Bonsoir à toutes et à tous ! Comme je l'avais promis, voici le chapitre trois, avant la fin du week-end (et oui: il n'est pas encore minuit... ^^). J'espère que vous allez aimer ce nouveau volet. Au programme : une rivalité jalouse, un interrogatoire, des déductions difficiles, Moriarty et un Dragon... En parlant de dragon, je vais vous révéler un indice CAPITAL, puisque personne ne l'a trouvé. Vous êtes prêts...? ^^*tadaaaaa*
Le terme Lóng qui revient au début de chaque chapitre, et sur lequel nombres d'entre vous m'ont interrogée, signifie tout simplement "dragon" en chinois. Je sais, c'est basique, mais... peut-être comprenez vous un peu mieux le rôle de l'énigmatique "Maître Lóng", son lien avec le meurtre et le pendentif...
Assez de révélations pour ce soir. ^^ Un grand merci à celles et ceux qui m'ont lue et/ou reviewée : c'est toujours un plaisir d'écrire pour vous! =)
Sur ce, bonne lecture ! =)
Réponses aux reviews :
love FMA : merci pour ton message ! Tu as entièrement raison: c'était une "fin qui laissait sur sa faim". ^^ J'aime bien mettre Yuan en scène, c'est un personnage que j'ai eu beaucoup de plaisir à créer. Quant à savoir si John ne risque rien... la suite de mon histoire te donnera la réponse! Merci d'être toujours là pour me suivre. À bientôt ! =)
Jessica630 : merci pour ton ptit mot! Ah oui, l'arrivée de Yuan a fait bondir plus d'un lecteur... et tu risques d'être encore en colère, parce qu'il s'installe dans cette fic pour un ptit moment... ;) Oui, Sherlock est un vrai dépravé : c'est le début de leur relation, alors... il saute sur John dès que l'occasion se présente. Pas très sérieux, tout ça... J'espère que tu aimerais ce chapitre autant que le précédent. Bonne lecture ! =)
Chou : coucou toi, et merciiii pour ton "pas à pas" ! Je commence tout de suite. Ennui: j'espère que ce week-end n'a pas été trop ennuyant. Et tu as vu: j'ai tenu ma promesse ; la fic est arrivée avant lundi (ok, c'est dimanche soir très tard, mais quand même! ^^) - Piéger mon appart' : maiheu! C'est pas gentil, ça, franchement. Je me démène pour toi! C'est une façon de me remercier? lol Ours : ouiiii! Lestrade en ours! Très bien vu! Eiffel: j'ai vu pour son inscription! Bravo d'avoir fait une émule! :) Publication lente : en fait, c'est du de publier plus vite. Je veux garder de l'avant dans l'histoire, mais j'ai mon boulot d'étudiante qui prend pas mal de temps... sans parler de ma vie sociale à côté... donc, j'essaie de pas prendre trop de retard, mais c'est pas facile. Tu m'en veux pas, hein? *sourire trop chou* - Câlins et autres: oui, ce chapitre était à la fois tendre et dépravé... ils sont vraiment insortables, ces deux... - Caractéristique: je pense que tu parlais du pendentif. En fait, les attributs des dragons varient selon le folklore : un dragon chinois n'est pas représenté pareil qu'un dragon coréen, japonais ou vietnamien. Les attributs physiques que j'ai décris sont caractéristiques de la représentation traditionnelle chinoise, comme on la trouve dans la mythologie. ;) - Génie: je sais, je suis fantastique. Vénère-moi. MDR Non, je blague. Mais tes compliments me vont droit au coeur, même si je ne sais pas s'ils sont vraiment mérité... *rougit* - Punition: j'ai une idée très particulière de la punition... lol. Je suis contente que tu apprécies mes lemons: pas évident d'écrire quelque chose de cru, mais de pas vulgaire... - Drogue: et oui! Un gros trafic, même. La drogue prendra par la suite une importance très grande dans cette fic... mais je n'en dis pas plus ;). - Comment j'écris mes fics : hum. D'ordinaire, je les termine avant de les mettre en ligne. Là, avec la reprise, j'ai eu plus de peine. Mais je garde de l'avance pour ne pas me laisser surmener. Je vais essayer de finir l'intégralité dans le courant de la semaine prochaine... Sinon, je suis contente de voir que mes histoires te mettent dans un état d'impatience aigüe! *niark* ça doit être mon côté sadique... Bonne lecture de ce chapitre! J'attends tes remarques avec impatience... Plein de bizZz =)
