Disclaimer : Tout aux autres, rien à moi.
6. Juin.
Mercredi 1er Juin
10:00 — Au Bureau.
Stanley Pumphrey faisait face à la classe, fronçant les sourcils à l'adresse de ses élèves.
'Si je surprends encore l'un de vous en train de s'amuser avec les becs Bunsen, vous serez tous en retenue durant un mois ! Est-ce clair ?'
Une vague de hochements de tête débonnaires fut tout ce qu'il reçut en réponse.
'Vous avez une heure pour compléter l'expérience.'
Stanley retourna à son bureau. Dieu qu'il détestait enseigner. Il soupira intérieurement et attrapa un cahier d'exercices. Il cherchait un stylo rouge lorsqu'il sentit quelque chose vibrer dans sa poche. Il s'agissait de son téléphone.
Un sentiment de crainte l'envahit tandis qu'il le sortait subrepticement de sa poche. Sur l'écran, un message qui disait :
'Réunion ce soir à sept heures. Ne soyez pas en retard.'
Oh, non, pensa Stanley ; pas encore.
Il lui faudrait informer le directeur qu'il quitterait l'école ce soir. Brian lui dirait, comme toujours, d'être prudent - des mots vides de sens. Ce n'était pas Brian qui devait risquer sa vie, n'est-ce pas ? Stanley trouvait que...
Non.
C'était une idée ridicule. Je ne peux pas vendre mon histoire aux Moldus. Même eux ne trouveront pas l'idée d'un professeur de chimie doublé d'un espion plausible.
Je ne peux visiblement pas être écrivain ; Stanley Pumphrey ne fera pas un personnage acceptable. Je pourrais peut-être m'en tenir à une écriture purement académique, mais..
Bah.
Que vais-je bien pouvoir faire de ma vie ?
Vendredi 3 Juin
21:00 — A la Maison.
Terrible événement en perspective.
La commémoration annuelle de la chute de Voldemort aura lieu la semaine prochaine, avec une grande réunion organisée au Ministère par les bureaucrates complaisants habituels.
N'ai aucune envie de m'y rendre - je ne veux rien commémorer du tout.
Ceci étant dit, je ne peux pas nier qu'il serait impoli et irrespectueux de ma part de ne pas y assister. Kingsley a envoyé lui-même les invitations. Je ne suis pas certain que même moi aurais l'audace d'ignorer une requête provenant du Ministre de la Magie en personne.
Le seul avantage est que Wilson a été vert de jalousie toute la semaine. C'est un arriviste typique s'il en est. Il donnerait son bras droit pour avoir l'opportunité de frayer avec les riches et inutiles du Ministère.
Personne ne semble jamais se demander quel rôle ils ont joué dans la guerre. Je suppose que la réponse va de soit.
A ma grande horreur, même Miss Moran semble me tenir en plus haute estime.
'Ah oui,' a-t-elle dit d'un ton lourd de sens plus tôt dans la semaine. 'Vous avez un Ordre de Merlin, n'est-ce pas ?'
Elle est visiblement facilement impressionnée. Tout ira bien du moment qu'elle ne se met pas en tête de relever ses jupes pour me laisser admirer ses jambes dans l'espoir d'obtenir une invitation.
Une image très perturbante de Wilson relevant ses robes et me montrant ses jambes dans le but d'obtenir une invitation vient d'envahir mon esprit.
Vais à présent pratiquer Oubliettes sur moi-même. A multiples reprises.
Mardi 7 Juin
11:00 — Au Bureau.
Ai jeté un oeil aux postes vacants dans le Prophète aujourd'hui. Il y a une offre pour un poste de chef au Chaudron Baveur. Je passe. Il y a également un travail de vendeur au Royaume du hibou. Passe. Ai-je une quelconque envie d'être ramoneur ? Nope.
J'ai également passé en revue une liste de postes à l'intérieur du Ministère.
On recherche un secrétaire juridique. Une idée horrible vient de me traverser l'esprit. Je pourrais me présenter et devenir la bonne à tout faire d'Hermione Granger ! Ne serait-ce pas merveilleux ?
Je préférerais passer le restant de mes jours à nettoyer des cages à oiseaux au bureau de poste. A la main.
Il y a une place disponible pour un chargé en Relations Publiques. Absolument pas.
