Disclaimer : Toujours le même.

Je suis actuellement en vacances en Espagne mais comme j'avais pris un peu d'avance je poste quand même ce chapitre. C'est beau le dévouement non ^^?

Enjoy !


4. Avril.

Lundi 4 Avril

11:00 — Au Bureau.

Rien à signaler sur le front Ouest, comme il disent. Et en effet, je n'ai pas eu grand-chose à raconter dans mon journal durant la semaine passée.

Lucinda était en congé, aussi ne l'ai-je pas vu jusqu'à aujourd'hui. Elle était à son bureau à mon arrivée et, bien sûr, m'a chaleureusement accueilli. J'ai réussi à lui décocher un 'bonjour', mais c'est à peu près tout. J'aurais probablement dû lui demander comment s'étaient passées ses vacances... Oh, tant pis.

Je m'attendais à moitié à ce qu'elle vienne dans mon bureau pour arranger une autre sortie, mais elle ne l'a pas fait. J'y ai beaucoup réfléchi ces temps derniers et en ai conclu que j'aimerais apprendre à la connaître mieux.

Peut-être viendra-t-elle plus tard.

17:30 — A la Maison.

Lucinda n'est pas venue.

Humph.

Mardi 5 Avril

Midi — Ministère.

Me suis forcé à m'arrêter au bureau de Lucinda ce matin et à lui parler. J'avais bien sûr un prétexte pour expliquer ma présence - il me fallait bien me réapprovisionner en parchemins, après tout.

Je me suis montré habile, cependant. Au lieu de lui parler des parchemins dès le départ, je lui ai demandé si elle avait apprécié ses vacances. Celui a visiblement fait plaisir, car elle a posé sa plume et m'a souri.

'Oh, c'était formidable, merci, Severus.'

Je dois admettre que le léger bronzage colorant sa peau pâle lui allait plutôt... bien.

'J'adore Ibiza - vous y êtes déjà allé ?'

Je suis navré de dire que cette question me fut posée avec le plus grand sérieux. Aussi me fis-je un devoir d'y répondre sérieusement.

'Ah, non.' répondis-je. 'Je n'ai encore jamais eu ce plaisir.' Et ne l'aurais jamais. Bon sang.

Peu de temps après, j'ai pris mes parchemins et me suis retranché dans mon bureau. Il n'y avait toujours aucun signe d'un futur rendez-vous entre nous. Peut-être avait-elle changé d'avis à mon sujet.

Ce qui me déçoit un peu, à dire vrai.

Vendredi 8 Avril

14:30 — Au Bureau.

Ai eu une réunion avec Wilson ce matin afin de discuter des progrès effectués par Miss Moran.

Il m'a fallu lui dire que je la croyais capable de tenir la distance, ce qui a semblé le soulager.

Elle s'en sort plutôt bien, je suppose. Je n'ai en tout cas eu aucun problème significatif à reporter. En réalité, elle remplit la plupart de mes critères.

Mais pas tous, cependant. Une certaine connaissance des Moldus est nécessaire chez les candidats, d'après la brochure que je consulte parfois dans mes moments de profond ennui. Miss Moran est une Sang-Pure, et bien qu'elle ne soit pas complètement ignorante, elle reste encline à utiliser certaines impropriétés de langage et autres contrepèteries telles que 'Quel champ de coton'. Elle ne peut également s'empêcher de parler des Moldus avec une désagréable, quoiqu'inconsciente, pédanterie. C'est un domaine qu'il va lui falloir travailler, et c'est le pire qui soit pour moi, puisque cela signifie généralement qu'il va me falloir quitter les confins de mon minuscule bureau pour entreprendre un petit 'travail de terrain'.

Ce sera pour une autre fois.

Le second problème que je rencontre avec elle concerne l'état de son écriture. Il me faudrait une loupe pour réussir à la lire.

J'ai failli aborder le sujet avec elle, mais, d'une manière totalement exaspérante, elle s'est montrée plus rapide.

