Bonsoir à toutes et à tous ! Eh oui... nous arrivons ce soir au terme de cette histoire. L'épilogue qui suit devrait répondre à toutes vos angoisses-interrogations-fristrations-envies... du moins, je l'espère.
Pour les mots-indices du chapitre précédent : c'est drôle... à "déménagement", tout le monde (enfin, ceux qui m'ont reviewée...) a imaginé le pire. Êtes-vous sûrs que Sherlock et John vont se séparer...? (peut-être que oui, peut-être que non...) Enfin bref, la réponse se trouve ci-dessous. ^^
Merci à vous tous : ceux qui m'ont lu, ceux qui m'ont reviewée, soutenue, encouragée, ou qui sont juste passés par curiosité... sans vous, cette histoire n'aurait sans doute pas été menée à terme !
Sur ce... assez de blabla. Je vous laisser lire. Bonne lecture !
Post-enquête : le Lóng dans l'Hadès.
- Hôpital, 9h43 -
- Lâchez-moi.
- Sherlock. Tu feras ce check-up.
- Je vais bien. Il ne m'a pas tiré dessus. Je n'ai rien pris.
- À part de l'ecstasy, évidemment. Arrête de te débattre, ou je leur demande de t'attacher.
Le détective se laissa retomber sur la chaise, vaincu. "Attaché", vraiment. Tu aurais pu trouver mieux. J'en ai assez de… Mais Mycroft ne cèderait pas. Pas quand il a un sourcil levé, et cette expression insupportablement satisfaite. Infirmières et médecin s'affairaient. Tension, pouls, examen minutieux – en boxer sur sa chaise, il avait l'impression que son corps était passé au scanner, et c'était extrêmement humiliant. Prise de sang – pour analyses toxicologiques.
- Tu n'y couperas pas, murmura Mycroft tandis ce que l'aiguille s'enfonçait dans son avant-bras.
- Je dois lui parler.
- Tu restes là.
- Mais il…
- Là. Pas bouger.
Moue et grognement. De mauvaise grâce, il souleva le bras pour permettre à l'infirmière de nouer un bandage. La fiole de sang était déjà partie dans un laboratoire quelconque. John. Il ne pensait qu'à lui. À son expression, lorsqu'il était entré dans la chambre et l'avait découvert, menotté. Comme si je venais de le poignarder. À son self-contrôle, alors que Yuan les menaçait. Il venait me sortir de là. Comme toujours. À sa douleur, quand il avait compris qu'ils allaient mourir. Ensemble. Nous serions morts ensemble.
Et puis… le coup de feu, venu de nulle part. En pleine tête. Sang sur le mur, projection vers l'avant. Le tir venait du couloir, à un angle de… Il secoua la tête. Yuan s'était effondré sur le lit. Révolver au sol. Il était mort. Mort. Etait-ce de la tristesse qu'il éprouvait ? Je ne sais pas. À quoi est-ce censé ressembler ? C'était prenant, piquant et désagréable. Un peu comme une coupure mal refermée, suintant à chaque mouvement. Un peu comme ce que j'ai ressenti à la mort de Père. Rien à voir cependant avec l'abattement, le désespoir tranchant qui l'avait envahi après sa dispute avec John. Lorsque Yuan s'était effondré… j'ai eu envie de… de quoi ? De pleurer. Le choc lui avait coupé le souffle ; et puis… c'était tout. Ce n'est pas vraiment du chagrin. Juste la fin d'une époque. Le détective préférait ne pas trop fouiller ses sentiments. Pas maintenant. La seule chose sûre, c'était le sentiment de soulagement, en sentant John contre lui. Sur le lit. Après le coup de feu. Ils n'avaient rien dit. Ils s'étaient contenté de respirer, essoufflés. D'attendre Lestrade. Le Yard n'avait pas tardé, suivi par Mycroft et son assistante. On les avait détachés, emmenés dans une ambulance. Le cadavre de Yuan suivait. Aucune trace du mystérieux tireur. Il n'appartient ni à la police, ni aux services secrets. La voix de Mycroft le tira de ses pensées.
- Tu penses au sniper ?
