Disclaimer : Tout à JKR et à Hannah-1888.


7. Juillet.

Mardi 5 Juillet

18:45 — A la Maison. Attends que mon chaudron bouille.

Pense toujours, par intermittence, à ce que j'ai découvert sur Weasley.

Je me demande comment il réagirait au chantage ?

Juste une idée en l'air...!

Je n'aurais pas réellement recours à des moyens aussi répréhensibles, bien sûr... Par ailleurs, Weasley ne possède rien que je puisse vouloir.

Hmm... Être magnanime m'ennuie beaucoup, ceci dit, car je déteste l'idée que Weasley se sorte indemne d'une trahison aussi importante que celle de tromper sa femme et de mentir à ce sujet. Et après tout ce qu'ils ont vécu ensemble...

Cela étant dit, et Granger ayant beau être une bonne âme arrogante qui me prend de haut, je n'ai aucune raison particulière de lui souhaiter du mal. S'il ne s'agissait que de Weasley, ses frasques seraient déjà étalées en toutes lettres dans le Prophète.

Probablement ; je le considérerais fortement en tout cas...

(Je réalise que je n'ai aucune raison particulière de souhaiter du mal à Weasley non plus. Cela serait tellement plus simple si c'était le cas.)

Je suppose qu'il est mal de ma part de tirer plaisir de l'infortune des autres, et pourtant je ne peux pas m'empêcher de me sentir réconforté par cette preuve que la vie des autres n'est pas toujours aussi rose qu'elle ne le laisse paraître. Je croyais qu'il n'y avait que moi. Non que ma vie ait jamais eu quelque nuance de rose, ni à la surface ni nulle part. Un trou noir, plutôt.

Je suis navré d'admettre que même moi j'apprécie d'avoir de la compagnie sur le chemin des abysses.

Vendredi 8 Juillet

12:30 — Au Bureau.

Viens de passer la dernière demi-heure la tête posée sur mon bureau.

Mon travail semble être devenu infiniment plus fastidieux ces temps-ci. Je pourrais bien être dangereusement sur le point de craquer. Non que qui que ce soit s'en apercevrait si je faisais une dépression nerveuse dans mon minuscule, stupide, claustrophobique, horrible, sombre bureau. Voldemort n'a pu me briser, mais j'ai bien peur que ces corvées en soient capables.

Au moins l'endroit est-il calme aujourd'hui.

Lucinda ne travaille pas, aussi, grâce au ciel, n'ai-je pas à la voir remuer de l'air, fredonner et sourire toute seule. Je crois qu'elle le fait exprès, bien que je ne sois pas sûr de ce qu'elle essaye d'accomplir. Si elle ne fait pas plus attention, je finirais pas lui jeter un sort.

Par ailleurs, Helena Moran est partie prendre ses leçons de conduite données par le Ministère. Lorsque j'ai commencé ce travail, Wilson a pris sur lui de me suggérer que cela ne me ferait pas de mal de prendre quelques leçons de mon côté, afin que je puisse utiliser les voitures du Ministère durant la formation des recrues, ou, tout bêtement, afin d'apprendre une nouvelle compétence.

Je lui ai dit d'aller se faire foutre.

A quel moment pourrais-je bien avoir besoin de conduire ? Je ne vais nulle part excepté au Ministère, chez mon père, et chez moi-même. Son but, je n'en doute pas, n'était pas de me donner généreusement la chance d'acquérir une 'nouvelle compétence,' mais de réussir à me coincer dans le rôle de moniteur d'auto-école en plus du reste. Cela réduirait les coûts du Ministère, ou quelque chose comme cela.

Arborant mon expression la plus conciliante, je lui ai dit, 'Je pourrais donner des leçons de vol, si vous voulez.'

'La plupart des gens savent déjà utiliser un balai, Snape.'

'Qui a parlé d'un balai ?'

Sur quoi il a simplement pris congé, l'air vaguement perturbé.

Je m'ennuie à mourir. J'ai des formulaires qu'il me faudrait remplir, mais... je ne peux physiquement pas soulever ma plume.

Peut-être devrais-je passer le reste de la journée à chercher du travail.

Suis déterminé à quitter ce dépotoir d'ici la fin de l'année. J'ai même passé du temps à imaginer combien il serait merveilleux d'entrer dans le bureau de Wilson et de lui jeter ma lettre de résignation à la tête.

Laquelle sera à n'en pas douter magnifique et éminemment éloquente. Je vais en rédiger une ébauche ici-même.

Cher Archibald,

Je vous prie de bien vouloir vous coincer votre boulot de merde là où le soleil ne brille pas.

