Chapitre 4 : Deux
L'inspecteur était concentré sur les recherches et les analyses depuis des heures déjà. Il avait retiré sa veste depuis longtemps, et il se frottait les yeux de fatigue. Il n'avançait pas et rares étaient les informations qui leur venaient de l'extérieur. La maladie inconnue se transmettait de personne à personne, il leur était donc possible de recevoir à manger, des couvertures et de l'eau de l'extérieur sans mettre en danger plus de monde.
Alors que William se reposait, les yeux toujours penché sur la table d'autopsie mais l'esprit bien ailleurs, que Julia se tenait tant bien que mal debout un peu plus loin, le regard perdu sur la ville qu'elle regardait à travers la fenêtre, un officier de police leur apporta de quoi manger, refermant aussitôt la porte derrière le plateau qu'il avait rapidement fait glisser dans la pièce. William avait alors levé les yeux vers Julia qui n'avait pourtant pas bougé. Il s'était approché du plateau et l'avait pris avant de le poser sur le meuble en bois.
-Julia vous devriez manger quelque chose, dit-il doucement.
Mais il n'eut aucune réponse. Alors qu'il sentait sa gorge le serrer et l'air se faire plus rare, prit d'un violent vertige annonciateur d'un nouvel effet de la maladie, il retira sa cravate ainsi que son gilet sombre avant de s'approcher de la jeune femme. Il posa délicatement sa main sur son épaule pour qu'elle le regarde, mais il se passa encore quelques secondes avant qu'elle ne veuilles bien se tourner vers lui et lui accorder un regard. Il y vit ce qu'il n'avait sans doute jamais vu dans ses yeux auparavant. Les larmes avaient laissé de longs sillages sur ses joues, et ses yeux rougis étaient emplis de tristesse, une tristesse si grande qu'il sentit son cœur se serrer dans sa poitrine.
-Julia, murmura-t-il du bout des lèvres en portant sa main vers son visage pour essuyer une larme qui glissait sur sa joue une fois encore.
-Je suis désolée William.
-Ce n'est pas votre faute, rien de tout cela n'est de votre faute. Arrêtez de pleurer je vous en prie.
Julia ne répondit pas et baissa les yeux quelques instants avant de faire un pas vers lui et de glisser ses bras autour de son torse. Elle ferma les yeux et s'approcha un peu plus, collant son corps au sien et enfouissant son visage au creux de son cou. Il sentit une autre larme couler le long de sa nuque avant qu'il ne referme ses bras autour d'elle, passant une main dans ses cheveux. Il l'entendait à peine pleurer contre lui, sentant son corps se faire plus lourd contre le sien. Pourtant il ne parla pas, il se contentait de la serrer contre lui en silence. Lorsqu'il n'entendit plus de sanglots, il s'éloigna légèrement de la jeune femme et remarqua qu'elle devait s'être assoupie dans ses bras. Malgré son corps qu'il sentait chancelant, il se baissa un instant vers elle et glissa un bras dans le creux de ses genoux. Julia entoura sa nuque de ses bras et s'y cramponna avec force sans pour autant ouvrir les yeux. Il glissa une main dans son dos et la leva dans les airs, la portant délicatement jusqu'à la couche improvisée faite de couvertures épaisses entre deux larges piliers. Il l'y déposa délicatement et caressa un instant une mèche de cheveux qui s'était échouée sur son front qu'il trouva brûlant. Lorsqu'il s'éloigna d'elle, Julia ouvrit les yeux et lui sourit timidement.
-Je vais vous chercher un peu d'eau, votre fièvre ne fait qu'augmenter encore. Il faut la faire tomber.
Elle acquiesça et ferma les yeux à nouveau alors que William s'en alla pour chercher tout ce dont il avait besoin. Il passa de très longues minutes auprès d'elle à vouloir faire tomber la fièvre. Et il finit par sentir la fatigue le gagner lui-aussi. Il s'assit à côté d'elle, adossé contre le mur froid et après l'avoir regardé pendant de longues minutes lui aussi s'endormi, le visage tourné vers la jeune femme qui se trouvait de plus en plus mal en point.
Ils se réveillèrent comme ils s'étaient endormis le jour précédent. Julia se sentait bien mieux, mais ils savaient tous les deux que cela n'allait pas durer car il en avait été de même pour les autres malades.
Ils avaient pourtant été soulagés d'apprendre que l'enquête avançait et que des médecins se battaient pour trouver un antidote. Bien sûr leurs buts premiers étant de récolter toute la gloire d'avoir éradiqué le mal qui se propageait à tout Toronto à une vitesse incroyable car bien plus que la maladie mystérieuse, la panique faisait des ravages. Les cas de malades dans les hôpitaux se multipliaient et bien souvent ils n'étaient pas des cas de cette épidémie. Mais les journalistes avaient fait leur travail et il avaient disséminé des rumeurs, des informations, des sources plus ou moins sûre.