- Hm.
- Tu sais pour qui il travaillait.
- Oui.
Moriarty. Hypothèse confirmée par l'étrange réaction de l'inspecteur : visiblement, Lestrade avait été persuadé avoir reçu de l'aide. Par texto. Mon aide. Alors que j'étais complètement… dans le cirage. Mais Sherlock ne se l'avoua pas : il essayait de ne pas cataloguer la nuit passée comme un échec ou une erreur ; c'est plutôt un… contretemps. Il revoyait l'expression de l'inspecteur, lorsqu'il avait nié avoir envoyé ces messages ; étonnement… inquiétude… colère. Le détective avait sourit. Moriarty. Il croyait savoir pourquoi. Lestrade, cependant, n'avait rien ajouté, préférant maugréer quelque chose à propos de la chance qu'ils avaient eu de s'en sortir vivants. Sherlock ne pouvait s'empêcher de trouver la situation cocasse : Moriarty, lui venir en aide ! Allons donc… Une blouse blanche entra, des relevés à la main. S'adressa à Mycroft :
- Il n'a rien. Juste de l'ecstasy. Elle sera éliminée complètement dans la journée. Aucune dépendance ne devrait subsister.
- Bien. Fixez un rendez-vous. Mardi prochain. 9h30.
- Mycroft, je n'ai pas besoin d'un rendez-vo…
- Vous lui ferez une nouvelle prise de sang. Pour confirmer.
- Bien, Monsieur.
Le docteur s'en alla, son dossier sous le bras. Mycroft se tourna vers son frère :
- Sherlock. Tu iras. Point barre. Mère sera rassur…
- Oh ! La barbe, avec Mère !
Agacé, impatient, Sherlock se leva. Avisa son pantalon, posé sur le lit. L'enfila. John. Je dois parler à John. Il ne l'avait pas revu depuis l'ambulance ; les divers examens s'étaient déroulés séparément. Il faut que je sache… ça devenait impératif. Voir John. Parler à John. Mettre les choses à plats. Vite.
- Je peux y aller ?
- Tu peux.
Exaspération.
- Où est ma chemise ?
- Restée à Floral Street.
- Ah. Et mes chaussures ?
- Pareil. Tu étais sans doute trop perturbé pour t'en rendre compte.
- Probablement. Le fameux état de choc, rétorqua le détective, sarcastique.
Il ouvrit la porte. Lança un regard perçant à son frère, qui sortit quelque chose de sa poche :
- Attends… tiens. Tu le rendras au docteur Watson.
Son téléphone. Hochement de tête. Mycroft plissa la bouche :
- N'agis pas comme un idiot, cette fois.
Reniflement hautain. Je ne suis pas idiot. Sherlock fit volte-face. Et s'en alla sans un merci.
O°O°O°O°O°O°O
- Morgue de l'hôpital, 10h02 -
John attrapa la blouse, sur la patère. L'enfila. Le légiste venait de partir ; la morgue était vide. Il fallait… je dois voir. Etre sûr. Il s'avança ; les portes automatiques s'ouvrirent. Carrelage blanc, lumières crues. De longues tables de métal, propres. Sur la gauche, une rangée de portes carrées. Chambres froides. Il faisait glacé. John enfouit ses mains dans les poches de la blouse. Quelques pas. Au fond, une table occupée. On vient de le descendre. Ils ne vont pas tarder.