Cicou : merci pour tes (très) nombreuses reviews! Quand je les ai toutes vues, je me suis dit "Waou!". ^^Pour le masochisme, tu as sans doute raison: en mettant une fin comme ça, j'avais probablement envie que vous bondissiez... ce qui n'a pas manqué! Pour la relation Sherlock/John: je ne sais pas si elle va rester cachée longtemps. Un ptit moment, quand même. En fait, j'aimerais bien que la seule personne réellement au courant soit Mycroft... et dans une certaine mesure, la mère de Sherlock (que je compte mettre en scène dans une prochaine fic... peut-être)... et puis, Sarah se doute de quelque chose, comme John lui a préféré Sherlock (cf. Tea time in London)... Sinon, BRAVO pour ton décodage d'indices! ;) "Chasser le dragon" = effectivement fumer de l'opium, ou, dans une plus large mesure, prendre de la drogue (c'est quand même le sujet principal de l'histoire, comme le meurtre s'articule autour d'un trafic de cocaïne...). Par contre, pour le Nepenthès, tu fais fausse route: il faut chercher dans une sphère plus littéraire, et s'intéresser à L'Odyssée d'Homère (ouh, le gros indice! ^^). Lóng : j'ai donné l'explication dans le mot d'ouverture de ce chapitre... ;) Yuan : c'est vrai que ce mot désigne la monnaie chinoise... mais c'est aussi un VRAI prénom! Il signifie "l'original", en chinois, et est un patronyme très courant. Pour le coup, ce n'est pas un faux nom. Mais "Zhao", oui. Tu verras dans la suite de l'histoire s'il connaissait la victime. Quant à la cure de désintoxication... tu verras ça par la suite également! *méchante, hein? ^^* T'inquiète pas pour tes reviews : en être inondée ne me dérange absolument pas! Continue! ;) J'espère que tu aimeras ce chapitre, en tout cas. Plein de bizZz et à bientôt! =)
Glasgow : merci pour ton commentaire ! J'aime bien vous tenir en haleine, en ne dévoilant pas tout de l'intrigue... le chapitre 4 devrait être plus riche au niveau des éléments de l'enquête, mais celui-ci pose déjà quelques bases. J'adore écrire des scènes de séductions : j'entends les répliques, exactement, dans ma tête ; ensuite, il ne reste qu'à retranscrire. Oh! toi aussi tu aimes les punitions ? loool ;) Qui est le mystérieux Maître Lóng ? Je crois que c'est la question que tout le monde se pose, mais au fil du récit, on en apprendra plus sur lui. Pour Yuan, je ne dis rien pour l'instant : juste que, comme tu l'avais pronostiqué, John va se montrer jaloux. Très jaloux. J'espère publier vite les prochains chapitres... on verra bien! Bonne lecture et merci encore ! =)
HaruKuro : merci pour ta review! J'ai été désolée d'être la cause de ton attaque contre les murs de ta chambre... je ne pensais pas que ma fic te mettrait dans un tel état de rage! ;) Contente d'avoir réussi à te frustrer avec mes scènes chaudes... c'était le but! Pour Yuan : tu as pas fini de t'en voir avec lui ; il est là pour un bout de temps... courage! J'espère que la suite sera à la hauteur de tes attentes... À bientôt ! =)
Eiffel-FL: merci pour ton mot... et félicitations pour ton inscription! XD Je suis heureuse que tu aies aimé mes scènes coquines : il y en a malheureusement moins dans ce chapitre, mais je joue beaucoup sur la description des sentiments... je te laisse découvrir. Bonne lecture et bizZz! =)
Clina : merci pour ton message! J'ai adoré ton néologisme : "sexduction", c'était exactement le terme pour décrire ce qui se passe entre John et Sherlock au chapitre précédent. ^^ Visiblement, mes lemons frustrants ont du succès! Toi aussi, tu te méfies de Yuan... la suite te donnera raison... ou pas! J'espère que ce chapitre répondra à tes attentes ; mais le prochain sera pire... bien pire. À bientôt et merci ! =)
TheLauloo : merci pour ton ptit mot ! Et non, Sherlock et John ne peuvent PAS rester en place. Impossible. Voici la suite, avec Yuan qui vous la pagaille... profite bien! BizZz =)
Le Lóng et le Criminel.
