Chapitre 6 : Coupables
La nuit avait été mouvementée au poste numéro quatre de la police de Toronto. L'enquête sur la mystérieuse maladie qui touchait la ville avait enfin portée ses fruits. Les coupables avaient été identifiés et arrêtés, non sans une certaine force. L'officier Craptree avait étudié les indices avec précisions et dans les moindres détails, réfléchissant comme le faisant souvent son supérieur direct. L'inspecteur Murdoch n'avait pas pu leur apporter leur aide, ni sur le plan de l'enquête, ni sur les recherches d'un éventuel vaccin. Beaucoup trop d'autres choses étaient venus embrumer son esprit et il avait passé presque tous ses derniers instants en vie à simplement veiller sur son amie et à l'accompagner dans la mort. Personne n'était venu les voir durant de nombreuses heures qu'ils passèrent enlacés et endormis serrés l'un contre l'autre dans un coin de la pièce. Le détective Brakenreid avait eu vent qu'ils étaient inconscients depuis longtemps déjà, mais tous ignoraient leur état de santé. Alors qu'ils avaient parfaitement identifiés les coupables, ils s'étaient précipité à l'Université de Toronto pour procéder à leurs arrestations. Deux médecin. Deux hommes honorables mais extrémistes qui avaient effectué des test sur des animaux et ensuite sur des humains dans le but final d'éradiquer la pègre de la ville. Mais très vite ils furent dépassés par leurs expériences et ils ne trouvèrent pas de moyen d'endiguer la maladie. Les dizaines de médecins à la peine depuis déjà trois jours arrivèrent enfin à trouver un antidote et celui qu'ils pouvaient remercier pour cet exploit était un certain docteur Garland, Darcy Garland.
Lorsque l'antidote fut terminé, l'officier Craptree et le Détective Brakenreid rejoignirent aussitôt la morgue dans laquelle se trouvait les deux jeunes gens dont-ils ne savaient rien de leur état.
-La maladie se transmet d'homme à homme, grommela Brakenreid devant la baie vitrée.
-Oui monsieur, répondit George.
-Et la piqure que nous avons eu…
-Elle nous immunise monsieur, nous ne risquons rien, finit George, mais si vous préférez attendre le docteur Garland.
-Non allons-y, les secondes sont comptées. Et il serait préférable qu'il ne les voit pas dans cette posture.
Ils se mirent à cinq personnes pour dégager tout ce qui encombrait l'accès à la salle de la morgue, puis ils ouvrirent la porte. George et Brakenreid échangèrent un regard avant de s'engouffrer dans la pièce et de se diriger au pas de course vers les deux personnes enlacées. Ils se mirent à côté de leurs corps immobiles et échangèrent encore un regard. Puis, ils se penchèrent vers eux en un même mouvement. George prit le poignet de Julia et ferma les yeux quelques secondes.
-Mais qu'est-ce que vous faites?
-Je cherche son pouls, répondit le jeune homme en ouvrant les yeux à nouveau.
-Et?
-Rien.
Brakenreid fit une grimace et accorda toute son attention à l'inspecteur inconscient qui se trouvait sous ses yeux.
-Nous n'allons pas gâcher ces antidotes pour rien, grommela-t-il en regardant la grande aiguille qu'il tenait, nous devons tout faire pour qu'ils s'en sortent.
-Monsieur, murmura George alors qu'il vit son supérieur planter l'aiguille dans l'épaule dénudée de William qui pourtant ne bougea pas d'un cil.
-Piquez la Craptree.
-Mais ils sont…
-Faites-le bon sang.
George acquiesça et approcha l'aiguille qu'il tenait du bras de la jeune femme. Il écarta une mèche de ses cheveux qui y était échouée et enfonça l'anguille dans sa peau avant d'injecter en elle l'antidote. Puis, les deux hommes se levèrent et s'éloignèrent de quelques pas.
-Et maintenant monsieur?
-Je pense qu'il faut attendre, vous restez là pour voir s'ils se réveillent et empêcher le docteur Garland d'entrer.
