Hi people. Merci pour vos com's
Désolée pour ce retard. Mais les journées de 24h, bien trop restreintes à ce jour, m'empêchent même de faire posément et correctement mon simple travail de relecture.
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Alors qu'il commençait enfin à se détendre, Rachel entra en fanfare dans la chambre.
Mais quelle idée d'offrir des jouets aussi bruyants à des gamins aussi jeunes ?
_ Foutu éveil de l'enfant de mon c…Humpf.
Il se redressa en grognant puis planta un regard sévère dans le sien. Elle lâcha le mini piano qu'elle avait dans une main puis brandit la poupée d'une autre.
_ Envoie moi encore ce truc dans le visage, et j'appelle un prêtre. menaça-t-il en ayant bien conscience qu'elle n'avait pas vu l'exorciste pour comprendre l'allusion.
Elle lâcha pourtant le jouet et disparut de son champ de vision en détalant.
Étonné d'avoir été si bien compris, House se laissa retomber dans le lit, prêt à goûter de nouveau à la tranquillité… Qui fut de courte durée quand Rachel débarqua pour la deuxième fois dans la chambre parentale.
_ Mais bon sang ! s'exclama le diagnosticien en se redressant comme un ressort.
Il se figea de stupeur en constatant qu'elle avait les bras chargés de poupées en tout genre.
Elle les lâcha à ses pieds puis retourna dans la chambre afin de ramener une nouvelle cargaison.
Intrigué par un tel comportement et priant pour qu'elle ne se soit pas décidée à se servir de ces jouets comme de missiles, le diagnosticien attendit patiemment qu'elle finisse son manège.
Après deux éprouvants voyages, Rachel se planta devant le géant et recommença à lui exposer son point de vue en lui désignant chaque poupée. Celui-ci fit mine de l'écouter avec attention en glissant ici et là quelques roulements d'yeux et des soupirs d'ennui.
Au bout de deux minutes d'un exposé incompréhensible où il lui sembla déceler des mots comme « chaussettes » et « Dora », Rachel tendit impétueusement les bras vers sa nounou bourrue. House soupira ostensiblement mais se plia à l'ordre et, après l'avoir soigneusement attrapé sous les aisselles, la hissa sur le lit. Une fois installée, la petite s'agenouilla afin de se donner de la hauteur. Sur le qui-vive, le diagnosticien tendit un bras pour l'empêcher de basculer et rapprocha légèrement son corps du sien. Elle en profita pour prendre appui sur son genou droit et tendit le cou afin de mieux le détailler. Déstabilisé par cet aplomb et cet étrange contact qu'elle venait de nouer, House ne put s'empêcher de grimacer de gêne. Pourquoi ne lui fichait-elle pas la paix ? Sa mère avait-elle à ce point déteint sur elle pour la transformer en casseuse de noix ?
_ Fais-moi penser à verser quelques gouttes de laudanum dans ton prochain repas. lâcha-t-il pour briser le silence et se donner contenance.
A lire avec Yann Thiersen - Comptine d'un autre été - L'après-midi
Elle ne dit rien.
Elle ne disait jamais rien… Ou presque.
Elle se contentait de l'observer, curieuse de percer à jour la carapace de cette masse étrange. C'était à la fois souple et tendu, doux et abrupte… Calme et agité.
Elle pencha légèrement la tête sur le côté. Inconsciemment, le diagnosticien mima son geste ; intriguée par ce calme subite et l'inspection qu'il subissait malgré lui. Ses lèvres se dévissèrent un instant puis se scellèrent à nouveau pour un bon bout de temps.
Et elle ne disait rien.
Toujours rien ou… Presque.
De son bras gauche elle accentua son équilibre sur son genou puis tendit l'autre bras vers son visage. L'indicible tentative de recul de la masse ne changea rien à la donne et ses petits doigts s'agrippèrent rapidement à un nez froncé ; signalant agacement et confusion.
