Bonjour à toutes et à tous ! Malgré mon silence de ces derniers jours, me voici de retour avec le premier chapitre de cette Chasse au Dragon. J'espère que vous ne m'en voulez pas trop d'avoir un peu tardé à publier... *ne pas taper* ^^
Au programme de ce chapitre : une bombe, une dispute fraternelle (ou fratricide, à voir), une baignoire, un grille-pain et... un dragon. J'espère que vous apprécierez! (au fait, avez-vous découvert les indices présents dans le prologue ?)
Bonne lecture ! =)
Réponses aux reviews :
TheLauloo : merci pour ton ptit mot! C'est vrai que ce début est assez mystérieux... et ça ne va pas s'arrêter là. ^^ Je dois cependant te détourner de ta route: cette histoire ne mêle pas Sherlock au fantastique. Il s'agit bien de "dragon", mais dans un sens figuré. Pas de dragons au sens littéral du terme. J'utilise cette image comme un symbole (symbole d'une chose bien précise, représentée par la tournure "chasse au dragon" ; symbole d'un personnage précis: le fameux Maître Lóng). C'était juste pour t'aider à y voir plus clair dans cette histoire. ;) (peut-être qu'un jour, je mélangerai Sherlock à du fantastique, qui sait...?) J'espère que tu aimeras ce chapitre, en tout cas! À bientôt! =)
HaruKuro : merci pour ton message! J'ai été très contente de te retrouver dans cette aventure. ^^ Pour ce qui est de tes craintes concernant "l'autre chinois"... je ne vais pas vendre la mèche, mais je dois dire qu'elles sont fondées. Fortement. Pour Moriarty : il aura lui aussi un rôle à jouer dans cette histoire, même s'il sera moindre par rapport à mes anciennes fics. Mais on le verra quand même : je l'apprécie trop pour ne pas le faire figurer dans mes textes! ;) Bonne lecture, et encore merci! =)
Chou : merci pour ton commentaire! C'est chouette de te retrouver à nouveau! ;) (désolée, je n'ai pas encore répondu par mp à ta dernière review... snurf...) Non, je n'aime pas retenir les leçons : j'adore vous provoquer avec mes posts désespérément court... lol. Pour l'Opium : bien vu! Le Nepenthès est effectivement un fumoir à opium... illégal, cela va sans dire! Mais non, ce n'était pas Sherlock. Du moins... pas encore (oulàààà, je lâche les indices... hihihi!) Pour ce qui est de ma rapidité légendaire: je crois qu'avec ce chapitre, j'ai failli à ma réputation. Désolée. En tout cas, j'attends ton avis avec impatience ; j'espère que ça te plaira! Plein de bizZz =)
Glasgow : merci pour ta review! Moi aussi, je suis heureuse de te retrouver dans cette histoire. Ce chapitre devrait te fournir un peu plus d'indications sur l'aventure mystérieuse dans laquelle nous nous embarquons... j'espère que tu aimeras! À très bientôt! =)
Jessica630 : merci pour ton mot! Cette suite devrait fournir (peut-être) quelques réponses à tes nombreuses questions... Bonne lecture et merci de toujours me suivre ! =)
Clina : merci pour ton message! Je suis contente de te retrouver dans cette nouvelle fic. Je suis contente que tu surveilles mes posts avec autant de vigilance... la lenteur de celui-ci ne t'a pas énervée, j'espère? En tout cas, bonne lecture pour ce premier chapitre, et à bientôt ! =) (dommage que tu n'aies pas eu la force de trouver les indices... ^^)
Eiffel : merci pour ton commentaire ! C'est sympa de voir que tu me suis toujours. ;) J'espère avoir quand même été assez rapide en postant ce chapitre, mais avec la reprise des études, c'est pas toujours facile. J'espère que tu apprécieras ce début d'enquête. À bientôt et plein de bizZz ! =)
love FMA : merci pour ton ptit mot ! Oui, il y a de l'ambiance, et ça n'est pas prêt de s'arrêter. Profite bien de ce chapitre et à bientôt ! =)
Le Lóng et la Baignoire.
- Baker Street, 7h51 -
« Voici un petit souvenir de mon dernier voyage d'affaire. En espérant vous revoir bientôt, pour un nouveau jeu. M
P.-S. : j'ai adoré notre conversation nocturne. J'espère qu'elle peuplera vos rêves, comme elle le fait des miens.