Mes respects,

Severus.

Mercredi 13 Juillet

11:00 — Ministère.

Miss Moran était là ce matin, et je dois dire que c'est une sacrée sournoise. Je crois qu'elle ne s'est toujours pas remis de l'incident d'Occlumancie.

Elle est entrée en ondulant, comme à son habitude, et je me suis involontairement rendu la cible de ses machinations lorsque j'ai distraitement observé qu'elle avait 'survécu à l'expérience motorisée.'

'Cela m'a beaucoup plu,' a-t-ell dit d'un air radieux, avant que sa voix ne prenne un ton paternaliste. 'C'est compliqué et difficile au début. Il faut se souvenir et faire attention à tant de choses. Mais avec la pratique, tout finit par s'enclencher, je crois.'

Il y a eu une pause dans la discussion dont je n'ai pas, alors, tenu compte ; mais elle s'est avérée être un précurseur à une remarque négligemment lâchée, 'Vous conduisez, Mr Snape ?'

'Non,' ai-je répondu automatiquement. J'ai aussitôt regretté ma hâte.

Son expression s'est faite suffisante. 'Ah... Il me semblait aussi. Ce n'est pas pour tout le monde, vous savez. Je passe la théorie la semaine prochaine.' Elle a fait léviter un manuel et m'a tourné le dos pour le lire.

Je la fixai, broyant presque ma plume dans ma main, révolté. Merlin, j'aurais voulu avoir accepté l'offre de Wilson à présent. Je déteste quand les gens croient avoir un avantage sur moi. Et spécialement quand il s'agit d'une jeune femme agaçante et sûre d'elle qui progresse rapidement vers les sommets tandis que je languis pour toujours dans les donjons. Je déteste les Je-sais-tout ! Argh !

'Je ne conduis pas, Miss Moran,' me suis-je entendu dire, 'mais cela ne signifie pas que j'en suis incapable.'

Elle a pivoté et m'a regardé d'un air pensif et, je le crains, l'air d'en douter sérieusement, aussi. 'Oh... Eh bien, d'accord, alors.'

Elle est retourné à son livre, rejetant ses cheveux derrière son épaule d'un mouvement de main. Je fixai mes parchemins en grimaçant.

Oh, Merlin.

Moi et ma stupide fierté !

Dimanche 17 Juillet

Midi - A la Maison.

Pour l'amour de...!

Viens de recevoir un hibou de la part de Potter, m'invitant à sa fête d'anniversaire.

Quel âge a-t-il ? Il ne sort pas boire un verre, ou pour dîner, ou rien de tout cela. Non, il organise une fête d'anniversaire chez lui. Y aura-t-il du jus de citrouille et de la crème glacée, aussi ? Jouerons-nous aux chaises musicales ?

Eh bien, ce sera sans moi !

J'aimerais qu'il me laisse tranquille. Cela devient vraiment embarrassant.

Mardi 19 Juillet

10:30 — Au Bureau.

Miss Moran est partie passer son examen de conduite théorique aujourd'hui. Il fallait voir le regard qu'elle m'a lancé en s'en allant. Quelle suffisance ; ugh, je vais lui jeter un sort, à elle aussi, si elle ne fait pas attention.

Elle a laissé son manuel ici et je sais qu'elle l'a fait exprès. Eh bien, cela a marché, car je l'ai ramassé et feuilleté toute la matinée.

Je commence à souhaiter m'être abstenu. Cela semble très technique et compliqué à mes yeux de non-initié. Suis soudain déterminé à prouver que je suis capable de manier un véhicule motorisé, ne serait-ce qu'à moi-même.

Cela ne peut pas être si compliqué : il doit y avoir des millions d'imbéciles sur les routes.

Je dois admettre que tout cela est du charabia pour moi. 'Frein' et 'accélérateur' se passent d'explication, mais à quoi peut bien servir un 'embrayage' ? Cela n'aide pas que je ne sois monté dans une voiture qu'une ou deux fois dans toute ma vie.

Je déteste quand cela arrive. Je déteste me mettre des idées en tête qui refusent ensuite d'en sortir. Je n'ai aucun besoin d'apprendre à conduire. Je n'ai pas besoin de m'embêter avec cela.

Mais...

Je n'y peux rien si j'ai un besoin pathologique d'être omniscient.

L'omniscience est peut-être pousser les choses un peu loin ; cependant, le fait est que, lorsque j'ai dit précédemment que je 'déteste les Je-sais-tout', ce que je voulais dire est que je déteste les autres Je-sais-tout.

Montrez-moi un Je-sais-tout qui apprécie la compagnie de ses semblables !