-Pourquoi ne pourrait-il pas entrer? Nous l'avons bien fait.
-Oui, mais nous n'avons aucune raison de faire une crise cardiaque en voyant ça, lança-t-il en accordant un dernier regard au couple.
-S'ils ne se réveillent pas monsieur? Dit timidement George alors que sont supérieur passait à côté de lui pour sortir.
-Ils ont plutôt intérêt à le faire, grommela l'homme, je ne suis pas enclin à ranger et nettoyer tout le foutoir qui règne dans le bureau de Murdoch. Ca fait des mois qu'il me promets qu'il y mettra de l'ordre alors il n'a pas intérêt à se débiner sur ce coup là.
George sourit timidement en le regardant partir avant de se diriger vers la fenêtre et d'ouvrir en grand les deux battants, laissant entrer un timide et doux souffle de vent.
Il se passa de très longues minutes dans le silence absolu où George faisait de réguliers allez et retours entre les corps étendus de ses amis et la porte de la morgue guettant l'arrivée du fiancé du docteur Ogden. Il était de plus en plus nerveux au fur et à mesure que le temps passait, quand il se résigna à s'asseoir sur un tabouret et à ne plus bouger pendant quelques secondes.
Il cru voir la main de l'inspecteur remuer un peu plus loin. Alors il se leva d'un bond et approcha d'eux doucement.
-Monsieur? Dit-il timidement.
Il bougea ses doigts une fois encore, laissant glisser entre eux les boucles blondes de Julia. Puis, ses yeux s'agitèrent et sa bouche s'entrouvrit quelques secondes avant qu'un faible et roque son ne s'en échappe.
-Ne partez…pas.
-Je ne comptais pas le faire, répondit George en souriant.
-Ju…lia, soupira-t-il une fois encore.
George se racla la gorge, comprenant que le soupir de l'inspecteur ne lui avait pas été adressé, puis ses yeux se posèrent sur la jeune femme toujours inconsciente. Il vit ses longs et fins doigts se serrer avec force sur le t-shirt blanc que portait encore Murdoch. Le sourire de George s'agrandit davantage lorsqu'il vit les yeux de William s'ouvrirent et se poser sur lui.
-George? Grommela-t-il.
-Oui monsieur, content de vous revoir parmi nous.
William ne répondit pas et cligna plusieurs fois des yeux. Lorsqu'il sentit quelque chose bouger contre lui, il les ouvrit à nouveau et vit la jeune femme se réveiller doucement. Il resserra alors ses bras autour d'elle et un sourire naquit sur son visage aussitôt. Julia émit un long grognement, comme après une très longue nuit de sommeil, ne voulant pas se lever. Il lui caressa les cheveux et y déposa un doux baiser. A ce contact, la jeune femme ouvrit les yeux à son tour et les leva aussitôt vers lui pour capter son regard. Elle lui sourit alors avant d'approcher son visage du sien.
-Je vais vous laisser reprendre vos esprits, lança George un peu gêné mais pourtant heureux, vous nous avez fait très peur docteur.
Julia le regarda quelques instants mais ne répondit pas puisque George était déjà au centre de la pièce et se dirigeait vers la sortie. Elle sentit les doigts de William se glisser sous son menton pour la forcer à le regarder et ils échangèrent un autre tendre sourire.
-Nous sommes en vie, dit-elle simplement.
-Nous sommes en vie, répondit William.
Julia émit un faible rire avant de caler son visage dans le cou de l'inspecteur et d'y déposer un chaste baiser du bout des lèvres. Et rapidement, ils retombèrent dans la réalité. George donna deux coups à la baie vitrée vers laquelle ils tournèrent le regard aussitôt.
-Le docteur Garland est en bas docteur et il arrive de ce pas.
Julia se raidit aussitôt et s'éloigna de William en un bond. Elle se leva rapidement, oubliant son état encore fragile, et elle eut un vertige durant quelques secondes, se retenant au mur. L'inspecteur se leva lui aussi et la rattrapa par le bras en croisant son regard.
-Julia je…commença timidement William.
-Non, coupa celle-ci, non inspecteur.
