Bonjour à toutes et à tous ! Voici donc le dernier chapitre de cette Chasse au Dragon, avant un épilogue qui, j'en suis sûre, comblera vos attentes (ou du moins, je l'espère). Pour l'instant, il y aura : des révélations, une enquête qui se clôt, une prise d'otage délicate, une snipeuse embusquée, des retrouvailles et des inquiétudes... je vous laisse découvrir !

Merci à celles et ceux qui m'ont lue et/ou reviewée. En particulier à Yumi-chan : je n'ai pas pu répondre en privé à ton commentaire, comme tu es lectice anonyme. Mais merci pour ton mot qui m'a fait bien plaisir! ^^

Sur ce... bonne lecture ! On se retrouve à la fin du chapitre... si vous survivez jusque-là ! ;) =)


Le Lóng et le Médecin.

- 3e étage, 17 Floral Street, 8h21 -

Il arma le révolver, sans cesser de fixer Sherlock. Calme. Le détective déglutit. La part rationnelle de son esprit essayait de faire son travail, d'éviter la panique. C'est Yuan. Il ne t'a jamais fait de mal. Il ne tirera pas. Une autre part, moins optimiste, répliqua brutalement. Il a déjà tué. Que ce soit moi ou un autre ne change rien. La voix du chimiste le fit presque sursauter :

- Il est chargé.

Bouffée de fumée.

- Sur ta droite. Table de nuit. Tiroir du haut. Ouvre.

Sherlock s'exécuta. Gestes lents ; il calculait ses chances. La fenêtre ? Troisième étage ; sauter est faisable. Stores fermés trop solides pour permettre un passage ?

- N'y pense même pas, fit Yuan en mordillant sa cigarette.

Le tiroir était ouvert. Sherlock attendait, le souffle raide.

- Prends-les.

Dans le tiroir, Sherlock effleura quelque chose de froid. Métallique. Yuan le tenait toujours en joue, sans le quitter des yeux. Il regarda l'objet. Menottes. Minuscule clef dans la serrure.

- Attache-toi à la tête du lit. Au moins, je suis sûr que tu ne t'envoleras pas.

Le détective se figea. S'abaisser ? Sans lutter ? Allons donc… Yuan aurait-il le cran de tirer ? De tirer sur moi ? Il secoua la tête : même averti, conscient de la tournure que prenaient les choses, les souvenirs le faisaient douter. Stupides. Mais s'attacher à ce lit signifiait perdre la partie. Personne ne savait qu'il était ici… sauf peut-être Mycroft, fouineur comme il est. Encore faudrait-il que son frère agisse avant qu'une balle ne le…

'Bang'.

- Tu aurais dû obéir, Sherlock.

O°O°O°O°O°O°O

- Planque, Floral Street, 8h25 -

Il poussa la porte de la planque. Anthea s'affairait derrière des écrans de surveillance.

- Situation ?

- Prise d'otage.

Mycroft posa lentement son parapluie sur la table.

- Ah. Inquiétante ?

- Le visuel est inexistant à cause des stores fermés. Les micros laissent filtrer les conversations, mais faiblement.

- Inquiétante, ai-je demandé.

Elle se mordit la lèvre ; elle savait que s'il posait la question, c'était qu'il était inquiet lui-même.

- Pour le moment… non. D'après ce que j'ai pu capter, la seule menace est un révolver. Au bruit que la détonation a produit, je dirais un Smith&Wesson.

- La détonation…?

Mouvement précipité. Mycroft se pencha sur l'ordinateur, espérant déceler quelque chose sur l'écran de surveillance. Rien. Juste des stores fermés. Anthea sentait la tension, imperceptible, qui émanait de lui. Elle recula sa chaise, se tourna vers lui.

- Un coup de feu. Tiré dans le mur. Il y a quelques minutes.

Regards.

- Il n'a pas touché Sherlock.

- Ah.

Mycroft s'assit à ses côtés. Se détendit.

- Qu'avons-nous dans notre manche ?

Autant jouer ses atouts.

- J'ai envoyé une équipe sur le toit de l'immeuble. Le problème reste le visuel. Difficile d'intervenir à l'aveugle ; nous n'avons même pas la configuration des lieux.

- Et il tient Sherlock.

- Oui.

Silence. Elle jeta un coup d'œil à son ordinateur :

- J'ai aussi intercepté les communications de la police. L'inspecteur Lestrade est en route, avec quatre voitures du Yard. Ils viennent de partir. Ils seront là dans une douzaine de minutes, selon mes estimations.

- Bien.

Mycroft sortit son téléphone :

- Autant éviter qu'ils débarquent comme des chiens dans un jeu de quilles.

Ça serait plus gênant qu'autre chose. Il composa un numéro.

