Bonsoir à toutes et à tous ! Après une (troooop longue) absence, me voici de retour avec la suite de cette fic, La Chasse au Dragon : j'espère qu'elle vous plaira. Je m'excuse de cette absence ; malheureusement, les études ne me laissent pas beaucoup de temps, et j'avoue écrire bien moins que je ne le voudrais. Vous ne m'en voulez pas, au moins ? *on ne tape pas l'auteur ! lol*
Quoiqu'il en soit, je vous laisse découvrir la suite, et vous adresse à toutes et tous un très grand MERCI pour votre soutien!
Bonne lecture ! =)
Réponses aux reviews : par faute de temps, je ne répondrai pas aux reviews cette fois-ci (je préfère poster vite, car je n'ai pas beaucoup de temps...). Je vous promets néanmoins de loooongues et riches réponses, pour vos prochains commentaires (en espérant que vous en laisserez). Ne m'en veuillez pas ! Encore merci à toutes celles et tous ceux qui m'ont reviewée ! =)
Le Lóng et le Détective.
- Quelque part dans la City, 21h01 -
Anthéa posa la tasse de porcelaine et la soucoupe sur le bureau de bois verni. Jeta un coup d'œil aux moniteurs de surveillance, branchés en permanence sur le 221b. Elle ouvrit la bouche pour un commentaire, la referma en voyant l'expression de son patron. Plis aux commissures des lèvres. Sourcils froncés. Front crispé. Il était inquiet. Elle s'écarta en silence, s'assit sur une des chaises qui faisaient face au bureau, sortit son organiser et attendit. En cas de besoin, elle serait là.
Mycroft fixait d'un air absent les images des caméras qui défilaient sur son ordinateur. C'était mauvais. Très mauvais. Plus mauvais que ce qu'il avait affronté ces derniers mois. Même la délicate extraction de l'espion nord-coréen avait été plus simple. Là, on courait droit au désastre. Pour autant qu'on ne soit pas déjà en plein dedans.
Le docteur Watson – le si patient docteur Watson ! – avait claqué la porte du 221b. En colère. Mycroft comprenait : c'était humain, comme réaction. Jalousie. Rancœur. Rage. Sherlock, à son habitude, n'avait pas arrangé les choses : au lieu de calmer le jeu, il l'avait envenimé et s'était campé sur ses positions, sûr de lui. Pire : il avait provoqué le médecin. Mycroft soupira : cet idiot n'apprendrait jamais rien ?
Un détail le préoccupait davantage. Yuan. Mycroft ne l'aimait pas : quelques mois auparavant, en apprenant l'arrivée du chimiste à Londres, il avait craint que Sherlock ne le recontacte, et retombe dans ses anciens travers. Son frère avait néanmoins décidé de couper les ponts. Bon débarras, avait pensé Mycroft. Pendant quelques semaines, il avait discrètement fait surveiller Floral Street, où résidait Yuan. Puis estimant le danger écarté, il avait renoncé. Grosse erreur.
Mycroft devait toutefois se rendre à l'évident : c'était un hasard, un pur hasard qui avait amené Sherlock à croiser son ancien amant. Comment savoir qu'il travaillait à Royal Chemical Industry, une des plus grandes compagnies pharmaceutiques basées à Londres ? Impossible. Ou presque. Mais cette rencontre imprévue s'était révélée dévastatrice : sur les moniteurs de surveillance, Sherlock s'enfonçait dans le canapé du 221b et John atteignait l'appartement de la dénommée Sarah.
Mycroft poussa un profond soupir. Fit craquer ses doigts. Autant essayer quelque chose.
O°O°O°O°O°O°O
- Chez Sarah, 21h03 -
John appuya d'un geste sec sur la sonnette de l'entrée. Attendit un moment.
La porte s'ouvrit sur Sarah. Sourire compréhensif ; la jeune femme s'effaça et le laissa entrer sans un mot. Il déposa son blouson sur le dossier du canapé, comme il l'avait fait tant de fois auparavant. S'assit dans les coussins moelleux. Promena son regard dans la pièce : c'était doux et chaleureux, féminin sans qu'il se sente mal à l'aise. Un endroit où on a envie de rentrer après une journée de travail. Très éloigné de l'ambiance anarchique de Baker Street. Colère. Il sentit Sarah qui s'approchait, tourna les yeux vers elle.
- Tu veux manger ? Je t'ai attendu.