Elle s'éloigna de lui en vacillant et ramassa ses affaires avant de se glisser derrière un pilier pour enfiler les vêtements qu'elle avait enlevé lorsque la fièvre avait été au sommet. William se rhabilla également, refermant sa chemise, mettant sa cravate, son gilet et enfin sa veste. Lorsqu'il s'apprêtait à fermer les boutons, un ras de marée s'engouffra dans la pièce. Darcy entra en courant et se dirigea aussitôt vers Julia qui avançait doucement dans la pièce, remettant en place ses cheveux indisciplinés. Il fonça sur elle et referma ses bras autour de sa taille, la serrant contre lui. La jeune femme fut surprise, mais très vite ses bras se refermèrent autour de lui, caressant ses épaules et se perdant dans sa nuque.
-Julia, lança Darcy dans ses cheveux à présents attachés à nouveau, j'ai eu si peur mon amour.
-Moi aussi, murmura Julia sans pour autant quitter des yeux William qui se trouvait plus loin.
Ils se séparèrent doucement et le jeune homme ne pu s'empêcher de l'embrasser un long moment, ne se souciant pas de la présence de l'inspecteur qui se trouvait un peu plus loin. Celui-ci les quitta du regard, sentant son cœur se serrer un instant et la jalousie le ronger. Puis, Darcy s'éloigna de Julia mais ne lui lâcha pourtant pas le bras tout en avançant vers William.
-Inspecteur Murdoch? Dit-il simplement en s'approchant.
-Docteur Garland? Répondit simplement celui-ci de façon la plus détachée possible.
-Merci, lança Darcy en lui serrant la main, je n'aurai pu sauver Julia sans vous.
-Pardonnez-moi mais j'ignore de quoi vous me parler, répondit William en fronçant les sourcils.
-C'est moi qui ai trouvé l'antidote.
-Vraiment? Coupa Julia.
-Toutes mes félicitations, grommela William en tentant de sourire, mais je ne vois toujours pas en quoi cela me concerne, se serait plutôt à vous d'être remercié de nous avoir sauvé.
-Je n'ai hélas pas pu veiller sur ma fiancée et découvrir un antidote à une maladie grave dans le même temps. Merci de vous être occupé d'elle alors que je tentais le tout pour le tout de la sauver. Il me devait de parer au plus pressé afin qu'elle puisse vivre.
-C'est évident, répondit l'inspecteur, la vie demande des choix, ajouta-t-il en croisant le regard de la jeune femme, mais dites-moi, reprit William en le regardant à nouveau, comment avez-vous fait?
-Eh bien, je dois dire que cela n'avait pas été bien compliqué pour moi si les…
-Messieurs, intervint Julia, je ne suis pas d'humeur à entendre des tas de théories médicales en cet instant, je souhaiterai me reposer. Vous en reparlez une autre fois.
-Bien entendu, dit Darcy en se tournant vers elle, excusez-nous inspecteur. Julia a raison nous en reparlerons. A présent c'est à moi de prendre soin de ma fiancée, dit-il en souriant, et je ferai tout mon possible pour qu'elle aille bien. Cela commence par un repos bien mérité.
-Je comprends, répondit William en lui serrant la main une fois encore, au revoir Docteur Garland, docteur Ogden, ajouta-t-il en baissant le tête un instant.
-Au revoir inspecteur, répondit timidement la jeune femme avant de suivre Darcy qui la faisait quitter la pièce.
William les suivit du regard un long moment avant qu'ils n'ouvrent la porte. Julia le regarda pourtant une dernière fois en silence et sortit au bras de Darcy. Lorsque la porte claqua derrière eux, le jeune homme baissa la tête et soupira profondément, le regard perdu sur le sol. La porte s'ouvrit à nouveau à la volée et son supérieur ainsi que George entrèrent aussitôt.
-Murdoch je vais vous tuer, lâcha Brakenreid.
-Monsieur? Demanda William en fronçant les sourcils.
-C'était ce qui était convenu il me semble, si vous sortez vivant de cette pièce je vous tue, et bien voila nous y sommes.
