Bonsoir à toutes et à tous ! Comme promis, voici le 7e chapitre de cette aventure. Au vue des réactions suscitées par le chapitre précédent, je sens que vous n'allez que moyennement apprécier celui-ci... mais bon, tant que vous ne m'envoyez pas les tueurs à gage, je n'ai rien à craindre ! *petit regard nerveux par-dessus son épaule*

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont lue et/ou reviewé mon travail : c'est très gratifiant de vous savoir à mes côtés! J'espère que vous aimerez la suite. ^^

Bonne lecture ! =)


Réponses aux reviews :

Glasgow : merci pour ton ptit mot... mais franchement, Glasgow, je sens que nous allons être en désaccord pendant de nombreux chapitres! Parce que je doute que la suite te plaise, étant donné comme ça tourne... mais je n'en dis pas plus (j'ai un ptit syndrome Mycroft, moi, à balancer des infos importantes pour me rétracter ensuite... XD). L'enquête va continuer d'avancer dans ce chapitre, mais ce sera seulement dans les suivants qu'on comprendra mieux les tenants et aboutissants du mystère (important : ménager ses effets). Ah oui! Yuan et Sarah qui sautent dans la Tamise, ce n'est pas au programme, désolée. Tu vas survivre? ^^ Merci encore, et très bonne lecture! =)

Haryu : merci pour ton message! Sadique, moi ? Non. Simplement "moriartyesque". ^^ Je suis très contente de te retrouver, moi aussi. J'espère que la suite te plaira. À très bientôt! =)

Eiffel-FL : merci pour ton commentaire! D'après ce que tu m'écris, je vais bientôt être crucifiée... parce que les choses ne vont pas s'arranger entre John et Sherlock, oh non, loin de là. Ce serait trop facile, sinon ; et où serait le jeu ? (j'adore jouer...) J'aimerais amener un côté plus "trash", plus "dark" au personnage de Sherlock... et je compte bien y arriver, même si ce sera douloureux. Pas trop déçue ? ^^ Pour Yuan et Sarah... hm... tu vas voir ce qu'ils projettent dans ce chapitre. En tout cas, j'espère que tu aimeras cette suite. Plein de bizzzz =)

HaruKuro : merci pour ta review! Visiblement, tu es la 4e personne en tout cas (aux vues des commentaires) que je désillusionne. Navrée (ou si peu... lol). Ne critique pas Yuan : ce n'est pas un vermisseau ; moi, je l'aime plutôt bien ^^ (je dirais pas non à une colocation avec lui, d'ailleurs, si l'envie lui venait...). Mais je comprends qu'il t'agace. ^^ Pour l'enquête : elle va continuer d'avancer, mais c'est seulement dans les prochains chapitres qu'on aura le fin mot. J'espère que tu seras surprise. J'espère en tout cas que cette suite te plaira. Encore merci, et bonne lecture ! =)

Dupond et Dupont : merci pour ton mot ! (au passage, pas évident, ton pseudo : je me trompe toujours entre le "d" et le "t", en l'écrivant... ^^) Je suis heureuse que mon chapitre t'aide à tenir dans cette période d'examen. Examen de quoi, si c'est pas indiscret ? (Lycée, ou Fac ? je suis indécrottable, pardon...^^) J'aime bien l'implication de Lestrade, moi aussi ; il va d'ailleurs avoir un plus grand rôle dans ce chapitre et les suivants, comme tu vas le lire. Pour le point de non-retour... je ne sais pas si Sherlock le dépassera... je le laisse maître de ses actes! ;) Encore merci, et j'espère que tu aimeras cette suite. À bientôt! =)

Senga : merci pour ton message ! Moi aussi, j'étais contente de reprendre cette histoire. Bonne lecture de la suite, et plein de bizzz =)

Jessica630 : merci pour ton commentaire ! Je ne sais pas si ça va bien finir, mais tu as raison : ça empire. Moi, ça me plait plutôt bien *niark*. Encore une qui n'aime pas Sarah et Yuan! Pour Sarah, je comprends, elle m'énerve. Mais Yuan! Moi, je l'aime bien. ^^ Au passage, petite info qui sert à rien, mais son prénom signifie en chinois "l'Original". Les porteurs de ce prénom sont réputés énigmatique, insaisissable, méfiant et secret. Je pense pas que ça va t'aider à plus l'aimer, mais bon... J'espère que cette suite comblera tes attentes, et que tu auras pas envie de m'étriper. À bientôt! =)


Le Lóng et l'Université.

- Croisement de Baker Streetet Marylebone Road, 9h33 -

John Henri Watson, tu es le plu grand crétin que la terre ait jamais porté !

Comment avait-il pu s'aveugler à ce point, se mentir, s'abuser ? Comment ? Jamais il ne changera, jamais ! Tu aurais du le savoir, triple idiot ! Mais non. Lui, naïf comme un jeune premier, il avait couru le rejoindre, en espérant bêtement que, l'orage passé, tout redeviendrait comme avant. Il n'a aucun cœur ! Il ne s'en veut même pas ! Il ne pense qu'à lui, à sa petite personne, monstre d'égoïsme et de suffisance, détective prétentieux et arrogant ! Il aurait du s'en douter, se méfier, oh oui ! N'avait-il pas été averti ? C'est un sociopathe. Il ne changera jamais.

Et maintenant… maintenant… oui, c'était bien fini. Fi-ni. Il n'avait aucune envie d'y retourner. Retourner dans un appartement glauque, où les cadavres de chats côtoyaient les globes oculaires, où les émanations chimiques se mêlaient à la puanteur prenante d'un poumon putréfié ? Pourquoi ? Il n'y avait plus rien, à Baker Street ; plus rien pour lui, plus rien qu'il ne voulait se donner la peine de sauver. Sherlock a choisi. Bien. Moi aussi, j'ai choisi.

