Chapitre 11 : Le secret

La seule chose que je vais te demander, c'est de pas m'interrompre. Ce que je vais te dire, je l'ai jamais dit à quelqu'un… Tu ne dis rien, même si je pleures promis ?

Il lui prit la main, comme elle lui avait prise quelques mois plus tôt, mais ne prononça pas un mot.

Elle prit une petite voix et commença :

« C'est l'histoire d'une petite fille qui a une maman qui aime très fort son papa, et qui a aussi un papa qui boit

un peu trop. Et quand il boit un peu trop, il… Il bat sa femme, et sa petite fille aussi.

Ma mère, elle aimait mon père. Elle l'aimait trop, même. Tu vois, elle m'a raconté, que quand ils se sont connus, c'était le plus beau de toute leur bande d'amis… Et, très fièrement, même si elle avait un bleu de la taille d'une balle de tennis sur la jambe, elle avait rajouté que c'était elle, oui, elle, June Brogworth, qui l'avait eu… J'ai gardé le nom de ma mère, depuis. Avant, c'était Blogworth-Greth, mais je peux plus.

Tu dois te dire que mon père est un monstre, mais ça n'a pas toujours été le cas. Avant, enfin, moi je me rappelle pas, mais je le sais, il était calme. Mais il a eu un accident.

Il se rendait au travail par le réseau de cheminé, avec son meilleur ami, Bret. Mais un matin, il y eu un accident, je sais pas trop quoi, et Bret est mort. Mon père, lui, est toujours vivant. Personne ne sait exactement ce qui s'est passé à ce moment là, mon père n'en a jamais parlé, avec personne, même quand les enquêteurs lui ont demandé. L'affaire a été classée sans suite. Mais pour nous, il y en a eu une, de suite…

Quand on est une petite fille de neuf ans, on a son monde. Pour moi, mes parents étaient heureux, et d'ailleurs, je ne savais même pas qu'on pouvait ne pas l'être, heureux. J'habitais en France dans une très jolie maison, où il y avait toujours du soleil, je jouais dans le jardin, je savais que j'allais aller à Beauxbatons, comme mon père, justement, et pour moi, si ma mère avait l'air fatiguée, c'est parce qu'elle travaillait trop, et si du jour au lendemain elle n'a plus mis que des pulls à manches longues et à col roulé, c'est parce qu'elle était devenue frileuse. Parfois, mon papa m'emmenait même au cirque, et je me rappelles qu'il m'achetait ce qu'en France, on appelle des Pommes D'Amour… Ironie du sort… Des pommes d'amour…

« Mais un jour, mon monde s'est écroulé. Je suis rentrée plus tôt de l'école que d'habitude, je voulais faire la surprise à mes parents. Je suis entrée dans la maison, et là, j'ai vu ma mère par terre, le nez pissant le sang, et mon père qui la frappait. Je n'ai rien fait. Ils étaient de dos, ils ne m'ont pas vue, au début. Et puis, j'ai crié. Il a relaché ma mère tout de suite, qui s'est mise à pleurer, et m'a regardé longtemps. C'est la première fois que j'ai eu peur de mon père. Je crois que ce jour là, il a hésité à me frapper. Pourtant, non, il s'est retenu.

Aucun des deux n'a parlé de la soirée. J'avais des millions de questions à poser, j'avais peur, je voulais pleurer, mais je n'ai rien fait. J'ai finit ma soupe aux carottes (d'ailleurs, j'ai toujours détesté ça, mais ce soir là, j'ai tout fini.) Je pense que je me rappellerai toujours de ce repas. Personne ne parlais, la soupe était ratée, mes parents ne se regardaient pas, ne me regardaient pas. J'ai finit mon repas, je suis montée dans ma chambre, sans dire bonne nuit comme d'habitude. Je ne l'ai d'ailleurs plus jamais dit. Et finalement, je n'ai pas dormi de la nuit. Je crois que c'est ce soir là que j'ai perdu mon innocence… J'avais neuf ans. Ce que j'ai réalisé plus tard, et qui m'a horrifiée, c'est que ça faisait plus d'un an que ce jeu là avait lieu. Tout ce que j'avais depuis un an, tout était faux.

Le lendemain, je ne suis pas allée à l' école. Quand je me suis réveillée, mes parents m'ont accueillis en souriant, et m'ont expliqués, la bouche en cœur, que ce n'était qu'une dispute, et que maintenant c'était arrangé, que ça ne se reproduirait plus. Là, je les ait regardé, du haut de mes 9 ans, et j'ai dit, dans un moment de clairvoyance :

Arrêtez de me mentir. Dites moi la vérité…Soyez un peu courageux, pour une fois.