O°O°O°O°O°O°O

- Voiture de police, quelque part sur Regent Street, 8h27 -

'The phone rang'. John sursauta ; Lestrade farfouilla dans la poche de sa veste. La voiture fonçait, aussi vite qu'il était possible sur Regent Street encombrée. Portable ouvert ; regard interrogatif du médecin.

- Mycroft, répondit sobrement l'inspecteur.

Il décrocha. John colla lui aussi son oreille au combiné.

- Lestrade.

- Vous êtes en route.

- Oui. Nous devrions être à Floral Street d'ici…

- … neuf minutes, je sais.

- Oh. Vous êtes déjà là-bas ?

- En effet.

- Vous auriez pu me dire où se trouvait Sherlock…

Le ton de Lestrade était réprobateur. Toussotement gêné au bout du fil :

- Hm. J'avais posté Anthea en surveillance.

- Vous ne m'avez pas fait confiance.

- La police n'est jamais discrète.

- Ne me prenez pas pour un incapable. Sherlock est un… ami. Vous auriez dû me mettre au courant. Pourquoi m'avoir raconté toutes ces choses au pub, me demander mon aide, si c'était pour taire vos soupçons ? Vous auriez dû me dire qu'il était avec… Yuan.

- Les choses sont plus compliquées. Je ne pensais pas que Yuan concernait votre enquête ; je pensais qu'il s'agissait d'un simple problème relationnel.

- Mais vous m'avez dit que Meredith était la clef ! Vous deviez bien…

- Anthea fournissait une protection suffisante.

- Oui, et maintenant, c'est le bordel !

Lestrade grogna, mécontent. Il n'aimait pas rester sur la touche. Etre la cinquième roue du carrosse. Soupir.

- Sherlock va bien, au moins ?

Pause. Long silence. Mycroft ne répondit pas.

- Il va bien… ? répéta Lestrade, l'inquiétude montant dans sa voix.

- Passez-le moi, ordonna John.

Ton dur. Sans appel. L'inspecteur céda le combiné.

- Mycroft. C'est John Watson.

- John. Je suis ravi de vous ent…

- Gardez vos salades. Je ne veux pas savoir non plus ce que vous avez raconté à Lestrade, ni à quel point vous vous êtes impliqué, une nouvelle fois, dans nos affaires personnelles. Qu'est-ce qui se passe avec Sherlock ?

- Il est…

- Je sais où il est.

- Lestrade vous a expliqué.

- Oui. Alors ?

Il y eut un silence. Puis un murmure :

- Dites à l'inspecteur d'éviter sirènes et gyrophares. Il y a un problème. Prise d'otage.

John laissa tomber le téléphone, glacé.

O°O°O°O°O°O°O

- 3e étage, 17 Floral Street, 8h30 -

Mains tremblantes. Souffle court. Sherlock verrouilla les menottes autour de ses poignets. Contorsionné sur le lit, au milieu des draps, il attendait. Près de sa tête, l'impact de la balle. Encore chaud. Moins de trois centimètres, calcula la partie rationnelle de son esprit. Intimidation. Néanmoins, ces observations ne suffisaient pas à le calmer. Je vais crever. Ici. Seul. Parce que j'ai été trop stupide, trop bête pour faire attention. Si je n'avais pas… non. Il n'allait pas se laisser aller à des lamentations geignardes et larmoyantes ; c'était indigne de lui. Indigne de Sherlock Holmes et de son incroyable esprit. Il lutterait, dents serrées. Et pas une fois, il ne penserait à John. Histoire d'éviter de m'arracher le cœur.

Yuan écrasa sa cigarette dans un cendrier, s'avança d'un pas sûr. Contrôle total. Extatique. Il se pencha sur Sherlock, récupéra la clef des menottes, posée sur le matelas. La glissa dans sa poche. Recula, appréciateur :

- Tu vois… je t'avais promis que tu finirais attaché.

Un grognement méprisant lui répondit ; il eut un rire feutré :

- Oh. Ne le prends pas mal. Je n'allais pas mettre en danger mon trafic, juste à cause de toi… pas après ce que j'ai fait pour protéger mes affaires.

Le détective haussa un sourcil, soudain intéressé.

- Tu veux sans doute savoir si tes déductions étaient exactes ? demanda Yuan d'un ton badin.

- Elles le sont.

- Sans doute. Pourtant, je suis persuadé que certains détails t'ont échappés. Comme, par exemple, le point de départ de toute l'affaire.

- Anne Trumann est morte d'une crise d'asthme, provoquée par une ingestion involontaire de cocaïne, répondit Sherlock d'un ton supérieur.

- Certes, certes… acquiesça Yuan en agitant le révolver. Cependant… comment est-elle arrivée en possession de cette cocaïne ?

- Juan López. Un revendeur à toi, je présume.

- Tu ne cesseras de m'étonner. C'est exact ; il travaillait pour moi.