Oh. En voilà un qui me conviendrait parfaitement : agent de liaison avec les Moldus. Je serais positivement merveilleux ! Interagir avec les gens est probablement mon plus grand talent.
Rien ne me convient; je n'en peux plus. Passerais le reste de ma vie dans cette pièce minuscule, à fixer les mêmes murs, à m'occuper des mêmes problèmes sans importance, et à voir mon cerveau lentement se recroqueviller sur lui-même.
Merlin. Ceci est ma vie.
Je me demande parfois comment je me débrouille pour sortir de mon lit chaque matin. Je dois avoir une force de caractère extraordinaire.
Samedi 11 Juin
18:45 — A la Maison.
Me rendrais au Ministère ce soir.
Il me faudra porter mon Ordre de Merlin, et, sans rien exagérer, j'ai l'air d'un clown avec. Le ruban est rouge vif, pour l'amour de Dieu. Insupportable ! Cela pourrait convenir si je pouvais simplement l'épingler à la poitrine, mais non, il faut que je le porte autour de mon satané cou !
Je me demande si l'on me jugerait mal si je me contentais de dire que j'ai perdu mon Ordre de Merlin ?
'Whoops !' dirais-je au Ministre. 'Je l'ai accidentellement jeté aux ordures la semaine dernière ! Suis-je bête !'
Ai été tenté de le faire fondre par le passé. Il pourrait m'être utile pour le revêtement de mes chaudrons les plus fatigués. Je garderais cette option en tête.
Je n'ai pas l'intention de faire un effort concernant mes robes ce soir. Avec cette immondice rouge autour du cou, il n'y a aucune chance pour que l'on me fasse porter une autre couleur que du noir ou du blanc. Par ailleurs, il ne m'est plus nécessaire de faire d'efforts particuliers, puisque j'ai abandonné mes prétentions quant au sexe opposé.
…
L'horloge tourne, mais je reste assis ici, à prier pour un Armageddon imminent.
Je ne peux même pas me rassurer en me disant que j'ai toujours l'option de descendre quelques verres de whisky.
Ce ne serait certes pas très approprié pour moi d'être vu trébuchant au milieu des dignitaires, n'est-ce pas ?
C'est une image plaisante, ceci dit. D'après moi, il devrait se trouver plus de gens capables de causer de telles scènes lors de ces soirées.
Au moins cela aurait-il le mérite de me divertir.
Humph. Il est temps.
Minuit
Suis de retour, et plaisamment éméché. La soirée n'en a pas moins été, comme je l'avais anticipée, foireuse, mais cela ne m'empêche pas d'être plaisamment éméché. "Eméché" est toujours un plaisant entre-deux. J'aime la sensation d'indifférence que cela me procure ; c'est très plaisant, en effet...
Je vais aller me préparer une boisson chaude. Être éméché a beau être plaisant, cela affecte dangereusement mon cerveau ; je déteste le mot plaisant...
...
Bon, voyons. Je me suis présenté au Ministère pour y trouver une pièce pleine d'autres clowns avec leurs rubans rouges. Je me souviens avoir pensé, perplexe : 'Seigneur ; ces gens sont mes contemporains.'
Jamais je n'aurais cru devoir un jour m'associer à ces bonnes âmes prétentieuses du Ministère.
Il me fallut tout mon sang-froid pour ne pas arracher ce simulacre de médaille et m'enfuir à toutes jambes.
Wilson n'aurait jamais fait une chose pareille. Il se serait fait dessus.
Je décidai qu'il ne serait pas très ordonné de ma part de courir me réfugier au bar comme si ma vie en dépendait, aussi, à la place, je jetai un coup d'oeil aux alentours, en quête de quelqu'un que je serais susceptible de connaître.
Hélas, je croisai le regard de Potter. J'eus beau prétendre ne pas l'avoir remarqué, cet idiot commença à me faire de grands signes afin de me convier à sa petite réunion de confédérés. J'y étais peu disposé, cela va sans dire, mais, apercevant l'expression glaciale d'Hermione Granger, me fis un devoir de m'exécuter. Je n'avais certainement pas oublié son comportement abrupt à mon égard le jour où je l'avais croisée dans le métro.