Aller à la clinique, voir Sarah, lui parler… elle comprendrait. Elle comprenait toujours, elle. Et alors… alors peut-être… peut-être quoi ? Il ne voulait pas aller trop vite, se projeter, pas tout de suite, pas maintenant. La colère glissait en lui, vouivre insaisissable, lui faisant perdre la raison ; il n'arrivait même plus à penser de manière cohérente, déchiré entre l'envie d'hurler, de fuir, ou de retourner là-bas… non, pas retourner, plus jamais. Je ne serai plus son…

Il heurta soudain contre quelque chose. Trébucha et posa un genou au sol, le front luisant de sueur. Il releva la tête, un peu sonné. Une femme lui souriait. Grande, brune et élancée ; des mèches folles s'échappaient de son chignon lâche, sous le vent d'octobre. Elle lui tendit la main :

- Vous devriez regarder où vous allez, Dr. Watson.

John repoussa sa main, se releva.

- Mademoiselle Adler.

Elle baissa la tête.

- Que me vaut l'honneur… ?

- Je n'ai aucun crime en préparation, si c'est ce qui vous préoccupe, docteur.

Elle sourit, comme si elle connaissait la moindre de ses pensées :

- Je suis venue de la part d'une personne qui s'inquiète pour vous… pour vous deux.

Sursaut.

- Moriarty ?

Elle ne répondit pas.

- Ce malade ne peut pas arr…

- Méfiez-vous de l'homme au dragon.

Adler passa devant lui rapidement. Il fit volte-face, interloqué :

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

Elle avait disparu dans la foule.

O°O°O°O°O°O°O

- 221b Baker Street, 9h34 -

Sherlock resta immobile, le cœur battant la chamade. La colère s'effaçait devant la stupeur. Il avait tout foiré. Encore une fois.

- Espèce d'imbécile ! cria-t-il au plafond.

Il avait mal. Une boule dans la gorge, l'impression d'avoir la trachée compressée, les poumons écrasés. Respiration sourde. Sur la table, les cigarettes. Tremblant, il en alluma une. John… bouffée… John… Ce n'était plus la rage de la veille au soir, la conviction intime et puissante d'être dans son droit, non. C'était la lente angoisse de l'abandon, la certitude que quoiqu'il fasse, le monde était voué à sombrer dans une implacable apocalypse. John…

Un sanglot le prit, traître. Assis sur le canapé, dans le salon vide, il enfouit son visage dans ses mains, les doigts crispés sur la cigarette. Les larmes coulaient. Sales, grises, poussiéreuses : des années qu'elles n'avaient pas franchi le barrage des paupières.

- John…

Il fuma une cigarette. Puis une autre. Encore une autre. Un deuxième paquet y passa. Sur la table, le Blackberry bourdonnait sourdement, sans qu'il songe à décrocher.

O°O°O°O°O°O°O

- Quelque part dans la City, 9h35 -

- Je sors. Appelez la voiture.

- Monsieur. Je me permets de vous rappeler que vous avez rendez-vous avec le ministre guinéen dans six minutes.

- Il attendra.

- Vous êtes…

- Anthéa. J'admire votre professionnalisme. Vraiment. Mais je dois y aller.

Sourire. Elle referma son organiser. Se leva.

- Bien, Monsieur. Je vous accompagne.

O°O°O°O°O°O°O

- 221b Baker Street, 9h50 -

Le trajet avait été rapide : il adressa un sourire sincère à son chauffeur – penser à l'augmenter. Déjouer les embouteillages avait été un jeu d'enfant – il ne s'entourait que de personnes qualifiées, cependant, malgré la rapidité, son cœur n'avait cessé de s'emballer. Qui sait ce que cet idiot est capable de faire encore ? Plus que de l'inquiétude, c'était une véritable angoisse qui l'étreignait : Sherlock, son frère, son petit frère… Soupir tremblant, il ouvrit la portière de la voiture, la main crispée sur son parapluie. Anthéa lui adressa un regard d'encouragement : elle restera là, à l'attendre, fidèle au poste comme toujours. Entre eux, aucun mot n'était nécessaire ; ils se connaissaient si bien… elle était la meilleure.

Il sortit. Claqua la porte, essayant de ne pas envisager les pires scénarios. Essayant de relativiser. Le docteur Watson – le si indispensable docteur Watson – avait claqué la porte. Une seconde fois. Bien. Bien. Ce n'était qu'une situation délicate de plus à rattraper ; pas très différent des imbroglios politiques, en fin de compte. Du moins, il voulait s'en persuader.

Gravissant les marches du perron, il secoua la tête. Ouvrit la porte et entra, sans s'annoncer. Dans le couloir du rez-de-chaussée, ce couloir où quatre caméras thermiques à détecteurs de mouvements étaient judicieusement dissimulées, la logeuse attendait. Il se força à sourire, pour cacher les rides d'inquiétude sur son visage.

- Madame Hudson ! Quelle joie de vous trouver si fringante !

En fait d'être fringante, la brave dame avait plutôt l'air déboussolée. Elle l'accueillit avec une petite exclamation de soulagement :

- Monsieur Holmes ! Vous êtes là… heureusement ! Votre frère… Sherlock… franchement, je ne sais pas ce qui se passe. J'ai entendu des cris dans leur appartement, hier soir, figurez-vous. Je ne suis pas curieuse, ah ça non ! Pas du tout. Mais, par acquis de confiance, j'ai été frapper à la porte. Vous savez, je ne suis pas leur gouvernante, non, mais quand même, en tant que logeuse, il faut bien se tenir au courant de ce qui se passe sous son toit, n'est-ce pas ? Et puis, ils sont un peu comme mes enfants, tout les deux… Enfin bref, j'ai frappé, sans obtenir aucune réponse. Je savais que le docteur Watson – un charmant garçon ! – était parti plus tôt dans la soirée. En claquant la porte, d'ailleurs. J'espérais que Sherlock…

À cet instant, la voix de la logeuse se brisa, sur un sanglot péniblement retenu :

- M… mais il n'a pas répondu. Il n'a pas ouvert. Il y a eu… des bruits de verre cassé. Une sonnerie de téléphone, je crois. Et puis plus rien. Il est parti ce matin, tôt. Est revenu, peu avant le docteur Watson – il avait l'air de s'en vouloir. Et avant que j'aie eu le temps de frapper à la porte, le docteur Watson est sorti et… est parti.