Elle lâcha son genou, se redressa, tangua puis se rattrapa de justesse en attrapant son menton. Elle tressaillit au contact de ses poils drus puis raffermit sa prise, verrouillant son regard dans le sien.
C'est l'attention accrue, et le système sanguin en crue que House se contenta de l'aider à se stabiliser.
Engaillardie par le bilan positif de sa première approche, Rachel se rapprocha un peu plus du compagnon de sa mère et s'appliqua à détailler son visage sur toutes les coutures.
Elle relâcha sa prise sur son nez, puis fit remonter sa main le long de l'arête. Quand elle atteignit son front, sa main gauche vint rejoindre la droite. D'un mouvement parfaitement symétrique, elle redessina les sourcils du diagnosticien puis tenta à plusieurs reprises d'effacer les rides de son front.
Car il réfléchissait… Encore.
Pas une simple ou douce réflexion, non. Il se torturait l'esprit, partagé par plusieurs sentiments qu'il ne réussissait pas à nommer, voire à évincer.
D'ailleurs, à un sentiment près il paniquerait. Pour quelqu'un qui aimait avoir le contrôle, plus rien n'allait dans son sens et le plus effrayant dans tout ça, c'est qu'il se laissait tenter et emporter par une douce appréciation du moment.
Comment pouvait-il aimer cette sensation qui lui nouait le ventre et obligeait son cœur à battre à mille à l'heure ? Comment pouvait-il concevoir qu'un être aussi insignifiant, n'ayant même pas atteint ses deux ans, puisse le chambouler à un tel point qu'il lui était impossible de répliquer d'une quelconque sorte ?
L'être en question, imperturbable et bien inconscient des pensées qui agitaient la masse, continuait son exploration.
Après le front vint les tempes puis les oreilles. Rachel se mit à tapoter légèrement de sa main droite la tête du diagnosticien, étudiant la dureté du crâne et la souplesse des cheveux.
Cette action le tira de ses pensées et il se décida enfin à bouger. Il stoppa son mouvement avec douceur puis ramena la main de la fillette vers son propre corps. Elle se dégagea vivement de sa prise, perdant ainsi son fragile équilibre qu'il lui restitua rapidement en posant une main derrière son dos. Elle en profita alors pour se saisir de l'index de sa main libre et resserra sa prise avec le plus grand des sérieux.
House se figea. Il en était presque effrayé, n'arrivant pas à se défaire de la prise sur son doigt. Alors il resta bêtement immobile, ses muscles tendus, son cœur à l'arrêt.
Il aurait dû la repousser, user d'une brutalité morale, la fusiller d'un regard sans appel mais il n'en fit rien ; fasciner par le subtil lien par lequel elle le tenait… Enfin.
Elle rit doucement, satisfaite qu'il ait cessé de bouger et le lâcha afin de reprendre d'assaut son visage.
Elle plaqua fermement ses mains de part et d'autre de ses joues, cala sa langue entre ses fines lèvres en signe de profonde concentration puis se mit à l'œuvre.
A l'aide de ses pouces, elle repoussa les commissures de ses lèvres en un large sourire puis pencha légèrement la tête, semblant examiner le résultat de son travail.
Froncement de sourcils. Il fallait tout recommencer.
Elle relâcha la pression puis plaqua de nouveau ses mains de part et d'autre des joues avec autorité. Elle les ramena vers elle, tendant la bouche en cœur, l'obligeant à avancer la tête.
Nouveau froncement de sourcils.
Cette masse qui lui faisait face restait inexpressive, seul le bleu de son regard trahissant d'une humanité refoulée.
Elle soupira imperceptiblement puis marmonna quelque chose d'incompréhensible avant de lui montrer du doigt l'une de ses poupées.