'Bonsoir,' dis-je d'un ton doucereux, notant que Ronald 'le Branleur' Weasley était pratiquement collé à son ancienne presque-ex-femme. Je ne crois pas avoir jamais rencontré qui que ce soit d'aussi lourdaud que lui. Malheureusement pour lui, cela semble s'empirer à mesure qu'il vieillit.
'Comment ça va ?' demanda Potter. 'Je ne vous ai pas beaucoup vu ces temps-ci.'
Granger et Weasley parurent tout deux intrigués par la manière familière dont Potter s'adressait à moi.
'Tout va bien,' dis-je d'un ton sec.
Le silence tomba durant un instant et je songeais à changer de sujet lorsqu'Hermione Granger renchérit soudain en disant :
'Vous êtes tout seul ce soir, Mr Snape ?' Elle me fixait avec ce que je devrais probablement décrire comme son 'regard d'avocat de l'accusation'. 'Il est rare que je vous croise sans la compagnie de diverses jeunes femmes ces temps-ci.'
Je la dévisageai, osant à peine croire qu'elle eut dit une telle chose. Elle n'en avait pas besoin, d'ailleurs. L'expression de son regard en révélait suffisamment sans qu'elle ait besoin d'ouvrir la bouche.
Weasley, entre-temps, sourit à Potter, qui hocha la tête avec approbation dans ma direction. 'Pas mal !'
'Je suis seul, en effet,' sifflai-je en réponse. 'Cela vaut toujours mieux que d'être mal accompagné.' Mon regard passa d'elle à Weasley, et mon égo fut rasséréné de voir une légère lueur de malaise traverser son visage, sachant qu'elle avait parfaitement compris ce à quoi je faisais référence.
Je pris congé à ce moment-là, n'ayant aucun désir de rester plus longtemps en sa compagnie. Pour qui se prend-elle ?
Et qui sont ces jeunes femmes avec qui l'on m'a aperçu ? Lucinda et Miss Moran ? Comportement risible de ma part, apparemment !
J'aurais bien sûr pu le lui faire remarquer, mais je ne l'ai pas fait par principe. Pourquoi devrais-je me justifier devant elle ?
Je me suis servi un verre et me suis presque noyé dedans.
'Jeunes'; pourquoi a-t-il fallu qu'elle utilise le mot 'jeunes' ?
Elle trouve que c'est dégoûtant, n'est-ce pas ? Elle pense que je suis un dinosaure répugnant en quête de chair fraîche, pas vrai ?
Eh bien, peut-être le suis-je, mais je préfère encore cela à l'idée de retourner supplier à genoux un idiot comme Weasley. Elle a probablement réalisé qu'il est le seul qui parvienne à la supporter. Je ne sais pas lequel des deux je plains le plus. Je pense que cela pourrait bien être Weasley.
Bien malgré moi, je me suis senti plutôt découragé durant le reste de la soirée. J'ai fini par retrouver Minerva qui rôdait dans la salle - l'air aussi mal à l'aise que je me sentais - et nous avons passé le reste de la soirée à éviter à tout prix les conversations avec les parvenus du Ministère en élevant subrepticement des boucliers autour de la table où nous étions assis. Par moments je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Granger. D'abord elle se donne de grands airs au sujet de mon père et maintenant elle monte sur ses grands chevaux quant à mes choix de compagnes. Ugh.
Je l'ai regardée durant un moment - tout en me haïssant pour cela. Elle a dansé un peu avec Weasley, et même si j'ai remarqué que sa bouche se relevait parfois pour esquisser un sourire, j'aurais du mal à la décrire enthousiaste à son égard. En les regardant, j'ai bien peur d'avoir expérimenté un sentiment évident seulement car il a été absent durant ces six mois de quête pour changer ma vie - de la pure envie.
Je me dépêcherais d'ajouter que je ne suis pas jaloux de Weasley ou de Granger à proprement parler, juste de ce qu'ils représentent, je suppose. Ugh. Cela a laissé un goût tellement amer dans ma bouche que même le meilleur whisky n'a pas pu le faire disparaître. Je n'avais aucune envie de devoir m'y attarder plus longtemps ; je n'ai aucun besoin d'une preuve physique me rappelant mon échec pathologique.
Et ainsi, dès que je l'ai pu, je suis parti.