L'angoisse se lisait clairement dans les yeux de la logeuse. Elle attendait une réaction. Mycroft baissa la tête. Il fallait dire quelque chose, réagir, briser la gangue de glace qui l'enserrait chaque minute davantage. Finalement, ce fut l'habitude, le réflexe de survie – toujours faire bonne figure – qui parla :

- Eh bien… nous allons voir cela, madame Hudson. N'ayez crainte, la situation va s'arranger, j'en suis sûr.

Jamais il n'avait plaqué un sourire aussi hypocrite sur son visage. Evitant le regard de la logeuse, il se dirigea vers la porte close. Sherlock, je ne te laisserai pas faire n'importe quoi. Pas cette fois.

O°O°O°O°O°O°O

- 221b Baker Street, 9h56 -

Au-delà de la colère, au-delà du chagrin, du désespoir, se trouve une contrée étrange, vide et glacée, semblable à un champ de poussière figée. La stupeur. Avec elle, l'impression que, quelque soit le mouvement que l'on ose, le monde s'effritera. Sherlock était en plein dedans.

Il fixait le mur, impassible, sans comprendre. Il avait merdé… complètement. Les réconciliations seraient impossibles ; pas après ce que John avait dit. Pas après ce que lui-même avait dit, sans laisser une chance au médecin de s'expliquer. La partie rationnelle de son être – la partie froide, impassible, calculatrice la partie la moins humaine, en fait – relativisait déjà, comme elle l'avait toujours fait, sans qu'il puisse s'en empêcher :

Ce n'est rien.

Une autre part de lui-même répondit. Une part qui s'était réveillée récemment, après avoir somnolé pendant plus de trente ans. Une part qui n'était pas indifférente au médecin :

Il est parti !

Question. Réponse.

Et alors ? Tu auras l'appartement pour toi. Plus de place pour les expériences.

Je me moque des expériences.

Tu t'en moques ? C'est tout ce qu'il te reste, pourtant. Ça, et les enquêtes. Tu as toujours Lestrade. Tu n'as pas vraiment besoin de John, d'ailleurs. Tu as toujours aimé la solitude.

Pas cette solitude-là.

Et pourquoi pas ? Qu'est-ce qu'il t'apportait ? Est-ce qu'il ne t'énervait pas, au réveil, avec son sourire tellement heureux que ça en devenait malsain ? Qui a jeté le cœlacanthe sur lequel tu travaillais ? Qui cachait tes patchs de nicotine lorsque tu abusais ? Qui te rendait la vie impossible en t'interrompant en pleine réflexion, hein ? Tu seras plus tranquille.

La partie rationnelle était stupidement satisfaite. Pas l'autre.

Non… il était agaçant, certes, mais… c'était agréable, de l'avoir. C'était une… présence.

Prend un chien. Ou un chat.

Rien à voir. Il… avec lui, j'étais… mieux.

Travaille plus. Tu n'as pas besoin des autres. Tu n'as besoin que de toi. Les autres sont stupides. John aussi.

John est humain.

Il ferma les yeux. À quoi bon, de toute façon ? Se parler à soi n'a jamais résolu les problèmes de personne. Il aurait fallu… faire quelque chose d'inconsidéré… courir après John dans la rue… le supplier, crier… perdre tout honneur… juste pour qu'il revienne. Je ne vais pas pouvoir…

Des pas, devant la porte. Un fol espoir l'attrapa. Il se redressa, hésitant. Se lever ? Rester là ? Deux coups secs retentirent. John n'aurait pas frappé. La porte de l'appartement s'entrouvrit. Il attrapa une bouteille vide.

O°O°O°O°O°O°O

- 221b Baker Street, 9h58 -

Mycroft frappa deux coups rapides. Inspiration profonde. S'il connaissait bien son frère, il faudrait la jouer fine. Etre autoritaire, mais pas trop – il ne doit pas se braquer. Le convaincre, trouver les bons mots – s'il consent à écouter. Sans attendre une réponse, il ouvrit la porte.

'Something exloded'.

Contre une étagère, juste à côté de sa tête. Il se recula vivement, à peine surpris. Sur le sol, des débris de verre odeur légère d'alcool. Il entra.

- Charmant accueil.

- Je t'emmerde, Mycroft.

Il ne put empêcher son cœur de faire un bon de joie : Sherlock était sur le canapé. Le teint livide, les yeux cernés, le cheveux terne, certes… mais au moins, il est vivant. Et combatif. Il avait craint que… Il se souvenait trop bien d'une certaine baignoire, et d'un après-midi trop gris.

- Tu as bu ?

- Pas encore.

Sans attendre, Mycroft prit place sur le canapé. Sherlock eut un mouvement de recul qui lui griffa le cœur.

- Qu'est-ce que tu veux ? cracha le détective.

Sourire. Que Mycroft voulait assuré.

- T'aider.

- Encore ? Tu as raté ta vocation : c'est dans l'humanitaire, et non la politique, qu'il fallait te lancer.

- Tes sarcasmes ne vont rien arranger.

- Il n'y a rien à arranger. John est parti. Point.

- Il voulait revenir, mais tu ne…

- Ah ! De toute façon, c'est de ma faute.

- Si tu lui avais laiss…

- Dégage tes foutues caméras de mon appartement.