'Excusez-moi,' m'a-t-elle tout bonnement dit un jour, 'mais je n'arrive pas à lire ce que vous écrivez. Pourriez-vous éclaircir vos instructions pour moi ?'

J'ai manqué de lui lancer un sort pour son impudence.

Pour empirer les choses, lorsque je lui ai arraché le parchemin des mains, il m'a fallu admettre que je pouvais à peine me relire moi-même. Il semble que mon écriture s'est déteriorée au fil des années, et que ce qui était autrefois de minuscules pattes d'araignées, mais lisibles, s'est transformé en minuscules pattes d'araignées illisibles.

J'ai profité d'un moment où Miss Moran regardait ailleurs pour tendre ma main droite devant moi afin de vérifier que mon alcoolisme n'était pas finalement devenu si hors de contrôle que j'aurais développé sans m'en rendre compte un tremblement nerveux.

Rien de tout cela, naturellement.

Au fond de moi, je sais pourquoi mon écriture est devenue si critiquable ; c'est parce que je n'en ai tout simplement rien à foutre.

16:30

Pourquoi Lucinda ne m'a-t-elle pas invité à sortir à nouveau ?

Nous aurions pu faire quelque chose ce soir.

Samedi 10 Avril

13:00 — Yorkshire.

Oh.

Est-il possible qu'elle attende que je l'invite ?

Je lui ai bien demandé la dernière fois ! Enfin, je lui ai demandé... façon de parler, bien sûr.

Hmm... Ou peut-être qu'elle préfère que je ne l'invite pas. Ce qui n'est pas grave.

Lundi 12 Avril

10:30 — Au Bureau.

Ha !

Elle m'a apporté du thé et des biscuits ce matin !

'Vous avez passé un bon week-end, Severus ?' m'a-t-elle demandé avec un petit sourire.

'Tolérable, merci, Lucinda.' Elle n'a aucun besoin de savoir que je l'ai occupé à passer la lande au peigne fin pour y ramasser des plantes rares. 'Comment était le vôtre ?'

'Ennuyeux,' a-t-elle dit en me regardant dans les yeux.

Ce moment-là ; c'est à ce moment-là que j'aurais dû dire, 'Oh eh bien pourquoi ne ferions-nous pas quelque chose ensemble le week-end prochain ?'

Tu parles.

Je me suis contenté de hocher la tête et d'enfourner une crème pâtissière dans ma bouche.

14:15 — Cantine.

Potter vient de me demander si je compte me rendre à la réunion ridicule que lui et ses imbéciles d'amis ont organisée - et qui doit avoir lieu à Poudlard durant les vacances de Pâques. Je me souviens vaguement d'avoir reçu une invitation mais, malheureusement, il se trouve que je l'ai utilisée un jour où je suis tombé en panne de papier toilettes.

Ha ha. Je ne l'ai pas vraiment fait ; mais j'aimerais avoir pensé à le dire à Potter. J'imagine tout à fait sa tête.

'Cette réunion ne serait pas parfaite sans notre ennemi juré, n'est-ce pas ?' a-t-il dit.

'Vous vous débrouillerez.'

'Il y aura des anciens élèves d'autres années là-bas. Est-ce que vous n'êtes pas curieux de voir ce qu'ils sont devenus ?'

Je le regardai stupidement. 'Potter' dis-je. 'Vous m'avez confondu avec quelqu'un qui en aurait quelque chose à faire.'

'Eh bien... les elfes de maison ont prévu un festin spectaculaire...'

'A quelle heure est la petite sauterie ?'

Oui ; c'est si facile que ça.

Mercredi 13 Avril

11:25 — Mon Bureau.

J'ai eu une idée intéressante.

Une idée alarmante, douteuse, suggestive et intéressante.

Je pense qu'il serait mieux de prétendre qu'elle ne m'a jamais effleuré l'esprit, mais...