J'ai senti les regards peser sur moi alors que longeais la piste de danse et me dirigeais vers les portes, et bien que je n'ai pas levé la tête pour m'en assurer, j'ai senti que si je l'avais fait j'aurais aperçu Granger qui me regardait.
J'espère qu'elle est satisfaite. Plus jamais je ne participerais à ces réunions superficielles, sans intérêt et rebattues.
Plus jamais.
Dimanche 12 Juin
11.00 — Withernsea. Yorkshire.
En raison d'une absence de gueule de bois et, malheureusement, du fait qu'Hermione Granger continue d'être présente à mon esprit, je me suis aujourd'hui envolé vers le nord pour rendre visite à mon père. L'endroit est même assez plaisant aujourd'hui. Le soleil brille et les vagues sont bien moins violentes qu'à leur habitude. Même mon père est (plus ou moins) de bonne hummeur.
Il m'a tout de suite reconnu et s'est dès lors montré assez loquace. Cela me paraît toujours étrange qu'il puisse parfois s'asseoir et bavarder avec moi. Je peux à peine me souvenir avoir eu une seule conversation avec lui lorsque j'étais jeune. Mais bien sûr, il est très changé à présent, et très changeable. Il a tant de facettes différentes désormais que je ne suis jamais certain de qui je vais retrouver lorsque je viens lui rendre visite.
Il n'en était pas moins sujet à la confusion, et ce malgré sa bonne humeur. 'Qu'est-c'tu crois qu'tu fais avec c'te baguette ?' m'a-t-il demandé d'une voix forte lorsque j'ai sorti ma baguette pour renforcer le Sort de Chaleur sur la pièce.
'Rien du tout,' répondis-je rapidement, cachant ma baguette à sa vue, sachant qu'il ne servait à rien de lui expliquer en quoi cela consistait.
Il a ensuite commencé à parler de ma mère. Il a déblatéré au sujet de quelque chose qu'elle lui aurait dit, apparemment hier, mais en réalité cela ferait au moins vingt ans, si cela est même jamais arrivé. Je savais ce qui viendrait ensuite ; il demanderait où elle était.
Dans ces moments-là, quand il semblait regretter qu'elle ne se trouve pas là, je pouvais presque prétendre qu'il s'était un jour soucié d'elle. C'est drôle ; jusqu'à présent je n'avais jamais su que le visage de mon père était capable d'exprimer des expressions aussi marquées que la joie ou la tristesse.
Bien qu'il se montre parfois vaguement sentimental au sujet de ma mère, il ne disait jamais grand-chose à mon sujet. Non que j'aie envie que ce soit le cas, puisque cela ne serait jamais que sa maladie qui s'exprimerait.
En bonne santé, il ne parlerait jamais avec tendresse de ma mère ; il serait toujours capable de se souvenir de ce qu'a été leur mariage en réalité et de ce qu'ils se sont infligés l'un à l'autre.
Le Sort de Chaleur faisait son effet et j'en profitai pour déboutonner mon col de chemise. Je soupirai et renversai la tête en arrière, ce qui fut une erreur.
'Qu'est-c'qu'y a ton cou ?'
Je fermai les yeux avec lassitude. Mon père n'avait jamais rien su au sujet de Voldemort ; je n'allais certainement pas lui expliquer maintenant.
'Je me suis battu,' dis-je sèchement.
'J'espère qu'y z'en ont eu pour leur compte hé !'
L'ironie de la chose m'a presque faire rire. Presque, notez ; je ne crois pas que les blessures à la jugulaire puissent jamais prêter à rire.
L'infirmière est arrivée avant que je parte, m'informant de ce que je savais déjà - qu'il ne devrait plus rester tout seul durant des périodes prolongées.
'Lui avez-vous suggéré que peut-être une maison de retraite serait la solution ?' m'a-t-elle demandé.
Je savais que mon père se jetterait de la falaise plutôt que d'accepter une telle possibilité.
Jeudi 16 Juin
18:30 — Bureau.
Des heures supplémentaires.
Ai été forcé de faire des heures supplémentaires ce soir pour la première fois depuis, eh bien, toujours. Je n'apprécie guère d'y être contraint. Wilson m'a ordonné de tenir mon bureau prêt pour un contrôle ministériel demain matin. Cela lui aurait-il été possible de me prévenir encore plus tard ? Mon bureau est un véritable fouillis, et il le sait.