Le diagnosticien porta plus attention à l'objet avant de comprendre où la petite voulait en venir. Un sentiment d'amusement étreignit doucement son cœur mais il se retint d'étirer ses lèvres en un sourire, refusant de lui céder la victoire. Il lui fallait comprendre, du haut des plus naïfs des âges qu'on ne pouvait pas afficher des sourires plastifiés sur son visage à tout bout de champ.
« Surtout quand on est grand. »
Et avant tout en pleine réflexion.
_ Ta mère serait fière de toi si elle te voyait. souffla-t-il avant de la saisir sous les bras et de l'inviter à s'assoir à ses côtés.
Le problème, c'est qu'à trop la couver, son idiote de mère finirait par lui dépeindre un monde qui n'existait pas…
Comme la plupart des idiots qui aimaient profondément leurs enfants.
Il émit un léger temps d'arrêt.
Depuis peu, son monde à lui n'était plus le même. Seulement celui que Cuddy lui dépeignait à chaque étreinte… Parce qu'elle était idiote et qu'il était idiot d'elle.
Long soupir. Rachel releva la tête, attentive.
_ Je t'envie… Être grand ce n'est pas évident. On voit tout de haut et les chutes font bien plus mal. Être grand, c'est voir et affronter des choses qui nous dépassent. La vie, les prérogatives, l'amour… Et les factures d'électricité. déclara-t-il avec distance.
Comme si elle avait compris les troubles qui l'animaient Rachel, se voulant réconfortante, s'enfonça dans ses bras et cala son frêle corps au sien. Gauche et maladroit, House ne la repoussa pas, mais ne resserra pas non plus son étreinte.
_ Des choses qui nous dépassent. répéta-t-il, les yeux dans le vague. Les choses en grand…
La petite raffermit sa prise.
_ Ses jambes élancées, son nez, ses doigts fins… Son sourire. énuméra-t-il, absent.
Ses paupières s'affaissèrent devant une étrange et bien amère constatation.
Dieu que ça faisait mal d'aimer…
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A lire avec Elbow - The Loneliness Of A Tower Crane Driver
Elle était complétement folle. De lui, mais pas seulement…
Folle au point d'en arriver à prendre des décisions stupides.
Folle au point d'en arriver à entrer par effraction chez elle… Plus précisément par la fenêtre de la cuisine.
Elle le connaissait ; il était sûrement tapi dans l'ombre du couloir, attendant patiemment, un long couteau à la main, qu'elle franchisse la porte… Ou peut-être qu'il l'attendait avec une côte de porc. Oui. Un énorme bout de viande. Sociopathe comme il l'était, il en serait sûrement venu à la conclusion que seul un bout de viande issu de l'animal interdit lui offrirait sa vengeance.
A cette curieuse et toute aussi folle pensée, Cuddy se l'imagina avec horreur lui sautant dessus et lui fourrant la côte dans la gorge. Une fois ses pieds au sol, elle porta une main fébrile à son cou en prenant conscience de la douleur que pourrait provoquer cet acte aussi effroyable qu'improbable… Même venant de lui.
_ Tu dérailles ma vielle. constata-t-elle en longeant le comptoir de la cuisine, à l'affut du moindre bruit en provenance des pièces adjacentes.
Rien.
En grande partie grâce aux avis éclairés de Wilson, la doyenne avait été saisie d'une tenace culpabilité qui avait commencé à lui faire imaginer n'importe quoi.
Elle se détendit quelque peu puis se dirigea lentement vers la chambre de sa fille.
_ Tu dérailles totalement. renchérit-elle en poussant la porte.
Elle s'immobilisa en constatant que la pièce était vide de toute présence humaine.
Après la culpabilité, la panique.
Puis des éclats de voix.
Elle soupira de soulagement. Ils étaient dans sa chambre.