P.-S. 2 : j'oubliais. Le mécanisme se déclenchera à 7h56, heure de Londres. Bonne chance. »
- Le mécanisme ? fit John. Quel mécani…
Ses yeux se posèrent sur le cadran du coucou. 7h52. Il attrapa Sherlock par le bras :
- Viens !
Sortit du salon en trombe. Saisit Mme Hudson qui balayait le pas de sa porte. Se précipita dans la rue.
'BOUM !'.
O°O°O°O°O°O°O
- Quelques part dans la City, 12h34 -
- Assieds-toi dans ce fauteuil.
- Je n'ai aucun ordre à recevoir de toi, Mycroft.
- Sherlock, tu devrais…
- John. Reste en dehors de ça.
- Assieds-toi, tout de suite.
- Tu n'avais aucun droit de nous emmener ici.
- Sherlock, je…
- Pour la dernière fois, Sherlock, assieds-toi dans ce fauteuil. Ne m'oblige pas à utiliser la force.
Sherlock s'enfonça dans le fauteuil en maugréant. Bras croisés, mine renfrognée, il jeta un regard noir à Mycroft, qui prit place à son bureau. Toujours ce fichu sourire. Je te déteste. Idiot. John s'installa dans le deuxième siège, résigné. Les disputes des frères Holmes lui étaient désormais habituelles : aucun souci à se faire ils aboyaient beaucoup, mais mordaient rarement. Mieux valait toutefois ne pas trop s'en mêler. Mycroft prit une inspiration, caressa le sous-main de cuir.
- Tu dois quitter Baker Street. Immédiatement.
- Mycroft, ce n'était qu'une petite bombe. Nous n'avons pas été blessés la seule victime à pleurer est la table basse. Il faudra aussi changer le papier peint.
- C'est la deuxième explosion en six mois. Dans ton appartement.
- Celle-ci n'était qu'une plaisanterie.
- Une plaisanterie ? Sherlock. Tu plaisantes avec un psychopathe.
Sherlock haussa les épaules d'un air indifférent. Mycroft ne pouvait pas lui ordonner… il n'avait pas le droit… interférer comme ça dans ma vie – dans nos vies…
- Ta protection est primordiale, poursuivit Mycroft en fronçant les sourcils. Je ne permettrai pas qu'il t'arrive quelque chose.
Le sourire prit un pli déterminé. Sherlock détourna la tête, amer :
- La dernière fois que tu as pris soin de moi, j'ai passé dix-huit mois en cure de désintoxication.
- Tu te droguais, Sherlock. Il fallait que ça cesse.
- Tu as pris la décision à ma place. Je ne voulais pas de ton aide.
- C'était… nécessaire.
- Pour toi ! cracha Sherlock.
Il se leva brutalement le fauteuil crissa sur le parquet verni. John eut un sursaut : Sherlock était méconnaissable. Les traits déformés par la colère, le regard glacial. Je ne l'ai jamais vu comme ça. On dirait… un animal sauvage. Enragé. Blessé. Le cœur de Sherlock battait à tout rompre, envoyant dans ses veines des shoots d'adrénaline, de rage. Mycroft n'avait pas le droit. Pas le droit ! C'est ma vie la mienne !
- Tu ne t'es jamais soucié de ce que je pensais jamais ! Tu as toujours agi de ta propre initiative, sans jamais te préoccuper de ce que je voulais !
Il s'appuya sur le bureau, se pencha sur Mycroft, toujours assis. L'habituel sourire vacilla.
- Je. Ne. Partirai. Pas. Je ne fuirai pas. Pas devant Moriarty.
Mycroft se leva à son tour, lentement.
- Sherlock… tu seras sans cesse en danger.
- J'ai toujours été en danger. C'est ce que je recherche, tu comprends ? Ce qui me fait vivre. Le danger. Les énigmes. Le jeu.
- Ce n'est pas un jeu, Sherlock.
- Pour moi, si. L'existence est un jeu. Sans ça, je ne peux pas avancer. Sans travail, sans duel, je… je ne suis plus moi. Tu le sais. Et battre Moriarty est mon travail. Si je peux le mettre hors d'état de nuire, alors je te promets, je te promets, Mycroft, que j'arrêterai tout ça. Si je le bats, je t'écouterai.