Sur la table basse, il y avait deux assiettes à soupe, des couverts. Verres à vin. Bouteille de Bourgogne.
- J'ai pensé qu'un plateau-TV serait réconfortant. Et que le gros rouge t'aiderait à te sentir mieux.
Il la remercia d'un sourire :
- C'est parfait… Je… je ne voulais pas abuser… merci.
Elle pencha la tête :
- C'est rien, ne t'inquiète pas.
Disparut dans la cuisine.
Le cœur battant, elle préparait les pâtes, jetant de temps à autre un coup d'œil en direction du salon. John allait mal. Pas besoin d'être très malin pour s'en rendre compte. Elle se souvenait de la difficile discussion qu'ils avaient eue, quelques temps auparavant. Il a choisi Sherlock. Il l'a préféré à toi. Et ce soir… ce soir, visiblement, tout avait dérapé. Il y avait eu quelque chose ; une dispute, sans doute des cris… et au final, c'est sur mon canapé que John échoue. Cette idée lui faisait chaud au cœur, malgré la situation : il avait pensé à elle ; à personne d'autre. Elle n'arrivait pas à être peinée pour Sherlock : sans être d'une nature rancunière, elle n'oubliait pas les nombreux coups-fourrés du détective. Il ne méritait pas John alors qu'elle… Elle secoua la tête en égouttant les pâtes.
Dans le salon, John fixait le tapis d'un air abattu. Sa tête bourdonnait ; ses mains tremblaient. Il était encore en colère, bien sûr. Cependant, sans se l'avouer, il espérait recevoir un appel, un texto, quelque chose, n'importe quoi, qui lui montre que Sherlock s'en voulait autant que lui. Qui lui montre que le détective voulait qu'il revienne, voulait effacer ce qui s'était passé…
'The phone rang'.
Sursaut. Est-ce que… il fouilla dans sa poche, en sortit son téléphone. Dans sa hâte, il décrocha sans regarder le nom affiché à l'écran. Inspira.
- John. Vous devez rentrer à Baker Street. Immédiatement.
Grondement de rage.
- Mycroft. Ce n'est vraiment pas le moment de venir mettre votre volumineux appendice nasal dans mes affaires !
- Oh. Vous êtes en colère.
- Sherlock et vous avez suivi les mêmes cours de communication ? Leçon numéro une : comment emmerder son monde avec des déductions aussi STUPIDES qu'INUTILES ?
Pause. Mycroft ne se laissa pas démonter :
- Votre réaction ne me surprend pas, John. Toutefois…
- Quelque chose que vous ne comprenez pas dans l'expression « MES affaires » ?
- … il faut que vous reveniez. Il a besoin de vous.
- Je n'ai pas besoin de lui.
- Vous plaisantez.
- Non. Et c'est lui qui a voulu que je parte !
Les mots de Sherlock lui restaient en travers de la gorge. Mycroft eut un toussotement embarrassé.
- Il ne le pensait pas. Il a toujours été…
- Je me fiche que Sherlock ait toujours été un con fini ! Je pensais qu'il changerait, qu'il ferait des efforts…
Pour moi.
- Il ne fonctionne pas comme…
- Merci pour l'appel, Mycroft. Épargnez votre salive. Je veux être tranquille. Seul. Eviter, juste une fois, de penser aux frères Holmes.
- Il risque de faire une bê…
- Foutez-moi la paix.
'Dial tone'.
Sarah sortit de la cuisine, une casserole fumante dans les mains. Elle eut la délicatesse de ne pas poser de questions.
O°O°O°O°O°O°O
- 221b Baker Street, 21h10 -
Les placards de la cuisine béaient. Un paquet de riz gisait par terre, renversé.
Sherlock se resservit un verre. Le vida d'un trait. S'enfonça dans le canapé. Un autre verre. Et encore un. Sur la table basse du salon s'alignaient diverses bouteilles : whisky – single malt écossais, douze ans d'âge ; absinthe – Val-de-Travers ; cognac – ramené de France par Mycroft ; rhum – souvenir de vacances de Lestrade… Plusieurs bouteilles de rouge – Bordeaux et Bourgogne – allaient y passer. Un à un, il vidait les flacons, mélangeant allègrement vodka soviétique et aristocratique champagne, sans se soucier des frictions idéologiques.
Sherlock buvait.
