Titre: 27 Robes
Auteur : Damoiselle A.
Résumé : Bella a toujours tout fait pour rendre son entourage heureux et les 27 robes de demoiselles d'honneur de son dressing ne diront pas le contraire. Seulement un jour, une rencontre, une bagarre et tout bascule pour elle. BS/JW
NDA : Bonjour à tous !
Voici la cinquième partie de 27 Robes, j'espère que l'adaptation vous plaira. Le mieux serait de visionner avant ou après la scène de la chanson Bennie and the Jets, pour bien comprendre comment les évènements adviennent. La vidéo est en lien sur mon profil FFnet et sur mon profil Facebook.
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !
A.
27 ROBES – CINQUIÈME PARTIE
La journée qui s'annonçait avait été minutée par mes soins : aujourd'hui je devais m'occuper du mariage de ma sœur – et seulement de ma sœur, je ne devais pas penser à autre chose. De toute façon, il est clair que personne ne me comprendrait : Angela faisait la moue lorsque je lui parlais de cette histoire de mariage, Rosalie et Edward étaient les principaux intéressés. Enfin mes autres amies pousseraient des hauts-cris tragiques avant de m'enjoindre à la résiliation la plus complète. Et Jasper ne comprendrait jamais…
Je soupirai devant la porte de l'appartement de mon patron, de mon futur beau-frère. Je frappai en attendant que Rose vienne m'ouvrir : Edward était parti en randonnée avec son ami Emmett pour fêter son enterrement de vie de garçon.
- Salut, entamai-je avec un sourire alors que ma sœur ouvrait la porte. J'ai besoin de ta liste de cadeaux.
- Je croyais que tu m'attendrais dans le hall, me répliqua-t-elle en essayant de cacher sa gêne.
Rose était ma sœur, nous avions vécu un nombre conséquent d'années ensemble. Je savais lorsqu'elle me mentait. Et précisément à cet instant, elle tentait de dissimuler quelque chose. Je compris quoi lorsque j'entendis quelqu'un chanter derrière Rosalie.
- C'est quoi ça ? Edward est allé faire du ski. C'est qui ça ? M'enquis-je avec un air sévère.
Pitié, faites qu'elle n'ait pas fait ce que je croyais qu'elle avait fait….
- Personne, me répondit-elle sèchement pour me dissuader de poursuivre mes questions. Allons parler dans le couloir.
- Rose... La menaçai-je en forçant dans le salon.
Elle n'avait pas fait ce que j'avais cru qu'elle avait fait : non elle avait fait pire. Devant moi, Pedro, le petit frère d'Edward passait l'aspirateur sur le tapis du salon. Elle l'avait embauché pour faire le ménage à sa place et entretenir l'appartement. Il avait douze ans.
- Bella ! M'interpella-t-elle pour se justifier. Il cherchait un travail à temps partiel. Je l'aide.
- Il nettoie l'appartement ! M'exclamai-je alors que Pedro continuait à passer l'aspirateur en dansant et en chantant faux.
- Ne le dis pas à Edward, me supplia ma sœur, c'est un petit secret entre Pedro et moi...
Je soupirai. Décidément j'en gardai des secrets pour ma sœur. Mais après mon premier mouvement de révolte, je compris que ce n'était pas à moi de révéler le tissu de mensonges qu'elle avait servi à Edward, c'était à elle. Si Pedro n'y trouvait rien à redire… Il était payé… Enfin je fis tout pour faire taire ma mauvaise conscience et acquiesçai-je sombrement en prenant la liste des cadeaux que Rose me tendait.
Pour taire une chose aussi importante, il fallait vraiment que ce soit ma sœur !
- Tu pourrais t'en aller s'il te plait ? Sifflai-je à l'intention de Jasper. Je ne t'ai pas invité !
J'étais écœurée. Jasper avait osé se présenter devant moi après la séance essayage de la dernière fois. Je me pris à penser que je ne me laisserai jamais plus allé avec lui. On ne m'y reprendrait plus, surtout pour être aussi déçue après.
- Mais Rose l'a fait, me répondit-il avec un sourire insolent, et quand je couvre un mariage je dois en voir tous les aspects.
