Chapitre 10 : Insomnie

Sirius Black n'arrivait pas à dormir.
Une voix dans sa tête le maintenait réveillé en chuchotant : « tu es seul, tout seul, tout seul… Leane va partir elle aussi… ».
Et pourquoi Leane ? Il n'était pas amoureux d'elle.
Quoi que… Il se redressa sur son lit pour mieux se concentrer.
L'aimait-il ? Déjà, il ne savait pas trop ce que voulait dire « aimer ». Il avait déjà été attiré, il avait déjà désiré quelqu'un, mais c'était différent avec elle. Pourtant qu'avait-elle de spécial ? La même voix lui chuchota : « tout… Elle te comprend, elle… Elle a tout de différent… ». Il rejeta cette idée. Bon, d'accord, elle était spéciale.
Pourtant, physiquement, elle était un peu comme toutes les autres. Le jeune homme devait bien convenir qu'elle était devenue très jolie après sa « transformation », mais ce n'était pas ça. Non… Elle dégageait quelque chose. Oui, c'était exactement cela. Parfois, il la regardait alors qu'elle ne le remarquait pas, et il la voyait regarder le ciel, comme perdue ailleurs… Cette chose qu'elle dégageait était un peu étrange. Comme si elle portait un secret trop lourd pour elle seule. Il le savait depuis le début, qu'elle cachait quelque chose, qu'elle aussi avait vécu quelque chose qui l'avait faite grandir trop tôt, même si elle le cachait. Pourquoi avait-il envie de savoir ? D'habitue, les filles, ce n'était que pour quelques amours qu'il les voulait. Il lui avait dit, d'ailleurs. Pour combler l'affection qui lui manquait.
Mais… quelques mois plus tôt, ils ne pouvaient pas se supporter. Ou bien ne voulaient-ils pas se supporter ?
Non, Leane était différente. Peut-être pas pour les autres, mais pour lui, oh combien oui.
Soudain, il se frappa la tête de ses mains. Réfléchis, mon vieux… Elle ne t'aime pas… Tu as vu ce que tu lui as raconté ? Qui pourrait aimer quelqu'un qui collectionne les conquêtes parce que qu'il a peur d'être seul ? Quelle fille censée sachant cela risquerait-elle de se bruler les ailes avec lui… De se bruler les ailes pour lui ? Surement pas elle.

Comme la petite voix commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs, il décida de la faire taire en sortant dehors. Il se mit à ricaner tout seul. La dernière de ses escapades l'avait amené aux cotés d'une jolie brune…
Avec précaution, il sortit de Poudlard, et dès qu'il fut dehors, au lieu de se transformer comme il l'avait d'abord songé, il profita du clair de lune sous sa forme humaine.
Tout à coup, il sursauta. Il n'était pas seul.
Non… A quelques pas de lui, au bord du lac, se trouvait la jeune fille à laquelle il pensait tout à l'heure… Comme par hasard.
« Je pensais que ce genre de truc n'arrivait que dans les films. pensa-t-il ».
Il tendit l'oreille. Il ne voulait pas qu'elle le voit. Elle paraissait si fragile sous la lumière de la lune… Alors il craqua.
- Leane ? Qu'est ce que tu fais là ?
Elle sourit.
- Je réfléchis… Tu sais, je savais que t'étais là.
- Comment ça ? Tu es en train de dire que je ne suis pas discret ? rigola-t-il
- En fait, je pense que tu peux l'être, discret… Mais là, désolée, non, répondit t'elle
- Pff…
- Mais non, te vexes pas ! Elle lui fit un bisou sur la joue et rajouta : ça, c'est pour te réconforter. On marche ?
Il était troublé. L'avait-elle embrassé ? Il se gifla intérieurement. Tais-toi, je te dis. Elle ne t'aime pas, tu ne l'aimes pas, tu te rappelles du topo ?
Oh, c'est bon, si on n'a plus le droit de plaisanter…

- Alors… ça t'arrives souvent de sortir comme ça, le soir, d'après ce que je vois, remarqua la jeune fille.
- Plus que tu ne peux l'imaginer, pensa t'il à voix haute
- Oh… T'es insomniaque ?
- Non, pas exactement. Disons que j'aime bien… réfléchir le soir, faire des trucs que je ne peux pas faire la journée, quoi ! se rattrapa t'il
« Hé, ho, calme-toi ! Tu ne veux pas rajouter que les Maraudeurs, toi compris, sont des Animagus non-déclarés, parce que le cher Moony alias Remus Lupin est un loup-garou, et qu'à chaque pleine lune, tu risques ta peau pour contrôler un de tes meilleurs potes, qui, si il fait pas attention, peut te réduire en miettes ? » se mit-il à penser
- Je vois. La nuit est belle, hein ? Elle fit une pause, puis, songeuse, continua : Tu vois, là, j'aimerai avoir un balai sous la main, et me mettre à voler très haut, pour oublier tous mes problèmes…
- Et c'est quoi, tes problèmes ? demanda t'il en se retournant pour être face à elle.
Elle pâlit tout à coup. Puis, un sourire se dessina sur ses lèvres.
- Si tu m'emmènes faire un tour en balai, je te dis.
- Promis ? s'écria Sirius
- Mais non, je…Puis, joueuse, elle changea d'avis : Promis.
Alors Sirius la planta là, en lui demandant d'attendre trente secondes qu'il aille le chercher, son balai.
En chemin, la voix dans sa tête se mit à lui demander pourquoi il était si attentionné tout à coup. D'un geste de la main, il la balaya. Pas maintenant, les questions. Laisse-moi profiter de l'instant.