Considère actuellement l'idée de demander à Lucinda de se rendre à la réunion avec moi. J'ai réfléchi à son absence d'abilités magiques et à son ignorance concernant Poudlard. Je suis sûr qu'elle apprécierait l'opportunité de pouvoir visiter le château. Et admettons-le, il me semble qu'elle serait impressionnée et flattée d'être conviée à un tel événement.

Soyons clair, je suis à peu près certain de m'être porté la poisse en écrivant une chose pareille. Je suis à présent sûr de me faire rire au nez et de m'entendre dire qu'elle ne viendrait pas à Poudlard avec moi si je la payais.

Bon sang. Bien joué, Snape ; tu ne peux rien faire comme il faut, n'est-ce pas ?

Fichu imbécile.

Vendredi 14 Avril

12:30 — Au Bureau.

Aargh !

12:35

Aargh !

Viens de demander à Lucinda de m'accompagner à la réunion. Elle a dit oui, et m'a semblée ravie et excitée, mais je n'arrive toujours pas à croire que j'ai fait une chose pareille. Vitupère contre moi-même sans raison apparente. Je ne me suis pas rendu ridicule, mais il me semble que la simple idée que cela aurait pu être le cas est suffisante pour vouloir me lancer des sorts.

Me suis dit et répété que je suis suffisamment courageux pour inviter une femme et me suis retrouvé à le faire. J'étais même très calme et posé, extérieurement. Peu importe l'état d'énervement intérieur dans lequel je me trouve, je peux toujours compter sur ma plus belle expression de poisson mort et ma voix traînante. Les avantages d'un esprit aussi aiguisé, je suppose.

Je ne suis pas passé devant elle en lâchant à toute vitesse 'Voulez-vous-venir-à-une-réunion-à-Poudlard-avec-moi ?'

Non, monsieur. Suis assez fier de moi, à dire vrai.

J'étais si détaché que j'aurais pu être en train de parler de la pluie et du beau temps...

Mais est-ce vraiment une bonne chose finalement ?

Hmm…

Mardi 21 Avril

1:00 — Mon Lit.

Oh Merlin. J'aimerais ne jamais l'avoir invitée à Poudlard. Tout sentiment de fierté s'est évaporé pour être remplacé par terreur et effroi.

Mercredi 27 Avril

3:00 — Mon Lit.

Et si quelqu'un émet la supposition que Lucinda est ma fille longtemps inconnue que je viens seulement de retrouver ?

Oh Merlin.

Je crois que l'embarrassement dû à une tellesupposition pourrait suffire à me tuer.

Je ne peux qu'être reconnaissant qu'elle ne me ressemble absolument pas ; je devrais pouvoir m'en sortir.

Samedi 30 Avril

17:30 — A la Maison.

Temps qu'il me reste avant de devoir retrouver Lucinda : quatre-vingt dix minutes.

Pas assez longtemps, j'en ai peur ; je me sens un peu nauséeux. Me débats avec ma conscience pour me souvenir de ce qui a bien pu me faire penser que c'était une bonne idée de l'inviter.

Et je me sens peu charitable, à présent.

Ugh.

17:45

Oublions l'idée de me rappeler pourquoi j'ai invité Lucinda ; pourquoi ai-je accepter d'y aller, moi, pour commencer ?

Je crois qu'il est temps pour moi d'aller me faire examiner par un guérisseur. Peut-être que les problèmes mentaux de mon père sont héréditaires et se manifestent chez moi de façon prématurée.

En voilà une savoureuse perspective...

18:45

Me suis forcé à enfiler ma robe.

Espérais bien me prendre les pieds dedans et tomber dans l'escalier pour m'épargner la soirée imminente, mais hélas, je n'ai pas eu cette chance.

Peut-être que je pourrais me désartibuler en Transplanant...

Peut-être que je ferais bien de me ressaisir. Ou de me servir un verre.

Je me demande ce que j'aurais à écrire sur ces pages à mon retour...?

23:45 — A la Maison.

Eh bien, c'est fait. J'ai survécu, mais cela ne s'est pas avéré être une très bonne soirée, j'en ai peur.