L'inspecteur ne lui répondit pas et lui sourit timidement avant de se frotter le front.
-Le retour à la réalité est dur? Dit son supérieur plus doucement.
-Vous n'avez pas idée, grommela William.
-Rentrez chez vous et allez vous reposer, vous en avez bien besoin.
-J'aimerai connaître toute cette affaire monsieur.
-Craptree vous en fera part dans la calèche qui vous ramène chez vous.
-Je n'ai pas besoin de…
-C'est un ordre, coupa Brakenreid, et on ne discute pas mes ordres Murdoch.
-Bien monsieur, soupira William de résignation.
Brakenreid acquiesça, apparemment satisfait et il posa un bref instant sa main sur son épaule avant de quitter la pièce.
-Vous avez besoin d'aide pour vous lever monsieur? Demanda timidement George.
-Ca ira merci, je dois juste…
Il laissa sa phrase en suspend et se dirigea vers l'endroit où ils s'étaient trouvés allongés quelques minutes plus tôt. Il prit le livre que lui avait demandé Julia ainsi que la lettre qu'il avait lu avant de perdre conscience. Il remit le livre à sa place et fourra la lettre dans sa veste avant de se diriger vers la porte et de suivre l'officier jusqu'à la sortie.
-Alors, lança William, racontez-moi.
Ils se trouvaient dans la calèche depuis dix bonnes minutes déjà avant que George ne prenne la parole pour briser le silence pesant qui y régnait.
-Vous savez, je ne sais pas ce qu'elle lui trouve.
-De quoi parlez-vous? Demanda simplement William.
-Du Docteur Ogden, je ne comprends pas pourquoi elle souhaite épouser le Docteur Garland.
-Ca George, ne nous regarde pas.
-Oui mais nous pouvons en avoir une opinion. La mienne est qu'ils son très mal assortis. Vous en pensez quoi?
-Je n'en pense rien, répondit l'inspecteur en regardant dehors.
-On en pense toujours quelque chose je crois.
-George, par pitié j'ai une migraine affreuse je n'ai pas le moins du monde envie du parler du Docteur Ogden et de ses choix amoureux maintenant.
-Je comprends, répondit George en faisant une grimace, sachez cependant que je saurais tenir ma langue quand à ce que j'ai vu aujourd'hui.
-Qu'avez-vous vu? Soupira l'inspecteur.
-Oh pas grand-chose finalement, bredouilla George, vous étiez seuls après tout et voués à une mort certaine alors…
-Vous êtes en train de me faire du chantage? Demanda William en fronçant les sourcils. Je ne pensais pas cela de vous.
-Non, non monsieur, se défendit aussitôt l'officier de police, ce n'est pas mon intention. Mais sachez simplement qu'avec moi votre secret est bien gardé, si on peut encore appeler cela un secret.
-C'est si évident que ça?
-Oui monsieur, répondit simplement l'officier Craptree.
William le regarda encore quelques instants avant de soupirer et de regarder par la fenêtre, prenant la parole à peine plus fort qu'un murmure.
-Le docteur à fait son choix, je ne peux que le respecter et vivre avec.
-Mais vous…
-Ca suffit George, coupa William.
Ils restèrent silencieux jusqu'à la maison où logeait l'inspecteur qui sortit aussitôt la calèche arrêtée. Mais avant qu'il ne referme la porte, l'officier Craptree la retint et prit la parole une fois encore.
-Tout ce que je voulais vous dire monsieur c'est que peut être le destin offre de secondes chances. Vous étiez les deux seuls malades à être encore en vie, c'est peut être un signe. Comme s'il y avait eu deux gagnants à la loterie cette semaine et que comme par hasard cela est tombé sur vous et le docteur Ogden. Je n'avais rien de plus à dire. Bonne fin de journée inspecteur.
-A vous aussi George, répondit William penaud.
Il resta debout sur le trottoir le temps que la calèche ne se remette en route, puis il avança doucement vers la maison où il logeait, l'esprit encore plus embrumé qu'il l'avait été auparavant.
à suivre...encore un chapitre ;)