Silence. Ils se dévisageaient.

- John peut encore revenir. Je vais aller…

- Laisse tomber. J'en ai rien à faire.

- Tu ne parles pas sérieusement. John est…

- Fous-lui la paix. Laisse-le partir. Pourquoi t'acharner pour moi ?

- Parce que tu es mon frère.

Nouveau silence.

- Je n'ai pas besoin de toi, Mycroft. C'est toi, qui a besoin de moi.

Sherlock avait le ton amer, il fixait le tapis.

- Tu es l'aîné : il est logique que tu cherches à montrer l'exemple, à ouvrir la voie. Tu aurais voulu que je sois comme toi. Fort, sûr de moi, capable d'utiliser ma remarquable intelligence pour de grandes choses. Comme toi. Mais je ne suis pas toi, Mycroft. J'ai toujours été différent. En marge. Bien plus que tu ne l'as jamais été. Alors, par dépit, par amour, par égoïsme, qu'est-ce que j'en sais ! Tu as voulu m'empêcher d'être ce que je suis vraiment. Un enfoiré.

- Tu n'es pas…

Sherlock leva la main, le faisant taire d'un geste.

- Pour une fois, c'est à moi de parler. Tu as tout fait pour m'aider, c'est vrai. Je ne t'ai pas facilité la tâche, je le reconnais. Les écoles privées, où tu poussais Mère à m'inscrire, espérant – quelle folie ! – que j'arriverais à m'intégrer. Treize établissements avant que tu te rendes compte de ton erreur ! Après, il y a eu l'Université. Brillante idée ! Tu aurais du savoir que ces crétins, vieux fossiles de la Faculté, ne me comprendraient jamais. Fils dévoué, ainé modèle, tu as même essayé de me trouver un travail ; qu'est-ce que tu espérais ? Après ça… bon Dieu ! Un continent entre nous, ça n'a pas suffit ! Je n'aurais jamais cru que tu me suivrais jusqu'en Chine, et pourtant tu l'as fait – Mère t'en sera éternellement reconnaissante, j'en suis sûr. Mais pourquoi, Mycroft, pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai jamais fait pour toi ? Je t'en ai fait bavé, ah ça oui ! Drogue, alcool, sexe… je pensais que tu comprendrais, mais tu es plus entêté qu'un âne bâté. Je ne changerai pas. Alors, ne me sors pas le refrain de la fraternité, des liens du sang, de la famille… je n'ai jamais eu de famille ; j'ai toujours été seul. Et s'il te plait, j'aimerais le rester.

Mycroft le dévisagea, figé. Les mots faisaient mal, mais il avait l'habitude. Il détourna les yeux de son frère :

- Tu peux penser ce que tu veux, Sherlock. Mais je ne te laisserai pas.

Sherlock attrapa un paquet de cigarettes, sur la table basse. En sortit une. L'alluma.

- Alors, fit-il en lâchant une bouffée, c'est que tu es encore plus aveugle que je le pensais.

Un mouvement sec ; Mycroft lui attrapa le poignet.

- Arrête de fumer. Ecrase cette cigarette.

- Non.

Mycroft sentit la colère monter, mais se contint :

- Je ne t'ai pas sorti de la mort pour que tu te détruises maintenant. Pose. Cette. Cigarette.

Regard de défi glacé.

- Non.

Sherlock tira son bras pour lui faire lâcher prise ; Mycroft résistait.

- Obéis, Sherlock.

- Non !

Le cri partit en même tant que le coup. Mycroft le libéra, se redressa, portant une main hésitante à son front. Arcade sourcilière. Il regarda ses doigts. Du sang. Sherlock le fixait ; on aurait dit un chat sauvage. Il haletait.

- Va-t'en, Mycroft. Je suis un enfoiré, je te l'avais dit.

Sans un mot, Mycroft se leva, et sortit. Les choses avaient été trop loin. Il avait besoin d'aide. Il dévala les marches du perron, sans répondre aux questions pressantes de madame Hudson, s'engouffra dans la voiture noire qui attendait. Anthéa l'accueillit avec un haussement de sourcil inquiet, mais ne demanda rien. Il sortit son téléphone et écrivit :

Besoin urgent de vous. Concerne Sherlock. Rendez-vous au Ye Old Mitre, à Ely Court. 20h30. Ne soyez pas en retard. MH 'Send'.

O°O°O°O°O°O°O

- Clinique, 10h03 -

John arriva à la clinique, en colère, déterminé et terriblement impatient.

Il répondit à peine aux infirmières qui lui souhaitèrent bonjour, et enfila sa blouse blanche avec de grands gestes désordonnés. Ça ne lui ressemblait pas. Puis, il alla prendre un café. Noir. Sans sucre. La rencontre avec Adler l'avait laissé perplexe, mais, se souvenant de ses paroles –…une personne qui s'inquiète pour vous… pour vous deux –, il avait décidé de ne pas s'en soucier. Après tout, Moriarty était un criminel, et lui, John Watson, n'était plus le collègue du grand enfoiré Sherlock Holmes. Et l'homme au dragon ? Si c'était en rapport avec l'affaire en cours, ça n'avait plus rien à voir avec lui. Que Sherlock se débrouille, puisqu'il était si exceptionnel !

Peut-être est-il en danger… ? Après tout, une femme a été retrouvée morte… et l'assassin n'a pas l'air de plaisanter. Tu devrais peut-être…

Non ! Je n'ai rien à attendre de lui ! Il n'a rien à attendre de moi ! Après ce qu'il a dit, je ne vais pas en plus lui servir de nounou !

Tu sais comment il est… il fonce toujours tête baiss…

J'ai dit non. Fin de la discussion.

Mais tu l'aimes toujours.

- Ça suffit, maintenant ! cria-t-il brusquement.