- Siège de Royal Chemical Industry, quartier de Brixton. 17h25 -
Mr. Kleber était un homme grand, fort, blond. Son cou de taureau saillait avec puissance hors du col immaculé de sa chemise. Aux tempes, ses cheveux grisonnants étaient davantage un témoignage de respectabilité qu'une preuve de vieillesse. Il serra la main de Sherlock avec chaleur :
- Monsieur Holmes ! Je suis ravi, vraiment. Quelle joie pour moi de rencontrer l'homme à qui je dois la vie !
Le détective, les yeux toujours rivés sur Yuan, répondit mécaniquement d'un hochement de tête ; aucun commentaire narcissique ne lui vint à l'esprit. Kleber se tourna vers John, sans se départir de son expression avenante. Imposante.
- Et, monsieur… ?
- Docteur Watson, fit John en lui serrant à son tour la main. Je suis…
- C'est mon collègue.
Ton froid. Habituel. Sherlock avait dit ça d'une manière désinvolte, comme si ça n'avait aucune importance. Pourtant, le médecin sentit son cœur se serrer. Collègue ? Auparavant, j'étais un… ami. Et plus récemment… Bien sûr, il était conscient qu'afficher leur relation au grand jour n'apparaîtrait pas forcément comme très professionnel. Mais quand même… collègue ?
- Je vois que vous vous connaissez déjà.
Kleber s'adressait à Sherlock et Yuan. Le détective acquiesça. Il souriait. John tiqua.
- Nous nous sommes rencontrés il y a longtemps…
- … en Chine, compléta le chimiste. À Qingdao, pour être précis.
- Ah oui. C'est là que vous avez travaillé pour cette entreprise de cosmétique, Zhao ? Celle qui employait du venin de serpent ?
Yuan s'inclina, avec un mince sourire. Ses cheveux noirs de jais balayèrent son front. Beauté épurée. Le détective sentit son cœur accélérer. Arrête. C'est ridicule. Le regard de John alla de l'un à l'autre, lentement ; ses lèvres formèrent un pli mince et tendu. Il raccrocha à la conversation en entendant la réponse du chimiste :
- C'est exact. Je manipulais souvent du venin. Très utile, dans la fabrication de certains produits.
Sherlock pencha la tête. Menteur. Tu trafiquais.
- Vous étiez collègues ? continua Kleber.
John se hérissa en silence. Collègue… !
- En… quelque sorte, répondit Sherlock dans un souffle. Nous avons partagé un appartement. À l'époque, je parcourais le monde. Voyager est un moyen de nourrir l'esprit.
Il glissa un regard à Yuan.
- Vous êtes un aventurier ! s'exclama Kleber. Comme moi ! Sans un séjour forcé au Brésil, jamais je n'aurais fait fortune dans la pharmaceutique.
Yuan eut un léger rire, regarda le détective :
- C'est vrai que tu as toujours apprécié… l'aventure. Et le danger. Pas vrai, Sherlock ?
Pendant un instant, une bouffée de souvenirs enveloppa Sherlock. La Chine. L'époque la plus instable de son existence. John toussota ; le détective secoua la tête. Pensées parasites. Kleber les fit entrer :
- Je vous en prie.
John pénétra dans le bureau, un rictus crispé à l'attention de Yuan qui inclina la tête, le détaillant de ses yeux sombres. Sherlock mit un instant à emboîter le pas. Lorsqu'il croisa le chimiste, il marqua un imperceptible arrêt. Puis avança. Kleber lança :
- Zhao. Nous nous reverrons plus tard. Tenez-moi au courant de l'avancée de vos recherches sur ce nouveau composant ; plusieurs placements intéressants dépendent de votre succès.
Mouvement gracieux de la tête. Flegmatique jusqu'au bout des ongles.
- Bien, monsieur le président.
Puis, à l'adresse du détective qui prenait place sur un siège :
- J'ai été ravi de te revoir, Sherlock. J'espère qu'on se croisera à nouveau.
La porte se referma avec un chuintement doux, étouffant l'hypothétique réponse de Sherlock. De toute façon, il était bien trop secoué pour en fournir une.