Il reprit sa respiration. Baissa la tête. La rage était toujours là, mais plus froide. Il y avait presque comme une supplique dans sa posture. S'il te plait. Mon existence n'a jamais eu beaucoup de sens. Le combattre lui en donne. Mycroft restait silencieux Sherlock glissa un regard vers John. John. Voilà un autre sens, un autre but. Le médecin était assis, immobile. Le sang battait à ses tempes. Peur. J'ai peur pour toi. Peur de cette flamme que je vois dans tes yeux. Si tu ne le bats pas… tu vas finir par te brûler les ailes. Et je ne pourrais rien faire pour l'éviter. Il sourit faiblement au détective, qui braqua à nouveau son regard sur Mycroft :
- J'ai pris ma décision. Mais John n'a pas à en pâtir.
Il se tourna vers le médecin :
- C'est toi qui partiras.
- Quoi ?
John se releva d'un bon. Sherlock resta impassible, évitant les yeux accusateurs.
- Mycroft a des caches dans tout le pays le MI-6 est bien équipé. L'Ecosse n'est pas trop pluvieuse, en cette saison. Tu devrais te plaire à Aberdeen.
- Je ne vais pas te laisser. Pas maintenant !
Le médecin saisit Sherlock par les épaules :
- Regarde-moi. Regarde-moi ! Je vais rester avec toi. J'ai connu la guerre. L'Afghanistan. Moriarty ne peut pas être pire…
- Il s'en prendra à toi. Pour m'atteindre. Je ne veux pas que…
- Il l'a déjà fait. Et je suis toujours là. Je t'ai promis. Tu te rappelles ?
S'il s'en rappelait ? Oh, John. Bien sûr. C'était durant la nuit. Leur première nuit.
« Je ne te demande rien. Aucune déclaration. Un jour, tu seras prêt. Mais je t'aime. Je ne partirai jamais. »
Sherlock baissa la tête, vaincu. John relâcha sa prise. Mycroft se racla la gorge :
- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne décision.
- C'est la nôtre, répondit son frère d'une voix sourde. Double le nombre des caméras truffe l'appartement de micros, si tu veux. Mais nous restons à Baker Street.
Mycroft acquiesça avec lenteur, un sourire hésitant aux lèvres.
- Je vous enverrai deux agents.
- Inutile. John est soldat. On s'en sortira.
- Ce n'est…
- C'est. I-nu-ti-le, répéta Sherlock en détachant bien les syllabes.
'Bip'. Ils sursautèrent de concert. Sortant le Blackberry de son manteau, le détective y jeta un coup d'œil.
Besoin de vous pour une affaire particulière. 74 Portobello Road, dans Nothing Hill. Venez vite. Lestrade.
Sherlock glissa le smartphone dans sa poche, tourna les talons.
- Nous y allons, John. À bientôt, Mycroft. N'oublie pas ce que je t'ai dit.
- Je n'oublierai pas. Et, Sherlock…
- Quoi ?
- Sois prudent.
Le claquement sec de la porte tint lieu de réponse.
O°O°O°O°O°O°O
- Taxi longeant Hide Park, 12h49 -
John gigotait sur son siège, mal à l'aise. Se concentrer sur les rues qui défilaient, les bâtiments qui disparaissaient, était vain : malgré l'étrange message de Lestrade, ses pensées revenaient toujours au même point. Sherlock. Ou plutôt, les paroles de Sherlock. Elles résonnaient encore dans son esprit.
La dernière fois que tu as pris soin de moi, j'ai passé dix-huit mois en cure de désintoxication.
Il connaissait peu cette facette du détective ce dernier n'avait jamais été très loquace à ce sujet. John n'oubliait pas sa stupéfaction, le jour où il avait compris, devant les regards éloquents de Lestrade, que son colocataire était un ancien drogué. Ça ne lui posait pas de problème. Enfin. Pas trop. Sherlock avait changé, non ? Le médecin soupçonnait la drogue d'avoir été une échappatoire de plus, une autre expérience pour fuir l'ennui. Quand tout cela avait-il commencé ? Il ne savait pas. Mais aujourd'hui, c'est bien fini. Peut-être. Mais…
Je ne voulais pas de ton aide.