Pour oublier. À chaque verre, ses pensées se noyaient un peu plus : il oubliait qu'il n'arrivait plus à réfléchir, à déduire, à ordonner. Il oubliait sa remarquable intelligence, réduite à l'état de miettes par le simple départ d'un stupide être humain. Mais il n'oubliait pas la seule chose qui l'obsédait : John en colère, claquant la porte. Et il enrageait oh oui ! Il enrageait d'y penser, encore et encore.
Nouvelle bouteille. Vide, le whisky écossais fut écarté. Il s'attaqua au umeshu. Alcool de prune japonais. Il avala le premier verre, fit tourner le second sur sa langue. Se renversa sur les cousins. La tête lui tournait c'était bon. Il se sentait abruti, au bord du gouffre. Abandon. Ça ressemble à la drogue. Il avait oublié. Depuis des années ; depuis… son sevrage. Ça faisait longtemps. Trop longtemps. Le salon valsait devant ses yeux ; il ferma les paupières. Le visage de John s'imposa ; une bouffée de désespoir lui broya le cœur. Il est parti. Vraiment. Je pensais qu'il serait toujours… à ses côtés. Chaque détail, chaque regard, chaque mot de leur dispute lui revint en mémoire, tranchant et froid.
C'est ma faute. Ma faute. Je casse tout. Toujours. Que fallait-il faire ?
L'appeler ?
Non. Il ne voudra pas te parler.
Lui écrire ? Texto ?
Il ne répondra pas.
Quoi, alors ?
Rien. Attendre.
Je ne peux pas attendre. Je ne vais pas le support…
Boire.
Il rouvrit les yeux. Encore un verre. L'écran du laptop posé sur la table s'illumina soudain.
'Science de la Déduction. New message.' Bonsoir, chéri. Le toutou est parti et on déprime ? M
Il lui fallut un instant pour trouver les touches du clavier.
Foutez-moi la paix. SH 'Send'.
'New message.' Quelle éloquence ! La rupture ne vous réussit pas, darling. Je vous avais pourtant dit que le médecin n'était pas votre genre. M
Vous n'avez aucune bombe à faire exploser ? SH 'Send'.
'New message'. Pas ce soir je suis libre comme l'air. Envie de me rejoindre ? M
Dans vos rêves. SH 'Send'.
'New message'. Ne soyez si renfrogné ! Je connais des positions qui vous feront rapidement oublier Johnny-boy… M
Pas envie de jouer. SH 'Send'.
Dans son jet privé, quelque part au dessus du Mékong, Moriarty fronça les sourcils : son meilleur adversaire ne voulait pas jouer ; voilà qui était frustrant. Il arrêta son manège :
'New message'. Bien. Je vous laisse. N'abusez pas du umeshu. Et méfiez-vous de l'homme au dragon. Je n'aimerais pas qu'il vous arrive une bricole, darling. J'aime être le seul à vous torturer… M
'Log out'.
Sherlock eut une exclamation dédaigneuse. « N'abusez pas de l'alcool de prune », hein ? Je suis encore assez grand pour boire ce que je veux ! Il but au goulot, de longues gorgées. Le verre était posé sur le parquet, délaissé. Il se sentait idiot. Ordinaire. Un mec qui se saoule pour oublier ses problèmes… tu as fais plus original. Il ne releva même pas l'allusion au Dragon.
O°O°O°O°O°O°O
- Chez Sarah, 21h52 -
- Je reprendrais bien un verre.
- C'est le septième.
- Tu as ouvert la bouteille.
- Je ne pensais pas que tu la finirais.
- Je ne pensais pas que tu ne boirais pas.
Eclat de rire. Le regard de Sarah pétillait.
- Presque pas ! J'ai quand même pris deux verres...
- Du boulot d'amateur !
- En tant que médecin, je dois te mettre en garde contre les méfaits de l'alcool et…
- En tant que médecin, j'en suis parfaitement conscient. Et tu sais quoi ? Je m'en fous.
Nouveau rire. Sarah se leva, alla dans la cuisine.
- J'en ouvre une troisième, alors ?
John lui sourit.
- S'il te plait.
Elle fut heureuse de voir ce sourire c'était… rassurant. Elle revint avec la bouteille débouchée. Bordeaux. Très bonne année. Versa le vin dans leurs verres. Se rassit.
- Comme quoi, j'avais raison pour le rouge.
- Hmmm… quoi ?