Il s'arrêta devant la table d'autopsie. Un drap blanc la recouvrait. Ses mains tremblaient ; il découvrit le corps. Livide. Lèvres entrouvertes, paupières closes. Les cheveux noirs s'éparpillaient sur la table. À l'arrière, on devinait l'impact de la balle, nichée dans le cerveau sans ressortir. C'est fini. Il est mort. Bien mort. John soupira. Soulagement. Puis colère. Cet homme… par lui, tout avait commencé ; tout avait failli finir. Ce qu'il a fait à Sherlock, c'est… cri silencieux. Une voix prit la parole : … c'est ta faute, John. Si tu n'étais pas parti… si tu n'avais pas crié, sur un coup de tête… Sherlock n'y serait pas retourné. C'est ta faute. Il baissa la tête, impuissant. Un sanglot crispé montait dans sa gorge, sans en sortir. Il s'en voulait trop pour pleurer. Et maintenant… ? Qu'est-ce que je vais lui dire ? Rentrer à Baker Street, simplement ? Oublier tout ça ? Oublier les cris, les scènes, les soupçons… oublier que j'ai couché avec Sarah, que c'est moi qui ai provoqué la…
Il se passa une main sur le visage. Sarah. Qu'est-ce que je vais lui… ? Il revoyait encore son visage, au réveil ; l'expression si douce, si timide qu'elle avait eue, quand elle avait demandé… Je lui ai dit que je l'aimais… je lui ai fait une déclaration… j'ai couché avec elle… Pas vraiment le genre de comportement qui ne portait pas à conséquence. Soupir. Impression d'impuissance, d'étouffement. Pensées qui tournaient. Est-ce que je l'aime ? Aucune réponse. Se voyait-il réellement aménager avec elle, fonder famille et foyer ? J'ai toujours voulu des enfants. C'était vrai avant qu'il parte en Afghanistan ; c'était vrai à son retour à Londres ; c'était vrai avant son emménagement à Baker Street. Ça restait vrai maintenant. Et Sherlock ? Qu'est-ce que je vais…
O°O°O°O°O°O°O
- Couloir de l'hôpital, 10h03 -
Carrelage froid sous ses pieds. On le dévisageait avec curiosité, ce qu'il ignorait superbement. Sans chemise, chaussures, ni chaussettes ; il cherchait John. Ou plutôt, il savait où le rejoindre. Il tourna à l'angle d'un couloir, suivant une indication, contre le mur. Descendit des escaliers, débouchant dans un hall désert. Ce n'est plus très loin.
Inspiration. Bien. Que vas-tu faire ? Jouer aux questions-réponses avec lui-même convenait parfaitement à la situation.
Je vais lui parler.
De quoi ?
De…
Il a couché avec Sarah. Tu as vu son expression. Dans l'ambulance.
Oui. Quand l'adrénaline est retombée. Il avait le regard fuyant, les mains qui tremblaient. Il a couché avec cette punaise.
Tu es en colère ?
Pause. En avait-il seulement le droit ?
Je suis aussi fautif que lui.
Non. Toi, tu es…
Silence. Je suis fautif. Pour une fois, il faut bien reconnaître les torts.
Il y a eu cris. Dispute. C'est un facteur d'excuse.
Non. Il n'y a aucune excuse.
Ce constat le crispa, l'inquiéta. Aucune excuse, hein ? Comment rattraper les choses, alors ? Le relationnel était décidément une science bien trop abstraite, à l'image de ces nouvelles théories en astrophysique, ne reposant sur rien d'autres que de vagues hypothèses. C'était ennuyeux.
Alors ? Que vas-tu faire ? insistait la partie rationnelle de son esprit, celle qui voulait savoir, à tout prix.
Soupir. Je vais faire comme d'habitude. Je vais…
'The phone rang.'
Ce n'était pas sa sonnerie. Quelque chose de moins… incisif. Vibrations dans sa poche. Le téléphone de John. Il le sortit. Observa. L'ouvrit. Répondit, dans un murmure.
- Oui.
- Oh, John ! Mon Dieu ! Je viens de voir… on en parlait aux infos… Floral Street, n'est-ce pas ? Ils disaient... une prise d'otage et de… oh mon Dieu ! Dis-moi que…
- John va bien.
Silence interloqué. Il sentait Sarah trembler, à l'autre bout du fil.
- Qui… qui est là… ?
- Moi.
- Sherlock ?
Il ne répondit pas.
- Pourquoi… pourquoi avez-vous le téléphone de… ?
- J'allais le lui rendre.
- Je veux lui parler.
- Il n'est pas avec moi.
Silence. La voix de la jeune femme devint dure. Froide.
- Tout ça… c'est votre faute, encore une fois.
Instant d'hésitation : nier, clore le dialogue par une remarque acerbe ? Non…
- Je sais.