Il fallait faire taire cette voix, cette douleur qui menaçait de l'emporter. Il ne serait pas faible : il avait essayé, il avait vu comment on l'avait reçu. Que Sherlock aille au Diable, lui, et tous les Yuan du monde ! Il se retourna, et constata que deux collègues le fixaient étrangement. Visiblement, il avait hurlé.

- Excusez-moi, marmonna-t-il en jeta sa tasse vide dans la poubelle la plus proche.

Il quitta la salle de repos. Cette situation était insupportable !

Tout d'un coup, pris d'une inspiration subite, il tourna dans le couloir, marchant à grands pas. Le bureau de Sarah. Il ouvrit sans frapper. Elle était en réunion avec l'infirmière en chef ; réunion mensuelle pour discuter de la gestion de la clinique. En le voyant, elle se leva :

- John… tu as besoin de quelque chose ?

Il fonça droit sur elle, sans se soucier du coup d'œil surpris de l'infirmière. Attrapa Sarah par la taille. Et là, sans réfléchir, l'embrassa.

O°O°O°O°O°O°O

- 221b Baker Street, 10h 39 -

Sherlock fumait, plus amer que jamais.

Il avait perdu John, renvoyé Mycroft. Il attendait sur Lestrade pour les affaires en cours. Rien de nouveau sur l'homme retrouvé dans la Tamise : il n'était pas fiché par les services de police les analyses digitales, dentaires et faciales de donnaient rien. Un parfait inconnu qui n'avait jamais eu d'ennuis avec la justice. Autant chercher une aiguille dans un botte de foin. C'était du côté de Meredith Trumann qu'il fallait creuser ; sa fille… là encore, Sherlock attendait. Et fumait, un verre toujours plein à portée de main. Cigarette et alcool. Que demande le peuple ?

Il avait pris ce parti, pour éviter de penser à John. Fixer son esprit sur autre chose, se concentrer, s'anéantir dans le travail et les paradis artificiels. Ça ou autre chose… Cette enquête lui permettait pour le moment de ne pas sombrer ; après… ce serait après. Pourtant, tout rappelait John : les livres sur les étagères – Stephen King et Agatha Christie, affligeant –, la bouilloire froide dans la cuisine – le thé, le fameux thé –, le pull en laine négligemment jeté sur le… fauteuil. Le pire, c'était le fauteuil. Il faudra se débarrasser tout ça. Y brûler. Bien sûr, il ne vint pas à l'esprit de Sherlock que John puisse avoir besoin de ses affaires. Y brûler…

'Bip'. J'ai du nouveau sur la fille de Meredith Trumann. Lestrade

Et ? SH 'Send'.

Sherlock n'avait même pas envie de moquer l'inspecteur pour sa lenteur.

'Bip'. Elle s'appelait Anne. Fille unique, comme Kleber l'avait dit. Morte d'une crise d'asthme foudroyante. Elle étudiait à l'Imperial College London, dans South Kensington. Faculté des Sciences Naturelles, en biologie. Lestrade

Je connais. Et les analyses sur le cadavre du Waterloo Bridge ? SH 'Send'.

'Bip'. La poudre a été endommagée par l'eau. En plus, il n'y avait que quelques grains; ça va prendre un peu de temps. Anna était une fille sans histoire, à ce qu'il paraît. Il faudrait aller sur place pour des interrogatoires. J'ai pris contact avec le doyen de sa Faculté ; j'y vais pour 14h. Lestrade

Parfait. Passez me chercher à 13h30. SH 'Send'.

Sherlock se renversa sur les coussins. La tête lui tournait un peu. Il n'avait rien mangé depuis… depuis… hier midi. Tant pis. Il se concentra sur les informations nouvelles. Imperial College London. Jamais il n'aurait cru y remettre les pieds.

O°O°O°O°O°O°O

- 17 Floral Street, 11h48 -

Sourire satisfait, il envoya le mail. Le résultat de ses recherches : le fameux composant n'avait plus de secrets. Kleber serait satisfait et Royal Chemical Industry engrangerait les bénéfices. Avec un peu de chance, il pouvait espérer une augmentation. Il s'étira, repoussa le laptop gris métallique. Travailler chez soi était un luxe dont peu de chimistes pouvaient se vanter. La direction lui faisait confiance : il était le meilleur. Enfin, le meilleur après Meredith Trumann, bien sûr. Malheureusement, la pauvre était morte récemment… la vie est bien cruelle.

Il étira les lèvres, dévoilant ses dents blanches. Repoussa d'un geste négligent une mèche folle, encore humide de la douche matinale. Malgré l'heure tardive, il n'avait pas pris le temps de s'habiller ; juste un kimono de soie. Noire. Il avait traîné au lit pour parfaire ses recherches. Il adorait ce lit : immense, en ébène – abattu dans une réserve lointaine, en Indonésie –, sculpté à la manière des temples indiens, tout en finesse. Il aimait se rappeler les régions où il avait voyagé ; son appartement regorgeait de souvenirs, glanés au fil des escales : byobu japonais délicatement peints, Bouddha de Ceylan, vieux coffre de marin trouvé à Venise, corne de narval du grand Nord… Il avait beaucoup vu, beaucoup appris, depuis ses jeunes années, à Qingdao. Etait-il devenu plus sage ? Sans doute. Plus posé, aussi.

Son regard s'attarda sur un vase rond – début du XXe siècle, un Gallé aux motifs floraux : les corolles délicates des pivoines écarlates s'y épanouissaient, exhalant un parfum sucré. Il attrapa son téléphone. Il est temps.

- Sherlock Holmes.

- C'est moi.

Il s'imagina sans peine le sursaut de surprise, le haussement de sourcils, avant que son interlocuteur se reprenne.

- J'attendais ton appel plus tôt.

- Je devais finir un rapport.

Il modulait sa voix, la rendait douce, agréable.