John sirotait déjà l'alcool ; il lui montait à la tête. C'était libérateur. Il pensait moins.
- Le rouge. Ça te fait du bien.
- Oui. Et tes pâtes étaient délicieuses.
- Merci.
John se prit à la contempler. Vraiment très jolie.
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- 221b Baker Street, 22h07 -
'The phone rang'.
Tâtonnant entre les cousins du canapé, Sherlock en extirpa son Blackberry. Décrocha d'un geste maladroit.
- Hmmrf ?
- Sherlock. Arrête de boire.
- Salut, Mycroft. C'est sympa d'appeler.
Sa voix était devenue pâteuse. Il s'en foutait. Il se dégoutait. Il avait envie d'envoyer son frère au diable. D'envoyer le monde au diable. Il n'y avait que John qui…
- Tu es saoul.
- Non, pas encore. Pas suffisamment.
- Tu n'as plus l'habitude de boire comme ça.
- Et alors ?
- Je viens. Ne bouge pas de ce canapé.
- Si tu viens, je te garantie une mort lente et douloureuse.
- Navré de ne pas prendre au sérieux les menaces d'un poivrot.
- Très drôle.
- Tu es pathétique. Imagine ce que pensera Mère…
- Sauf son respect et le tien… Je. M'en. Fous.
- Tu ne changeras jamais.
- Tu attendais autre chose ?
- Je pensais que la Chine t'aurait mis du plomb dans la tête.
- Pourquoi ? Parce que j'ai failli mourir ? On en a déjà parlé, Mycroft. Ça fait sept ans. Je ne changerai pas.
- Tu ne dois pas revoir Yuan.
- Ah ! Tu t'y mets, toi aussi ? Tout est de ma faute, c'est ça ? Comment aurais-je pu savoir que…
- Arrête. À cause de toi, John est parti. À cause de ton comportement. Si tu ne te remets pas en question, tu…
- Merci, Mycroft. Pour m'enfoncer dans le désespoir, je n'ai pas besoin de toi. Cette bouteille de saké suffira.
- Tu crois vraiment que ton attitude puérile va arranger les choses ?
- J'en sais rien. Je m'en fous.
- Bel esprit. John aura sûrement envie de rentrer pour trouver une loque imbibée sur son parquet.
- Bonsoir, Mycroft.
- Sherlock, ne raccr…
'Dial tone'. À l'autre bout de Londres, Mycroft se prit la tête dans les mains, terriblement inquiet.
Sherlock pouvait se l'imaginer, le front plissé par des rides de craintes, prématurément vieilli. Un instant, il s'en voulut. Juste un instant : l'alcool coulait dans ses veines, le rendait amer, rancunier. Cynique. Ah ! John était parti ? Tant mieux. Bon débarras. Puisque de toute façon, il ne lui faisait pas confiance… Ce n'était pas à lui de se remettre en question lui, le grand Sherlock Holmes ! Il avait raison. Il avait toujours raison. Cette fois-ci encore. N'est-ce pas ?
O°O°O°O°O°O°O
- Chez Sarah, 22h19 -
John renversa la tête sur le dossier du canapé.
La troisième bouteille de Bordeaux reposait sur la table basse, à côté de leurs assiettes vides. Sarah n'y était pas allée de main morte : en riant, elle avait sortit d'une armoire une bouteille de limoncello – fait maison ! Ils buvaient à petites gorgées, en savourant, l'esprit embrumé. John se sentait bien ; amer, mais bien. Sherlock n'avait pas écrit, pas téléphoné ; pourtant, l'alcool aidant, le médecin se laissait convaincre : tout ça n'a aucune importance, puisque je n'ai pas besoin de lui. Et Sarah lui souriait, ce qui était infiniment plaisant. En voyant ses yeux noisette, pétillants, rieurs, il ne put s'empêcher de les comparer au regard de givre qui l'avait poignardé, quelques heures plus tôt. Se souvenant encore de la colère qui y flambait, il se rembrunit, vida son verre.
- John…
Une main douce sur son bras. Sarah était assise à ses côtés, sur le canapé. Jambes repliées sous elle ; sa fine robe de cachemire se relevait, laissant voir les courbes de ses cuisses, emprisonnées dans un collant fin. John cligna des yeux :
- Hmmm… ?
- Tu veux en parler ?
Soupir. Il posa son verre sur la petite table.