Excédée, je pris la scanneuse que la vendeuse me tendait. Jaser fit de même. Ce magasin de décoration et d'ameublement intérieur avait une méthode dernier cri pour que les futures mariées puissent faire leur liste de mariage simplement et facilement. Les clientes avaient juste à scanner les codes bars des cadeaux qu'elles souhaitaient inscrire sur leur liste.
J'avais déjà essayé ce système avec mon amie Leah pour son mariage. Depuis je le conseillai à toutes les futures mariées que je croisais : c'était tellement plus pratique ! Seulement pour une raison que je ne m'expliquais pas, Jasper avait réussi également à avoir la même scanneuse que la mienne. Nous déambulions donc dans le magasin tout en joutant. Je scannai encore deux objets de décoration quand Jasper revint à l'attaque :
- Est-ce que ta sœur veut tant de présents de tant de magasins différents qu'il lui est physiquement impossible de les choisir elle-même ?
- Elle manque de temps, dis-je en défendant ma sœur. Le mariage est pour très bientôt.
Rageusement je scannai plusieurs codes bars à la suite : un assortiment d'assiettes, une marmite jaune, puis une autre, de différente contenance, bleue.
- Encore une ! S'exclama Jasper en me voyant scanner la seconde marmite.
- Pour toi c'est peut être qu'une autre cocotte, expliquai-je avec agacement, mais pour Rose, c'est la marmite qui servira à cuire la dinde de Noel.
- Rose cuisine ? S'enquit-il d'un air étonné.
Je me retrouvai coincée avec une question aussi simple. Non, Rose ne cuisinait pas. Elle ne savait pas le faire, n'avait pas la patience. J'envisageai pendant un instant de mentir, mais s'il lui demandait qu'elle était sa spécialité culinaire, elle lui rirait au nez.
- OK, c'est moi qui vais cuisiner, concédai-je avec difficulté, mais Rose va être là… avec Edward.
Il fallait que je me le mette dans la tête, bon sang !
- Et ça ce n'est pas qu'un autre vase... Repris-je en scannant un vase en pâte de verre.
- C'est un autre vase... Rétorqua sombrement Jasper.
- C'est le vase dans lequel Rose mettra les fleurs qu'Edward lui aura offert, répliquai-je férocement, juste parce qu'il en a envie...
- Je vois, continua Jasper alors qu'il n'y voyait rien du tout, et ça c'est le coq porte-parapluies dans lequel Edward déposera tous ses parapluies, c'est ça ?
Je fixai l'objet qu'il caressait alors qu'il déblatérait ses inepties. Je me pris néanmoins à sourire, ce coq porte-parapluies était vraiment immonde… Je me détournai rapidement pour qu'il ne s'aperçoive pas de mon moment de faiblesse.
- Parfait pense ce que tu veux, assénai-je en partant vers la partie décoration du magasin, tout ce que je dis, c'est que ce ne sont pas que de vulgaires objets. C'est sur ce genre de choses que se construit la vie.
- Non c'est des objets totalement inutiles qu'une industrie de 70 milliards par an, a réussi à nous faire acheter pour être des mariés comblés, réfuta Jasper en scannant une espèce de statuette peinte en doré représentant un porc stylisé.
- Tu sais ce que je crois ? Repris-je passablement énervée. Je pense que tes statistiques et tes théories ne sont qu'un écran de fumé.
- Oh c'est vrai ? Qui cache quoi ?
- Un petit secret, rétorquai-je avec fiel avant de continuer sur ma lancée.
Quelque part cela me faisait un bien fou de cracher à Jasper Whitlock ses quatre vérités. Cela permettait de me rendre compte combien nous étions différents et incompatibles.
- Peu importe lequel, tes parents ont divorcé, tu n'as encore trouvé personne et tu crois que tu n'y arriveras pas ?
- Moi je crois que si tu aimes tant les mariages, contra-t-il, c'est parce que tu préfères te concentrer sur les moments de bonheur des autres plutôt que de te fabriquer tes propres souvenirs.
- Tu as absolument raison, tu sais pourquoi ? Le mariage c'est le lieu par excellence pour oublier qu'on est seul ! Lui criai-je à la figure.
- Ce n'est pas un mariage que tu veux, c'est une cérémonie ! Pas un mariage, une cérémonie ! S'enflamma-t-il à son tour.
- C'est quoi ton foutu problème ! Tu t'es déjà marié à grand frais et ta femme t'a quitté c'est cela ? Demandai-je hargneusement.