Le chimiste s'adossa au mur. Alluma une nouvelle cigarette.

- Etrange, d'ailleurs, qu'il ait justement vendu de la cocaïne à la fille d'une de mes collègues… pas très malin, puisque c'est ce qui a permis à Meredith de tout découvrir…

- Règlement de compte, rétorqua Sherlock. López t'en voulait pour un motif quelconque, et a décidé de te faire plonger.

Yuan leva le doigt, d'un geste de déni :

- Si seulement c'était si simple… quel dommage que tu n'aies pas pu dévoiler ce pan de l'énigme… veux-tu que je te raconte, point par point, ce qui a conduit à la présente situation ? Si j'étais attaché à ta place, j'aimerais savoir exactement pourquoi.

Sherlock acquiesça en silence. Comprendre est tout ce qui me reste.

O°O°O°O°O°O°O

- Voiture privée, à la sortie de Heathrow, 8h33 -

'The phone rang.'

Il décrocha, vaguement agacé. Inquiet. Non. Pas inquiet. Agacé. Etre à la tête d'une organisation comme la sienne, gérer les contrats, les fusions, les filiales et en plus se préoccuper de son plus sérieux adversaire… ça devenait complexe.

- Oui.

- Monsieur. Il y a un problème.

Moriarty s'enfonça dans le siège de cuir. Main droite tapotement impatient. Adler reprit :

- Une prise d'otage.

Oh. Déglutir.

- Holmes…

- Pas encore touché. Je voulais avoir confirmation de vos ordres…

Elle hésita. Nul doute que le Dragon éliminerait Holmes, après lui avoir révélé toute l'affaire. Ou alors… il s'arrangera pour qu'il ne puisse plus jamais fourrer son nez dans les affaires d'autrui. Cette idée plaisait à Adler : Holmes éliminé, le docteur Watson ne poserait plus aucun problème. L'organisation serait sauve, définitivement. Ce qui lui tenait à cœur : elle n'aimait pas voir son patron se démener dans des angoisses absurdes, des questions de rivalités et d'ego complexes. Holmes éliminé… ce serait fini.

- Dois-je agir, Monsieur ? Le laisser éliminer Holmes serait judici…

- Non.

James Moriarty inspira. Sherlock Holmes mourra. De mes mains.

- Eliminez le Dragon.

'Dial tone.'

O°O°O°O°O°O°O

- Planque, Floral Street, 8h37 -

John monta quatre à quatre les marches grinçantes de l'immeuble. Lestrade suivait. Les voitures attendaient à l'angle de la rue, discrètes : il s'agissait de ne pas alerter le Dragon ; il devait se croire en sûreté dans sa caverne. Plusieurs snipers leur emboitaient le pas ; l'inspecteur eut un geste de la main :

- Montez sur le toit. Une équipe doit déjà être là. Services secrets : ils filent les trafiquants depuis un bout de temps déjà.

Ce n'est pas exactement vrai, mais ça fera l'affaire. Troisième étage ; une seule porte. Lestrade ouvrit, laissant les tireurs le dépasser.

- Ne posez pas de question. Collaborez, reprit-il. Ces gars-là ne plaisantent pas.

Avec John, ils pénétrèrent dans un studio sombre, reconverti en… plan. Tout le matériel. Mycroft Holmes n'y va pas de main morte. La dénommée Anthea était immobile, rivée à un écran. Il la salua d'un signe de tête auquel elle répondit à peine. Et, dans le contre-jour, face à la fenêtre…

- Bonjour, inspecteur.

Mycroft se retourna ; une ride d'inquiétude barrait son front. Il semblait avoir pris dix ans, et son légendaire sourire n'était qu'un souvenir.

- John, fit-il en hochant la tête. Je suis heureux que vous ayez pu…

- Dites-moi où on en est, coupa le médecin.

Il n'avait pas envie de s'appesantir sur des banalités, pas envie d'entendre Mycroft déblatérer… pas maintenant. Il n'oubliait pas le regard de Sarah, le regard trahi qu'elle lui avait lancé lorsqu'il avait suivi Lestrade. Maladroitement, il avait essayé de trouver quelque chose à dire pour s'excuser, pour faire comprendre à la jeune femme l'urgence de la situation… oui, on s'est engueulé. Oui, je lui en veux. Mais je dois y aller. Il a besoin de moi. Je ne veux pas qu'il… Il avait essayé de dire ça, mais les mots étaient restés bloqués dans sa gorge. Il avait juste peur, infiniment peur. Et il était en colère. Contre lui-même, contre Mycroft, contre Lestrade, et contre la terre entière. Mais surtout contre Sherlock. Une colère brûlante et froide, qui lui broyait le cœur et le paniquait. Si jamais tu meurs… si jamais tu te fais tuer, sombre crétin… imbécile de sociopathe à la manque… si jamais tu… à cause de moi… parce que je n'ai pas été là… parce que je ne suis pas resté… si jamais tu disparais… Sois sûr que j'irai cracher sur ta tombe. Et pas un jour ne passera sans que je maudisse ta mémoire.