Mycroft avait eu l'air atteint par cette phrase : visiblement, le problème était toujours présent, en filigrane. Sherlock ne voulait pas de cette désintoxication. Pourquoi ?
J'ai toujours été en danger. C'est ce que je recherche, tu comprends ?
Le danger. Un puissant moteur. John eut un soupir imperceptible. Nous sommes pareils. Nous avons besoin de ce danger pour nous sentir exister. Rapide coup d'œil au détective, absorbé par les rues, de l'autre côté de la vitre. Oui, murmura une petite voix à l'oreille de John. Mais toi, tu ne cherches pas à te détruire. C'était cela qui effrayait le médecin, plus que tout. Cette apparente facilité dans l'autodestruction. Sherlock plongeait dans l'abime, sans se soucier des conséquences. Et moi, alors ? Est-ce qu'il pense à moi ? C'est un sociopathe. Le cœur du médecin se serra : un mois – à peine ! – depuis cette fameuse nuit, après l'épisode de l'escarboucle bleue. Je lui ai promis de rester. De ne jamais le laisser. Oh, God ! Je l'aime. Mais cette facette de lui me fait peur. Il revoyait encore le regard dément de Sherlock, si différent de celui qu'il avait pendant les enquêtes…
L'existence est un jeu. Sans ça, je ne peux pas avancer. John se gratta la tête. Ferma un instant les yeux. Les rouvrit. Et moi ? Je suis un jeu, moi aussi ? Un jeu qu'on délaissera, après en avoir épuisé les énigmes…
Une main attrapa la sienne. Tiède. Il tourna le visage Sherlock s'était rapproché. Son regard le tenait. Le pouce tiède caressa doucement son poignet.
- Tu n'es pas un jeu, John.
John ne demanda même pas comment il savait. La voix du détective résonnait, basse, un peu rauque. Je voudrais tellement te dire à quel point je t'aime. Je ne peux pas. Je… n'y arrive pas.
- Ce que j'ai dit à Mycroft, tout à l'heure…
Inspiration. John sentait le pouls du détective battre, là, contre sa peau. Contre son propre pouls.
- …c'était vrai. Je ne voulais pas de son aide. La drogue… c'était un monde à part, un monde dans lequel je pouvais m'enfoncer à loisir, oublier que j'étais différent, oublier que j'étais… seul, en quelque sorte, même si à cette époque, je ne l'étais pas. J'étais juste trop bête pour m'en rendre compte.
John fronça les sourcils il ne comprenait pas. Seul, en quelque sorte, même si à cette époque, je ne l'étais pas. Qu'est-ce que ça signifiait ?Néanmoins, il ne dit rien : les confessions de Sherlock était trop rares pour être interrompues.
- J'étais… jeune. Trop impulsif. Mais j'ai changé. Enfin, je crois.
- Ton existence est un jeu. C'est ce que tu as dit.
Sherlock secoua la tête. Agacement. Malaise. Frustration. Il ne comprend pas. Il ne comprendra pas.
- C'est un jeu, répondit-il avec lenteur.
Il se détourna un instant. Revint. John avait froid, tout d'un coup.
- Un jeu. Pour ne pas m'enfoncer davantage. Pour ne pas perdre l'esprit. Le travail, les enquêtes… Mais toi, tu n'es pas un jeu. Tu es… je ne sais pas vraiment comment te qualifier, en fait. Je sais juste que tu n'es pas un jeu.
Expiration. Il n'aimait pas parler de lui, comme ça. Parler de ses émotions. Inutile. Ennuyant. Mais John en avait besoin. Il est trop humain. Il faut que je lui explique.
- Je ne sais pas si tu comprends.
- Un peu.
La main de John se resserra sur celle de Sherlock.
- Tu es quelqu'un de très… particulier. Vraiment. Alors je suppose que je dois m'y accommoder. Et je te l'ai dit. Tout me va.
- Bien.
- Oui.
Le silence tomba sur eux. Le taxi était arrivé.
O°O°O°O°O°O°O
- 74 Portobello Road, 13h12 -
Devant eux s'ouvrait une rue animée : le célèbre marché de Portobello Road avait ouvert tôt, ce matin. Les étals s'égrainaient le long des trottoirs : fruits et légumes, confiseries, fromages et autres denrées alternaient avec les camelots, les bijoutiers, les fripiers. Devant de nombreuses portes, entrouvertes sur des intérieurs colorés, s'entassait un bric-à-brac en tout genre. Les antiquaires, nombreux dans le quartier, profitaient de la renommée du marché pour faire affaire. Amateurs de brocantes, curieux ou simples touristes se pressaient.