L'enfoiré.
J'ai été plongé dans les papiers toute la soirée. Il y en a que j'ai gardés suivant la maxime de 'cela peut servir un jour' mais je n'ai aucune idée à quoi. Suis maintenant partagé entre tout jeter à la corbeille ou tout garder.
Je jette. Je n'en ai rien à faire.
Je ne suis pas excessivement inquiet. Le contrôle est pratiqué de l'intérieur, de toute manière ; les contrôleurs sont tous des employés du Ministère.
La démocratie en marche.
Je vais aller vérifier si la cantine est toujours ouverte ; j'aurais bien besoin d'un thé.
20:00 — A la Maison.
Eh bien, eh bien.
Je me suis en effet rendu à la cantine et me suis procuré une tasse de thé. Quelques traînards étaient encore assis là et j'ai véritablement tressailli en apercevant l'un d'eux. Que diable, me demandai-je, pouvait bien faire Hermione Granger à la cantine passé sept heures du soir ?
J'étais plus que prêt à prétendre que je ne l'avais pas vue, mais elle m'a appelé. 'Bonsoir,' a-t-elle dit.
Je me suis approché à la table où elle était assise. 'On s'encanaille ?' ai-je demandé par dérision tout en touillant mon thé.
Elle a paru momentanément prise de court, avant de désigner du menton le siège opposé au sien. 'Je vous en prie,' a-t-elle dit.
J'ai jeté un oeil dédaigneux autour de moi avant de consentir à m'asseoir.
Elle n'a rien dit durant un moment, mais m'a semblé préoccupée. Pour finir, elle a pris une inspiration. 'Cela fait un moment déjà, mais j'aimerais m'excuser pour la manière dont je vous ai parlé à la réunion. Je crois que je pourrais bien vous avoir offensé la fois d'avant également.'
Je haussai les épaules avec dédain. Je suppose que j'ai effectivement apprécié qu'elle prenne le temps de regretter ces incidents, mais je n'allais certainement pas admettre devant elle qu'elle puisse me causer quelque irritation que ce soit.
'Ce que j'aurais dû dire,' continua-t-elle prudemment, 'et je ne sais pas si c'est toujours d'actualité, ou s'il est trop tard, mais j'aurais voulu vous mettre en garde vis-à-vis d'une éventuelle, hum, association avec Helena Moran.'
J'ai froncé les sourcils et elle s'est dépêché de continuer. 'Je vous ai vu ensemble une ou deux fois et je voulais vous dire... Elle ne vous apportera rien de bon, je crois...'
J'ai manqué de rester bouche bée tandis que la réalisation se faisait dans mon esprit. Elle croit que je prends du bon temps avec Miss Moran n'est-ce pas ?
Dans mes r—
Non. Je ne m'aventurerais pas sur ce terrain là.
'Miss Moran est ma recrue la plus récente au Département des Mystère.' ai-je annoncé, riant presque.
Son visage est soudain devenu cramoisi. 'Oh,' a-t-elle dit doucement. 'Oh, je vois, hum, pardonnez-moi, j'ai juste supposé..." Sa voix s'est éteinte et elle a poussé un soupir.
Juste supposé que je suis un vieux pervers, apparemment. Je me suis soudain souvenu de son comportement abrupt lors de cette rencontre dans le métro. 'Auriez-vous un problème avec Miss Moran ?'
Elle a semblé mal à l'aise et indécise. 'Eh bien... Oh, je suppose que je peux vous le dire. Elle a couru après Ron durant un moment et je... je les ai même surpris une fois. Il n'y a eu qu'un baiser alcoolisé, mais je sais que cela aurait pu aller plus loin. Quoiqu'il en soit, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, dirons-nous.'
Je la regardai se trémousser et un léger sourire triste effleura ses lèvres. Je ne suis pas sûr de vouloir évaluer l'effet que cela produisit sur moi.
'Et cependant,' dis-je doucement, 'le vase n'avait finalement pas débordé...'
Rétrospectivement, je réalise que je n'aurais probablement pas dû dire ça. Quoique je suis quasiment certain que cela a sonné comme de l'inquiétude plus que... autre chose. Et je peux pour cela remercier ma jusqu'alors éternellement mauvaise étoile.