Cela faisait bien longtemps que William ne pouvait plus réfléchir aux molécules, aux propriétés des plantes et aux savants mélanges des biochimistes. Son esprit était embrumé et il n'arrivait plus à réfléchir à quoique se soit. Julia avait alors reprit le relais, mettant ce temps de reddition à profit pour tenter de faires avancer leurs analyses et leurs hypothèses.
Mais alors qu'un nouvel échec se dessina sous ses yeux, elle soupira de colère et jeta le tube à essai qui se fracassa contre le mur. William qui s'était assoupi un peu plus loin se réveilla d'un bond, mais pourtant, il ne se leva pas, bien trop faible et engourdi pour bouger.
-Julia, grommela-t-il si bas qu'elle ne pouvait pas l'entendre.
Il la regarda pourtant faire les cent pas de l'autre côté de la pièce, les mains sur son front et les yeux plantés dans le sol. Il savait qu'elle était en colère, il la connaissait dans les moindres détails. Elle marmonnait quelques chose, mais il n'arrivait pas à déchiffrer ses mots. La jeune femme soupira profondément en jetant sa tête en arrière.
-Bon sang mais qu'est-ce qu'il m'a prit? Lança Julia avec colère.
Elle regarda sa main gauche à laquelle brillait la bague qu'elle avait reçu de Darcy quelques semaines plus tôt. Puis, son regard se dirigea vers William, couché sur les couvertures où elle s'était trouvé la nuit précédente. Elle vit qu'il la regardait, alors elle lui sourit timidement et approcha de lui avant de se mettre à genou à côté de son corps. Elle plaça sa main sur son front brûlant et y appliqua un linge humide.
-Comment vous sentez-vous? Demanda-t-elle timidement en humidifiant son front.
-J'ai hâte de me sentir un peu mieux pour reprendre les recherches, murmura William.
-Oubliez tout ça, soupira la jeune femme.
-Je n'abandonne jamais, vous le savez.
-Je le sais, répondit Julia en souriant timidement, mais je vous le demande cette fois-ci.
-Cette fois-ci plus que n'importe quelle autre.
-William je…
Elle laissa sa phrase en suspend, bien trop surprise d'entendre deux coups portés à la vitre un peu plus loin. Elle tourna le visage dans sa direction et se leva aussitôt, rompant tout contact avec l'inspecteur. Elle approcha alors de la vitre alors que l'homme de l'autre côté prit la parole.
-Julia, soupira Darcy, j'ai été prévenu de ce qui est arrivé et je suis rentré en ville aussitôt. Comment te sens-tu?
-Un peu mieux mais ce n'est que temporaire.
-Ils vont trouvés un remède j'en suis persuadé, il faut que tu tiennes le coup jusque là, promets-le moi.
-Darcy, il ne me reste qu'un jour tout au plus avant…
-Je t'interdis de ça, lança l'homme en la pointant du doigt, ne dis pas ça.
La jeune femme baissa les yeux et elle entendit l'inspecteur tousser un peu plus loin.
-L'inspecteur Murdoch est là? Lança Darcy en le voyant enfin.
-Nous avons été contaminés presque au même moment, il était préférable que nous soyons isolés tous les deux, se justifia la jeune femme.
Darcy ne répondit pas mais elle sentit pourtant un certain énervement l'habiter quelques secondes avant de reprendre la parole.
-Je reviendrais te revoir dès que possible, je t'en prie ma douce fais attention à toi et bats-toi.
-Je le ferai, acquiesça la jeune femme.
Il lui adressa un sourire et déposa un baiser sur sa main qu'il plaça quelques secondes contre le carreau froid avant de s'éclipser.
Julia se tourna alors vers William qui la regardait toujours. Il tenta de se lever mais vacilla un court instant, avant que le docteur n'approche de lui et ne le retienne pour ne pas tomber.
-Restez couché William.
-Il faut que je fasse quelque chose pour ne pas devenir fou.
-Vous tenez à peine debout.
-Quelle importance cela peut il avoir?
-Oh non, ne vous aventurez pas sur cette pente là.
Il ne répondit pas et plongea son regard dans celui de la jeune femme qui reprit la parole aussitôt.
-Pourquoi me regardez-vous de cette façon? Dit-elle timidement.
-Vous le savez, répondit simplement l'inspecteur.
Elle ne répondit pas et elle resserra un peu plus ses doigts sur son bras. Elle l'attira avec elle contre le mur puis elle se tourna vers lui.
-Reprenez ces recherches si vous le voulez, je ne peux vous l'en empêcher, mais attendez d'aller un peu mieux.
-Julia.
-S'il vous plaît, insista celle-ci.
-Très bien.
Ils échangèrent encore un regard et se laissèrent glisser au sol, le dos contre le mur. William s'y adossa et cala sa tête contre, alors que Julia se serra contre lui et posa sa tête sur son épaule. Elle inspira profondément, savourant son parfum qu'elle aimait tant alors qu'elle sentit les doigts de l'inspecteur se fermer avec plus de force sur les siens. Puis, ils ne bougèrent plus et ils restèrent silencieux pendant de longues minutes, simplement assis l'un auprès de l'autre.