- Bingo !
- Quoi ?
La surprise me fit tanguer. Jasper, lui, s'était déjà assis dans l'un des canapés d'exposition. Venait-il vraiment de dire ce que j'avais entendu qu'il venait de dire ? Toute sa posture corporelle me hurlait qu'il venait de me dire la vérité : cette histoire l'avait marqué et blessé. Je restais soufflée quelques secondes avant qu'il ne reprenne la parole. Son visage s'était décomposé pendant un instant avant de prendre un air impassible.
- Pour mon colocataire de la fac en plus, dit-il. Je crois que tu mérites un bonus pour cela.
- Oh merde, Jasper, je suis vraiment désolée... M'excusai-je, sincèrement. J'ai dit ça comme ça...
- Tu es tombée pile ! Pour une fille qui ne se connait pas du tout elle-même tu m'as très bien cerné.
Un silence s'installa entre nous. J'étais mortifiée, je ne sais pour quelle raison, de l'avoir blessé. Je respirai un grand coup avant de lui demander :
- Tu veux qu'on trouve ce qu'il y a de plus laid dans le magasin et qu'on le mette sur la liste ?
- On va faire ça. On y va ! S'exclama-t-il en se relevant du canapé.
Son sourire insolent était de retour.
Je me garai en catastrophe devant l'immeuble qui abritait le traiteur du mariage. Heureusement que mon père avait accepté d'échanger ma voiture contre celle qui lui servait dans sa vie civile, plus rapide, le week end dernier. Je descendis du véhicule en courant juchée sur mes talons. On m'indiqua la salle où je devais me rendre. Edward se leva lorsqu'il me vit arriver :
- Salut ! Lançai-je en m'installant en face de lui.
- Salut, merci d'être venu aussi rapidement.
- Oh ce n'était pas un problème, répliquai-je avec un sourire. Quand il s'agit de manger, j'ai plus d'expérience que Rose, donc tu es entre de bonnes mains.
Il me sourit de son merveilleux sourire. Je restai quelques secondes en immersion dans ces yeux verts pétillants. Puis le serveur interrompu mon moment magique :
- Nous avons planifié votre repas de mariage selon vos recommandations, énonça-t-il.
Nous écoutâmes pendant quelques instants les indications qu'il nous donnait en matière de dégustation des mets. Il se retira discrètement et nous pûmes commencer à manger. Alors que je coupais le poisson servi, je fis repasser dans ma tête, le mantra qui m'accompagnait ces derniers jours : c'était le mariage de ma sœur, avec l'amour de sa vie. Elle avait le droit à sa part de rêve et même si l'homme de sa vie correspondait en tout point à l'homme dont j'étais amoureuse.
Nous passâmes un agréable déjeuner en somme. Edward était quelqu'un qui savait raconter les choses avec humour, nous rîmes donc beaucoup, et il fit pratiquement tous les frais de la conversation. Je n'avais plus qu'à suivre et à l'entretenir de temps à autre. Nous arrivâmes au dessert, avec une certaine allégresse de mon côté. J'avais passé un excellent moment.
- Sais-tu ce qui me plait le plus avec Rose ? Déclara soudainement Edward alors qu'on plaçait le dessert en face de lui. C'est qu'il n'y aucun mensonge, elle n'a pas peur d'être elle-même, tu comprends ?
Oh non. Ce que je redoutais tant était arrivé : la façade que ma sœur s'était construite pour séduire Edward avait parfaitement rempli son rôle. Peut-être même un peu trop bien. A tel point qu'Edward était amoureux de la façade et non de la femme. Il allait grandement déchanter lorsqu'il commencerait à vivre vraiment avec elle. A moins qu'elle ne lui mente toute sa vie ? Cette perspective m'horrifia et me fis dire :
- Edward, à propos de Rose, il y a une petite chose que j'aimerai te dire…
Il m'observa intensément fixant ses yeux verts dans les miens. Je me sentis fondre de l'intérieur. Ce n'était pas bien, ce n'était pas bien…
- Je suis ravie pour vous deux, continuai-je avec un faux sourire qui passa néanmoins, que vous vous soyez trouvé.
Edward me remercia d'un sourire en dégustant le dessert.