Personne n'aime qu'on lui rappelle ses propres infériorités, et encore moins les Je-sais-tout. La plus grande peur d'un Je-sais-tout est qu'un collègue Je-sais-tout lui rappelle l'une de ses lacunes. C'est intolérable.

C'est ma défense, en tout cas.

Ce n'est pas comme si j'avais autre chose à faire de mon temps aujourd'hui ; il faudra que je parcours le manuel pour voir si je peux rendre cette farce de conduite compréhensible. Suis préoccupé par l'idée que Miss Moran sache que je suis un menteur et puisse essayer de me confondre. Et cela, je ne puis l'autoriser. Jamais.

Je me demande... Mon père possède une voiture qu'il n'utilise plus...

Hmm…

Samedi 23 Juillet

15:00 — Yorkshire. East Riding.

Suis assis dans la voiture de mon père, dans son garage, à essayer de rassembler le courage de démarrer l'engin. Pire que cela, mon père est assis à mes côtés. Il nous a fallu une heure pour en arriver là. Lorsque je lui ai demandé les clés de la voiture, et lui ai expliqué mes intentions, tout ce qu'il a trouvé à dire fut :

'Qu'rante-cin' balais et t'sais t'jours pas conduire ?'

J'ai soupiré. 'Je suis un sorcier, père, rappelez-vous. Je ne conduis pas, je vole.'

Un air affligé traversa son visage durant un instant, mais il me semble qu'il décida de prétendre qu'il ne m'avait pas entendu. La minute suivante, à ma grande horreur, devrais-je souligner, il rejetait ses couvertures et annonçait :

'J'vais t'apprendre !'

Oui, ai-je songé, et ensuite je t'apprendrais comment parler de façon intelligible.

'Père, vous n'êtes pas assez—'

'Vindieu qu'si j'le suis !'

'Vous souvenez-vous seulement comment conduire ?'

'M'oui j'm'en rappelle !'

Il porta sa main à sa bouche, l'air soudain lointain. 'Je voudrais seul'ment pouvoir me rapp'ler où sont mes fichues clés.'

Facile d'y remédier. 'Accio les clés de voiture,' dis-je.

Même après tout ce temps, et malgré la torpeur que sa maladie a provoquée chez lui, il réussit à conserver ce malaise flagrant face à l'usage de la magie. Durant les cinq minutes qui suivirent, son visage conserva cette expression méfiante, comme si je risquais soudain de faire tourner la terre sur son axe ou de contrarier l'équilibre des choses et renverser la force de la gravité.

J'essayai à nouveau. 'Vous devriez rester ici—'

'Nay! Tu crois qu'j'aime ça moi r'ster coincé ici tout l'temps ? Mon état m'empêche pas d'poser mes miches dans cette foutue voiture !'

Il peut à peine marcher sans finir sur lesdites miches.

'Ecoutez—'

'Nay!' cria-t-il.

Je devinais qu'il commençait à s'agiter, et donc, pour le faire taire et avoir la paix, je nous Transplanai jusqu'au garage, souhaitant n'avoir jamais eu une telle idée.

Car on peut difficilement l'appeler une bonne idée, n'est-ce pas ? Qui sait vraiment quel est l'état d'esprit de mon père ? Il pourrait se mettre dans la tête qu'il s'agit pour moi d'une façon de l'euthanasier et attraper le volant pour nous précipiter en bas de la falaise.

Sans parler de la réalisation plutôt inconfortable qu'il s'agit là de la première chose que nous ayons faite ensemble depuis, eh bien, toujours, probablement.

'Enlève ton pif de c'bouquin et démarre !'

Oh; quel chanceux je fais.

16:00

Suis vivant.

Mon père aussi, à peine. J'ai bien failli l'étrangler.

J'avais à peine démarré l'engin qu'il commençait :

'Mets tes mains sur l'volant !'

'Pose t'pied sur l'embrayage !'

'Passe la première !'

'Cela suffit !' ai-je crié. 'Je sais ce que je fais. Contentez-vous de rester assis et d'apprécier le paysage !'

Quoiqu'il en soit, pour résumer, je me suis souvenu de tout ce que j'avais lu au sujet de 'points de léchage' et autres, avais enlevé le frein à main, et m'apprêtais à partir, lorsque l'engin a brusquement calé. La voiture a fait un dernier soubresaut, puis s'est arrêtée.

'Dirait qu'quelqu'un a enlevé son pied d'l'embrayage trop vite hein !'

Je n'étais pas ravi. Déraisonnablement, je souhaitais maîtriser la conduite à la fin de la journée et n'appréciais pas de voir le premier obstacle m'arrêter net.