- Si Mademoiselle veut bien monter, son carrosse est arrivé !
Un grand sourire éclaira le visage de Leane. Elle obéit, en se serrant contre Sirius pour ne pas tomber et gâcher la soirée par un bras désarticulé. Pour en profiter un peu aussi, par la même occasion.
- Prête ?
Et le balai et les deux adolescents décolèrent. Habile, et magnant son balai à la perfection, Sirius commença doucement, puis, s'enhardissant, il monta, monta, jusqu'à ce que les arbres ne puissent plus leur masquer la vue. Il sentait Leane collée tout contre lui, une sensation étrange dansait dans le ventre du jeune homme.
- Qu'est ce que c'est beau… soupira la jeune fille.
Sirius avait suspendu son balai dans les airs, et devant eux s'étendait Poudlard dans toute sa beauté, château tranquille baigné dans les eaux sombres du lac. La nuit, noire et profonde, couvrait le lieu, comme un rideau de velours. Les étoiles brillaient de mille feux, et la lune, croissante, rajoutait à la beauté du spectacle.
Le château donnait un sentiment de fierté et de dignité, surplombant un lac dont les eaux reflétaient les étoiles.
Une étoile filante passa.
- Fais un veux.
- Toi aussi.
Il ferma les yeux. Que pouvait-il demander ? Si… Il ne demanda pas une famille. Il ne demanda pas de l'amour. Non. Ce que je veux c'est avoir d'autres moments comme celui-ci. D'autres moments où tout parait possible. D'autres moments où la beauté des choses me submerge. D'autres moments avec toi…

Ce qu'il ne savait pas, c'est que Leane avait fait exactement le même souhait.

Oui, mon étoile, faites qu'il y en ait d'autres, des moments tout les deux…

C'est elle qui brisa leur silence. D'une voix joueuse, elle se mit à lui demander :
- Et maintenant, tu me fais peur ?
Il regretta d'être de dos.
- Accroche-toi bien !
Et il partit, à pleine vitesse. Il les fit voler à travers les arbres, remonta en flèche, redescendit à toute allure, frôla le lac, les fit glisser le long de l'eau, l'éclaboussa même, puis finit par des loopings au dessus de Poudlard. Leurs rires sonnaient comme une musique dans la douceur et le silence de la nuit.
Revenus au bord du lac, là où ils s'étaient rencontrés une heure plus tôt, il s'arrêta doucement.

- C'était la plus belle nuit de ma vie. C'était si… Merci, merci beaucoup.
- De rien, sourit-il. J'ai adoré te faire peur aussi. Finalement, ce n'est pas si mal de ne pas dormir, hein ? Mais tu oublies qu'elle n'est pas finie, la nuit… Maintenant, c'est à toi de me raconter.
Elle fit une mine contrite.
- Ça va tout gâcher… Ce n'est pas très joyeux, comme histoire…
- La mienne non plus…
- On va être crevés pour demain…
- Bah… au point où on en est, ça changeras pas grand-chose.
Silence.
- Tu m'en veux? grimaça-t-elle
- Oui, beaucoup.
- Vrai ?
- Non. Enfin, un peu, oui. T'as promis, quand même…
Grimace.
Ils prirent le chemin du retour, côte à côte, sans dire un mot.
Dans la tête de Leane, deux personnes se battaient. Oui ou Non, allait t'elle enfin ouvrir son cœur ? Mais si après il la rejetait ? S'il se moquait d'elle ? S'il ne la comprenait pas ? Et si… ? « Avec des SI, on mettrait Poudlard dans un pot de marmelade, hein ! », se remémora Leane.
Arrivée à hauteur de Poudlard, elle se retourna, face à lui.
- Bon, une promesse est une promesse, non ?
- J'ai gagné, lui chuchota t'il
Ils s'assirent juste devant le Saule Cogneur.
- Par contre, si je pleure, tu vas devoir me serrer contre toi…
- Il y a des sacrifices qu'il faut bien faire, non ?
Leane Brogworth prit une grande inspiration et commença…