- Alors dis-moi quel est ton moment favori lors des mariages ?
- Oh c'est facile, répondis-je avec enthousiasme. Tu sais quand la musique commence et que la mariée fait son entrée et que tout le monde se retourne pour la regarder ? Moi je regarde le marié. Ce qu'on peut lire sur son visage, c'est l'amour à l'état pur. C'est pour cela que je vais à des mariages.
- Ok, répondit Edward avec un sourire enjôleur. Donc le jour de ton mariage, quand tu feras ton entrée, j'aurais la permission de le regarder lui.
- Oui bien sûr, répliquai-je en riant, et je t'en prie, assure-toi que le pauvre homme est encore là...
Nous fûmes coupés quelques minutes lorsque le serveur vint débarrasser. Nous donnâmes un accord unanime au menu avant de se replonger dans notre discussion.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Protesta Edward. L'homme qui deviendra ton mari aura beaucoup de chance. La façon dont tu t'es jetée sur les tomates tout à l'heure, personne ne peut y résister ! C'était terriblement sexy.
J'éclatai de rire devant son visage gourmand : il croyait ce qu'il disait, il était sincère et me trouvait sexy… Il tourna la tête sur le côté avant de s'écrier :
- Whitlock ?
Jasper se retourna pour venir vers nous.
- Ah, salut !
- Salut, répliqua Edward en lui serrant la main.
- Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Lui sifflai-je.
- Vous étiez en train de choisir le repas, me répondit-il comme si c'était l'évidence même. Où est Rose ?
Il semblait chercher quelqu'un autour de nous. Je me mordis les lèvres. Rose n'était pas présente.
- Elle est... commençai-je, chez le coiffeur. Je lui donne un coup de main. On s'en allait à Rainbay pour aller choisir des nappes dans un magasin d'antiquité.
- Oui, confirma le fiancé de ma sœur, d'ailleurs il faut y aller parce que Rose et moi devons manger avec mes parents.
- Je peux y aller avec toi si tu veux, me proposa Jasper.
- Quoi ? M'exclamai-je un peu trop vivement, avant de dénier sa proposition. Non, non, non. Je vais pouvoir te ramener à l'heure, repris-je à l'intention d'Edward, j'ai la Volvo de mon père, elle va très vite.
- Ecoute ça ne me dérange pas, incita Jasper en me regardant, ça me ferait plaisir. De toute façon j'ai encore quelques questions à te poser pour l'article.
- Auxquelles je répondrais avec plaisir par téléphone ou courriel, rétorquai-je de façon polie mais néanmoins sèche.
- Si cela ne t'ennuie pas, cela m'aiderait beaucoup, déclara Edward, le traître.
- Cela ne m'ennuie pas du tout, même que j'insiste.
Et il en fut ainsi. Alors qu'Edward réglait le repas d'aujourd'hui et celui du mariage tout en discutant avec Jasper, j'eus une folle envie de les étrangler tous les deux.
Comme je l'avais supposé, aller choisir des nappes avec Jasper avait été un pensum. Plus encore lorsque j'avais dû les charger dans le coffre de la Volvo sans qu'il ne lève le petit doigt pour m'aider. Il n'avait pas décoché une seule parole depuis le départ d'Edward et cela me tranquillisait et me terrifiait à la fois. Il se décida à parler alors que nous étions en train de rentrer à New York. La pluie battait les vitres et la route. J'avais tenu à rentrer par les chemins de traverse parce que j'aimais conduire. Je n'aurai pas dû.
- Je sais pourquoi tu es comme ça, commença-t-il sur un ton qui ne me disait rien qui vaille. Ca a allumé tout à coup : Tu te mourrais d'amour pour lui en mangeant ta polenta ! S'écria Jasper en faisait un grand geste de main.
Quant à moi, les miennes se resserraient compulsivement sur le volant.
- Tu es en colère et je vois pourquoi, tu es en train d'organiser le mariage de ta sœur avec l'homme que tu aimes ! Tu es coincée dans ce stupide triangle amoureux ! Et là d'après ce que je vois en ce moment, tu en es à un cadeau de mariage près, de te faire exploser la cervelle !
- C'est ridicule, niai-je avec conviction, du moins je l'espérais.
- Oh je t'en prie, gémit Jasper, évidemment, tu ne peux pas lui dire, parce que tu es trop gentille ; elle ne ferait jamais ça Bella...
