2.

- Une liste de personnes fiables, c'est bien, sauf quand il y a une pomme pourrie dans le panier… Ce qui est quelque chose d'inévitable néanmoins…

Prudents, bien qu'ayant enfermé leur prisonnier de marque, désarmé, dans une cellule dont la porte de métal était la seule issue, actionnée par télécommande, les soldats Illumidas n'avaient pas pris le risque de lui retirer les menottes.

- Ils ont dû mettre la main sur un des hommes de Mourass qui couvraient notre fuite, et apprendre pour le listing, sinon ils ne seraient pas gênés de m'abattre à vue. Et cette liste leur serait encore plus précieuse qu'à nous, pour effectuer un coup de filet et exécuter à tour de bras. On dirait que d'avoir réussi à me mettre la main dessus leur donne l'espoir de me faire dire où elle se trouve !

Le pirate voulut se redresser, mais trop faible sur ses jambes, encore étourdi, il retomba au sol, dos au mur.
Mais moins encore que la situation dans laquelle il se trouvait, c'était pour le moment plutôt une envie de punir le responsable de sa capture, qui représentait aussi un danger pour tout le reste de l'organisation, qui agitait Albator.


Le long manteau noir à capuchon dissimulait peut-être les insignes pirates et les armes quand on se déplaçait normalement, mais ça n'aidait pas vraiment à passer inaperçu quand on courait à en perdre le souffle.

Sans surprise, une fois repéré, Albator ne s'était pas étonné qu'une bonne partie des contingents Illumidas se soit mis
e à sa poursuite, délaissant Toshiro et Tadashi.

Et si les passants de cette fin de journée protestaient de la bousculade engendrée, ils s'écartaient encore plus sous la charge des envahisseurs, réalisant peut-être alors seulement l'identité de celui qu'ils poursuivaient !

Cette foule, justement, empêchait le pirate de s'arrêter pour tirer sur les soldats et aéroglisseurs car des tirs perdus auraient immanquablement fait des victimes collatérales.

Quant à bifurquer par une ruelle, pour empêcher au moins aéroglisseurs et tanks de le rattraper, ce n'était pas non plus une option car le plan lui indiquait qu'elles l'éloignaient de la borne de contrôle des canalisations qu'il avait à atteindre !

Ralentissant à un carrefour, Albator réalisa ce qui avait frappé son regard un instant auparavant.

Un haut bâtiment, tout de verre et d'acier – au sommet duquel les lettres formaient un nom : Mugicent.

Après un regard par-dessus son épaule, il constata que les collisions avec les véhicules des yudiens avaient bloqué les appareils de ses poursuivants et que seuls quelques soldats tentaient de se frayer un passage dans l'immédiat attroupement des curieux.

Sortant le visionneur, il y glissa la plaquette contenant le listing remis par Ubald.

- Je l'avais bien vu tout à l'heure : l'hôtel Mugicent, son directeur est sur la liste. Et sur ce toit plat il y a forcément une piste d'atterrissage !

Il ne lui restait donc plus qu'à couper au plus court pour rejoindre l'établissement, ce qui signifiait traverser le carrefour alors que le feu était au rouge pour les piétons.
Et s'il ne progressait pas assez vite, il devrait bel et bien se résoudre à un car-jacking.

Provoquant le déchaînement des klaxons, les invectives et obligeant les véhicules soit à freiner sec, soit à se détourner au dernier instant – d'où de nouveaux accidents et autant d'obstacles
pour les Illumidas – le capitaine de l'Arcadia s'était jeté au milieu du trafic.

« Pour une arrivée discrète, ça
ne va pas le faire », songea-t-il alors que les sirènes des ambulances, forces de police et autres dépanneuses s'ajoutaient à la confusion générale.

De fait, depuis son bureau dont les fenêtres étaient grandes ouvertes à cause de la panne du système de climatisation, Tarel Prid ne pouvait plus ignorer le tumulte en provenance des avenues voisines.

Il était donc sorti sur sa terrasse, jumelles à la main, et avait jeté un coup d'œil avant de revenir à son bureau et de se faire relayer les images des caméras de surveillance de l'hôtel.

- Tiens, la journée pourrait finir par être intéressante…

Et il décrocha son téléphone.

Alors qu'un nouveau groupe d'Illumidas était venu à sa rencontre, Albator avait brutalement bifurqué pour se précipiter vers le Mugicent.

Là, il n'aurait plus qu'à organiser lui-même
, de quelques tirs, la débandade parmi clients et membres du personnel pour ensuite se rendre à l'étage de la Direction et y prendre en otage le dénommé Tarel Prid qui devait certainement bénéficier d'un ascenseur privé avec accès direct au toit – ce qui était une règle généralement pour les hôtels du standing du Mugicent.

Tarel Prid était un grand et bien enveloppé sexagénaire, le cheveu rare et de trop nombreuses bagues à ses doigts.

- J'imagine que mon nom était repris sur
la liste que Mourass rédigeait et pour laquelle il a parcouru la planète.

- Effectivement. Et je suppose que vous comprenez pourquoi je vous ai menacé devant vos employés
, puisque en sus il y avait des Illumidas parmi eux.

- Les gradés Illumidas composent effectivement une bonne partie de ma clientèle. Et j'ai bien dû intégrer des éléments les connaissant bien pour les satisfaire durant leur séjour. Oui, il est préférable que l'on pense que j'ai agi sous la contrainte en vous amenant à mon hélicoptère privé !

Tout en reprenant son souffle, alors que l'ascenseur se dirigeait vers le toit, Albator percevait les battements de son cœur qui retrouvait
un rythme plus normal mais la tension ne se relâchait nullement car rejoindre directement le chantier en hélicoptère civil c'était voler face à tous les radars si prudemment évités à l'arrivée !

- Je rapporterai à Ubald ce que vous avez fait, reprit
-il.

- Je préfèrerais que non.

Etonné, se demandant ce que cette réponse pouvait bien signifier,
le pirate concentra plutôt son attention sur la cabine qui atteignait le dernier étage.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrant, Albator constata avec déplaisir que s'il y avait bien un hélicoptère sur la terrasse, il y avait aussi plusieurs soldats Illumidas qui le tenaient déjà en joue !

Avant d'avoir pu dégainer, atteint par un tir paralysant, il s'effondra.


Après avoir refait le tour de la cellule et constaté qu'il n'y avait effectivement aucun moyen d'en forcer la porte, Albator était retourné s'asseoir contre le mur, bien obligé d'attendre le bon plaisir de ses ennemis.

« D'avoir caché la plaquette avant de débouler dans le bureau de Prid me sauve la vie. Mais ça ne va pas durer bien longtemps ! La gloriole d'une exécution publique l'emportera rapidement… Il faudra donc sauter sur la première occasion venue pour leur filer entre les doigts. A moins que ceux de l'Arcadia ne sachent mieux que moi où je peux bien me trouver ! ? ».