- Vous l'avez… vous l'avez poussé à partir… vous avez été abject ! Même pas capable de voir à quel point il… même pas capable de…
- Je sais.
Elle inspira, sans se rendre compte des aveux, toute entière à sa colère :
- Nous avons couché ensemble. Il ne reviendra pas à Baker Street.
Le cœur de Sherlock rata un battement.
- Je sais.
Il raccrocha. 'Dial tone.'
O°O°O°O°O°O°O
- Morgue de l'hôpital, 10h06 -
'The phone rang - Sarah is calling you'. Sherlock ne répondit pas, se contentant de mettre l'appareil sur silencieux. Les portes automatiques s'ouvrirent. Température fraîche sa peau se hérissa.
- Je savais que tu seras ici.
Sursaut cri de surprise. John fit volte-face. Sherlock ! À l'entrée de la morgue. En pantalon. Sans chemise, ni chaussure. Le détective s'approcha, le rejoignit. Jeta un coup d'œil au cadavre de Yuan. Réprima un frisson. Immobile, livide, sanglant… Rabattit le drap. Soupir.
- Tu voulais constater sa mort par toi-même ?
- Et pourquoi pas ?
John se mordit la lèvre ; sa voix sonnait un peu trop comme une mise au défi. Mais il n'arrivait pas à oublier que… Sherlock et ce type…
- Arrête, John. Il est mort.
- Je sais.
Silence. Sherlock se balançait, d'un pied de l'autre. Le docteur tentait de réprimer un agacement qui enflait. Il voulut donner le change, sautant sur la première phrase qui passait :
- Tu sembles prendre ça plutôt bien.
- Quoi donc ?
Grincement de dents. Ce type ne comprend jamais rien, en dehors de ses déductions maniaques ! C'est infernal… Le médecin désigna le cadavre :
- Ça. Le fait qu'il soit mort.
- Oh. Comment suis-je censé prendre ce fait ?
Mouvements de bras impuissants, irrités :
- Mais je ne sais pas moi ! Tu pourrais… réagir en humain, tiens, pour une fois, ça changerait !
- Mon manque de réactions humaines ne t'a jamais dérangé, jusque-là.
- Bordel, Sherlock ! Tu as couché avec ce type ! Tu t'es envoyé en l'air avec lui, la nuit passée – ne nie pas, surtout, ne nie pas ! – et tu es là, à le regarder avec un œil impassible, comme si c'était une simple tranche de steak au rayon boucherie !
Sherlock reprit la phrase lentement, emmagasinant les données :
- Une… tranche de steak au rayon boucherie ?
- Exactement. Ça ne te fait rien ?
- Pas vraiment.
Plutôt mentir que d'avouer une faiblesse. Selon sa logique, avouer que la mort de Yuan le… comment dire ?... le touchait – même si le terme était inadéquat – n'aurait fait qu'énerver davantage John. Evidemment, le brillant détective avait faux sur toute la ligne.
- Tu… tu ne ressens… rien ?
- Non.
John était abasourdi. Tu as couché avec… tu as vécu des choses avec lui… vous aviez un passé commun, une relation et… tu ne ressens rien, alors qu'il est…
- Et si ça avait été moi ? Tu aurais ressenti quelque chose ?
La question était sortie toute seule, trop rapide pour qu'il la retienne. Sherlock le considéra gravement :
- Ce n'est pas toi.
- Mais, imagine un peu. Si j'étais étendu là, la tête éclatée, pâle comme un linge… tu ressentirais quelque chose ?
Est-ce que tu ressens seulement quelque chose pour moi ? Ou est-ce que j'ai simplement rêvé… après tout, Sherlock ne lui avait jamais réellement fait part de ses sentiments.
- Je…
La voix du détective, suspendue entre eux, hésitait. Il retournait la question, l'examinait, cherchait une faille, une imperfection qui permettrait d'éluder ce qu'il se savait incapable de dire. Si ça avait été toi, John… déglutition.
- Je ne sais pas.
- Tu ne sais pas ?
Un silence de plomb les enveloppa. Il ne sait pas. Inspiration.