- Ca suffit, tu dis n'importe quoi ok ? M'énervai-je cette fois-ci. C'est mon patron et c'est ma sœur, je suis terriblement excitée de préparer leur mariage, ravie même ! Et cela comme exactement à chaque mariage auquel j'ai participé. Mais tu ne peux pas comprendre parce que... tu es méchant ! Négatif et cynique, sauf que ça ce n'est pas mon problème, mon gars !
Mes mains enserraient tellement fort le volant qu'on aurait cru que j'imaginai le cou de Jasper à la place de celui-ci. On n'aurait pas eu tort.
- Mon gars, mon gars ! Repris Jasper avec des mouvements de mains agités. Cela va vraiment mal pour que tu m'appelles comme ça !
- Tu pourrais la fermer, s'il te plait, réclamai-je fermement.
J'étais en train de m'énerver. Je ne me mettais pas souvent en colère. En fait cela ne m'était jamais vraiment arrivé. Mais je sentais que l'état dans lequel je me mettrais s'il me poussait à bout ne serait valorisant ni pour lui, ni pour moi.
- Tu m'en veux et je le comprends tu sais, j'ai gâché toute ton après-midi à te languir auprès d'un homme avec qui tu ne seras jamais.
Cette fois-ci j'étais vraiment en colère. Je ne savais plus à qui en vouloir : à Rose pour m'avoir piqué Edward au moment où il aurait pu hypothétiquement prendre connaissance de mes sentiments, à Edward pour être un aveugle sans nom et croire les mensonges de ma sœur sans avoir réaliser pendant ces trois dernières années que je l'aimais, à Jasper parce que pour une raison inconnue, il éclairait mes plus bas instincts et mettait toujours le doigt sur ce qui n'allait pas, ou simplement à moi, pour être aussi nulle et lâche. Je résolus le problème en hurlant :
- Ferme-la ! T'entends ? La ferme !
Un court silence bienfaiteur se fit entendre quelques instants et je descellerai m'apercevant que j'étais bien au-dessus de la limite autorisée sur une route de campagne, sous la pluie alors que la nuit tombait.
- Tu ralentirais un peu que je puisse lire les panneaux, s'il te plait ? S'enquit-il avec un ton exaspéré.
Cela eut le don de me mettre en rogne. Juste pour lui faire payer sa clairvoyance, j'appuyai sur la pédale d'accélération.
- Ok, ma spider vision* ne fonctionne pas très bien, tu crois que tu pourrais ralentir un petit peu...
- Ta gueule, fiche moi la paix ! Scandai-je avec force en continuant d'accélérer.
- Si ça continue l'hystérique on va faire de l'aquaplaning pourrais-tu RALENTIR ! Me hurla-t-il, certainement encouragé par une peur grandissante de l'accident.
Je dédaignais son avertissement, le prenant pour un pleutre, cela serait à rajouter à la liste de ses grandes qualités…
- On ne fera pas de l'aquaplaning ! Répliquai-je en me moquant de lui.
Ce qui suivit prouve que je n'aurais jamais ma place dans le monde de la voyance, car la voiture commença à échapper à mon contrôle, selon la loi de l'emmerdement maximum. J'essayai vainement de reprendre le contrôle en hurlant :
- On fait de l'aquaplaning !
La voiture m'échappa, sortit de la route et alla se perdre sur une bande herbeuse. Lorsqu'elle arrêta de tourner comme une toupie, le silence se fit dans l'habitacle. Jasper prit une inspiration pour parler mais je le coupais rapidement :
- Non ne dis rien.
J'enclenchai le contact pour redémarrer et nous sortir de là. Evidemment c'est toujours lorsqu'on est avec une personne qu'on n'apprécie pas, dans une voiture que l'on vous a prêté, qu'un incident survient et que la voiture ne veut plus bouger. Je faillis gémir plaintivement en entendant les roues patiner dans la boue.
Je sortis mon portable de mon sac, en même temps que Jasper sortait le sien de sa poche. Nous essayâmes d'appeler chacun de notre côté, sans succès. Nous ouvrîmes les fenêtres de concert pour trouver un réseau quelconque. Rien.
- Tu as quelque chose ? S'enquit Jasper.
- Non.