John emboita le pas à Sherlock. Le taxi les avait déposés à l'angle de Portobello Road et de Chepstow Villas ; ils devaient encore parcourir une trentaine de mètres dans la cohue. Au loin, au milieu de la foule, clignotait un gyrophare rouge. Lestrade est déjà là. Sherlock se pressa : l'impatience coulait dans ses veines il avait oublié la dispute de ce matin, l'inquiétude de John. Même la bombe de Moriarty. De toute façon, à cette heure-ci, Mme Hudson a sûrement réintégré l'appartement pour faire un peu de ménage. Seul comptait le frisson d'une nouvelle affaire. Et peut-être une nouvelle traque.
La porte. Close. Une bande de plastique jaune était clouée sur le battant vert foncé. D'un doigt tremblant d'excitation, Sherlock pressa le petit bouton doré de la sonnette. Attendit un instant, sourcils froncés. La porte s'ouvrit. Lestrade.
- Holmes. Vous avez fait vite. J'ai appris pour l'explosion à Baker Street, je suis dés…
- L'inspecteur Dimmock a été envoyé. Rien de grave. Qu'est-ce que vous avez ?
Lestrade étouffa un sourire : Holmes le surprendrait toujours. Un tel détachement… même chez un… sociopathe, c'est toujours étonnant. Il les fit entrer, referma la porte.
- Le mollusque décérébré n'est pas avec vous ? Il a préféré aller s'accoupler dans un coin avec sa méduse ? demanda Sherlock d'un ton badin.
- Le mollusque ? De quoi vous…
- Je ne vois pas Anderson et Donovan.
John lui jeta un coup d'œil réprobateur. Tu es insupportable. Lestrade se gratta la tête, pénétra dans le salon et renonça mentalement à relever l'insulte.
- Ils sont venus ce matin. Je les ai renvoyés chez eux. Nous n'avons pas besoin d'eux.
- Enfin. Vous avez fini par vous décider à éliminer les incapables. Bien.
- Sherlock…
Le détective ne jeta pas un regard à John il jubilait. Une nouvelle affaire, et aucun invertébré idiot pour me tourner dans les pattes. Ça va être le pied ! Quoique… j'aurais toujours pu titiller Anderson son coiffeur a eu la main un peu leste, mardi passé. Il posa veste et écharpe – octobre arrivait, avec son cortège de brume et de pluie – sur le canapé, se tourna vers Lestrade. Avide.
- Alors ? Décrivez-moi le meurtre.
Lestrade jeta un coup d'œil à John il avait l'air mal à l'aise.
- Un problème ? jeta sèchement Sherlock. Vous m'avez bien fait venir pour un meurtre ? Dans le cas contraire, vous n'auriez pas appelé un légiste. Même si vous l'avez renvoyé.
- Ce n'est pas un meurtre à proprement parler.
- Et bien quoi, alors ? Un suicide ? Le Yard ne prend pas en charge les suicidés.
- Normalement, non.
Soupir. Lestrade poursuivit, sous le regard inquisiteur du détective :
- Je vous ai appelé pour avoir un… deuxième avis. C'est un suicide. Aucun doute possible, mais…
- Où est le corps ?
Pas le temps pour le bavardage. L'adrénaline coulait dans son organisme, aussi sûrement qu'une dose de cocaïne.
- À l'étage. Dans la salle de bain. Première porte à droite.
O°O°O°O°O°O°O
- 74 Portobello Road, 13h40 -
Le corps surnageait dans l'eau laiteuse. Cheveux roux teints. Rides d'expression pattes d'oies au coin des yeux ; tâches de rousseur. Traces visibles de crème dans les plis du cou. Age approximatif : entre trente-cinq et quarante ans. Soignée, élégante. Faisait attention sa ligne allait à la gym au moins trois fois par semaine. Sherlock s'accroupit, une main posée sur le rebord de la baignoire. L'eau sentait la pivoine un flacon de gel douche rose attendait sur le rebord de céramique, ouvert. Par terre, une serviette blanche. Et dessus, un grille-pain. Visiblement, on l'avait sorti de l'eau.