Cela avait assez bien commencé. Lucinda était plutôt jolie, et en la voyant, je me suis sermonné de ma crise de panique précédente. Je me suis rappelé que je devrais être reconnaissant du fait qu'elle soit seulement prête à se montrer avec une loque comme moi en public.

Mes esprits repris... (Merlin; voilà que je m'exprime comme une vierge délicate du 18ème siècle forcée de prendre le lit pour cause d'épuisement mental...) Lorsque nous sommes entrés dans la Grande Salle (par la grande porte !), je ne pus m'empêcher de ressentir une certaine complaisance. Pour la première fois depuis très longtemps (voire pour la première fois tout court) je me sentais presque normal et, à ma grande surprise, quasiment désinvolte.

Durant environ cinq secondes. Après, j'ai senti les regards sur moi.

J'ai gentiment guidé Lucinda, occupée à fixer ouvertement le plafond, vers un endroit où nous n'étions pas aussi directement exposés aux regards. Il ne m'a fallu que de brefs coups d'oeil pour apercevoir certains de mes anciens élèves se donner des coups de coudes en arborant une expression qui d'après moi reflétait l'horreur la plus complète. Ravi de savoir que certaines choses ne changent jamais.

J'étais sur le point d'éloigner Lucinda du vitrail qu'elle admirait lorsque je les ai vues. Une assemblée de sorcières me fixait, bouche bée.

'Quoi ?' articulai-je sèchement à leur attention, sourcils froncés.

Lucinda était en train d'examiner la côte de maille de Serpentard, aussi me suis-je vivement dirigé vers nos spectactrices. Je suis arrivé juste à temps pour entendre Minerva glisser à Poppy :

'On annule. Vite, cours dire à Charlotte qu'on annule. Il s'est trouvé une femme tout seul !'

'Qui est Charlotte ?' demandai-je sèchement.

Minerva tressaillit.

'Oh, ah, personne dont vous ayez besoin de vous soucier...' tenta de m'apaiser Poppy.

'Elle n'enseignerait pas l'Etude des Runes, par le plus grand des hasards ?' demandai-je.

'Il lui arrive d'y mettre les pieds...' dit Pomona avec un petit sourire.

Avant que je puisse leur demander à quoi elles croyaient être en train de jouer, Minerva renifla et pinça les lèvres. 'Eh bien, vous nous l'aviez bien cachée, c'est certain.' L'expression de son visage se faisait plus accusatrice à mesure que son regard passait de moi à Lucinda.

'Je m'en excuse ; soyez assurée que je n'oublierais pas de placer une annonce dans le Prophète la prochaine fois.'

Au moins personne n'avait-il supposé qu'elle était ma fille. Il faut toujours rendre grâce pour les petites miséricordes que la vie nous accorde.

Je les ai tous présentés à Lucinda, mais aussitôt les civilités d'usage effectuées, Horace se mit en devoir de me tirer par le bras avec insistance.

'Un mot, s'il vous plaît, Severus.'

Il s'est avéré qu'il avait découvert une horde de poisons fatals et de poudres mortelles indétectables cachés derrière une dalle branlante dans mon ancien bureau. Non seulement cela, mais apparemment des boucliers les protégeaient de son approche. Il craignait que quelqu'un ne les découvre et le dénonce aux autorités ; il voulait savoir si j'étais conscient de leur présence durant la période où j'avais occupé ce bureau.

Je lui ai dit qu'il pouvait en disposer à sa guise, puisque je n'en avais désormais plus besoin dans mon travail actuel.

Je suis sûr que j'ai caché assez de mixtures douteuses dans Poudlard pour donner une embolie à un Auror. Je ne me souviens néanmoins pas où elles sont. Oh, bon, personne ne peut prouver qu'elles m'appartiennent.

'Ce sera tout, Horace ?'

Il m'a regardé, l'air un peu effrayé d'après moi. J'ignore pourquoi. Il me connaît, après tout. Je me suis tourné pour prendre congé et ai aperçu Minerva qui cherchait à attirer mon attention.