- Euh... Commença-t-il.
- J'ai dit non ! Lui rappelai-je sèchement en plaquant mon front contre le volant. Tu ne dis rien.
Après un long moment de résignation, enfermés dans la voiture, un sursaut de décision nous atteignit. Enfin, il atteignit Jasper. Il plaça gentiment une main sur mon épaule avant de me demander de le suivre dans le magasin le plus proche pour téléphoner à une dépanneuse ou à un garage.
En soupirant, résignée face au bon sens que déployait mon colocataire de voiture, je le suivis sous la pluie. Je fermai la voiture à clé, et en moins de deux minutes j'étais trempée. Un néon clignotait à cinq cent mètres et nous les parcourûmes le plus rapidement possible. Il s'avérait que l'enseigne indiquait un pub. Parfait, qui disait pub, disait téléphone.
Nous passâmes le seuil avec un soulagement manifeste nous n'étions plus sous la pluie et nos problèmes allaient se résoudre bientôt. Justement une cabine téléphonique nous attendait sagement à l'entrée du bar, comme dans chaque bar qui se respecte. Je décrochai avec délectation le téléphone, avant de me rendre compte qu'il n'y avait plus de tonalité. Je fis un signe de dénégation à Jasper qui s'avança vers le comptoir.
- Excusez-moi votre téléphone ne fonctionne pas ? Demanda-t-il au barman, un géant d'homme, coiffé en catogan, le visage mangé par une barbe grise.
- Bravo ! Ricana l'homme derrière le bar. Vous auriez fait un super enquêteur.
- Hum, on pourrait utiliser votre téléphone ? M'enquis-je aussi poliment que possible.
Au vu du regard que me lançait le barman, j'avais fait une bourde. Je réfléchis de secondes avant de comprendre que si la cabine téléphonique du bar ne fonctionnait pas, le téléphone fixe, non plus. Un poteau avait certainement été arraché par la tempête qui se déchaînait au dehors.
- Un double scotch sans glace s'il vous plait ! Commanda Jasper en retirant sa veste mouillée, dévoilant sa musculature grâce à une chemise humide collant à sa peau.
- Qu'est-ce que tu fais ? Le questionnai-je sur un ton que j'espérais dur, tout en secouant la tête pour chasser les idées improbables qui y naissaient.
- Il est tard, constata Jasper en s'asseyant sur le tabouret alors que le barman plaçait son scotch en face de lui, on n'a pas de dépanneuse et on est dans un trou perdu loin de New York. Moi je bois un verre.
J'hésitai sur la conduite à tenir. Son discours était logique et sensé mais je savais que l'on pouvait faire plus, chercher une autre solution… Je ne voulais pas non plus me retrouver saoule et sans contrôle, avec lui.
- Allez viens, tu n'as personne à aider dans le coin. Bois un verre et détends-toi un peu. Ça a été une longue journée, termina-t-il en buvant une gorgée de son verre
- Très bien, mais juste un, transigeai-je avec une voix forte, en m'asseyant à côté de lui.
Mon esprit était très légèrement embrumé. Disons plutôt que je commençais à être saoule. Jasper m'avait provoqué et nous avions décidé d'un concours très stupide qui consistait à ingurgiter des litres d'alcool, répartis dans des shooters. Nous n'avions rien d'autre à faire alors nous avions pimenté ce jeu par un questionnaire poussé sur les articles qu'il avait écrits. Résultat ? Pour quelqu'un d'extérieur à la scène, nous ressemblions à deux ivrognes.
- OK, maintenant le 12 février 2006, dis-je en reposant mon shooter sur le comptoir en même temps que Jasper.
Jasper se tut un moment pour réfléchir. Je voyais le vide sidéral emplir ses prunelles. C'était avec un élan de satisfaction contenue, que je m'aperçus qu'il ne trouverait jamais. Pourtant son article avait marqué les esprits. Ses yeux se levèrent au ciel, puis un sourire indolent se fixa sur son visage.
- Euh… Non je ne vois pas.
J'en étais sûre !
- Le grand mariage des Keller ! M'exclamai-je, vraiment outrée qu'il ne s'en souvienne pas. Tu avais écrit un papier qui m'avait ému aux larmes, c'était sans conteste la plus belle chose que j'ai jamais lu !