Mycroft l'observa à la dérobée. Mains qui tremblent. À peine. Léger tic à l'œil. Panique. Il se contient. Soupir. Il désigna la fenêtre :

- Sherlock est de l'autre côté de la rue. Au 3e étage.

- Chez Yuan.

- Oui.

L'aveu avait été murmuré. John serra les poings. Oh, bien sûr que je le savais ! Il ne voulait pas penser, ne voulait pas imaginer les raisons – la raison ! – pour laquelle Sherlock était tombé dans ce traquenard. Il la connaissait. Il ne voulait pas y penser. Il ne voulait pas penser non plus à… la nuit qu'ils avaient partagée. Il ne voulait pas imaginer les étreintes, les baisers et les caresses, l'expression du détective au moment de la jouissance… son abandon entre les bras de ce… de ce… salopard d'enfoiré de dragon ! Non. Il ne voulait pas. Ne serait-ce que parce que lui-même ne se sentait pas entièrement à l'aise avec le concept « d'adultère ». Sarah… Il se força à reprendre le contrôle. Le moment était mal choisi pour péter un plomb.

- Un visuel ?

- Aucun.

- Audio ?

- Faible, mais suffisant.

- Situation ?

- Sherlock est attaché. Sur le lit.

Sur le lit, pensa John. La panique menaçait. Mycroft enchaîna, sans pitié pour ses états-d 'âme :

- Yuan le tient en joue. On n'en sait pas plus.

- Ok. Vous avez envoyé une équipe intervenir sur le terrain ?

Il faut pénétrer dans l'appartement. L'abattre, s'il résiste. John pensait en homme de terrain et la réalité du terrain, c'était ça. Mycroft secoua la tête :

- Pas encore.

- Pas encore ? s'exclama Lestrade.

Ton grinçant. John eut un geste impatient :

- Vous êtes fou. Il peut abattre Sherlock à tout instant !

Mycroft recula légèrement :

- J'attendais…

- Vous attendiez quoi ?

Vous. J'espérais que vous… il ne savait même pas ce qu'il espérait. Il avait agi stupidement, c'était vrai : chaque minute comptait. Mais il n'avait rien voulu faire sans la présence de John.

- Ok. J'y vais, lança le médecin. Donnez-moi une arme. J'ai besoin de trois tireurs. Ça suffira.

Un bruit le fit sursauter. Dans sa poche. 'The phone rang.'

O°O°O°O°O°O°O

- 3e étage, 17 Floral Street, 8h33 -

- L'exposé va être rapide, lança Yuan tout en fumant. Tu avais presque toutes les pièces, Sherlock ; aussi, reconstituer le puzzle ne devrait pas prendre trop de temps.

Pause. Bouffée. Sherlock attendait, impatient, tendu comme la corde d'un arc. L'envie de savoir le disputait avec l'inquiétude de voir une arme chargée s'agiter sous son nez. L'envie l'emporta.

- Eh bien ?

- Tout est exact, comme je te l'ai dit. Hormis sur un point : Juan López n'avait contre moi aucun grief personnel. Son problème était d'un autre ordre.

- L'argent ? Il voulait faire main basse sur le réseau ?

- Oui… et non. L'argent, en effet. López a toujours été dépensier ; il avait des goûts dispendieux, de multiples conquêtes. Un train de vie haut de gamme.

Reniflement méprisant. Yuan reprit, balançant nonchalamment le révolver :

- Dealer de la cocaïne ne lui suffisait plus ; il voulait une plus grosse part du gâteau. Il savait que seul, il n'arriverait pas à m'éliminer. Et, alors qu'il nourrissait de tels projets… je ne sais pas exactement à quel moment, ni comment, mais… quelqu'un l'a contacté. Quelqu'un d'infiniment puissant, de redoutablement malin. Ce quelqu'un lui a proposé un marché : un gros chèque, en échange de son aide. Le plan était simple…

- … vendre la drogue à Anne Trumann. Provoquer sa mort pour te faire plonger.

- Oui, rétorqua Yuan, une lueur folle dans les yeux. Tuer cette idiote pour mettre la puce à l'oreille de sa mère, Meredith... et, tôt ou tard, te voir débarquer, toi, le grand Sherlock Holmes, au siège de Royal Chemical Industry. Tôt ou tard, tu m'aurais eu.

Sifflement.

- Très malin, murmura le détective.

Un léger rire lui échappa il fixa Yuan :

- Je crois savoir qui est derrière tout ça.

- Le fameux Monsieur « M », répondit le Dragon d'un ton froid.