- D'après Anderson, la mort remonte à hier, aux environs de 23h30.
Grognement. L'inspecteur enchaîna :
- Meredith Trumann. Trente-neuf ans. Divorcée elle avait une fille unique. Travaillait comme chimiste chez Royal Chemical Industry. Elle était spécialisée dans les parfums de synthèse.
Sherlock ne répondit rien : il fixait la femme avec une insistance méditative. John se racla la gorge.
- Royal Chemical Industry, vous avez dit ? Ce n'est pas l'entreprise de…
- Oui, acquiesça Lestrade. Kingsley Kleber. Celui que Moriarty avait désigné comme le King, dans l'affaire du Tower Bridge.
Sherlock eut un sifflement méprisant.
- John. Arrête de donner des noms ridicules à mes enquêtes.
Le médecin l'ignora, mais ne put étouffer un petit sourire satisfait.
- Donc, Meredith travaillait pour Kleber ? demanda-t-il.
- C'est la raison de ma présence ici.
Sherlock se releva, le visage impassible.
- Vous avez conclu à un suicide, ce qui n'a pas convaincu Mr Kleber. Il vous a donc prié de prendre un – comment avez-vous dit ? – un deuxième avis.
- Exact, répondit Lestrade.
Epaules basses, tête baissée : il regrettait cet état de fait. Kleber avait insisté pour que Holmes vienne. Jusque-là, aucun problème. Les paroles suivantes avaient cependant refroidi l'inspecteur. « Meredith était une de mes meilleures chimistes. Malgré sa situation familiale, elle ne se serait jamais suicidée je refuse de croire à cette histoire. Et il n'est pas question qu'une possible erreur policière la prive de justice. Je n'oublie pas que c'est Monsieur Holmes qui m'a permis d'échapper à la mort. Pas le Yard. » Lestrade avait ravalé sa fierté l'homme d'affaires avait tourné les talons. C'était dur à accepter. Mais Sherlock était le meilleur. Vraiment. Pas question de lui avouer ça. Il déglutit, mal à l'aise :
- Donc. Une voisine est venue sonner, ce matin. Elle prenait tous les jours le thé avec Mrs Trumann. Comme personne ne répondait, elle s'est inquiétée et a ouvert la porte – elle avait un double de la clé. Elle l'a trouvée dans la baignoire, le grille-pain dans l'eau. Les plombs avaient sauté. Elle nous a appelé. Selon moi, c'est un suicide l'enquête aurait du en rester là. Je suis sûr que vous rejoindrez nos conclusions.
Il y avait dans la voix de l'inspecteur une inflexion presque pathétique. Il attendait. Comme John.
Sherlock prit une inspiration, les yeux mi-clos. C'est bon. Comme cet instant est bon. Parfait. Le monde, suspendu à ses lèvres, désirant fébrilement son génie. Un pur orgasme. Il regarda John, et, avec une lenteur calculée, prononça les mots fatidiques :
- Ceci. N'est. Pas. Un. Suicide.
Sous le regard supérieur du détective, Lestrade secoua la tête avec fatalisme. Une fois encore, ses belles certitudes s'effondraient comme un château de cartes : il avait appris à ne plus mettre en doute les paroles de son consultant. Silencieux, l'inspecteur s'assit sur la cuvette des toilettes John ne quittait pas Sherlock des yeux. Voir cette fougue, à nouveau, lui réchauffait le cœur, après la difficile discussion dans le taxi.
- Vous vous suicidez souvent dans votre bain ? demanda Sherlock à brûle-pourpoint.
Lestrade haussa un sourcil.
- Personnellement, non. Mais des suicides par électrocution, ça s'est déjà vu. C'est… presque un topos du genre.
Sherlock eut un geste impatient de la main :
- Bien sûr. Bien sûr ! Mais regardez un peu la morte ! Il n'y a rien qui vous choque ?
Dénégation muette.
- Elle s'est déshabillée. Elle s'est préparé un bain, s'est immergée, alors que l'eau coulait encore. Elle a versé deux bouchons de gel douche : on sent distinctement l'odeur de la pivoine. Elle voulait se détendre. Pourquoi se préparer un bain, un vrai bain, si c'est pour se suicider ensuite ? Il aurait été plus simple de se coucher dans la baignoire, tout habillé, et de faire tomber le grille-pain dedans.