'Charlotte a-t-elle le coeur brisé ?'

'Non,' rit-elle. 'Non, non.'

Elle a semblée troublée durant un instant et je me suis senti brièvement préoccupé. Brièvement. 'Quelque chose ne va pas ?'

'Lucinda a l'air charmante,' commença-t-elle. 'Je discutais avec elle à l'instant, et, euh...'

'Parlez donc !'

'Etiez-vous, euh, au courant qu'elle, que c'est une...' Sa voix se transforma en murmure. 'Une cracmolle ?'

J'en ai presque ri. 'Evidemment que je le sais !' Mon Dieu, à quel point les gens me croient-ils stupide ?

Elle a semblé surprise. Ce qui m'a, naturellement, mis en colère. 'Me croyez-vous sujet aux préjugés, Minerva ?' J'ai croisé les bras et lui ai adressé un regard inflexible.

'Oh, non…'

'Eh bien ?'

'Oh, allons, Severus ! Vous êtes le plus gros snob que je connaisse quand il s'agit d'intelligence et de supériorité magique. Vous traitez régulièrement ceux que la nature a dotés de moins de forces et de connaissances que vous avec rien de moins que du mépris ! Ou avez-vous oublié comme il vous plaisait de tourmenter Sibyl ?'

'C'est parce que je n'ai jamais apprécié Sibyl. J'apprécie Lucinda, par conséquent elle n'est pas indigne de moi.'

'Bien, bien.'

Je me suis dirigé vers l'endroit où j'avais laissé Lucinda... pour être stoppé dans mon élan, horrifié.

Elle parlait avec Potter.

J'ai fendu la foule. Je pense qu'ils ont dû réaliser que j'étais en mission, car certains m'ont suivi du regard, pensant sans doute que j'étais sur le point de rayer Potter de la face de la Terre. Un beau rêve, je dois le dire.

Il m'a vu approcher, ce prétentieux, et a souri malicieusement. 'Je suis probablement le meilleur ami de Severus, vous savez. Est-ce qu'il parle beaucoup de moi ?'

'Hum non,' répondit Lucinda. 'Il ne vous a jamais mentionné.'

'Evidemment que je ne l'ai pas fait !' Je foudroyai Potter du regard. 'Retournez auprès de vos petits amis, voulez-vous ?' Je jetai un oeil à l'autre bout de la salle et aperçus Weasley et Granger qui nous regardaient. J'espérais fortement qu'ils resteraient éloignés, eux aussi.

'Venez, Lucinda,' dis-je. 'Peut-être souhaiteriez-vous visiter d'avantage le château ?'

Alors que nous nous éloignions, j'ai distinctement entendu Potter dire : 'Oui, et je vérifierais les buissons plus tard, Snape.'

Juste là. Juste là, au milieu de la Grande Salle, j'ai manqué d'étrangler Harry Potter.

Je crois que ma main s'est même contractée à l'idée. Hélas, ma liberté est une chose que j'aimerais préserver, aussi ai-je prétendu ne pas l'avoir entendu. Malheureusement, la situation a encore empiré lorsqu'il fut annoncé que le dîner allait être servi et que cela m'a fait hésiter.

Lorsque Potter avait parlé de festin, j'avais cru qu'il parlait d'un buffet. Pas d'un dîner.

Des tables apparurent, et Potter également. 'Je vous ai gardé des sièges avec nous, Snape,' a-t-il affirmé avec un autre sourire de contentement.

J'aurais voulu crier : 'Pitié; non !'

Mais c'était vrai. Mon nom est apparu sur une chaise, en même temps que ceux de toute une tribu d'indésirables.

Nous nous sommes assis et j'ai résisté à l'envie de m'empaler avec ma fourchette. Ils étaient tous là : Granger. Weasley. Mrs. Potter. Londubat. Lovegood, entre autres. Quel honneur pour moi d'être inclus dans un si important petit groupe. Au moins j'étais soulagé d'y retrouver Minerva. Je ne peux pas dire la même chose d'Hagrid, malheureusement.