O°O°O°O°O°O°O
- Siège de Royal Chemical Industry, quartier de Brixton. Bureau de la direction. 17h37 -
- Il est appréciable que vous soyez venu seul, Monsieur Holmes. Ces derniers temps, la police me… – comment dire ? – m'agace profondément. En particulier cet inspecteur… Lespadre, c'est ça ? Il considère la mort de Meredith comme un simple suicide et m'a traité avec condescendance lorsque je lui ai affirmé le contraire.
À la tête de sa propre entreprise depuis l'âge de vingt-quatre ans, Kingsley Kleber n'était pas homme à accepter le refus. L'attitude de Scotland Yard avait exacerbé son irritabilité naturelle.
- L'inspecteur Lestrade, fit Sherlock avec un petit sourire froid, est un homme compétant…
John retint une exclamation incrédule : Sherlock, complimenter la police ? On aura tout vu. Il déchanta très vite :
- … mais malheureusement aveugle sur bien des détails.
Ah. Je me disais aussi que c'était trop beau. Soupir. Le médecin avait de la peine à se concentrer sur la rencontre en cours : le sombre regard de Zhao dansait dans son esprit, moqueur. Ce type…
Inconscient des états d'âme de son colocataire, Sherlock croisa les jambes, braquant un regard fixe sur Kleber. John eut un pâle sourire. Un serpent qui a repéré un buffle trop confiant.
- Quoiqu'il en soit, je préfère – et de très loin – travailler seul. Surtout lorsqu'il s'agit d'interroger des suspects.
Kleber eut un rire profond, quoiqu'un peu nerveux :
- Un suspect… ? Allons, Monsieur Holmes… c'est moi qui ai requis votre présence sur cette affaire.
- Argument insuffisant.
- Pardon ?
- Le fait que je sois ici suite à votre demande empressée ne prouve rien : vous pourriez très bien avoir supprimé la victime, pour ensuite jouer un double jeu devant la police ; celui de l'employeur inquiet persuadé d'un meurtre. Quel stratagème plus habile que celui de vous exposer vous-même au danger ? Nul ne songerait, a priori, vous considérer comme suspect.
- Alors vous pensez…
- Non. Vous n'êtes pas assez malin pour avoir recours à de tels artifices. Ni pour avoir tué Meredith Trumann.
Intérieurement, John eut un sifflement réprobateur. Sherlock regardait ses ongles d'un air ennuyé, mais ce petit jeu lui plaisait beaucoup : Kleber était à tel point soulagé de ne pas être suspecté qu'il n'avait même pas relevé l'insulte.
- Néanmoins, reprit Sherlock, votre témoignage nous sera d'un grand secours.
- Je suis à votre entière disposition.
Tiens, tiens. Acculé, le buffle a des réflexes de souris : il se terre dans son trou en tremblant. Pitoyable.
- Bien.
Long silence. Kleber toussota, mal à l'aise : il détestait être en position de faiblesse, et devant ces yeux fixes, face à cet individu efflanqué et calculateur, il ne savait pas comment réagir. Sherlock ne disait rien il restait immobile, les yeux dans le vague. Il réfléchissait. Bronzage entretenu. Visites régulières chez le coiffeur. Costume soigné, cintré, élégant. Visiblement, de la gym ; il entretient sa forme. Présence passée d'une bague à l'annulaire gauche. Alliance. Oh. Je vois. Il se redressa :
- Vous avez été marié, Monsieur Kleber ?
- Oui, ça faisait dix-neuf ans la semaine passée.
- Mais vous êtes en instance de divorce depuis… environ un mois, non ?
Sursaut brusque.
- Comment savez-vous que… ?
- La marque de votre alliance. Et votre bronzage.
- Je ne vois pas…
Soupir. Qu'il est parfois laborieux d'expliquer le génie à des paramécies ! La satisfaction d'avoir raison ne contrebalançait pas toujours l'ennui de l'exposé.
- Votre bronzage date du mois passé. Séances d'UV dans un salon hors de prix, sans doute. Vous portiez votre alliance, comme le montre la trace blanche sur votre doigt, à l'endroit où la peau n'a pas foncé. Un homme qui porte toujours son alliance, même après dix-neuf ans de mariage, ne l'enlève pas sans raison. Il y a un cadre vide sur votre bureau : il accueillait probablement une photo de votre femme. Ce cadre, votre alliance manquante ainsi que votre agenda – vous ne devriez pas laisser trainer ce genre d'information sur votre bureau – ouvert sur la page du jour – vous aviez rendez-vous avec votre avocat – me font dire que vous êtes sur le point de divorcer. Simple. Elémentaire.