- Peut-être n'a-t-elle pas pris la décision tout de suite. Peut-être qu'elle voulait juste un bain et…
- … qu'elle a finalement décidé de s'électrocuter avec un grille-pain ? Ne soyez pas stupide. Ce genre d'acte est prémédité.
- Peut-être qu'elle ne voulait pas qu'on pense à un suicide ?
- Improbable. Vous croyez qu'elle aurait maquillé cela en meurtre, à dessein ? Dans quel but ? Comment la décrivait son entourage ?
- D'après sa voisine, et Mr Kleber, elle était énergique, volontaire. Très active. Elle faisait de la gym toutes les semaines, et allait chaque vendredi dans un groupe de paroles. Ça l'a beaucoup aidée, à la mort de sa fille. Par contre, elle avait peu d'amis proches.
- Sa fille est morte ?
Lestrade, toujours assis sur les toilettes, sortit un calepin de sa poche.
- Il y a neuf mois et demi. Crise d'asthme fulgurante : elle n'avait pas ses médicaments à portée de main. Sa mère est arrivée trop tard.
Sherlock replia ses doigts sous son menton, pensif. Hm. Voilà qui change peut-être la donne. John toussota le détective braqua ses yeux sur lui.
- Peut-être, commença le médecin, peut-être que sa… mort a un rapport avec celle de sa fille. Si c'est un suicide, ça pourrait s'expliquer par…
- John. Comme je l'ai dit, ce n'est pas un suicide.
- Mais comment peux-tu être sûr que…
- Pour toutes les raisons que je viens d'évoquer. Ce n'est pas un suicide. D'ailleurs, la présence du dragon le prouve.
- Que… quel dragon ? De quoi tu parles ?
Impassible, le détective plongea sa main dans la baignoire. Il en ressortit un petit objet brillant, jusqu'alors prisonnier des cheveux de la morte.
- Ce dragon.
Entre ses doigts, un minuscule dragon d'argent.
- On dirait un…
- C'est un pendentif, coupa Sherlock en essuyant sa main. Facture… orientale, à en juger la forme et les attributs de l'animal.
- On est passé complètement à côté, murmura Lestrade, abasourdi.
- C'est le moins qu'on puisse dire.
Sherlock suintait l'autosatisfaction.
- Vous pensez que le meurtrier…
- À en juger par l'état de l'attache – ici, vous voyez, le métal est cassé –, je pense que ce bijou était déjà endommagé. Son possesseur l'a perdu… sans s'en rendre compte.
L'excitation pulsait sur son visage Sherlock se détourna, d'un mouvement ample. Il sortit à moitié de la salle de bains, s'appuya au chambranle de la porte.
- La femme prenait un bain. Le meurtrier était vraisemblablement déjà dans la maison vous avez trouvé une fenêtre ouverte, une porte, quelque chose ?
- Rien. Tout était verrouillé. Aucune trace d'effraction.
Ah. Voilà qui corse l'affaire.
- Aucune trace d'effraction, répéta avec lenteur le détective.
Les hypothèses valsaient devant ses yeux.
- À part la voisine, quelqu'un d'autre possédait un double des clés ?
- Personne. Du moins, c'est ce qu'on nous a dit.
- Les fenêtres…
- Verrouillées de l'intérieur : j'ai vérifié impossible d'entrer depuis l'extérieur.
- Système de ventilation ? Il a très bien pu passer par les conduits d'aération.
- Il n'y en a pas : c'est une vieille maison…
De frustration, Sherlock frappa dans sa main. Ah ! C'était insupportable. Il y avait forcément quelque chose, un détail… Oh. Peut-être ça.
- Elle connaissait son meurtrier. Elle lui a ouvert. C'est comme ça qu'il est entré.
Lestrade marqua un temps d'arrêt, fronça les sourcils :
- D'accord… mais comment expliquez-vous qu'il soit sorti en verrouillant la porte, après avoir tué Mrs Trumann ? S'il n'avait pas les clés…
- Vous avez retrouvé le trousseau de la victime ?
- N… heu… non. J'ai pensé qu'il était dans son sac.
Sherlock leva les yeux au ciel, essayant de contenir son exaspération :
- Arrêtez de penser, inspecteur. Agissez. Vérifiez. Faites votre travail. C'est pour ça que vous êtes payé, non ?