Lucinda semblait ravie de se trouver en si bonne compagnie. Pauvre petite si naïve, pensai-je.

J'avais à peine eu le temps de commencer mon repas que, déjà, un accent d'impatience persistante me lacérait les entrailles. Weasley était en train de nous régaler avec le récit de son dernier triomphe au Quidditch.

Quel trou du cul.

Cependant, je me suis presque étouffé avec une gorgée de vin lorsque Lucinda a demandé, très sérieusement : 'J'ai bien peu de ne pas suivre le Quidditch ; pour quelle équipe jouez-vous ?'

On aurait entendu une mouche voler.

'Oh, mais les Canons, bien sûr,' répondit Weasley, l'air proprement stupéfait.

'Oups,' me chuchota Lucinda lorsque la conversation eut repris. 'J'aurais peut-être dû le savoir ?'

Je laissai échapper un petit rire. 'Je vous suis éternellement reconnaissant de l'avoir ignoré.'

Tandis que nous attendions le prochain plat, Potter et ses acolytes se sont lancés dans des envolées lyriques à propos de leurs années d'école. Je fis la sourde oreille. Lucinda paraissait écouter avec intérêt, et Minerva, évidemment, avait une forte tendance à l'indulgence envers ses anciens élèves. Je reportai néanmoins mon attention sur la discussion lorsque Lucinda mit à nouveau les pieds dans le plat.

Ils s'étaient mis à parler de leurs professeurs préférés, et elle demanda d'un ton taquin, sans réaliser de quoi elle parlait, 'Severus n'était donc pas votre professeur préféré ?'

Un choeur de grognements lui répondit.

'Tu parles' cracha Weasley.

Potter semblait légèrement inconfortable, et je devinais ce qu'il était sur le point de dire, ce qui m'irrita au plus au point.

'Eh bien, il n'était pas si mal, tout bien considéré -'

'Oh, arrêtez ça, Potter. J'étais une épine dans votre pied et vous étiez un véritable harpon dans le mien.' Il pouvait retirer ses lunettes roses et les écraser des deux pieds, pour ce qui me concernait.

Il me regarda et fronça les sourcils. 'C'était vous le foutu harpon.'

'Peut-être n'auriez-vous pas dû être une telle nuisance, à ce moment-là, vous ne croyez pas ?'

'Ce n'était pas exactement la faute d'Harry s'il était une épine dans votre pied, n'est-ce pas ?'

C'était Granger. Je l'ignorai. Ce qui a dû l'énerver, car sa question suivante m'a presque fait tressaillir.

'Et en parlant de ça, comment va votre père ?'

Le silence était définitivement tombé sur la table à présent. Elle me regardait en face et je lui lançai un regard dur. Comment osait-elle aborder le sujet. Je me demandai si les autres avaient aussi entendu le ton accusateur dans sa voix. Non qu'ils puissent le comprendre ; à moins qu'elle ait raconté à qui voulait l'entendre notre rencontre dans le Yorkshire.

Minerva me sauva avant que j'aie dû fournir une réponse. Elle me regardait, visiblement choquée. 'Votre père ?' demanda-t-elle. 'Vous n'aviez jamais mentionné que vous aviez de nouveau pris contact avec lui.'

L'expression de Granger vacilla et une lueur d'incertitude perça dans ses yeux. C'était uniquement pour l'accabler que je considérais seulement la possibilité de discuter d'un sujet si personnel devant une telle assemblée.

'Je n'ai pas pris contact avec lui. Il m'a retrouvé, il y a quelques années.'

'Et vous avez accepté de le revoir ?' demanda-t-elle, incrédule. 'Pourquoi ne l'avez-vous jamais dit ?'

Granger me faisait à présent la grâce de sembler gênée. Je la regardai, la maudissant, toute Je-sais-tout moralisatrice qu'elle était. Après un moment, je tournai mon attention vers mon assiette, indiquant ainsi que la conversation était close.