Kleber resta bouche-bée. Malgré son agacement naissant – c'est ignoble d'insulter quelqu'un, pour ensuite l'achever avec tes raisonnements ! – et le pincement qui lui serrait le cœur, John ne put s'empêcher d'avoir un sourire. Amusé. Un peu fier, quand même. Cet homme… cet être est exceptionnel. L'image de Yuan s'imposa dans son esprit. Amertume. Peur. Jalousie. Je ne peux pas le laiss… mais déjà Sherlock reprenait :
- Bien. À présent, passons aux choses sérieuses. Je ne suis pas vraiment ici pour m'amuser.
Enfin… pas vraiment.
- Dites-moi tout ce que vous savez sur Meredith Trumann.
Kleber gigota visage rougi, en sueur. Il aimait de moins en moins ce type. Si j'avais su… quelle idée d'exiger sa présence… c'est le meilleur, mais… Secoua la tête, tenta de se reprendre. Sans succès. Il bredouilla :
- C'était une… une excellente chimiste. Spécialiste dans les parfums de synthèse elle s'occupait des arômes ajouté à certains traitements… comme les… sirops pour la toux, certains antidouleurs… Elle habitait Portobello Road depuis une dizaine d'années. Jolie maison. Peu d'amis, à part une vieille voisine. Elle prenait soin d'elle… de son corps… d'après ce que j'en sais, elle allait toutes les semaines à la gym.
Sherlock soupira avec exaspération.
- Situation familiale ?
- Di… divorcée. Depuis sept ans. Elle a… obtenu la garde de sa fille, qu'elle élevait seule, jusqu'à…
- Son décès tragique.
- O… oui. C'est ça. Sa fille Anne est morte il y a environ… neuf mois. Asthme. Elle avait dix-huit ans ; c'était sa première année d'université.
- Hm.
Etait-ce une injonction à continuer ? Il le prit comme tel :
- M… Meredith a tenu le coup. Elle a été bien encadrée. Elle était solitaire, mais tout le monde l'aimait bien, ici.
- Vous aussi.
- Pa… pardon ?
- Rien. Elle avait un homme dans sa vie ? Un amant ?
La main de Kleber se crispa convulsivement sur l'accoudoir de son siège :
- N… non ! s'exclama-t-il, le ton rauque. Personne. Elle vivait seule. Depuis son divorce, elle n'avait pas vraiment eu de relations… intimes. Elle n'avait pas vraiment d'amis. Elle préférait rester tranquille.
- C'est ce qu'elle vous a dit. Vous deviez enrager.
Sursaut sec. John fronça les sourcils, silencieux.
- Qu… quoi ?
- Elle a repoussé vos avances. Difficile à encaisser pour un homme comme vous, non ?
Kleber se leva :
- Comment osez-vous… ? Qu'est-ce que vous allez inventer ?
Sourire glacial, ton givrant :
- Ne jouez pas ce jeu-là avec moi.
John frémit : il connaissait cette voix, presque cruelle. Le sifflement du serpent qui accule le buffle. Kleber n'a aucune chance.
- Je vous ai demandé de me dire ce que vous saviez sur Meredith, continua le détective. Tout ce que vous saviez et les banalités affligeantes que vous m'avez servies n'ont même pas réussi à cacher ce que vous redoutez d'avouer.
- C'est-à-dire ? Je ne comprends pas…
- Bien sûr que si. Etrange qu'un grand patron d'entreprise, un homme occupé tel que vous, prenne le temps de noter d'insignifiants détails sur une simple chimiste : elle s'occupait d'elle, allait à la gym, n'avait personne dans sa vie, l'âge de sa fille…
- Je… m'intéresse à mes employés. Tous mes employés. C'est une façon de se montrer humain.
- C'est une façon de se voiler la face.
Sherlock se leva à son tour, avec une lenteur calculée. Posa les mains sur la table. Planta ses yeux dans ceux de Kleber :
- Vous n'aurez pas besoin d'aller plus loin. Je sais tout ce que je voulais savoir.