John eut un pincement de compassion pour Lestrade, épinglé comme un papillon sans défense, sous le regard redoutable de l'entomologiste. Le policier baissa la tête, vaincu mais rageur :
- Je vérifierai, fit-il d'une voix sourde.
- Bien, reprit Sherlock, sans plus d'émotion.
Il se tourna à nouveau vers la baignoire, reprit le fil de ses déductions :
- Le meurtrier était dans la maison la victime l'a fait entrer elle-même. Pour une raison mystérieuse, elle a pris un bain. Était-il toujours censé être là ? Peut-être a-t-il fait semblant de partir peut-être devait-il venir la rejoindre… on peut dans ce cas suspecter un amant… il faudra y réfléchir.
- Pourquoi un homme ? demanda John.
- Pardon ?
- Tu suspectes un homme, visiblement. Tu as parlé d'un pourrait être une meurtrière après tout, on a retrouvé un pendentif. C'est plutôt un bijou féminin.
- C'est exact, concéda Sherlock. Cependant, je doute qu'une femme soit capable de maquiller un tel crime en suicide, de cette manière-là.
- Et pourquoi ça ?
- C'est beaucoup trop recherché.
John leva les yeux au ciel. Je ne te savais pas misogyne, en plus d'être insupportable. Sherlock poussa un soupir :
- Quoiqu'il en soit, le meurtrier – ou la meurtrière, si tu y tiens – a pris le grille-pain dans la cuisine, est monté à l'étage. Lorsqu'il est rentré dans la salle de bains, la victime n'a pas pu le voir : dans la baignoire, elle tournait le dos à la porte. Il a branché le grille-pain, s'est approché…
Tendu, presque tremblant, Sherlock mimait les actions, sous les regards fascinés et horrifiés de Lestrade et John.
- Il a jeté le grille-pain dans l'eau. Le court-circuit occasionné a du faire sursauter notre homme c'est sans doute cette secousse qui a décroché le pendentif.
Grand silence. Malgré son agacement – franchement, c'est moche d'être si méprisant avec le sexe dit « faible », John posait un regard admiratif sur le détective : un mélange de fierté et de chaleur. Il aimait ces moments-là, ces moments où Sherlock vibrait de vie. La voix grave de son colocataire le tira de ses pensées :
- Bien. Je n'ai plus rien à faire ici.
Il se tourna vers Lestrade :
- Cherchez des traces. Empruntes, cheveux… tout ce que le meurtrier a pu laisser dans la maison, en dehors de ce pendentif. Je ne vais quand même pas vous apprendre votre travail. Il faut que je parle à son patron. Et je dois me rendre au labo.
Pause.
- Envoyez le corps à Bart's ; la légiste saura qu'il est pour moi. Le grille-pain, à Baker Street. Le plus vite possible. N'oubliez pas de chercher le trousseau de clés de la victime : il est forcément manquant.
Coup d'œil au médecin :
- John. Nous allons à Bart's. Ensuite, je parlerai à ce Mr Kleber.
- Et le dragon ? demanda l'inspecteur. C'est une pièce à conviction, vous ne pouvez pas…
Mais Sherlock avait déjà glissé le médaillon dans une petite pochette de plastique, un sourire hautain aux lèvres.
- Vos analystes auront assez de travail. Compte tenu de leur efficacité limitée, pas question de les ralentir davantage. Je ferai les analyses moi-même j'ai deux ou trois choses à vérifier.
Il dévala les escaliers, comme un souffle de vent. John lui emboita le pas. Sourire. Les affaires reprennent.
Pfffiouuu... que voilà un long chapitre! Malheureusement, c'est terminé pour aujourd'hui ; j'espère que vous avez aimé, en tout cas. La suite viendra le plus vite possible (enfin j'espère). Cerise sur le gâteau : mes prochains chapitres seront aussi longs (voir plus) que celui-ci.
En attendant, j'attends vos réactions avec impatience : qu'avez-vous pensé de cette nouvelle enquête ? Avez-vous découvert les indices cachés (qui vous révéleront le point central autour duquel s'articule ce crime), ainsi qu'un indice capital sur le coupable... ? J'espère vous retrouvez très vite dans la suite de cette aventure. ^^
À bientôt ! =)