Minerva savait que quelque chose s'était passé entre mon père et moi lorsque j'étais enfant. Elle l'avait appris par Dumbledore, je crois, puisque je ne lui ai certainement jamais dit. Dumbledore lui-même ne l'avait découvert que des années plus tard, et je ne lui aurais rien dit non plus, si on m'en avait laissé le choix.

Quelqu'un orienta la discussion sur un nouveau sujet, mais je n'écoutais plus. J'avalai mon dîner comme un automate, sentant à peine le goût de ce que je mangeais. Dès que la politesse me le permit, je demandai à Lucinda si elle accepterait de se joindre à moi pour une promenade. Personne ne dit rien lorsque nous quittâmes la table.

Nous nous sommes dirigés vers le Hall d'Entrée et elle s'est aussitôt dirigée vers les sabliers. Les Serpentard étaient à la traîne, ai-je noté. Humph.

'Dans quelle Maison étiez-vous ?'

Je désignai les topazes du menton. 'Poufsouffle' dis-je très sérieusement.

'Vraiment ?' demanda-t-elle d'un air dubitatif. 'Je croyais qu'ils étaient censés être doux et humbles ?

Ouch.

Elle se tourna vers les portraits. 'Où allons-nous ? Il doit y avoir des centaines de choses à voir.'

Il y avait tant d'émerveillement dans sa voix que, bien que je souhaitais satisfaire sa curiosité, je me rendis compte que je ne le pouvais pas. Il n'y avait rien que j'avais moins envie de faire que de me balader dans le château. Je ne voulais rien faire du tout, à dire vrai. Son enthousiasme pour le château provoqua chez moi une explosion soudaine suivie d'une douleur aiguë que je n'étais pas pressé d'analyser mais dont je me doutais qu'elle s'était tapie en moi de façon plus insistante ce soir qu'elle ne l'avait fait depuis très longtemps.

Mes yeux se posèrent sur la plaque commémorant ceux qui avait péri dans la Bataille de Poudlard et tout ce à quoi je pouvais penser était que j'en étais incapable. Que pouvais-je bien faire ? L'emmener dans tous ces endroits remplis de si merveilleux souvenirs ?

La Tour d'astronomie ?

Le Bureau du Directeur ?

Les donjons ?

C'était ridicule. Tout l'était. Elle et moi aussi.

'Je m'excuse, Lucinda,' dis-je. 'Je crois que je préférerais retourner dans la salle.'

Je m'éloignai sans attendre de réponse et me servis immédiatement un verre. Finalement, elle apparut à mes côtés, l'air aussi gauche que je me sentais moi-même.

'Est-ce que vous dansez ?' demanda-t-elle platement.

Je m'étouffai presque. 'Non, je ne danse pas,' répondis-je avant d'avoir pris le temps d'y réfléchir. Son visage s'assombrit, mais que pouvais-je faire ? C'était la vérité vraie.

Je reportai mon attention sur les gens qui nous entouraient. Tous semblaient passer un bon moment. Même Granger souriait. A Weasley, rien que cela.

Mais tout ce que je pouvais penser était que je me mentais à moi-même. Je ne suis pas certain de la façon dont je suis arrivé à cette conclusion, mais ce fut le cas. Comment pourrais-je l'expliquer à Lucinda ? Je le devais, ne serait-ce que par souci d'équité.

Et donc, il est probable que ce fut la culpabilité qui me poussa à ajouter : 'Je crois pouvoir faire une exception pour cette fois. Voulez-vous danser ?'

Je pense qu'elle s'est rendu compte que le coeur n'y était pas, car son sourire de consentement était faible.

Lui tenir la main était assez plaisant, mais je ne parvenais pas à retrouver ce petit frisson, comme s'il ne pouvait m'atteindre émotionnellement, et je commence à croire que rien ne le peut.