Mon père m'a giflée. C'était la première fois. Finalement, c'est pas si difficile de frapper une petite fille… Surtout une petite fille qui ne comprends rien, qui a peur, et qui pense toujours au gentil papa qui lui donnait des Pommes d'Amour… Mon gentil papa… »

Une larme coula, mais Leane l'essuya et continua :

« Je savais pas que cet homme-là avait disparu en même temps que Bret.

Il a recommencé, après, à me gifler. Et puis, il s'est enhardit. Il m'a tapé plus longtemps, plus fort, devant ma mère ou pas. J'ai essayé de me défendre. Je l'ai tapé, griffé, mais je me suis aperçue que ça servait à rien. J'ai recommencé, recommencé, mais tu sais, quand on est gosse, on nous apprend à « respecter ses parents ». Et je pense qu'au fond de moi, j'espérais que mon vrai papa se réveille un jour… Cette maison, qui était mon paradis depuis que j'étais née, était devenue mon enfer.

Au début, c'était juste quand il forçait sur la bouteille. Au bout de trois ans comme ça, c'était tout le temps, pour n'importe quoi : une fourchette qui tombe, une chaussure qui traine, une page qui se déchire… Il se mettait en colère, et j'étais alors tétanisée. Ma mère aussi. Tu sais, on prend gout à frapper ceux qui vous ont un jour aimé.

C'est un peu une drogue… Mais pas une drogue nocive pour vous, une qui tue à petit feu les autres.

J'osais pas le dire, à personne. Certaines personnes ont essayées de me tendre la main, mais j'avais honte. Parce que malgré tout, c'est mon PERE, tu comprends ?

Si tu veux, au début, tout les jours ou presque, il me battait. Puis, je suis partie à Beauxbatons, et là, c'était plus « que » pendant les vacances. Un jour, il m'a cassé tous les doigts de la main d'un coup. Je sais pas comment il s'y est pris. A un autre moment, il m'a frappé avec une bouteille en verre, laquelle a bien entendu explosée. Dans le dos, j'ai deux cicatrices, qui partiront sans doute jamais. Maintenant, elles ne se voient presque plus, mais avant… J'ai eu beaucoup de bleus, sur le visage, sur le corps, un peu partout. Parfois, je m'amusais à les compter. J'arrivais pas à comprendre comment on avait pu en arriver là…

Comme tu peux imaginer, c'était toute une histoire d'expliquer à mes amis de Beaux bâtons les marques, les cicatrices et les bleus. Mais à la fin, ils n'ont plus posé de question, et je les cachaient avec un sort de Camouflage.

Et puis… J'avais douze ans quand il y a eut un accident. J'étais à la maison, pendant les vacances de Noel. Papa était dans une période calme. Il ne m'avait presque pas battue, mais j'avais le droit à son indifférence totale. Pas un mot, rien. Par contre, j'ai toujours eu des cadeaux. Comme quoi, je devais quand même être un peu là, dans son cœur… Oui, je suis sure qu'il m'a aimé… Moi aussi je l'ai aimé, tellement… Mais comment tu veux que j'aime le barbare sans cœur qu'il était devenu ? »

Elle pleurait. Sirius se taisait toujours. Il lui serra seulement la main un peu plus fort.

« Un soir, mon père a prit sa baguette, et il a lancé un Doloris sur ma mère, continua t'elle d'une voix tremblante. Je sais pas pourquoi il s'était toujours interdit de le faire, d'utiliser la magie pour nous faire du mal. Ça devait plus le soulager de nous frapper avec ses mains, avec ses pieds. Pourtant, de la magie, chez moi, il y en avait partout ! Une vraie famille complètement sorcièrisée. Mais dans les moments de violence, on était comme n'importe quelle famille de moldus, sans magie. Mes deux parents sont des nés-moldus, ce qui explique peut-être…

Il l'a donc… Dolorisé, on va dire, et je me suis rebellée. Je ne pouvais pas supporter cela. C'est pas dans mon caractère d'être soumise, pas du tout. Comme je t'ai dit, j'essayais tant bien que mal de me défendre quand il me tabassait, mais je n'osais pas essayer la magie, car je n'était encore qu'une toute jeune apprentie… Tout le temps que mon père nous a martyrisées, j'avais deux vies, ou plutôt, j'ai appris à en avoir deux : une chez moi, une dehors, à Beauxbâtons. Je t'assure que quand j'étais dehors, je ne pensais plus à chez moi, plus à ma mère qui était pourtant en train de se faire tabasser. Non, j'étais une adolescente comme les autres. J'ai même eu mon premier copain…, sourit-elle.