- Je ne m'en rappelle pas, affirma-t-il sans sourire.
- Comment ça se fait que tu ne te rappelles pas de ça ?
- Je ne sais pas, se défendit-il.
- Mais tu dois t'en rappeler ! Un souvenir pareil ! Insistai-je de façon exubérante, aidée en cela par l'alcool ingurgité. C'était l'anniversaire de la mort du père et le frère était revenu exprès d'Afghanistan. Des émotions comme ça, ça ne s'invente pas !
- Pour un bon écrivain, c'est facile, répliqua Jasper en tendant son shooter au barman.
- Tu n'es pas si bon que ça… repris-je, certaine de ce que j'avançai.
L'alcool embrouillait et éclaircissait les idées. Le monde tournait sur lui-même, s'inversait puis revenait à sa place. Et pour arranger les choses, le barman remplit nos shooters. Nous les bûmes cul sec.
- Ca décape ! Commenta Jasper avec un sourire ravi.
- Y a certainement un truc qui te plait dans les mariages ? Le questionnai-je.
- L'open bar ? Répondit-il avec un énorme sourire.
- Non... dis-je sur un ton désespéré.
- D'accord, concéda Jasper. Tu sais quand la mariée arrive et qu'elle fait sa super grande entrée… J'aime jeter un coup d'œil au pauvre fou qui va se marier. Parce que même si je le trouve complètement idiot de vouloir de lui-même s'enchaîner à la dernière forme d'esclavage légale, il a toujours un air resplendissant et pour une raison qui m'échappe... Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ?
- Est-ce que tu es en train de rire de moi ? Demandai-je, étonnée.
- Pourquoi ?
- C'est le moment que je préfère moi aussi, m'exclamai-je enthousiaste, avant de reprendre d'un ton consterné : Oh mon dieu on a quelque chose en commun...
- Oui, mais si on se fie aux statistiques ça devait arriver, dit Jasper dans une tentative de rationalisation.
- Je crois que tu ferais mieux d'admettre qu'au fond tu es un tendre et que toute cette enveloppe de cynisme n'est là que pour te donner l'air d'un homme qui a souffert, qui est mystérieux et sexyyy…
- Oh qu'est-ce que tu viens de dire là ? Réagit-il immédiatement. Est-ce que tu as dit sexy ?
Cela eut le don de me dégriser aussitôt.
- Quoi ?
- Tu me trouves sexy ?
- Quoi ? Non, niais-je farouchement.
- Je ne serais pas fâché si c'est le cas, m'assura-t-il avec son habituel sourire.
- Je te jure que non.
- Tu crois que je ne suis pas sexy ?
- Non je crois que tu crois que tu es sexy, ce n'est pas...du tout pareil, hoquetai-je, m'embrouillant toute seule.
- Ah tu crois que je crois que je suis sexy...
- Oui, assurai-je, alors que sa phrase me paraissait d'une complexité consommée.
Un moment de silence s'installa entre nous. Cherchant désespérément un autre sujet de conversation, j'entendis la chanson Bennie and the Jets d'Elton John. Une de mes chansons préférées.
- Oh, excellente chanson, déclara-t-il avec un sourire bienheureux.
- Oui je l'adore, affirmai-je sans me rendre compte que cela nous faisait un point commun de plus.
- Hey kids… Gonna make a feather, entonna Jasper pendant que la musique passait sur le jukebox. You're gonna hairy hands and music… So the walrus sounds… Says penny the logger… **
- C'n'est pas ça les paroles ! M'exclamai-je.
- C'est exactement ça ! Dans ce cas police des chansons, c'est quoi les paroles ?
- But your soul lays down **
- Ah parce que tu crois que c'est ça ?
- Ooh and the wind and the waterfall **
- Oh là, j'ai peur, sourit-il avant de se joindre à moi pour chanter.
- She's got electric boobs…**, chantai-je à tue-tête.
- Boobs ***? Dit-il en me regardant comme si une seconde tête était en train de pousser dans ma nuque.
- Say, Candy and Ronnie, have you seen them yet, continuai-je sans tenir compte de son intervention. But they're so spaced out, BuhBuhBuhBuh Bennie and the Jets!