Malgré tout, après quelques essais, nous nous déplacions lentement le long de la route ; quoiqu'uniquement en première. Tout cela me semblait assez simple, et je réfléchissais déjà aux modifications et altérations que je pourrais faire sur les voitures du Ministère. Qui se soucie de la légalité ?

Malheureusement, il me fallut reconsidérer ma position sur l'aspect légal des choses. Je comptais seulement conduire jusqu'au bout de la route, faire demi-tour, et revenir à la maison - n'ayant pas perdu tout mon bon sens. Les routes autour de la maison de mon père sont généralement désertes, à l'exception d'un rare promeneur, et c'est alors que j'en aperçus un. J'observai, dans un silence horrifié, Hermione Granger qui marchait calmement le long de la route comme si elle lui appartenait.

Je suis certain qu'il va me falloir lui demander si elle accepterait d'aller faire ses promenades ailleurs. La Grande-Bretagne est une île ; il y a des côtes partout. Pourquoi faut-il qu'elle choisisse ce coin du monde aride et stérile pour ses déambulations ?

'Essaye d'pas écraser la gamine hé,' me conseilla inutilement mon père.

'Je n'en avais pas l'intention,' marmonnai-je d'un air sombre.

Comptez sur moi pour rencontrer Granger, cette férue de règlements, lorsque je suis en train de conduire sans permis dans une voiture non assurée. Une voiture dont je ne suis même pas sûr qu'elle passerait le contrôle technique. Humph.

J'espérais un peu qu'elle ne me reconnaîtrait pas à travers le pare-brise. Mais si. C'est probablement notre lenteur qui attira son attention. Et elle se mit à nous faire signe, par dessus le marché.

Je cherchai frénétiquement dans mes souvenirs comment m'arrêter, et tirai doucement sur le frein tout en appuyant sur l'embrayage. Ha ! Nous nous arrêtâmes et la voiture continua de tourner !

Elle apparut à la vitre, que je baissai à contrecoeur.

'Bonjour, Severus,' dit-elle, examinant la voiture avec intérêt. 'C'est, euh, inattendu !'

Comme elle dit.

'Père,' dis-je, 'voici Hermione Weasley, l'une de mes anciennes élèves. Hermione, voici mon père, Tobias.' Et à propos, votre mari est un enfoiré infidèle.

Je fixai sinistrement le volant tandis que mon père se penchait et souriait. 'Eh bien, eh bien ; c'est un plaisir, gamine.'

Il me semble que la vue d'un Snape souriant l'alarma quelque peu, car je sentis qu'elle reculait imperceptiblement.

'Merci, Mr Snape,' répondit-elle.

Je n'ajoutai rien sur l'instant, car j'étais trop occupé à paniquer à l'idée que Granger nous demande de la déposer quelque part. 'J'emmène mon père chez le médecin,' dis-je vivement. 'N'est-ce pas, père ?' Je lui lançai un regard appuyé.

Heureusement, il comprit et hocha la tête.

'Oh, eh bien je ne vais pas vous retarder...'

Désastre adroitement évité, donc ; en y repensant, ceci dit, il me semble improbable qu'elle ait pu nous demander une telle chose. Qui donc monterait de son plein gré dans une voiture avec deux Snape, et au milieu de nulle part ?

'Oh, est-ce que vous viendrez à la fête d'Harry ?'

Ai honte d'écrire ceci, mais j'ai presque dit oui. J'ai été très près de confirmer ma présent. Pire, au lieu de m'excuser, comme j'aurais dû le faire, j'ai dit, 'Je ne sais pas encore."

Pourquoi ? Pourquoi ai-je dit cela ? Pourquoi ne me suis pas contenté d'un simple 'non' sans équivoque ? N'ai-je pas décidé précédemment que je n'irais pas ?

'Je vois,' a-t-elle dit. 'Eh bien, nous serions ravis de vous y voir.'

'Oh... bien,' dis-je maladroitement. Elle hocha la tête, nous dit au revoir à tous les deux, et continua sa route.

'Conduis donc,' commanda mon père.

Mais je ne pouvais pas.

Car j'avais soudain oublié comment faire.

Malgré tout, aberrations momentanées mises à part, conduire s'est avéré relativement plaisant. Je pense qu'il me faudra toutefois continuer à m'y entraîner, car ma performance d'aujourd'hui ne s'assimile à la conduite que dans le sens le plus large du terme.

Wilson avait raison - cela pourrait s'avérer être un talent utile à ajouter à mon répertoire. Plus important encore, s'il venait à l'idée de Miss Moran d'essayer un jour de me démasquer, je pourrais affirmer en toute honnêteté que j'ai, effectivement, eu l'occasion de conduire une voiture.