Lorsqu'elle m'a regardé il y avait tant de vulnérabilité qui émanait d'elle qu'il m'a fallu m'empêcher de lui crier, 'Pour l'amour du ciel Granger, Weasley est un branleur ! Vous pouvez trouver bien mieux que lui !'
'Eh bien, il sait que c'est sa dernière chance...'
Il n'y avait rien que je souhaitais répondre à cela, aussi s'ensuivit-il un silence lourd d'une inconfortable tension. Elle a baissé les yeux sur son verre et les miens se sont posés sur ses robes de juriste.
'Comment cela se passe-t-il au Magenmagot ?' ai-je demandé.
Elle a levé les sourcils et lâché un soupir. 'Ca va... Bien que... Euh, j'ai perdu une affaire aujourd'hui.' Elle eut un sourire d'autodérision.
Oh, pincez-moi. Granger a admis sa faillibilité. Et puis quoi encore ?
'Je vois... Je suppose que vous ignorez qu'il y a des endroits bien plus appropriés que celui-ci pour noyer vos malheurs ?'
Cela montre à quel point l'échec lui est étranger. Si c'était moi, je serais noyé jusqu'au cou dans le whisky à cette heure-ci, me lamentant sur mon incompétence. Mais bon, tout le monde n'est pas si pathétiquement concentré sur ses lacunes. Comme il est facile d'oublier que le niveau d'estime de soi des autres n'est pas forcément bloqué sur non-existant.
Elle rit doucement. 'C'était calme ici..'
Je hochai la tête. 'Dois-je comprendre qu'une dangereuse promenade au bord des falaises ne vous tentait guère aujourd'hui ?'
'Non,' répondit-elle. 'Je n'avais pas envie de m'embêter à Transplaner. Et vous alors ? Comment cela se passe-t-il au —'
Elle s'est interrompue, et je suis soulagé qu'elle l'ait fait parce que comment suis-je sensé répondre à 'Comment cela se passe-t-il au Département des Mystères ?'
La réponse appropriée étant : 'Oh, il m'est impossible d'en parler ; en fait, j'ai reçu l'interdiction formelle de le faire.'
Quand, en réalité, la réponse honnête est : 'Oh, comme d'habitude : classement, rangement, me tourner les pouces, attendre la mort... Oui, vraiment, comme d'habitude.'
Mais lorsque j'ai vu la raison de son silence soudain, mon soulagement s'est évaporé. C'était sa lavette de mari, vêtu de ses insignes royaux de Quidditch. Quel gamin. Il n'y a aucune raison plausible pour laquelle il devrait porter ses robes de Quidditch ailleurs que sur le terrain.
'Te voilà, Hermione !' s'est-il exclamé. 'Je me demandais où tu étais !'
Il m'a regardé et a hoché la tête avec sérieux, bien qu'une expression de malaise soit apparue sur son visage.
'Ecoute, on devrait rentrer non ? Ma, euh, mère nous attend au Terrier ce soir.'
'Ah, oui,' dit Granger. 'Excusez-moi, hum, Severus.'
Oh, je suis Mr. Snape lorsque je m'étale au bras de jeunes demoiselles, mais je suis Severus quand il est devenu évident que je suis en fait un bon à rien sans personne dans ma vie. J'aime tant aider les autres à se sentir mieux quant à leur propre vie.
Il s'avère, ceci dit, que le pire n'était pas encore passé. Tandis qu'ils s'éloignaient, j'ai entendu Weasley lui dire :
'Merlin; heureusement que je suis arrivé ! On dirait que tu avais besoin qu'on te sauve de là.'
Charmant.
Foutu crétin.
Mercredi 22 Juin
14:00 — Ministère.
Ai découvert une information relativement accablante aujourd'hui. Je n'arrive pas bien à croire dans quelle position cela me met. Ne suis pas entièrement certain de ce que je dois en faire.
L'entraînement de Miss Moran avec moi touche à sa fin et aujourd'hui j'ai commencé à travailler sur le dernier élément. J'ai commencé à tester sa maîtrise de l'Occlumancie. Elle se décrit comme une Occlumens compétente, mais naturellement, elle n'avait jamais été confrontée à moi auparavant, aussi n'ai-je pas tenu compte de ses prétentions.