- Tu avais besoin de moi ? Des araignées ?

- J'ai pensé que tu étais plus que qualifié.

Rire.

- Hmmm... en effet.

Pause.

- Et ton médecin ?

- Parti.

- Sorti ?

- Parti.

Oh. Voilà qui changeait la donne. Il n'insista pas.

- Alors ?

- C'est à propos d'une Atrax robustus. Tu en avais en terrarium, non ?

Le message remontait à plusieurs mois (ndla : voir Tea Time in London), mais Sherlock n'avait pas oublié. Bien. Le regard de Yuan se posa sur le terrarium vide.

- La dernière est morte la semaine passée.

- Oh.

- Pourquoi ?

- La police a retrouvé un cadavre dans la Tamise. Il a été mordu.

Son cœur s'accéléra, piqué d'intérêt :

- Vraiment ? Ces bestioles ne pardonnent pas. Pauvre type.

- C'est un meurtre, Yuan.

Palpitation.

- Tu es sûr ?

- Oui. Et je pense qu'il doit y avoir un lien avec Meredith Trumann. J'ai besoin d'informations sur cette araignée.

Inspiration : il se sentait fébrile, comme lorsqu'ils discutaient ensemble, à Quingdao.

- Que veux-tu savoir ?

- Tout ce que tu peux me dire.

- Bon. C'est une mygale redoutable, qui vit en Australie, dans la région de la Nouvelle-Galles du Sud. Elle est très dangereuse pour l'homme, parce que les primates sont particulièrement sensibles à son venin. Elle est capable de percer sans peine un ongle, ou une étoffe épaisse, pour atteindre sa victime. Une vraie saleté. C'est le mâle le plus dangereux : en cas de morsure, il faut absolument administrer l'antivenin dans l'heure, sinon…

- Je sais tout ça. J'ai fait des recherches. Je m'intéresse plutôt à ceux qui en possèdent.

- Ah, je vois. Eh bien… il faut un brevet spécial. Les particuliers ne sont pas autorisés à en posséder, et l'élevage est interdit dans la plupart des pays européens.

- Tu en avais un.

- Bien sûr. On trouve de tels documents pour de nombreux animaux dangereux vivants en terrarium. Il faut suivre des cours, passer des tests… c'est très sérieux.

- Je vois. Dur à obtenir ?

- Oui. Mais je suis doué.

- Je sais. Tu as l'habitude.

- Oui.

- Animal familier ou simple intérêt ?

- Les miennes ? Oh, Sherlock, tu me connais : j'aime les choses dangereuses. Dangereuses et belles.

Comme toi. Il s'interrompit, toussa légèrement.

- J'avais besoin de leur venin, en fait. Royal Chemical Industry me paie pour développer de nouvelles molécules, tirées du venin de diverses araignées. Certaines propriétés sont… étonnantes. Les Atrax robustus constituaient mon dernier sujet d'étude. Malheureusement, elles n'ont pas survécu à la récolte massive de venin…

- D'accord. Merci pour ton aide.

Yuan hésita. Une question le taraudait, mais il n'osait pas vraiment la poser. Enfin :

- Sherlock…

- Hm ?

- Pourquoi avoir demandé mon aide ? Sans rire, pour ces histoires de brevets, il t'était plus facile de faire des recherches sur le Net. Tu peux même trouver le nom de ceux qui en sont détenteurs, en fouillant un peu. Je te connaissais plus… indépendant.

- J'avais envie de parler.

Oh. Un frisson parcourut l'échine du chimiste.

- Si tu veux… on peut aller boire un verre ensemble cet après-midi. Si tu as… encore envie de parler.

- Non. Je ne suis pas libre. Le Yard se rend à l'Imperial College ; je dois les accompagner.

- Ah.

Regret. Frémissement.

- Plus tard, alors.

- Peut-être.

- Je te rappelle.

Il raccrocha. S'étira. Sur le buffet bas, ramené de Hong Kong, le terrarium était vide.

O°O°O°O°O°O°O

- Imperial College London, bureau de sir Penbrook, 14h03 -

- Donc… Miss Trumann était une étudiante sans histoires ?

- Tout à fait, inspecteur. Rien à redire sur son comportement toujours à l'heure. Elle ne manquait jamais un cours, à une époque où il est si facile de se faire oublier dans un amphithéâtre bondé. Toujours au premier rang, charmante, attentive.

Sir Penbrook, doyen de la Faculté des Sciences naturelles, hochait sa vénérable tête d'un air ennuyé. Lestrade essayait vainement de réunir quelques informations utiles, ce qui n'était pas des plus aisé : Sherlock n'aidait en rien ; il avait préféré aller faire un tour sur la pelouse, à l'extérieur du bâtiment, sans même prendre la peine d'entrer saluer le doyen. L'inspecteur soupira ; il avait l'habitude, mais était tout de même agacé.

- Désirez-vous parler avec certains de ses professeurs ? demanda Sir Penbrook d'un air hésitant.

- Vo…volontiers, répondit Lestrade, revenu de ses pensées.

Inutile de courir après Holmes : il s'assit sur la chaise que lui désignait le doyen, et se résigna.

O°O°O°O°O°O°O

- Imperial College London, bureau de sir Penbrook, 16h47 -

La porte s'ouvrit à la volée, interrompant une assistante en biologie moléculaire au milieu d'une phrase. Sherlock entra en trombe, l'œil brillant, l'air surexcité. Une cigarette aux lèvres.

- Laissez tomber, Lestrade. On s'en va. Plus besoin de…

- Holmes, je suis en plein interrogatoire, maugréa Lestrade, agacé.

La jeune assistante glissa un coup d'œil mal à l'aise à l'inspecteur :

- Je peux y aller… ?

- Non, restez. Continuez.

- Lestrade. Je sais ce que je voulais savoir. Venez.