Il se détourna, alla ouvrir la porte.
- John. On s'en va.
O°O°O°O°O°O°O
- Taxi, quelque part le long de Vauxhall Bridge Road, 18h19 -
- Donc, si j'ai bien compris… Kleber faisait des avances à Meredith Trumann ?
- Tout à fait.
- Et… c'est pour ça que Mrs Kleber a demandé le divorce ?
- Sans doute. Vivre dix-neuf ans avec un impénitent coureur de jupons est un motif suffisant pour souhaiter le divorce, tu ne crois pas ?
- Comment sais-tu qu'il… ?
- Le soin qu'il apporte à son apparence.
- De nombreux hommes…
- Le regard jeté à sa secrétaire, lorsqu'elle a ouvert la porte du bureau.
Secrétaire qui suintait l'intelligence, d'ailleurs. Je vais parler d'elle à Donovan : en plus d'un patronyme ridiculement banal, ça leur fait un point commun… John ne suivit pas cet échange douteux avec lui-même :
- Elle était vraiment très…
- Son agenda. Trois rendez-vous. En soirée. Avec…
Pause.
- Catherine, Susanna et Zoé.
- Peut-être que ce sont juste des…
- Et pour finir, sa réaction, lorsque j'ai évoqué sa relation avec Meredith. Aucun doute possible.
John jeta l'éponge, vaincu.
- Soit. Tes déductions sont… convaincantes.
- Mes déductions sont exactes.
- Comme toujours. Tu es exceptionnel.
Sourire. Avec le médecin, Sherlock buvait du petit-lait : son admiration sans borne, son dévouement, sa patience étaient un alcool enivrant. Il effleura la main bronzée, frissonna en touchant la peau. Il avait envie de lui. Tout de suite. En voyant ce regard, le médecin sentit sa jalousie revenir. Et lui, tu le regardais comme ça ? Est-ce que lui aussi, tu l'as… Secoua la tête. Se reprit.
- Mais, dit-il, essayant de profiter de la caresse, il y a une chose que je ne comprends pas.
Pas étonnant.Sherlock ôta sa main même avec le médecin, il ne parvenait pas à éviter le sarcasme.
- Développe.
- Tu es parti en disant que tu savais ce que tu voulais savoir. Qu'est-ce que c'était ? Je ne vois pas ce que Kleber t'a montré d'exceptionnel.
Tu ne vois pas. Comme les autres. Tu ne vois pas les détails qui sont pour moi des phares dans l'océan nocturne. Pourtant, tu es différent. Et je n'arrive pas à comprendre ça. Pourquoi es-tu différent, John ?
- Il m'a appris une chose capitale.
- Laquelle ?
Rictus supérieur :
- Que Meredith Trumann ne faisait pas confiance à sa hiérarchie. Quelque soit le problème qui a conduit à sa mort, elle n'aurait jamais cherché de l'aide auprès de son patron. En tout cas, pas seule. Et surtout après avoir repoussé ses avances. De plus, elle avait peu d'amis. Si elle en a eu au sein de l'entreprise, Kleber ne l'aurait certainement pas su.
- Je ne vois pas ce que…
- Réfléchis un peu, John. Qui était proche d'elle, réellement proche ? C'est la question à laquelle il faut réfléchir.
Une lueur apparut dans les yeux du médecin :
- Parce que celui qui l'a tuée la connaissait… elle lui faisait confiance…
- Exact. Comme je l'ai dit à Lestrade, c'est comme cela qu'il a pu pénétrer chez elle.
- Et tu penses que son problème était lié à son travail ?
- Possible. Les pistes… flottent dans ma tête. J'ai quelques idées, qu'il faudra concrétiser. Je ne sais pas encore.
Le taxi s'arrêta au moment où la pluie commençait à tomber sur Baker Street.
O°O°O°O°O°O°O
- 7 Long Acre, 18h41 -
'The phone rang.'
Le téléphone noir vibra sur le plan de travail patiné. Il releva la tête. Saisit l'appareil. Décrocha.
- Allô ?
Autour de lui, le bureau était silencieux, déjà dans la pénombre : l'automne grignotait jour après jours des miettes de soleil et la devanture vitrée laissait apparaître la rue qui s'assombrissait.
- C'est moi.
Frisson. La voix glaciale faisait toujours courir une peur enivrante le long de son échine.