- Il s'appelle Moriarty. James Moriarty.

Sourire supérieur :

- Si j'avais été toi, j'aurais évité de marcher sur ses plates-bandes, Yuan. Il ne joue pas dans la même cour que les minables dealers de cam'…

Avec satisfaction, il vit trembler la main qui tenait le révolver.

- Ce n'est plus important, à présent, souffla Yuan. Moriarty a perdu ; il n'agira pas.

Haussement de sourcils :

- Pourquoi ? Tu es encore en vie ; tu représentes un toujours obstacle pour lui.

- Tu oublies un détail : je te tiens. Il ne fera rien.

Par crainte de te voir mourir. Moue sceptique du détective :

- Puisque tu en es si sûr…

Oh que oui.

Sherlock remua, changeant de position. Crampes. Pire qu'avant. La migraine s'ajoutait à la nausée ; c'était déplaisant. Il continua de faire bonne figure :

- Tu ne m'as pas expliqué… comment as-tu compris que Meredith savait ?

- Simple, répondit le Dragon. Elle est venue me voir. Toute seule.

Eclat de rire.

- Tu te rends compte ? Je n'ai même pas eu besoin de lever le petit doigt pour m'apercevoir du danger. Elle est venue, un matin… elle m'a dit qu'elle avait un problème ; un sérieux problème. Elle ne voulait pas en parler dans les murs de l'entreprise. À cause de Kleber qui la harcelait sans cesse. Quand j'y pense ! Cet abruti a sans doute été la clef, le déclencheur.

Pause.

- Bref. Elle m'a proposé de venir chez elle, le soir même, pour parler. Je ne m'attendais à rien de particulier ; des ennuis personnels, la dépression… certainement pas ça. Je me suis rendu à Portobello Road. Nous avons bu un verre, et elle m'a tout expliqué. Après la mort de Anne, elle avait retrouvé une boîte d'aspirine dans sa chambre. Sans y penser, elle l'avait rangée dans la pharmacie. Et, le soir avant notre discussion, alors qu'elle avait mal à la tête… elle a pris une pilule. À voir son air paniqué, ça a dû être un sacré bad trip ! Enfin… le lendemain, elle a analysé la plaquette… avait découvert le pot-aux-roses. Cocaïne. Que devait-elle faire ?

- Elle voulait ton aide.

- Exact. Il fallait tout raconter, tout dévoiler. Aider la police à démasquer les trafiquants. Ne rien dire revenait à être complice par négligence. Mais d'abord, nous devions avertir la hiérarchie. Et le président directeur général.

- Tu as joué sur ses peurs.

- Bien sûr.

Le ton devenait de plus en plus exalté, satisfait :

- Elle ne voulait pas parler à Kleber ; pas après les avances odieuses qu'il lui avait faites. Elle ne voulait pas non plus perdre son travail, risquer un procès pour dissimulation de preuves… Je lui ai proposé de prendre les choses en main : Kleber m'apprécie ; je pouvais lui expliquer l'affaire sans problème.

Silence. Inspirations rapides. Sherlock se mordit la langue. Tout est limpide. Comment ai-je pu manquer ça ?

- J'ai fait croire à Meredith que j'allais téléphoner au directeur. Rien de plus facile : elle voulait tellement me croire ! J'ai joué la comédie tout du long ; j'ai tout révélé à une tonalité. J'ai raccroché en lui disant que Kleber allait prendre contact avec la police, et que je devais lui amener immédiatement la plaquette trafiquée. Meredith me l'a remise en me remerciant, tu penses bien ! J'ai empoché la boîte de cocaïne. Et puis, je lui ai conseillé de prendre un bain. Je suis sorti. Elle a fermé la porte à clef.

Sherlock eut une exclamation :

- Impossible ! Pour la tuer, tu as dû... comment es-tu rentré ?

- Par la fenêtre de la cuisine. Entrouverte.

- Il n'y avait pas de…

- Je sais effacer des traces, Sherlock.

Soupir. Yuan semblait se lasser du jeu :

- La suite, tu la connais. J'ai jeté le grille-pain dans la baignoire, pris les clefs et j'ai disparu. Les voisins n'ont rien vu, scotchés devant leur téléviseur, ou déjà endormis…

- Un coup de chance.

- Ou de génie.

Sherlock fit la moue. Tira sur les menottes. Le révolver était toujours dans la main du chimiste, mais le détective était bien trop satisfait d'avoir obtenu des réponses pour s'en soucier vraiment.

- Et maintenant ? demanda-t-il, pour la forme.

Le Dragon attrapa le téléphone de Sherlock, posé sur la table de nuit. Jeta un coup d'œil à sa montre. 8h46.

- Maintenant… il est de donner de tes nouvelles au monde extérieur. Je suis persuadé que le docteur Watson brûle de savoir ce que tu deviens.