- Vous disiez que Miss Trumann était particulièrement proche de…

- Lestrade !

Sherlock s'approcha, impatient. La fumée de sa clope envahissait la pièce.

- Holmes ! Je vous en prie ! Posez-vous là, et fermez-la.

Boudeur, le détective s'affala sur une chaise, fumant, l'œil noir. La porte s'ouvrit à nouveau : sir Penbrook entra.

- Vous avez fini, inspecteur ?

- Presque. Il ne reste plus que mademoiselle.

- Parfait, répondit le vieil homme.

Il renifla, jeta un regard étonné à Sherlock, et prit sa voix la plus respectable :

- Monsieur, je suis au regret de vous informer que, comme tous les lieux publics à Londres, cet établissement est non fumeur. Si vous voulez terminer votre cigarette, je vous prierai d'aller le faire dans un endroit plus approprié.

Sherlock ne répondit pas, se contentant de lancer un nuage de fumée ostensiblement provocateur. Lestrade soupira l'interrogatoire arrivait à sa fin, et il n'en pouvait plus.

- Holmes. Jetez cette cigarette.

Nouveau nuage nauséabond.

- Holmes !

Rageur, Sherlock écrasa sa cigarette sur le bureau du doyen, laissant une brûlure sombre sur le bois verni. Le doyen Penbrook lui jeta un regard interloqué :

- Holmes ? Vous n'êtes pas… Sherlock Holmes ?

- Lui-même.

- Mais… je vous croyais en Chine ! Et dans un état fort peu plaisant, à ce que votre frère m'avait dit. Je n'imaginais pas que vous reviendriez à Londres.

- C'était il y a longtemps. Faut croire que je suis increvable, Penbrook. J'ai vu que vous aviez fait reconstruire l'amphithéâtre de la Faculté de Chimie. Très joli. Pas trop eu de peine avec les canalisations ? La nitroglycérine, c'est assez instable…

Exclamation de pintade outrée. Sir Penbrook s'ébroua, à la manière d'un oiseau qui gonfle ses plumes de colère :

- Verser dans les canalisations... vous avez du être fier de vous !

- Très.

- Je ne m'attendais pas à ce qu'un freluquet, un arrogant tel que vous finisse comme larbin pour la police. Terroriste vous aurait mieux convenu.

- Je suis détective-consultant : le Yard m'emploie pour palier son affligeante incapacité. Mais je vous rends le compliment : je m'étonne qu'un fossile tel que vous ait fini doyen de cette Faculté. Au vue des résultats la plupart de vos dernières recherches, plagieur vous aurait mieux convenu. Je m'étonne que ce petit laboratoire néo-zélandais – le nom m'échappe, à présent, mais il reviendra – n'ai pas encore porté plainte. À moins qu'il soit trop modeste pour s'attaquer à une des têtes pensantes de l'Imperial College...

Sir Penbrook serra les poings de colère, mais, avant qu'il ait pu répliquer, Sherlock se leva vivement, ouvrit la porte :

- J'attendrais dehors, inspecteur.

Sortit.

O°O°O°O°O°O°O

- Voiture de police, Exhibition Road, 17h01 -

- Vous êtes insupportable.

Soupir.

- Vous auriez pu attendre que j'aie terminé l'interrogatoire.

Soupir.

- Ou au moins y assister.

- Aucun intérêt, répondit Sherlock en se détournant vers la fenêtre.

- Et le doyen ! Quel besoin aviez-vous…

- Une vieille connaissance.

- Comment ça ?

- J'ai été élève là-bas.

Sursaut. Sifflement d'admiration :

- Une des meilleures universités au monde… sans parler de leurs examens d'admission…

- Un jeu d'enfant. J'ai eu 117% de bonnes réponses.

- 117% ? Mais…

- Les questions bonus.

Sherlock ne put s'empêcher d'être satisfait.

- Vous n'en avez jamais parlé, risqua Lestrade.

- Je n'y suis resté que six mois.

- Quoi ? Pour…

- Des incapables, des imbéciles. Ils ne m'arrivaient pas à la cheville.

Bien sûr, songea Lestrade avec une pointe d'amusement, qui arriverait à la cheville du grand Sherlock Holmes ?

Le détective abandonna la fenêtre, et, pendant que la voiture longeait Hyde Park, interrompit les pensées de l'inspecteur :

- Mais ça n'a aucune importance. Je sais ce que je voulais savoir en venant.

Lestrade sentit son intérêt s'éveiller :

- C'est-à-dire ?

- Le lien entre les deux meurtres.

- Meredith Trumann…

- … et le cadavre du Waterloo Bridge.

- Et… ?

Sherlock sortit une photo de sa poche : un homme souriant, l'œil séducteur…

- L'inconnu de la Tamise !

- Exact, murmura Sherlock. Mais il n'est plus si inconnu. Il s'appelle Juan López.

- Comment le savez-vous ?

Coup d'œil supérieur :

- Pendant que vous interrogiez les professeurs pour, j'en suis sûr, récolter des anecdotes aussi similaires qu'affligeantes, je me suis promené dans les couloirs, et j'ai interrogé les étudiants. Simple. Efficace.

- Et ?

- De fil en aiguille, j'ai rencontré des amis d'Anne Trumann. Quelques jours avant sa mort, celle-ci a été victime de violents maux de tête. Rien d'inhabituel cependant. Elle s'est donc rendue à la pharmacie du campus pour acheter de l'aspirine.

Pause. Lestrade restait attentif, suspendu.

- Et ?

- Elle a acheté une plaquette. Vendue par l'aide-pharmacien.

- Quel rapport avec… non… !

- Si. Cet aide-pharmacien était Juan López.

Inspiration Sherlock brisa le contact visuel.

- Nous avons donc trois morts, dont deux meurtres. Un lien se tisse entre Anne Trumann et Juan López.