Nous avons dansé lentement, donnant probablement l'impression d'une interlude plus romantique qu'elle ne l'était réellement. La vérité étant que je sais à peine danser et que, de plus, mon esprit était trop occupé à ma condamnation intérieure pour s'en préoccuper.

Pourquoi infligeais-je ma présence à cette femme ? Il était possible qu'elle ait une lueur d'intérêt à mon égard, mais rien ne pourrait jamais aboutir. Et je ne souhaitais certainement pas qu'elle croie que ce serait le cas.

Je viens de relire mes comptes-rendus parlant de trouver quelqu'un avec qui partager ma vie. Je me rends compte à présent qu'il ne s'agissait que d'illusions absurdes. Rien de plus, rien de moins. Trop de choses se sont passées dans ma vie, je crois, qui m'ont affectées d'une façon que je n'avais jamais entièrement considérée.

Je suis incapable de donner de ma personne plus que le strict nécessaire. Pourquoi aurais-je affirmé être un Poufsouffle sinon ? Il s'agissait peut-être d'une plaisanterie en apparence, mais, sous la surface, je répugne à avoir à expliquer qui je suis vraiment. Je veux toujours détourner l'intérêt de ma personne.

Je ne crois pas pouvoir jamais être réellement attiré par quelqu'un, à nouveau parce que mon désir de ne laisser personne autre que moi-même me connaître vraiment est trop fort. Toute cette histoire avec Lucinda s'est avérée être une vaine tentative d'ignorer ce fait, ainsi que, je le suspecte, de déguiser en intérêt ce qui n'était rien d'autre qu'un inévitable sentiment de gratitude à l'égard de la première femme à me regarder depuis Merlin sait combien de temps. Pathétique et triste, mais malheureusement exact.

Lorsque la musique s'est arrêtée, je me suis dégagé. 'Lucinda,' ai-je commencé.

Elle m'a interrompu, cependant, en, eh bien, en s'avançant pour m'embrasser. C'était doux, et bon, mais à nouveau, je n'avais pas le sentiment d'être vraiment là. C'était comme de regarder quelqu'un d'autre agir.

A en juger par son expression, elle s'en est rendu compte. 'Ce n'est pas grave,' a-t-elle dit. 'Je me rends compte que ça ne fonctionne pas vraiment.'

'Je suis navré. Je ne peux pas... Je suis incapable de l'expliquer...'

Je suis simplement, irrévocablement, fracassé.

Elle m'a dit qu'elle aimerait que nous restions amis. Je n'ai aucun problème avec cela ; après tout, il nous faut travailler ensemble. Ceci dit, je ne suis pas très doué pour l'amitié non plus.

Nous sommes restés encore un peu. La culpabilité et la déception m'ont contraint à faire un effort pour m'assurer qu'elle ait un minimum de plaisir, aussi ai-je répondu à toutes ses questions sur Poudlard avec autant d'enthousiasme que j'en suis humainement capable. J'ai réalisé ce faisant que je l'admirais. Elle n'était pas amère, je m'en rendais compte. A sa place, j'aurais secrètement aimé l'idée de Poudlard, mais, par rancune, me serais montré méprisant envers le château, et probablement méprisant envers la magie également.

Et maintenant je suis à la maison. Retour à la case départ, si je l'ai jamais quittée.

Suis d'humeur mélancolique, pour être franc. N'arrive même pas à me décider à aller chercher un verre.

Peut-être ai-je abandonné prématurément, mais vous savez quoi ?

J'en doute sérieusement.


Alors qu'en dites-vous ?

Je ne sais pas du tout quand je posterais la suite, sûrement pas avant mon retour mais on ne sait jamais, il se pourrait que je me dévoue à sacrifier mes vacances... Ou pas !

(Juste un petit mot pour Cristina de moi qui m'a si gentiment dit, en relisant ce chapitre pour traquer mes fautes, que Severus lui faisait penser à moi à la fin de ce chapitre. Sache que je m'en étais bien rendu compte mais que c'est pas gentil de me faire comprendre que tout le monde sait que je suis une névrosée défaitiste !)