lui devait. Severus Snape a tué pour protéger son âme. Tout ce qu'il demandait c'était une petite scie. Malefoy la lui a fourni.
La jeune femme semblait emboîter les pièces du puzzle les unes dans les autres.
- Cela tient debout, murmura-t-elle. Puis Mr Snape s'est jeté à la mer. Draco a pris le registre pour qu'on ne l'accuse pas de complicité. Malgré son immunité, il savait que le Ministre ne pourrait rester inactif devant des preuves… Cela tient debout…
Ginny arriva avec un plateau de muffins tout chauds. Leur chien Patmol la suivait de près, au coup où elle ferait tomber un gâteau.
- Ils sont à quoi? Demanda Harry, essayant lamentablement de détendre l'atmosphère.
- Pommes, noix et cannelle. Tu es pâle, Hermione. Tu veux t'allonger un peu dans la chambre d'amis?
Celle-ci acquiesça et suivit son amie à l'étage. Bouleversé depuis la découverte du corps, l'Auror n'avait prêté que peu d'attentions à ses proches. Et en la voyant passer devant lui, il prit conscience de l'état d'Hermione. Elle était amaigrie, fatiguée, blafarde… La mort de Severus Snape la rongeait elle aussi. Elle s'était battue pour le faire libérer bien longtemps après que lui ait laissé tomber.
Il attrapa un muffin et mordit dedans. Il devait, désormais, prendre soin de sa meilleure amie. Il ne pourrait vivre sans elle, comme il ne le pourrait sans Ginny ou Ron.
Lorsque sa femme revint au salon, il partagea ses inquiétudes avec elle. Elle le regarda, les sourcils froncés puis murmura, d'une voix chargée de colère :
- Cela fait des années qu'elle est ainsi, Harry. Depuis la fin de la guerre, pour être exacte. Je suis étonnée, pour ne pas dire ahurie, que tu ne t'en aperçoives que maintenant.
- Elle était triste mais pas à ce point! Et ces derniers temps, elle allait un peu mieux.
Ginny secoua la tête, ses cheveux roux dansant autour d'elle.
- Parfois, Harry, il serait bon que tu regardes un peu ce qui se passe dans ton entourage… Quelque chose ronge Hermione depuis des années. Elle s'est toujours sentie coupable de n'être pas parvenue à faire libérer Severus Snape. Elle a tout mis en œuvre pourtant. Et maintenant, il est mort. Il était sa raison de vivre et il est mort. Tu comprends? Hermione est perdue, Harry. Elle doit se trouver une quête, n'importe quoi qui puisse lui redonner le goût de vivre.
-Il y a son travail…
- Pff… cela ne suffira pas, et tu le sais! Nous devons la soutenir dans ses projets, la pousser même! Elle doit partir, quitter l'Angleterre pour oublier la guerre, Ron et Severus Snape. Est-ce que tu comprends ce que j'essaie de te dire?
Harry soupira.
- Tu as raison, bien sur. C'est juste qu'elle va me manquer si elle s'en va.
- Pour une fois, Harry, il serait bon que tu penses à elle avant de penser à toi! Gronda Ginny. Elle a le droit d'être heureuse, tout autant que toi et tout autant que moi!
- Tu… tu n'es pas heureuse mon amour? S'inquiéta le jeune homme en tendant les bras vers elle.
Elle sembla indécise tout à coup.
- Si, je… j'aimerais juste que tu passes plus de temps avec moi… J'aimerais être maman, Harry. Je veux un bébé.
Elle fut brutalement aspirée par son époux qui la serra contre lui en pleurant. « Oui » murmurait il inlassablement en embrassant ses cheveux, son visage, sa bouche, ses yeux…
« Oui ».
Poussée par le couple, dans les deux mois qui suivirent l'enterrement, Hermione fit les démarches pour démissionner du bureau des Aurors et pour effectuer un voyage culturel par le biais de l'Université de la Magie de Santiago. Elle voulait écrire une thèse sur les anciennes civilisations magiques chiliennes. Pour ce faire, se rendre sur le terrain était primordial. Elle obtint sans difficulté une bourse d'études du Ministère de la Magie bien qu'elle n'en fit pas la demande.
Ginny tint fermement à lui organiser une petite fête à laquelle vinrent, entre autres, Ron et son épouse. Si cette dernière ignora superbement son ancienne rivale, le jeune homme présenta immédiatement des excuses pour les douleurs qu'il lui avait infligées.
- Pardonne moi, Hermione, murmura Ronald qui l'avait entraîné dans une alcôve. J'ai vraiment mal agis. Je ne savais pas comment m'y prendre, tu vois. J'avais revu Lavande quelques semaines auparavant et je savais que j'avais un ticket avec elle. Entre nous, c'était pas folichon, et j'étais sûr que tu en avais marre aussi alors j'ai fait cette demande en mariage en sachant, bah, que c'était pas le moment! Je suis un imbécile. Excuse moi, hein, Hermione. Je te méritais pas, de toute façon. Il te fallait un mec intelligent, pas un crétin comme moi. On n'allait pas ensemble. Tu m'en veux encore? Tu veux bien qu'on redevienne amis. Dis oui, s'il te plait. Tu me manques. Harry c'est mon meilleur pote, mais c'est pas pareil qu'avec toi. J'ai besoin de toi, tu comprends. Je suis une épave depuis que je te vois plus. Allez pardonne moi. S'il te plait, Hermione. Sois mon amie à nouveau. Je t'en prie.
Devant tant de ferveur et de lamentations, la jeune femme craqua. A son retour du Chili, elle acceptait de le revoir. Il en était comblé. Et Harry, qui se cachait à moins d'un mètre de là, aussi.
Chacun offrit un cadeau parfaitement inutile à Hermione mais…
- Comme disent les moldus, « c'est l'attouchement qui compte » , décréta Mr Weasley, un air fort sérieux sur le visage.
- L'attention, corrigea Harry.
- C'est du pareil au même, mon garçon, rectifia le sorcier en agitant sa main droite. Mais ne t'inquiètes pas, tout le monde ne peut pas saisir la subtilité des expressions moldus.
La nuit était très avancée lorsque la fête toucha à sa fin. Harry prit Hermione dans ses bras et lui demanda si elle resterait longtemps au Chili.
- Tout dépendra de ce que je trouverai là bas mais quelque chose me dit que je vais avoir du travail sur la planche.
Il la regarda s'éloigner, ses longs cheveux bouclés dansant au gré du vent. Son pas semblait plus léger. Nul doute que malgré le chagrin, le décès de Severus Snape permettait à Hermione de tourner une page… Du moins, c'est-ce que pensait Harry.