O°O°O°O°O°O°O

- Planque, Floral Street, 8h47 -

'The phone rang.'

Doigts crispés sur le combiné. 'Sherlock is calling you.' Stupeur. Cœur emballé. Tremblements. John décrocha, porta le téléphone à son oreille :

- John Watson ?

Cette voix… douce… froide… Ecœurement.

- Oui.

- Sherlock est avec moi.

- Je sais.

Il y eut un silence. Un grognement. John tressaillit : visiblement, Yuan ne s'attendait pas à ce qu'il soit au courant. Lestrade lui fit un geste, chuchota :

- Faites-le parler. Gagnez du temps.

Hochements de tête. Anthea enregistrait déjà l'appel sur son ordinateur.

- Nous avons passé la nuit ensemble.

John étouffa un hurlement. Bordel… !

- Je… m'en doutais.

- D'après ce qu'il m'a dit, vous avez dû prendre du bon temps, vous aussi. Il a une opinion très tranchée sur une certaine… Sarah.

- Est-ce que… est-ce qu'il va bien ?

Rire feutré dans le combiné.

- Pour le moment.

Pause.

- Vous aimeriez le voir ?

- Si possible.

Sa voix. Elle tremblait. Beaucoup trop. Déglutition.

- C'est possible… mais il n'est pas vraiment en bon état.

Son cœur manqua un battement. La gorge sèche, il demanda :

- Co… comment ça ?

- Rien de grave. Venez. Seul.

- D'accord.

Silence. Il y avait un sourire cruel dans la voix qui reprit :

- Aucune arme. Et précisez à Mycroft – je suis sûr, vue la situation, qu'il doit se trouver près de vous – qu'aucun micro ou caméra ne sera toléré.

- Très bien. Autre chose ?

- Vous devez me prendre pour un fou, pas vrai ?

Murmure.

- Les services secrets sont probablement en planque au coin de la rue… sans parler du Yard. Vous pensez sans doute que je ne pourrais pas tenir, que je devrais me rendre, que je serais jeté en prison ?

John ne répondit rien ; le Dragon, à l'autre bout du fil, poursuivit :

- Oui… peut-être suis-je fou. Seulement, c'est moi qui ai Sherlock. Aussi…

John déglutit, en sueur.

- Venez. Je vous attends.

O°O°O°O°O°O°O

- 3e étage, 17 Floral Street, 8h51 -

Yuan s'avança vers lui, prédateur. Un genou sur le matelas, une main posée contre le mur, à côté de sa tête. Il lui caressa la joue avec le canon du révolver. Métal. Glacé. Mordit sa gorge.

- Ton médecin sera là d'un moment à l'autre… tu n'es pas heureux ?

- Il s'appelle John.

La bouche parcourait sa peau. Nausée. Il se sentait si mal… faible… les descentes sont toujours pires. Son organisme éliminait les derniers restes d'ecstasy. Désagréable. Que John le voit dans cet état, après tout ce qu'il avait fait… à cette idée, les nausées empiraient. Le chimiste suivait son raisonnement :

- Que va-t-il dire, chuchota-t-il à son oreille, que va-t-il dire lorsqu'il verra ce que tu as fait… lorsqu'il comprendra qu'il avait raison. Tu as minaudé, Sherlock… et tu as couché avec moi…

Il l'embrassa. Fort. Sherlock ne lutta même pas : attaché, sans possibilité de mouvement… se débattre est une perte de temps. Il ne répondit pas. J'espère juste que John…

- Tu crois qu'il voudra encore de toi ? interrogea le Dragon en se relevant.

Il lissa un pli imaginaire sur son pantalon. 'Somebody knocked on the door.'

O°O°O°O°O°O°O

- Planque, Floral Street, 8h52 -

- Ce type est foutu ! Il sait que nous sommes là. Il est seul, acculé… presque dos au mur. À quoi il joue ?

Lestrade faisait les cents pas, rageur. L'inaction le rendait fou. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était regarder John traverser la rue, l'imaginer monter les trois étages… et après ? Qu'est-ce qu'il peut faire ? Seul, sans armes… sans rien. Bordel de merde ! Adossé contre le mur, Mycroft avait fermé les yeux, pâle. Il passait et repassait les différentes options dans sa tête, pour arriver sans cesse à la même conclusion : agir était impossible. Même passer par l'escalier de secours, à l'insu de Yuan, relevait du suicide. Quant à entrer en force en défonçant la fenêtre, mieux valait ne pas y penser : coincé, le Dragon n'aurait qu'une option. Tuer. Et il n'hésiterait pas.

- Et faire venir John ! continua Lestrade. Pourquoi faire ? Je ne comprends pas. Il n'a pas eu d'autres exigences, n'a pas demandé un véhicule, de l'argent, l'immunité… le genre de chose qu'on veut obtenir en prenant un otage !