- Bien. Tu ne sais pas ce que tu ressens pour moi. Bien.
Je n'ai pas dit ça. Les mots ne sortirent pas ; Sherlock se contenta de baisser la tête. John continua :
- Et maintenant, je suppose que…
- Nous rentrons à Baker Street.
- Oui. J'ai des choses à régler.
Pause. La gorge du détective se serrait. John ne le regardait pas ; il ne le regarderait plus. C'est fini.
- Tes affaires sont encore là-bas, murmura-t-il. Je n'ai pas brûlé le fauteuil. Ce n'est pas l'envie qui manquait.
- Trop aimable. Tu t'en sortiras, avec le loyer ?
- Je pense.
Nouveau silence ; les mains de John tremblaient. Il devait… chercher un nouvel appartement. C'est lui qui quitterait Baker Street ; pas Sherlock. Seul, le médecin n'envisageait pas de garder leur logement ; pas assez de moyens financiers. Pas envie de ressasser les souvenirs.
- Où vas-tu aller ? demanda le détective d'une voix sourde.
- Je ne sais pas encore. Je vais trouver quelque chose. Je pourrais sûrement laisser mes cartons dans un garde-meuble, le temps de…
Il fit demi-tour, prêt à sortir. Tout, plutôt qu'il me voie m'effondrer. C'était fini. Sherlock Holmes sortait de sa vie.
Le détective l'arrêta. Sortit un téléphone de sa poche.
- Tiens. Tu l'avais oublié dans la planque ; Mycroft me l'a donné.
- Merci.
John prit l'objet un instant, leurs doigts s'effleurèrent. Juste un instant.
- Je vais… hésita-t-il. Je vais y aller. Il faut que je contacte des déménageurs. Que je trouve un hôtel en atten…
- Sarah a téléphoné. Sur ton portable. Elle sera sans doute d'accord de t'héberger.
Oh. Sarah. Le cœur du médecin s'alourdit.
- Nous avons parlé, continua Sherlock d'un ton monocorde.
Apparemment, il n'éprouvait aucune pitié pour John. Le docteur en fut blessé :
- Ecoute… je sais ce qu'elle t'a dit. J'ai… j'ai couché avec elle, c'est vrai, mais je… bon sang, Sherlock ! Je mentirais si je disais que je n'ai pas voulu ce qui s'est… mais j'étais en colère !
- Tu as couché avec elle.
- Oui, mais je… et toi aussi, tu as…
- Tu as couché avec elle, répéta lentement le détective. Mais ce n'est pas ce que Sarah m'a dit. Ça, je le savais déjà.
Pause. John s'étrangla presque :
- Tu… tu savais ? Comment pouvais-tu… ?
Bonjour la confiance.
- Je savais. Je t'en ai voulu.
- Mais…
Sherlock se tourna vers lui, l'interrompit :
- Je n'ai pas le droit de t'en vouloir. Je sais.
Frisson. Jamais il n'avait paru si froid, le regard lointain. Murmure :
- Je suppose que… enfin, je crois supposer… je ne suis pas vraiment expert dans le relationnel… bref. Je pense que nous avons agi de la manière la plus logique, étant donné les circonstances. Mais ça n'excuse rien.
- Logique ? Sherlock, pour toi, il est logique de s'envoyer en l'air à la première dispute venue ?
Le détective ne répondit pas ; il ne savait pas. La vérité, c'était qu'avec John – avec toutes les nouvelles inconnues que John faisait entrer dans l'équation –, il savait de moins en moins de choses. Le médecin secoua la tête, vaincu. Fit quelques pas.
- Bon. Je rentre. Je partirai dans la journée.
Silence. 'The phone rang.' Dans sa main, le téléphone vibrait. Sarah. John voulut répondre ; une phrase l'arrêta.
- J'aurais été sur la table d'à côté.
Arrêt. Le smartphone vibrait toujours.
- Pardon ? Qu'est-ce qu…
- Si tu avais été étendu… abattu… dans cette morgue… j'aurais été sur la table d'à côté.
Une balle dans la tête, plutôt que te perdre. John suivit le même raisonnement. Etonnement, bouche ouverte. Demi-tour.