La soirée avait complètement dégénéré. Des clients se joignirent à nous pour chanter cette chanson qu'on fit tourner en boucle dans le jukebox. Quelques minutes après, nous nous retrouvions, Jasper et moi, tous les deux imbibés d'alcool, sur le comptoir en train de danser et de chanter devant tout le bar chantait avec nous. Jasper avait un vrai sens du spectacle et bientôt il fit chanter le bar en miroir avec nous. Il lançait un :
- Bennie !
Et l'ensemble des clients du bar suivait. Nous fîmes cela plusieurs fois en chantant avec les clients, tout en nous trémoussant sur le comptoir. Je riais, souriais, chantais à tue-tête et dansais sans prendre en compte la hauteur de mes talons et le taux d'alcool présent dans mon sang.
A la fin de la cinquième reprise de la chanson, nous étions épuisés et Jasper descendit du bar avant de me tendre une main secourable pour que je puisse moi-même retrouver la terre ferme. Son bras soutint ma taille et me rapprocha de lui. Il sentait un mélange d'alcool et de parfum à la noix de coco. Mais dans le contexte, son odeur m'enivrait. Il me serra contre lui avant de plonger son regard dans le mien en déclarant :
- J'ai pleuré comme un bébé au mariage des Keller.
Alors, sous l'impulsion de l'alcool, de l'ambiance, de la musique, du moment partagé et de son maudit sourire à damner la plus sainte des femmes, je l'embrassais à perdre haleine.
* : L'acteur qui joue Kevin (donc Jasper) dans le film, James Marsden, a également joué dans X-Men, X-Men 2 et Superman Returns. J'ai trouvé la blague plus drôle en sachant cela…. Et juste pour information, il a également joué dans un film Disney, Il était une fois…, et il incarne un prince charmant tout à fait détestable. Je vous le conseille, le film est drôle (enfin du point de vue d'une étudiante attardée, écrivant des fanfictions, hein xD).
** : Voici les vraies paroles de la chanson :
Hey kids, shake it loose together (Eh les gars, déchainons-nous ensemble)
The spotlight's hitting something (Le projecteur a frappé quelque chose)
That's been known change the weather (C'est supposé changer le temps)= le temps dans le sens la température
We'll kill the fatted calf tonight (Nous allons tuer le veau gras ce soir)
So stick around(Alors, restez ici)
You're gonna hear electric music (Vous allez entendre de la musique électrique)
Solid walls of sound (Des murs massifs de son)
Say, Candy and Ronnie, have you seen them yet (Dites, Candy et Ronnie, les avez-vous déjà vus)
But they're so spaced out, Bennie and the jets (Mais ils sont tellement dans les vapes, Bennie et les jets)
Les paroles améliorées par les soins de Bella/Jane et Jasper/Kevin :
You're gonna hairy hands and music (Vous allez mains poilues et musique)
So the walrus sounds (Alors les sons de morse)
Says penny the logger (Dit Penny le bûcheron)
But your soul lays down (Mais ton âme se couche)
Ohh and the wind and the waterfall (Ohh et le vent et la cascade)
She's got electric boobs (Elle a des nichons électriques)
Say, Candy and Ronnie, have you seen them yet (Dites, Candy et Ronnie, les avez-vous déjà vus)
But they're so spaced out, buhbuhbuhbuhbuh Bennie and the jets (Mais ils sont tellement dans les vapes, BbBbbbbb Bennie et les jets)
Merci à Elunea pour la traduction. C'est super de l'avoir proposé ^^. Maintenant on a une idée d'à quel point ils étaient déchirés ^^.
*** : Boobs signifie « seins » en anglais, mais est employé comme expression vulgaire, se serait donc plutôt « nichons »… On peut comprendre que Jasper soit choqué d'entendre cette expression de la bouche de Bella qui est quand même un archétype de la jeune fille bien élevée et sympathique. ^^
Nous voilà arrivés à la fin du cinquième chapitre ! J'avoue avoir eu peur de retranscrire cette scène et j'espère qu'elle ne vous aura pas déçus.
Je voulais aussi vous dire que cette semaine je ne suis pas chez moi, comme certaines je suis en vacances. J'ai écrit les chapitres à publier en avance mais je crains de ne pas pouvoir répondre aux reviews du chapitre précédent, comme je le fais d'habitude, avant samedi. ^^
Voilà, j'attends vos réactions avec impatience ! A la semaine prochaine ! A.