- Ces choses-là ne l'intéresse pas, répondit Mycroft en ouvrant les yeux.

- Il aurait pu se servir de Sherlock pour s'enfuir… demander un hélicoptère… n'importe quoi. Il sait qu'on aurait accepté.

- Je ne pense pas qu'il veuille s'enfuir.

- Quoi, alors ?

Rapide coup d'œil à Anthea ; Mycroft savait qu'elle comprenait. Elle savait ce qui lui faisait peur.

- Je pense, dit-il lentement, qu'il va se rendre.

- Vraiment ? Pourquoi ça ? Quel avantage de…

- Il va se rendre, acheva Mycroft. Mais d'abord, il les tuera.

Oui. Ça te ressemble bien. Tu as toujours été un prédateur, un dangereux enfoiré.

O°O°O°O°O°O°O

- Escaliers de service, 17 Floral Street, 8h52 -

En haut des marches, elle inspira un grand coup. Ok. On y est. 3e étage. Discrétion, rapidité. Il faudrait crocheter la serrure, s'introduire dans l'appartement sans être vue. Simple. Et après, tirer. Le plan ne lui posait aucun problème : la crainte d'être vue n'entrait pas en ligne de compte. Elle serait invisible. Au pire, Holmes y passerait. Le patron serait contrarié, mais... c'est ce qu'on appelle des "dommages collatéraux". Elle ouvrit sans problème la porte de service. Des pas dans la cage d'escalier la firent reculer ; elle se cacha derrière le battant. Le docteur Watson, en sueur, livide, déboucha sur le pallier. Frappa à une porte. Verrou. Le canon d'une arme apparut dans l'embrasure ; le docteur entra, disparut.

Soupir. Les choses se compliquaient. Décidément… Moriarty ferait mieux de prendre garde de ses exigences envers ses employés.

O°O°O°O°O°O°O

- 3e étage, 17 Floral Street, 8h53 -

- Passez devant. Que je vois vos mains.

Yuan le poussa sans ménagement. Coup de crosse dans le dos. Douleur. John serra les dents. Fit volte-face. Tenta une prise. Il attrapa le poignet du chimiste, déviant le canon du révolver. Après tout… ça ne peut pas être pire que l'Afghanistan. Il ne s'était pas battu depuis un moment, mais était encore en bonne forme physique et avait tout ses chan…

Le Dragon se contorsionna, le jetant au sol avec une facilité déconcertante. Rire. Le révolver toujours pointé sur lui :

- Vous croyez vraiment… qu'on n'apprend pas à se battre… dans la mafia chinoise ? Demandez à Sherlock. En sept ans, j'ai eu le temps d'affiner ma technique.

John ne répondit pas. Souffle court. Son adversaire l'avait écarté si aisément… !

- Relevez-vous.

Il obtempéra. Lenteur.

- Tournez-vous.

Cliquetis. Menottes.

- Je savais bien qu'elles serviraient. Au moins, vous vous tiendrez tranquille.

Pause.

- Alors c'est ça, le si merveilleux John Watson ? Je m'attendais à mieux. Vous n'avez rien d'exceptionnel.

John se retint de lui cracher au visage. Il demanda, d'une voix blanche :

- Où est Sherlock ?

- Juste à côté. Il vous attend.

Regard brûlant ; Yuan repoussa une mèche de cheveux noir, se mordant la lèvre :

- La douceur de sa peau est incomparable, au réveil. Un délice. Mais ce n'est rien comparé à la fougue de ses cris, lorsqu'il est pénétré…

Il s'approcha de John, le révolver contre sa tempe. Susurrement.

- En profondeur. Prêt à jouir au moindre coup de reins. Suppliant et gémissant. Vous savez sûrement de quoi je veux parler, John… ?

La rage montait en lui, incontrôlable. Les menottes s'enfonçaient dans ses avants-bras tendus ; il tremblait de colère. De jalousie. Et de dégoût.

- Je. Veux. Voir. Sherlock, grinça-t-il durement.

- Bien sûr, sourit le Dragon. C'est par là.

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- Planque, Floral Street, 8h54 -

Lestrade, assis sur une chaise, la tête entre les mains. Mycroft, adossé au mur, les yeux fermés. Anthea, devant ses écrans, muette. Ils attendaient. Il n'y avait que ça à faire. Les micros diffusaient les brides éparses des conversations. Mauvaise qualité. Et toujours pas de visuel.

Sally Donovan était arrivée, quelques minutes auparavant. Alertée par les textos de Lestrade. Qui, visiblement, l'avaient tirée du lit. Elle avait maugréé quelque chose à propos de ses jours de congés et des détectives-consultants insupportables ; le regard de l'inspecteur l'avait arrêtée. Seuls les mots « prise d'otage » étaient sortis. L'absence de John avait parlé d'elle-même. Elle avait compris. Depuis, elle aussi attendait. Jamais elle n'aurait pensé être si inquiète pour le taré et son trop patient colocataire.