Arrivée à destination, elle inspira profondément puis poussa légèrement la porte, curieuse de découvrir le résultat de l'équation qu'elle avait mise en place plus tôt dans la journée ; espérant de tout son cœur que l'inconnue soit l'exacte valeur qu'elle espérait. Et qui sait… La vie qu'elle s'était montée de toute pièce et avait logé dans un espace bien précis de son esprit prendrait enfin place dans une palpable réalité.
« Je la trouve bien pâlotte, pas toi ? » perçut-elle avant l'ouverture complète de la scène.
Ils étaient là, assis sur le sol, tous les deux penchés sur un curieux cas : une poupée anglaise aux yeux gris et aux mains froides.
_ Humpf. émit un House faussement pensif. Je serais d'avis de lui ouvrir le crâne lors d'une chirurgie exploratoire afin de bien cerner le problème.
Il désigna la tête de la poupée à la petite fille qui, n'ayant rien compris des termes employés par le diagnosticien, s'appliqua à régler le problème de façon radicale. Elle saisit sa poupée et d'un fulgurant geste, lui arracha la tête.
House écarquilla les yeux, hébété par l'acte et la détermination de Rachel. Le plus naturellement du monde, celle-ci lui tendit les morceaux de son jouet.
Partagée entre l'effarement et l'appréhension, Cuddy fit un pas dans la pièce; Inquiète du manque de réaction du diagnosticien qui, d'ailleurs, n'avait toujours pas pris conscience de sa présence.
Toujours concentré sur le cas de la poupée, il saisit délicatement les morceaux tendus par Rachel, les détailla un instant puis… lentement… le corps vibrant de soubresauts… rejeta la tête en arrière et éclata de rire.
_ Radical mais efficace ! C'est parfait ! s'exclama-t-il avant de redoubler de cette irrépressible hilarité qui le secouait.
La petite fille se joignit à lui, heureuse d'être parvenue à ses fins et d'avoir déridé le front de cette masse de plus en plus expressive.
Et cette chose qui les éloignait, à présent les liait.
Innocence.
De son côté, la doyenne avait reculé et quitté la pièce en prenant soin de tirer la porte vers elle.
Troublée, elle s'adossa au mur du couloir en fermant les yeux.
Elle comprit alors le sentiment qu'avait pu ressentir House au début de leur relation.
Le bonheur avait quelque chose de profondément effrayant. Cette sensation de plénitude, poussée à l'extrême vous gonflait tellement le cœur que votre poitrine, bien trop petite, se resserrait, parcourut de cette épineuse et douloureuse pointe d'angoisse.
Car le bonheur, aussi grand soit-il, était quelque chose d'éphémère.
Et plus on est grand…
_ Plus la chute est difficile.
Elle ouvrit brutalement les yeux et croisa un regard azur, obscurcit par la faible luminosité du couloir et par quelque chose qu'elle n'aurait su nommer.
_ Tu es passée par quelle fenêtre ? Je n'ai pas entendu la porte d'entrée. demanda-t-il avec un sourire moqueur.
Elle ne répondit pas, trop secouée par cette peur qui s'insinuait peu à peu en elle.
La peur de perdre pied et de tout perdre.
Mordillant nerveusement sa lèvre inférieure, elle se contenta de baisser la tête en guise de réponse.
_ C'est déstabilisant n'est-ce pas ?
Elle se redressa et le questionna d'un haussement de sourcils.
_ De grandir. précisa-t-il.
Elle hocha tristement la tête.
Il la prit dans ses bras, fondit sur ses lèvres.
Une larme coula.
Dieu que ça pouvait faire mal d'aimer!
Cette réalité qu'elle s'était montée de toute pièce et qu'elle avait tenté de lui imposer ne lui appartenait désormais plus. Il l'avait saisi, se l'était réappropriée et semblait bien décidé à la remodeler.
Nouveau baiser.
Nouveaux désirs.
A ne plus penser, on devient bête.
Il n'étaient plus que deux idiots dans un monde réfléchi.
Combien de temps ce fragile équilibre tiendrait-il encore ?
...
..
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FIN
