Chapitre 3 : Contamination.
La journée avait filé à une vitesse incroyable et la nuit tombait déjà sur Toronto. Pourtant, le temps semblait long et interminable au jeune inspecteur. Il savait qu'à chaque seconde qui passait sans trouver de preuves ou d'éléments importants relatifs à l'enquête, cela rapprochait le docteur Ogden d'une mort certaine.
Tous les hommes du poste numéro quatre étaient sur l'affaire, et il s'était même surpris à ordonner sèchement à l'officier Higgins de se mettre sérieusement au travail.
Ses collègues l'avait alors regardé sans voix pendant quelques secondes, n' étant pas habitué à le voir agir de la sorte avec eux, puis il s'était rapidement éclipsé dans son bureau, claquant la porte sur son passage.
Même Brakenreid ne reconnaissait plus l'homme qu'il savait si calme et appliqué en général.
Il l'avait vu quitter le bureau pour interroger un médecin de l'université de Toronto depuis plus d'une heure déjà puis, ne sachant pas quoi faire de plus pour faire avancer l'enquête, il quitta le bâtiment pour rejoindre celui de la morgue et voir comment se portait le docteur Ogden.
L'inpecteur monta à l'étage en silence avant d'arriver devant la grande baie vitrée. Il vit la jeune femme au centre de la pièce, se tenant devant la table d'autopsie envahie par des tubes à essais, des livres et des tas de choses qu'il ne pouvait identifier. Il toqua timidement à la vitre pour signaler sa présence et Julia leva les yeux vers lui.
-Inspecteur, soupira-t-elle avec un timide sourire.
-Docteur, répondit Brakenreid, comment allez-vous?
-Ca va, répondit Julia en baissant les yeux vers la table.
-Vous devriez vous reposer et aussi prendre des cours de comédie à l'occasion car vous n'êtes pas très douée pour mentir.
-Je souhaite faire tout mon possible pour trouver un remède, le temps que je puisse encore le faire.
-Murdoch est parti voir un médecin de l'université de Toronto qu'il juge capable de nous aider, tous les gars sont sur cette affaire pour trouver comment cette maladie s'est transmise et pour l'endiguer du mieux que nous le pouvons.
-Y-a-t-il eu d'autres cas?
-Cinq, répondit simplement l'homme, et ils sont tous...reposez-vous.
Julia ne répondit pas et ferma les yeux quelques instants. Elle sentit un nouveau vertige la faire vaciller une fois encore, ils étaient de plus en plus fréquents. Elle se rattrapa de justesse à la table pour ne pas s'écrouler sur le sol.
-Je crois qu'il va falloir faire vite pour en trouver le mal inspecteur, dit-elle simplement, la maladie ne demande que très peu de temps d'incubation et les symptômes sont violents. Vous devriez…
Elle laissa sa phrase en suspend alors qu'elle sentit l'air se faire plus rare. Elle ferma les yeux quelques instants.
-Docteur Ogden? Lança une autre voix qu'elle connaissait bien.
Celle-ci reprit ses esprits tant bien que mal et rouvrit les yeux pour voir William et George se tenir aux côtés de leur supérieur. Elle croisa le regard de son ami à qui elle adressa un sourire. Elle vit l'inquiétude au fond de ses yeux et elle ne pouvait que vouloir le rassurer, alors qu'elle-même savait qu'elle se trouvait dans un état proche de l'évanouissement et qu'elle devait sans doute être encore plus pâle qu'un linge.
-William? Dit-elle simplement.
-Que diable faites-vous là, rétorqua le supérieur au jeune homme qui ne quittait pas des yeux la jeune femme.
-Je suis passé au poste et ils m'ont dit que vous étiez venus à la morgue pour voir le docteur Ogden, j'ai cru qu'il lui était arrivé quelque chose monsieur.
-J'étais venu voir comment elle se porte. Elle semble déterminée à continuer de travailler au lieu de se reposer, vous devriez la raisonner pour…
-William, souffla Julia un peu plus loin en croisant son regard une dernière fois avant de s'évanouir.
Elle emporta dans sa course quelques tubes à essais qui volèrent dans les airs et s'échouèrent sur le sol, se fracassant en milles morceaux et blessant à plusieurs endroits les mains de la jeune femme. Elle heurta violement le sol et se trouva inconsciente au milieu des débris, couchée sur le dos.
-Julia, cria l'inspecteur Murdoch en faisant un pas vers la porte condamnée.
Il ne la vit pas bouger, alors il commença à enlever les étoffes qui se trouvaient devant.
-George aidez moi, ordonna-t-il.
-Murdoch n'entrez pas là dedans, lança Brakenried alors que les deux hommes continuaient de libérer un accès à la pièce.
Il ne lui répondit pas et l 'homme le plus haut gradé l'empoigna quelques secondes. Il croisa son regard rempli d'angoisse et de détermination.
-Vous ne m'empêcherez pas d'entrer, dit-il simplement.
William se défit violement de son emprise et l'écarta pour pousser la porte et s'engouffrer aussitôt dans la pièce.
-Craptree, refermez cette porte immédiatement, beugla Brakenried.
Pendant que le jeune homme et son supérieur fermèrent la porte et la bouchèrent à nouveau comme elle l'avait été avant, William s'était avancé au pas de course vers la jeune femme toujours inconsciente et étendue sur le sol. Il plaça une main derrière sa tête et l'autre à côté de son corps.
-Julia, murmura-t-il en la regardant dans les moindres détails.