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- Devant la porte du 3e étage, 17 Floral Street, 8h55 -

Epingle à cheveux. Son chignon se défaisait sur ses épaules. Serrure. Elle tourna lentement, se mordant la lèvre. Un cliquetis métallique. Bingo ! Adler tourna la poignée, satisfaite. Sortit l'arme de son étui. Vigilance constante. La porte s'ouvrit, sans un grincement. Elle entra.

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- 3e étage, 17 Floral Street, 8h55 -

Le Dragon savourait l'instant. Il poussa le médecin dans la chambre, le faisant trébucher. Sherlock releva la tête. Exclamation. Pas de cris. Pas de larmes. Rien. Ils se fixaient, yeux dans les yeux. On y lisait l'urgence de l'action, les possibilités d'agir, le stress et l'inquiétude. Passé le premier choc, John s'était rapidement repris. Il évitait de penser que Sherlock était… attaché à ce lit… nu… l'air trop vaseux pour être clean Il évitait d'analyser l'odeur lourde, fauve, qui flottait dans la chambre. Une odeur… de sexe… violent… et dur. Non. D'abord, on sort d'ici. Les sentiments venaient après.

Sherlock, lui, repoussait le déchirement, la nausée. Il évitait de remarquer le rouge à lèvres sur le col de chemise de John… le rouge à lèvres… écarlate… elle a posé ses lèvres sur lui. Elle l'a embrassé… l'a caressé… Il évitait de noter les cernes sombres sous les yeux… il n'a pas beaucoup dormi… ils ont fait l'amour… il l'a fait jouir… et il a joui en elle. Non. Pour l'instant, pas de déductions.

- Que voilà un charmant tableau… souffla Yuan. Le grand Sherlock Holmes, et son fidèle comparse, le docteur Watson.

Il leva le révolver :

- J'aurais vraiment aimé que ça se passe autrement… cependant, vous comprendrez, je pense, que je n'ai pas d'autre choix.

Regard navré au détective :

- Ne me regarde pas comme ça, Sherlock. Ton frère m'attend dehors, je le sais. Et… l'inspecteur Lestrade, je pense. Ils m'auront. Mais ça ne fait rien. J'ai suffisamment de contacts pour être sûr de sortir de prison dans l'année. Ou de ne jamais y entrer.

- Tu es fou, gronda Sherlock.

- Oui… d'ailleurs, c'est peut-être ce que je plaiderai, au tribunal. La folie.

- Qu'est-ce que tu vas faire ?

Yuan enfonça le canon dans les côtes de John. Tressaillement.

- Rien de plus que ce que j'aurais dû faire… il y a sept ans.

Regard dur.

- Tu es parti, Sherlock. Tu m'as laissé. À Qingdao.

- Mycroft ne m'a…

- Je sais. Tu n'y étais pour rien. Mais je me suis retrouvé seul. Abandonné. Abandonné, tu sais ce que ça signifie ? Tu étais à moi ; tu m'appartenais, et tu es parti. J'aurais pu te suivre. Je ne l'ai pas fait.

Pause.

- Non… en fait… j'aurais dû te tuer, avant que tu ne t'envoles. Mort, tu n'aurais pas pu t'enfuir.

Sherlock baissa la tête, la peur au ventre. John… l'arme contre John… si jamais… La folie du chimiste se frayait un chemin dans son esprit. C'est ma faute. Encore une fois. Si je n'étais pas… si je n'avais pas… Désespoir. Yuan jubilait :

- Ne t'inquiète pas. Tu mourras en dernier.

Coup de crosse à l'arrière de la tête. John tomba lourdement sur le matelas. Grognement de douleur. Le Dragon s'avança, visa la tête :

- D'abord, je vais t'enlever la personne qui t'appartient. Comme ça, tu verras ce que ça fait.

'Just one gunshot.'


C'est tout pour aujourd'hui... je suis au regret de vous l'annoncer. Comment avez-vous trouvé ce chapitre, fort en rebondissements et en révélations ? Je suis curieuse de connaître vos avis et impressions. (pas trop envie de m'envoyer une ptite bombe... ou quelque chose de pire ? lol)

L'épilogue suivra bientôt, ne vous inquiétez pas. Après... ce sera malheureusement la fin de cette aventure. Mais je compte bien vous en concocter de nouvelles ! ^^ En tout cas, merci à vous, qui m'avez lue et/ou reviewée : je suis toujours très heureuse d'écrire pour vous. Quelques indices pour l'épilogue : ambulance, morgue, déménagement, remerciements. Des idées ? (happy end, ou non... ? je garde le suspens... *niark* ^^)

À très bientôt et plein de bizzz ! =)