- C'était juste de l'aspirine…

- Vous êtes sûr ? Si c'était juste de l'aspirine, pourquoi tuer López après la mort de Meredith ? À moins qu'il n'ait vendu à la fille autre chose… quelque chose de plus dangereux… en particulier pour une jeune fille atteinte d'asthme.

- Qu'est-ce que vous voulez dire ? Et pour la mort de Meredith ? C'est aussi en lien, ça ?

La voiture s'arrêta devant le 221b. Sherlock ouvrit la portière, sortit, et, avant de fermer la porte, se pencha à l'intérieur de l'habitable :

- Laissez-moi jusqu'à demain. Je ne suis pas encore tout à faire sûr.

O°O°O°O°O°O°O

- Quelque part, dans Covent Garden, 17h47 -

'Bip'.

Le dragon reposa son verre d'un air ennuyé. Il avait pourtant expressément demandé de ne pas être dérangé. Il devait penser, réfléchir. Le filet se resserrait ; le jeu devenait plus dangereux. Il ouvrit le smartphone.

Prenez garde, cher Dragon. L'université n'est plus sûre. Vous devriez mieux lester vos cadavres. M

Il éteignit l'appareil, crispant le poing. Un rire, comme un écho, un rire moqueur semblait lui parvenir aux oreilles. Il retint un cri. Son intermédiaire… quelqu'un aidait Holmes, et c'était intolérable.

O°O°O°O°O°O°O

- Chez Sarah, 19h50 -

Sarah, accoudée dans l'embrasure de la porte de sa chambre, lui sourit.

- Tu as faim ?

- Je commence.

Assis sur le canapé, il se sentait serein. Je l'ai embrassée. Devant tout le monde. Pouvait-on considérer cela comme une déclaration ? Sans doute, répondait la partie optimiste de son esprit. La partie pessimiste, quant à elle, lui envoya l'image fugitive de Sherlock. Il la repoussa avec force ; Sarah lui souriait, et c'était tout ce qui comptait à ses yeux. Elle vint s'asseoir à ses côtés.

- Tu… tu es magnifique.

- Merci, répondit-elle avec une œillade séduisante.

Robe bleu foncé, simple, mais élégante. Maquillage impeccable.

- En quel honneur ?

- Pour toi.

- Moi ?

Elle se leva.

- J'ai réservé une table au Parvati's Dreams. Je sais que tu aimes la cuisine indienne…

Coup d'œil à sa montre :

- Et, si tu ne te dépêches pas, nous allons être en retard.

Lui prenant la main, elle l'entraîna en riant. Il la suivit sans résistance. Vraiment très jolie.

O°O°O°O°O°O°O

- Ye Old Mitre, 20h28 -

Le vieux pub sentait la bière. Pas la fumée. Pas depuis que Londres avait banni la cigarette des lieux publics. L'inspecteur Lestrade attendait, une pinte à la main. Il s'interrogeait : Mycroft, Mycroft Holmes l'avait convoqué. Il n'aimait pas particulièrement ce terme, qui pourtant convenait bien à la présente situation, l'homme d'état ne lui ayant pas laissé le choix.

Pourquoi avoir obéi, alors ? ça ne lui ressemblait pas. Il but une gorgée. Il savait pourquoi. Sherlock. Il s'inquiétait pour lui : le détective était plus renfermé, taciturne et morne que jamais. Et il fume. Ça avait un rapport avec John, c'était certain. Cependant, le détective éludait toute question, et John avait gentiment demandé à l'inspecteur – par texto – de se mêler de ses affaires. C'était clair, mais frustrant.

Mine de rien, le docteur avait fait un grand bien à Sherlock ; Lestrade était plus que convaincu que John était pour le détective ce qui se rapprochait le plus d'un ami. Mais là…

Une silhouette haute se présenta à sa table. Il eut juste le temps de voir un parapluie glisser à terre. Mycroft Holmes s'assit. L'air plus fatigué que jamais. Inspiration.

- Inspecteur, j'ai besoin de votre aide.

O°O°O°O°O°O°O

- 221b Baker Street, 20h43 -

Gorgée, bouffée. Gorgée, bouffée. Verre vide, verre plein. Bouffée, gorgée. Bouffée, gorgée. Nouvelle cigarette. Programme de la soirée : déprimant. Il essayait de chasser les images de John que son esprit malade faisait naître sans pitié : John qui criait, John qui partait, John qui riait. John avec Sarah. Qui enlaçait Sarah. Qui l'embrassait. Qui…

Il poussa un petit cri. Pathétique. Etranglé. Reprit un verre. Son troisième. Ses mains tremblaient. Il avait peur. Du noir. De la solitude. Du silence. Il avait froid. Il était seul. Seul.

'Bip'.

Geste lent. Il réussit à ouvrir le Blackberry, plus par habitude que par curiosité.

Je suis en bas, dans un taxi. Arrête ça. Viens avec moi. Y

Dix secondes plus tard, Sherlock était sur le perron. Le smartphone gisait, abandonné sur la table basse.


Voilà ! Je suis au regret de vous abandonner ici... le prochain chapitre est en gestation, ne vous inquiétez pas. Peut-être sera-t-il disponible en fin de semaine, tout dépend si je dispose de connexion Internet ou pas. Avez-vous envie de me descendre froidement, de m'écharper avec violence ou de me coller une bonne droite ? Ne vous inquiétez pas, c'est sans doute normal. ^^ J'espère que, malgré son contenu qui - j'en suis sûre - vous fera bondir, ce chapitre vous a plus. J'aimerais beaucoup avoir vos impressions. =)

Pour le prochain chapitre, quelques indices. En cinq mots : pilule, boîte, restaurant, pub, draps. Des idées...?

Sur ce, je vous souhaite une très bonne soirée. À bientôt ! )=)