- Maître Lóng. Je suis heureux de vous entendre. Le paquet que vous m'avez transmis est arrivé en début d'après-midi.
- Parfait.
Pause. Il hésita un instant ; le dragon n'aimait pas être questionné, mais la tentation était trop forte. Il se lança :
- Sa… Sakura m'a dit que vous êtes venu le chercher vous-même, à sa boutique. Steven a eu un empêchement ?
Silence. Maître Lóng ne répondit pas : la racaille n'avait pas à l'interroger.
- Quand seront prêtes les prochaines plaquettes ? Un gros client se profile.
- Ce… ce soir, balbutia-t-il. On a presque fini.
Ses mains tremblaient, agrippées au combiné ; il était soulagé que maître Lóng n'ait pas commenté son incartade.
- Bien. Je viendrai les chercher.
- Vous ? Mais…
Cette situation était inhabituelle, et la terreur, la terreur froide et métallique l'envahissait.
- Un étrange incident s'est produit hier soir, reprit la voix calme. Visiblement, il y a une fuite dans le réseau.
Une goutte de sueur coula sur sa joue. Ah.
- Une… une fuite ? Vraiment… ?
Rien.
- Je passerai ce soir. 20h10.
'Dial tone'. Il lâcha le combiné. Sur le plan de travail, les sachets de poudre blanche s'éparpillaient, s'échappaient du carton éventré. Les moules attendaient ; les machines ronronnaient. Avec Ed, ils avaient déjà abattu plus de la moitié du travail ; mieux valait se dépêcher. Ce soir… il tremblait. Ça sent mauvais. Il est très bien capable de remonter jusqu'à… Fébrile, il ouvrit la messagerie de son téléphone. Ecrivit.
Monsieur. Nous avons un problème. Ce que vous m'avez demandé, il y a plusieurs mois… je crois que Lóng est au courant. 'Send'.
Il ne signa pas, conformément aux instructions reçues : son interlocuteur saurait de quoi il s'agissait. La réponse fusa. 'Bip'.
Le jeu devient intéressant. Vous connaissiez les règles : ne pas se faire prendre. Je ne peux rien pour vous. Désolé. M
Déglutir devint une torture infecte.
Mais… vous ne pouvez pas… 'Send'.
'Bip'. Notre accord était clair : un chèque à sept chiffres pour le service que je vous demandais ; votre silence en cas de problème. J'ai rempli ma part du contrat. Je ne vous dois rien. Vous n'avez qu'à utiliser votre argent pour échapper au grand méchant dragon. M
La rage, à présent, se mêlait à la peur. Il jura en tapant sur son téléphone.
Impossible, et vous le savez… il connaît ma famille, vous y avez pensé ? 'Send'.
'Bip'. Mon Dieu… la culpabilité m'étouffe. M
Je pourrais vous dénoncer ! Lóng est puissant, et n'apprécierait sans doute pas de savoir que vous vous êtes mêlé de ses affaires. 'Send'.
'Bip'. Le message suivant contenait un éclat de rire glacé :
Très cher. D'après mes sources, son cartel n'englobe que la Grande-Bretagne, la Chine, le nord de l'Afghanistan et certaines régions éloignées d'Indonésie. Je dirige une organisation internationale : pensez-vous réellement qu'il me fasse peur ? De plus, vous voir me «dénoncer», comme vous dites, ne m'enchanterait que moyennement. M
Il ne répondit rien. C'était vrai. Trop vrai. Et les derniers mots l'achevèrent avec cruauté.
'Bip'. Un détail reste à éclaircir : de qui avez-vous le plus peur ? Du Dragon… ou de moi ?M
Fébrile, il jeta le combiné sur le plan de travail. De qui ? Il ne savait pas.
Voili voilou! Après un week-end chargé, j'en ai enfin fini pour ce soir. J'espère que vous avez apprécié ce chapitre riche en énigmes et en rebondissements sentimentaux... j'attends vos impressions avec impatience! J'essaierai de poster le prochain chapitre rapidement, promis. ;)
Au programme du chapitre quatre, quelques mots en vrac (juste pour vous mettre l'eau à la bouche) : Atrax robustus, minauder, pivoine, claquement de porte, pilule, trafic. Ce sera un chapitre émotionnellement sombre...
À bientôt, et bonne nuit! =)