- Sherlock...
Attrapa le détective par les épaules. Le força à relever la tête. Les pupilles n'avaient jamais paru si claires. Larmes ? Presque. Vibrations. Sarah insistait.
- Tu devrais répondre, conseilla Sherlock d'une voix neutre.
- Répète ce que tu as dit.
- Sarah s'impatiente. Tu devrais rép…
- Au diable Sarah !
D'un mouvement violent, John balança le téléphone contre un mur. Craquement. L'appareil s'écrasa au sol, l'écran fissuré. Quelques touches roulèrent sur les catelles blanches. Plus de vibrations. Le médecin raffermit sa prise sur les épaules de Sherlock. Ordonna.
- Répète. Ce. Que. Tu. As. Dit.
- Je…
Regard au sol.
- J'aurais…
Déglutition. Il ne voulait pas se sentir faible. Ennuyeux. Inutile. Mais c'était pour John. Pour garder John.
- J'aurais voulu… être à tes côtés. Sur cette table d'autopsie. Si tu étais mort. Je serais mort avec toi.
Il n'a pas dit les trois mots. Pourtant, cette phrase valait toutes les déclarations. Il ne se laissa pas immédiatement aller à la joie, préférant s'assurer de la clarté de la situation.
- Si je comprends bien… tu veux que je reste. À Baker Street.
- John. Tu es lent.
Ah non ! Je ne te laisserai pas t'en tirer avec une pirouette. Assume tes paroles et dis ce que tu penses, pour une fois.
- Tais-toi. Réponds. Tu veux que je reste. Non ?
- Oui.
- Même si j'ai couché avec Sarah.
Cillement.
- Oui.
Sherlock inspira. Il y avait autre chose à ajouter.
- Et pour… Yuan, dit-il d'un ton lent. Je voulais… m'excuser. Agir comme je l'ai fait était… stupide et totalement immature.
- On dira que… c'était une erreur de parcours, répondit John en souriant. Le genre de choses qui arrive aux gens normaux.
Même si toi, tu es exceptionnel. Ses mains retenaient toujours les épaules du détective. Il s'approcha de lui, soufflant dans son cou :
- Et puis… on dira aussi qu'on est quitte.
Nous avons fait des erreurs. Tous les deux. Sherlock acquiesça. Oui. Quitte. C'était mieux comme ça.
Tout à coup, les mains du médecin quittèrent ses épaules nues. Ses bras s'enroulèrent autour de son corps. L'enlacèrent. John le serrait avec force. Il tremblait.
- Sherlock… j'ai vraiment cru que tu…
- Je sais, coupa le détective.
Moi aussi, j'ai cru. La mort n'était pas passée loin. Il lui rendit son étreinte. L'embrassa, coupant cours aux paroles inquiètes, aux doutes. Si bon... puissant. Lèvres, bouches, mains… doigts enfouis dans les cheveux… le torse nu du détective, contre John… baisers, jusqu'à en perdre halleine.
O°O°O°O°O°O°O
- Devant la porte de la morgue, 10h41 -
Lestrade s'avançait à grands pas, pestant dans sa barbe. Où sont-ils ? C'est quand même pas sorcier d'éviter de disparaître avant une déposition… ! Quelques mètres derrière, Sally Donovan, des dossiers à la main. L'inspecteur arriva devant la porte de la morgue, jeta un coup d'œil avant d'entrer. Le dernier endroit où je n'ai pas cherché. Il manqua de s'étouffer. Là, au milieu des tables d'autopsie…
Il fit brusquement volte-face. Attrapa Sally par les épaules :
- Donovan. On y va.
- Quoi ? Mais , chef, on n'a pas regardé dans la m…
- Ils ne sont pas là.
- Vous êtes sûr ? C'est le seul end…
- Il n'y a rien, Sally !
Souffle court. Elle le dévisagea, intriguée. Lestrade plaqua un sourire sur son visage :
- Ecoutez… on va gentiment aller attendre à la cafeteria. Je vous paie un verre. Ils vont bien finir par réapparaître. Au pire, je les convoquerais au Yard. On l'aura, cette foutue déposition !