Elle ne bougea pas d'un millimètre, alors il se pencha sur son visage et mit sa joue à quelques millimètres de ses lèvres entrouvertes. Il ne sentit pas d'air s'échapper de sa bouche. Il s'éloigna d'elle, sentant les larmes naître dans ses yeux. Puis, il se mit à réfléchir, vite et bien. Il approcha ses mains de sa chemise et hésita quelques secondes au-dessus d'elle avant que ses doigts ne défassent les boutons. Une fois sa chemise ouverte, il ouvrit sa ceinture et il dénoua les lacets de son corset qu'il éloigna d'une seule main, soulevant de l'autre le corps de Julia. Il regarda son visage si paisible pendant quelques secondes sans cesser de murmurer son prénom du bout des lèvres lorsqu'il la sentit se tendre dans ses bras et se soulever un peu plus du sol. Elle approcha de lui en un profond soupir, contractant chaque muscle de son corps, pour venir crisper ses doigts sur ses épaules et échouer son visage près du sien. William ne bougea pas, ancrant simplement son regard dans celui de la jeune femme.
Julia reprit doucement son souffle, toujours étroitement serrée à l'homme qui se trouvait au-dessus d'elle, son regard perdu dans le sien.
-Calmez-vous, murmura-t-il, respirez doucement.
-William, dit-elle entre deux soubresauts.
-Je suis là, tout va bien.
Elle laissa une main caresser sa joue avant de prendre la parole à peine plus fort qu'un murmure.
-Vous n'auriez pas dû.
-Je ne vous aurai pas laissé, répondit-il simplement en souriant timidement.
Elle ferma les yeux quelques secondes avant de sentir les bras du jeune homme se resserrer autour de sa taille.
-Vous pouvez vous lever?
-Oui je crois.
Il acquiesça et il se redressa, attirant la jeune femme solidement accrochée lui. Ils ne se lâchèrent pas une seule seconde. Julia baissa les yeux vers sa poitrine et vit que sa chemise était ouverte, et qu'elle ne portait plus qu'une chemisette en dentelles alors que son corset et sa ceinture avaient disparu. Elle croisa le regard de William qui le fuyait aussitôt avant qu'elle ne ferme la chemise, toujours tenue par les bras fort de l'inspecteur. Puis, ses yeux se posèrent sur les deux hommes derrière la vitre et qui les regardaient en silence.
-Docteur Ogden? Fit timidement Brakenried.
-Ca va monsieur, répondit-elle simplement.
-Murdoch si vous sortez vivant de cette pièce, je vous tue personnellement, lança Brakenried avant de partir au pas de course suivi par George sur ses talons.
-Merci de l'avertissement monsieur, dit-il timidement alors qu'il vit un rapide et pâle sourire traverser le visage de la femme qu'il tenait toujours, venez je vais vous soigner ces coupures.
Julia acquiesça et ils se dirigèrent vers le meuble en bois qui se trouvait au centre de la pièce où Julia avait l'habitude de prendre place pour faire ses analyses. Elle s'assit et William attira à eux un tabouret où il prit place également.
-Vous avez fait ça pour moi? Demanda timidement Julia alors que William nettoyait ses plaies.
-Je crois que c'est évident.
-William, soupira Julia en fermant les yeux, il ne fallait pas entrer. Nous n'allons peut être jamais sortir vivants d'ici.
-Je sais ce que je fais.
-C'est bien la première fois que vous agissez de manière impulsive.
Il ne répondit pas et se concentra à sa tâche pendant de longues minutes, manipulant avec soin et délicatesse les mains de Julia dans les siennes. Celle-ci devait admettre qu'elle aurait été bien capable de se soigner elle-même mais que c'était bien agréable de sentir qu'on s'occupait d'elle de cette façon. William semblait prendre soin de chaque parcelle de sa peau, comme un trésor qu'il caressait du bout des doigts. Elle ne pouvait détacher ses yeux de son visage qui ne laissait pourtant plus passer la moindre émotion. Elle avait l'impression de le voir étudier une scène de crime avec minutie, mais pourtant ses gestes étaient doux et attentionnés.
Lorsqu'il eu terminé et qu'un bandage encercla la main gauche de Julia, là où une entaille nettement plus profonde se trouvait, il leva les yeux vers elle et lui sourit tendrement.
-Voila docteur.
-Merci, répondit Julia.
-Comment vous sentez-vous?
-Pas au meilleur de ma forme.
-Reposez-vous, je vais faire de l'ordre ici, dit-il en jetant un regard autour d'eux, mais dites-moi, pourquoi toutes ces recherches?
-J'espérais naïvement trouver un remède, répondit Julia en soupirant, c'est bien présomptueux de ma part.
-Ne dites pas ça. Je suis persuadé qu'il en existe un et que nous le trouverons.
-Mais peut être pas à temps avant…
Julia quitta son regard sombre et elle se plongea dans la contemplation du bouquet de roses qui se trouvait juste à côté d'eux. L'inspecteur suivit son regard et ne répondit pas. Il se doutait qu'elle devait penser à son fiancé à cet instant, cet homme qu'elle aimait et ne pourrait sans doute plus revoir un jour. Mais lui, il voulait garder espoir, au plus profond de son cœur, il voulait croire qu'ils s'en sortiraient.
Alors, il se leva et s'empressa de chercher de quoi nettoyer les débris qui se trouvaient sur le sol avant de se pencher sur les recherches de son amie. Celle-ci lui résuma ce qu'elle avait trouvé puis, lorsque le silence retomba à nouveau, il étudia dans les moindres détails tout ce qui se trouvait sous ses yeux.
Le temps était compté, il le savait, pour lui comme pour elle. Surtout pour elle, car son état se dégradait d'heures en heures.
Eh puis, il commença à sentir les effets de la maladie sur lui, mais pourtant, il tenta de mettre tout ceci dans un coin de sa tête pour se concentrer sur l'essentiel; un moyen de la sauver.