- J… je suppose que ça me ferait du bien…
- Sans doute. C'est comme tu veux.
Regard désolé. La main s'attardait sur son jean ; il sentait sa chaleur rassurante.
- Grosse dispute ?
Hochement de tête. Horrible. Affreux.
- Je me suis comporté comme un idiot.
- Tu l'aimes ?
La question avait fusé, sans que Sarah la retienne. Elle détourna la tête, gênée. Même si elle considérait ce fait comme établi – après tout, c'est Sherlock que John avait choisi, pas elle -, ils n'en avaient jamais parlé. John eut un mouvement étrange comme du recul :
- Je ne suis pas gay.
Petit rire incrédule :
- Mais… tu sors avec lui. Tu couches avec lui.
Ils n'en avaient jamais parlé, mais elle savait. John secoua la tête.
- Ce n'est pas… je ne suis pas gay. C'est juste que… c'est Sherlock. Avec lui, c'est… particulier, mais je ne sais pas trop comment expli…
- Donc, tu n'es pas attiré par les hommes ?
Le cœur de Sarah s'emballait. John fronçait les sourcils ; l'alcool ralentissait son esprit :
- Pas… pas vraiment. Je crois que c'est juste… lui. Je n'ai jamais ressenti…
Inspiration.
- Je continue à regarder les filles dans la rue… c'est juste que je…
- … sort avec Sherlock Holmes.
- C'est ça.
- Je crois que je comprends.
Elle se rapprocha de lui ; sa main glissa un peu plus sur le jean, vers le haut de sa cuisse. Il déglutit. Elle demanda :
- Et… qu'est-ce que tu vas faire ? Demain, tu…
- Je ne sais pas. M'excuser ? Peut-être, mais ce n'est pas à moi de ravaler ma fierté. Pas cette fois.
- Oh. Tu vas le laisser ?
Elle essayait de ne pas laisser l'espoir transparaître dans sa voix ; trop tôt. Son cœur battait toujours la chamade. Il se prit la tête dans les mains, impuissant.
- Je… je ne sais pas. Oui. Non.
Sarah, compréhensive, lui resservit un verre. La conversation s'orienta vers d'autres sujets, moins sensibles. Pourtant, au fond de lui, John ressentait toujours ce tiraillement. Il ne savait pas… quel avenir pouvons-nous bien avoir ensemble ? Est-ce qu'il s'imaginait, dans dix ans, dans vingt ans, dans trente ans, aux côtés de détective caractériel et sociopathe ? Toutes ces choses qui disparaîtraient s'il acceptait une situation pareille ? Aurons-nous des enfants ? Une vie de « famille » ? La présence de Sarah à ses côtés, ce soir, avait exacerbé des craintes enfouies : il était tiraillé entre un désir de tranquillité, de stabilité, et une soif d'aventure, d'action. Sherlock n'offre qu'une partie de la solution… Comment vieilliraient-ils ? John n'y avait jamais songé ; les choses s'étaient faites naturellement : il avait été attiré par Sherlock, avait espéré, attendu, couché avec lui, s'était réveillé à ses côtés… Je l'aime.
Serait-ce suffisant...?
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- 221b Baker Street, 22h40 -
'Bip'.
Grognement. Mycroft, tu ne devrais pas t'entêter. Il se leva, attrapa en vacillant le smartphone. Au milieu de la brume de ses pensées, fronça les sourcils.
Où en est ton enquête ? Y
Sherlock se redressa en position assise. Hésita un instant. But une gorgée de saké. L'alcool parla ; il répondit. Dans son esprit, John claquant la porte et les yeux sombres de Yuan se mélangèrent brièvement.
Ça avance. Pas censé en parler. SH 'Send'.
Un frémissement doux, comme un rire, lui répondit. Il se retourna : l'appartement était vide. Secoua la tête. But à nouveau.
'Bip'. Oh. Mais les règles ne sont-elles pas contre-productives… ? Y
Mon Dieu, c'était vrai. Les règles sont bonnes pour les enfants sages ; pas pour les mauvais garçons. Il répondit encore ; rien d'autre à faire.
Un point pour toi. Suis sur un meurtre. Simple, en apparence. SH 'Send'.
'Bip'. En apparence. Y
Oui. SH 'Send'.
Pause. Sherlock tremblait légèrement, attendant la réponse. Peut-être la Chine n'appartenait-elle pas suffisamment au passé.