Il y a des moments où j'étais heureuse. Pas chez moi, bien sur, mais je t'assure que je me suis toujours débrouillée pour être à peu près heureuse avec mes amis. J'avais cette rage de ne pas me laisser abattre. Je l'ai toujours, je crois. C'est très rare que je craque. Bref…

Mon père était en train de la Doloriser, et je me suis interposée entre les deux. Moi, Leane Blogworth-Greth, douze ans, j'ai levé ma baguette, et j'ai lancé un sortilège du Bouclier. J'étais en deuxième année… Alors évidemment, il n'a pas tenu longtemps.

Jamais je n'oublierai la douleur qui m'a transpercée quand mon père s'en est pris à moi. Le sortilège du Doloris est sans doute le pire, parce que l'agresseur doit vouloir faire mal. C'est inhumain. J'avais envie de mourir. C'est mon père qui m'a dolorisée… Mon père. Depuis ce soir là, j'ai un espèce de creux dans le ventre à chaque fois que quelqu'un me dit : père… Je vais pas te décrire la sensation que tu as quand on te le lance, mais c'est pire que ce que tu ne pourras jamais imaginer. J'aurais préféré que mon père me batte pendant 24 heures sans s'arrêter plutôt que de devoir supporter ça une minute de plus…

Et ma mère s'est réveillée. Au premier sens comme au second.

Elle m'a défendue .Elle était tombée dans les pommes après avoir reçu le Doloris, puis elle a été dans un état de demi-conscience. Mais quand elle m'a vue… Elle s'est relevée. Depuis cinq ans, elle n'avait jamais rien fait. Ce jour-là, elle s'est réveillée. Me voir, moi, sa fille, combattre contre son mari, mon père, pour la défendre, ça lui a mis une sacrée tarte.

Ce qui est bizarre, c'est que tout le temps que ça a été physique, juste des coups, elle a rien fait, et moi, je ne pouvais rien faire. Mais qu'il ait tellement de hargne au point qu'il mêle la magie à ça, ça l'a choquée. Elle a vu que l'homme qu'elle avait aimé avait disparu. T'as du comprendre que pour eux deux, deux nés-moldus, la magie est quelque chose d'un peu sacré.

Ils se sont battus. Il n'a plus réussi à me toucher, pourtant ça aurait été facile, vu que j'étais à moitié évanouie par terre, mais ma mère, oui, il l'a atteinte. Il lui a lancé un sort que j'ai pas trop entendu, et elle s'est mis à saigner de partout. Elle a hurlé. Pourtant, elle a continué à se battre. Celle que je pensais faible ne l'étais pas du tout, finalement. Alors pourquoi a-t'elle supporté tout ça ? Avait-elle oublié qu'elle était aussi une sorcière ?

Après, je me suis évanouie. Je pense que maman a réussi a pétrifier papa, car je me suis réveillée à l'hôpital, complètement sonnée. C'était la première fois que je mettais les pieds à La-Mage-Salpêtre, c'est comme Ste-Mangouste ici, mais en France, si tu veux. D'habitude, après les coups, je me soignait toute seule. Je suis incollable sur tous les sorts de « reconstruction » humaine.

On m'a posé beaucoup de questions, et pour une fois, pour la première fois, j'ai dit la vérité. A propos de mon père, de ma mère, de la situation à la maison. Du coup, les médicomages m'ont emmenée voir une psychologue. Je n'ai pas réussi à lui parler, alors elle m'a offert mon premier journal. Quelques heures plus tard, j'ai vu Maman, à travers une grande vitre. Elle était plus blanche que d'habitude, mais étrangement… paisible, ce qui lui était pas arrivée depuis longtemps. Elle n'étais pas réveillée…En fait, elle était dans le coma. J'ai eu très, très, peur qu'elle ne meure, car on m'a expliqué qu'elle avait supporté et encaissé des sorts et attaques d'une rare violence.

J'ai aussi vu Papa. Il était enfermé dans un box, et il avait les mains attachées.