Elle le suivit, perplexe.
O°O°O°O°O°O°O
- 221b Baker Street, 00h03 -
John dormait. Paisible. Il serrait Sherlock contre lui, possessif, un bras autour de sa taille, la tête enfouie dans son cou. Leurs corps nus sentaient la sueur, le musc. Le sexe. Le détective sourit. Ça avait été… fabuleux. Et le mot est faible. Sentir John le posséder… sentir ses caresses douces, tendres. Les mots de Yuan avaient effleuré sa mémoire : « Réponds, Sherlock… est-ce qu'il te baise comme ça… ? » ; son sourire s'élargit. Non. John ne le baisait pas comme ça. Il me baise infiniment mieux.
Il était heureux ; plus qu'il ne l'avait jamais été. Les blessures mettraient du temps à cicatriser, pourtant la confiance demeurait, plus solide qu'auparavant. Désormais, il savait avec certitude que l'homme couché contre lui ne l'abandonnerait pas, ne l'abandonnerait jamais. Moi non plus, je ne t'abandonnerai pas. En son fort intérieur, il s'était également promis de faire des efforts, de changer. Je peux sûrement m'améliorer. Les limites de la perfection peuvent sans doute être repoussées. Il rangea cette idée dans la catégorie « expériences à tester ».
Le Blackberry glissa dans sa main. Prenant garde à ne pas réveiller John, il écrivit :
Dites à mademoiselle Adler que son tir était adroit. SH 'Send.'
La réponse fusa :
'Bip'. Je ne vois pas de quoi vous parlez, darling. Johnny-boy s'est remis ? M
Je suis sûr que vous voyez. Il va on ne peut mieux. Et il s'appelle John. SH 'Send'.
Silence. L'agacement frustré était perceptible dans la réponse :
'Bip'. Que les choses soient claires, Sherlock. Je n'ai pas fait ça pour vos beaux yeux. Le Dragon menaçait mon trafic. C'est tout. M
Rire silencieux. Dans son sommeil, John raffermit sa prise.
Bien sûr. Les affaires avant tout. SH 'Send'.
Le texto suivant le désarçonna :
'Bip'. Vous aimez les boîtes à musique ? M
Pardon ? SH 'Send'.
'Bip'. Non. Rien. N'oubliez pas ceci, chéri : je suis celui qui vous tuera. Vous êtes à moi. Et à personne d'autre. M
Vous êtes fou. SH 'Send'.
Il reposa le smartphone, ignorant délibérément l'écran qui clignotait avec obstination. Se colla contre John. Ferma les yeux. Douceur. Le médecin remua, demanda d'une voix vague :
- Sherlock… qui c'était ?
- Moriarty.
Grognement.
- Il dort jamais ? Enfin… tu ferais bien – bâillement – de te reposer un peu…
Baiser. John l'enlaça davantage.
- Sherlock ?
- Hm ?
- Je t'aime.
Sourire. Sherlock se contenta d'un baiser plus appuyé. Pour le médecin, cela signifait déjà beaucoup.
Demain sera un autre jour. Le détective ferma les yeux. S'endormit.
À l'autre bout de l'Europe, dans le coeur sombre de Vienne, une ombre se pencha sur un délicat mécanisme. Une boîte à musique.
Et voilà. C'est fini. Alors...? Triste, heureux, en colère, soulagé, frustré... quelque soit votre réaction, je serais heureuse de la connaître... et d'y apporter réponse.
Nouvelle importante : je ne vais pas, vous vous en doutez bien, m'arrêter là. Une prochaine aventure, dans la continuité directe de La Chasse au Dragon, est prévue sous peu. Elle aura pour titre Le Tueur aux Boîtes à musique : une sombre histoire de meurtre en série, à travers Londres, qui vous emmenera dans les plus hauts lieux de la musique classique... incursion également du côté de Vienne, avec un personnge mystérieux, à la solde de Moriarty : l'Artisan.
Enfin bref... j'espère vous retrouver dans cette prochaine histoire. En attendant, encore MERCI pour tout. Et très bonne nuit !
À bientôt ! =)