'Bip'. Vous travaillez ensemble depuis longtemps ? Y
Aucun besoin de demander des précisions sur ce « vous ». Vous : lui et John. Yuan avait toujours été direct, incisif. C'est une des choses qui avait plus à Sherlock : l'un comme l'autre, ils ne s'embarrassaient pas de superflu.
Environ deux ans. SH 'Send'.
'Bip'. Ah. Et vous couchez depuis combien de temps ? Y
Sherlock resta immobile un instant, suspendu. Toujours direct. Il prit une autre gorgée, longue, chaude. Se prépara à pianoter, mais fut interrompu.
'Bip'. Tu n'as pas à répondre. Tu ne me dois rien je n'avais pas à te questionner. En tout cas, il a l'air patient. Y
Haussement de sourcils ? Patient ? Peut-être. La frustration, la colère lui montèrent à la gorge : John claquant la porte, John partant chez Sarah passait devant ses yeux. Sherlock serra les points, esquissant un sourire : étrange de voir comme le passé peut être réconfortant, lorsque le présent fait défaut. À nouveau, il fut pris de vitesse :
'Bip'. Il n'est pas avec toi ? Y
Non. Sortit. SH 'Send'.
'Bip'. Que fais-tu ? Rien d'irresponsable, au moins… ? Y
Un sourire désabusé tordit la bouche de Sherlock. Depuis quand prends-tu le parti des gentils garçons, Yuan ? Un instant, il eut envie d'écrire quelque chose, quelque chose d'obscène, de cru. De terriblement excitant. Il se retint. Pourquoi ?
Je bois. SH 'Send'.
Moment de silence. Sherlock faillit repousser la bouteille d'impatience ; pourquoi ne répondait-il pas ? Enfin :
'Bip'. Je vois. Dispute. Y
Pas besoin de question, entre eux. Comme à Qingdao. Le verre fut à nouveau plein, rempli de saké parfumé par une main tremblante. La bouteille roula sur le parquet du salon, à moitié vide.
'Bip'. Grave ? Y
Sans doute. Il a crié. Claqué la porte. Bon débarras. SH 'Send'.
Il vida le verre, en se rejetant en arrière. Le Blackberry bourdonna une nouvelle fois.
'Bip'. Je passe à Baker Street ? Y
Sherlock hésita. Proposition tentante : après toutes ces années, quelle était la probabilité qu'ils se croisent dans la mégapole londonienne ? Quelle était la probabilité qu'ils discutent à nouveau, assis dans la même pièce ? Il se souvenait les nuits de folie, les nuits de beuveries et de drogue, en Chine, où il était si bon de s'abandonner, ne penser à rien d'autre qu'à l'instant, et oublier cette foutue vie ! Mais il répondit :
Pas ce soir. SH 'Send'.
Et dans l'obscurité du salon, il lui sembla voir les yeux noirs de Yuan, rieurs et mystérieux, tandis ce qu'il s'endormait du sommeil de l'ivrogne, en songeant : tu vois, je n'ai pas minaudé !
O°O°O°O°O°O°O
- Quartier de Withechapel, 23h14 -
La pipe coincée entre ses dents l'environnait d'un nuage odorant. Accoudé à la méridienne défoncée, il scrutait l'écran de son laptop. Une recherche de la plus grande importance. Capitale. Il sourit. À cette heure, si Ed avait correctement fait son travail, le corps de son intermédiaire – cet homme obséquieux et répugnant ! – devait s'enfoncer dans les eaux de la Tamise. Bon débarras.
Sur le clavier, il tapa deux mots. « Sherlock Holmes ». Les hommes changent, avec les années : mieux valait connaître son adversaire. Jusqu'où bout des ongles.
Voilà ! J'espère que vous avez apprécié ce chapitre, après mon (trop long, et je le déplore) silence. Je vais essayer d'en poster un prochain le plu vite possible (ce week-end ou lundi), mais je ne peux réellement rien promettre. Je suis impatiente, en tout cas, d'avoir vos avis. =)
Quelques indices concernant le prochain chapitre ? En cinq mots : pont, cigarette, cadavre, malentendu et tatouage.
Encore un grand MERCI à toutes celles et tous ceux qui m'ont suivie, lue et reviewée, et qui ont attendu que je reposte enfin : sans vous, écrire serait beaucoup moins intéressant ! ^^
À bientôt ! =)