Et d'ailleurs, il est apparu que j'ai pénétré son esprit pratiquement sans encombre. Elle en était très embarrassée et indignée par la facilité avec laquelle je l'ai fait. Il a fallu de nombreux essais avant qu'elle puisse seulement élever un bouclier mental qui me fasse un minimum reculer. Ha !
Les choses se sont emmêlées dans son esprit à partir de là. Cela se passe toujours ainsi. Elle s'est montrée frustrée et troublée, et lors d'une invasion non désirée de son esprit, il est pratiquement inévitable que les pensées et émotions les mieux gardées se précipitent traitreusement en première ligne.
Ce ne fut pas moins vrai dans le cas de Miss Moran. Plus elle se montrait troublée, plus claires et précises étaient les images. J'ai ainsi capturé des flashes de scènes qui, évidemment, n'avaient aucune importance à mes yeux. Je n'avais pas un iota d'intérêt pour ce qu'elle faisait de son temps libre, jusqu'à ce que, ceci dit, Ronald Weasley apparraisse.
Oh oui. Je suis probablement marqué à vie par la vision de Weasley le Branleur pris en flagrant délit.
Note pour moi même : devrais probablement m'arracher les yeux à un moment ou un autre de la journée.
Quoiqu'il en soit, dès que mon esprit m'y autorisa, je brisai la connexion et regardai Miss Moran d'un air appréciatif. Soudain, ses jambes ne m'intéressaient plus. Je ne ressentais que du mépris.
'C'était il y a longtemps,' marmonna-t-elle, mal à l'aise.
'Oh, vraiment ?'
Elle hocha la tête d'un air sévère et dit simplement : 'Hermione Granger est bien mieux sans lui, d'après moi.'
Je trouvai cette affirmation intéressante. 'Eh bien, cela ne me regarde pas,' remarquai-je avec dédain mais, en vérité, il me semblait que si.
Je déclarai la session du jour close et m'assis à mon bureau afin d'y réfléchir.
Il n'y a eu qu'un baiser alcoolisé, mais je sais que cela aurait pu aller plus loin.
Oh, Granger. Aurait pu ? Bien sûr que c'est allé plus loin !
Un homme aussi faible et commun que Weasley tomberait tête, épaules et tout ce qui reste pour les jambes de Miss Moran.
Je sentis une telle vague de dégoût à l'encontre de Weasley que je voulus sortir ma baguette et m'employer à transformer mon bureau en ruines. Quel trou du cul prévisible il fait.
J'ignore ce que je devrais faire de cette information ; si je dois en faire quoi que ce soit pour commencer. Cela me provoquerait un grand plaisir de voir Weasley recevoir ce qu'il mérite, et de savoir que c'est moi qui en est responsable...
Mais...
Je ne suis pas sûr qu'il soit sage de ma part d'attraper Hermione Granger au vol et de lui dire que son mari prenait du bon temps ailleurs. J'ai comme l'intuition qu'elle ne m'en remercierait pas. En outre, je n'ai pas exactement obtenu de preuves physiques des actions infâmes de Weasley.
Il est même possible, je suppose, que Granger soit déjà au courant de ses transgressions et s'est contentée de sauver la face lorsqu'elle m'en a parlé. Et si c'est cela, inutile d'en discuter, n'est-ce pas ?
Devrais réfléchir à la question, mais je m'attends à ce qu'il me faille simplement le garder pour moi.
La magnanimité personnifiée.
Nous les Serpentard sommes très doués pour nous montrer magnanimes...
Je peux vous le dire maintenant, je suis restée coincée un temps infini sur ce chapitre. J'espère que ça ne se voit pas trop !
Je devrais préciser que l'accent du père de Snape est un mélange de vaguement campagnard et surtout de grand n'importe quoi, parce que je n'avais tout bonnement aucune idée comment retransmettre un accent du Yorkshire... Il est censé parler de façon incompréhensible mais j'avoue que je vais devoir travailler là-dessus.
Est-ce que c'est moi ou vous aussi vous avez envie de poignarder Ron avec une fourchette ? Le pauvre, l'a toujours le mauvais rôle dans les HGSS !
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