C'est la dernière fois que je l'ai vu. Il dormait. Il ressemblait à mon Papa d'avant…

J'ai pleuré tout ce que je m'étais empêchée de pleurer pendant 5 ans. Et je me suis promis que, désormais, je ne pleurerai plus. A cause de toi, j'ai craqué, Sirius… Peut-être que je devrai dire « grâce à toi ». J'avais oublié à quel point ça fait du bien, de pleurer…

Maman s'est réveillée. J'ai suivi de loin les procédures de divorces. On a déménagé à Londres. Je suis allée à Poudlard. Pour la première fois depuis longtemps, je n'avais plus ce poids qui m'empêchait de respirer en rentrant pour les vacances.

Il n'y a pas longtemps, je me suis expliquée avec ma mère. Elle sait que je lui en veut, de ne pas s'être réveillée avant, de m'avoir laissée être battue, de ne pas m'avoir défendue.

Mais avec le temps, on se rapproche… On s'aide à se reconstruire… Peut-être qu'un jour, j'irai rendre visite à mon père, à Azkaban, un jour où je ne lui en voudrais plus d'avoir gâché mon enfance… Peut-être. J'espère. Il va bientôt être libéré, et transféré dans un centre d'aide psychologique, spécialisé si ça se trouve, il avouera enfin ce qui s'est passé dans cet ascenseur… Ce qui a bouleversé nos vies… »

Leane se tut. Au loin, le jour commençait à pointer son nez. Sirius ne pipait mot. Il ne la regardait même plus. Il fixait les étoiles. Elle le regarda et dit d'une petite voix :

Tu vois, j'ai tout gâché… La soirée était tellement merveilleuse, au début ! s'exclama d'une voix désolée la jeune fille.

Non, tu gâches rien, c'est juste que… que t'arrives à supporter ça, toute seule… Que tu te caches sous tes airs de bienheureuse, mais qu'en fait, t'es beaucoup plus démolie que moi à l'intérieur…

Non, je suis pas démolie. Je suis plus démolie. Je ne veux plus être brisée. Sirius, dit-elle en le regardant, Sirius, dans la vie, on a toujours le choix d'être heureux. Il faut juste voir où est sa chance. Ces trois ans à Poudlard m'ont beaucoup, beaucoup aidés, même si tu étais toujours là à m'embêter ! Maintenant, je suis heureuse. Et même si tu t'en rends pas compte, toi aussi.

Je sais, je sais que je suis heureux… Pas heureux comme je le voudrai, mais heureux comme je peux…

Il marqua une pause.

Peut-être que c'est bizarre dit comme ça, mais merci. Merci de me faire confiance. Et tu sais… Je suis là. Si tu craques, ou quoi que ce soit, si tu veux parler, ou rigoler, ou pleurer, je suis là, vraiment. J'ai surement l'air d'un garçon qui s'en fiche des autres, à part des autres Maraudeurs, et c'est un tout petit peu vrai parfois… Mais pas avec toi, promis !

Ils se sourirent.

Tu sais, Leane… T'as pas toujours à faire semblant d'être heureuse… Parfois, t'as le droit de pleurer… Et faut pas attendre que l'on se dispute pour craquer, plaisanta t'il. Puis, redevenu sérieux : T'es comme tout le monde. Je te regarde parfois, et c'est comme si tu t'empêche d'avoir des sentiments.

Je… sais. C'est juste que j'ai peur. On m'a montré que l'amour, que l'amitié, ça pouvait rendre fou. Donc je fais gaffe. Alors…

C'est vrai. T'as raison. Mais toi, tu veux être heureuse, non ? Faut prendre des risques. L'amour, l'amitié, ça peut être vachement plus… je sais pas comment dire… Mais les familles heureuses, ça existe, aussi ! Je ne suis pas un super exemple, tu me diras… Comme tu dis, ça PEUT rendre fou. Mais c'est pas obligé. Et si tu restes avec cette carapace, c'est toi qui vas te rendre malheureuse.

Quand je suis avec toi, avec Kristie, Elysabeth, Louis, et même Thomas, j'y crois… Oui, tu vois, j'y crois même tellement que ça me rempli le vide que j'ai dans le ventre, à cause de mon père. Donc, je suis sur la bonne voix, hein ?

Sirius lui lança un sourire. Puis il prit une mine déçue qui attrista Leane.

Qu'est ce qui a ?

Je viens de penser que t'as pas assez pleuré pour que je te prennes dans mes bras…

Joueuse, elle se blottit contre lui.

Tu sais, ça peut toujours sa rattraper !

Ils rentrèrent dans leurs maisons respectives.

Sirius n'arriva pas à dormir.

Leane non plus.