Compte bien contrefaire un permis de conduire à mon nom en altérant celui de mon père. Juste au cas où elle demande à voir une preuve officielle, bien sûr.

Cela pourrait même m'ouvrir des portes. Peut-être pourrais-je postuler pour devenir le chauffeur du Magicobus.

Mais bien sûr. Il faudrait que je sois foutrement désespéré pour en arriver là.

Lundi 25 Juillet

18:00 — A la Maison.

Merlin.

Je ne peux même pas me rendre chez Fleury et Bott sans me faire harceler.

Je me trouvais dans l'une des allées, m'occupant de mes affaires, lorsque le fléau de ma vie en personne est venu me taper sur l'épaule.

'Ca va bien, Snape ?'

Les mots que je mourrais justement d'entendre.

'Potter,' observai-je sèchement. 'Que diable venez-vous faire dans une librairie ?'

'Je sais lire, vous savez.'

'Vous êtes allé vous balader à l'étage dans la section 'pour adultes' c'est bien cela ? Des recommandations ?'

Potter commença à postillonner d'indignation, et sa gêne me fit presque rire tout haut ; presque, notez, jusqu'à ce que quelqu'un s'éclaircisse la gorge et que mon humour s'évapore.

Oui, ce quelqu'un était Hermione Granger. J'ai une chance exceptionnelle ces derniers temps, apparemment.

Elle fit passer son immense pile de livres d'un bras à l'autre, nous regardant les sourcils levés.

Je ravalai mon embarras et arborai mon air de nonchalance habituel, saluant Granger d'un mouvement tête. 'Il me semblait bien que vous ne viendriez pas ici par vous-même, Potter.'

Elle sourit, tandis que Potter fronçait les sourcils. 'Au fait,' dit-il, me regardant avec le plus grand sérieux, 'je n'ai toujours pas eu votre réponse au sujet de ma fête. Est-ce que vous viendrez ?'

Je poussai un long soupir. 'Potter, je ne crois pas que ma présence soit réellement nécessaire, ni même souhaitée."

Alors arrêtez de me tracasser avec ces idioties !

'Non, non ; j'apprécierais beaucoup que vous veniez.'

Je l'étudiai. Il baissa les yeux, craignant visiblement que j'envahisse son intimité. Ces dernières années j'ai toujours essayé d'éviter de trop penser aux tentatives de Potter de s'attirer mes bonnes grâces. Cependant, je ne peux réellement les ignorer considérant le passé qui plane entre nous.

Il me semble que j'ai toujours su, en vérité, la raison pour laquelle il a apparemment abandonné la haine qu'il m'a si longtemps vouée.

'Potter, vous n'avez aucun besoin de me fournir une compensation pour votre père, ou même pour votre mère. A dire vrai, je préférerais que vous vous absteniez d'essayer.

Durant un instant, il me sembla froissé. 'Ce n'est pas —' commença-t-il faiblement. 'Hermione, dis lui que mes parents n'ont rien à voir avec le fait que je l'ai invité à ma fête.'

Il ne s'agissait pas d'une conversation que je souhaitais avoir au beau milieu d'une boutique, aussi balayai-je le sujet d'un : 'Oh, calmez-vous, Potter. Je vais y réfléchir.'

'Il faut qu'on y aille, Harry ; Ron nous attend au Chaudron Baveur.'

Oh oui, nous ne voudrions surtout pas faire attendre les chiens infidèles, n'est-ce pas ?

Potter me regarda. 'Est-ce—'

'Non, Potter, je n'ai aucune envie de me joindre à vous. Il se trouve que j'ai aussi une vie, que vous le croyiez ou non.'

Et sur ce, je m'éloignai. Merlin, il est pire qu'une vieille flagorneuse qui s'extasierait sur un pauvre petit orphelin trouvé dans la rue. Comme je l'ai dit, j'ai une vie, après tout. Peut-être une vie de chien, mais je n'ai pas besoin que Potter me fasse l'aumône pour subsister.

Mardi 26 Juillet

Je pourrais bien avoir besoin d'aide.

J'envisage véritablement de me rendre à l'anniversaire de Potter. Je suspecte, cependant, que Potter n'a rien à voir dans ma décision. Je dois vraiment être masochiste pour rechercher ainsi la compagnie de Granger et Weasley.

Il s'agit d'un jeu dangereux, j'en suis conscient. Je devrais rester hors de cette histoire, mais l'idée de faire peser une épée de Damoclès au-dessus de la tête de ce porc de Weasley est trop tentante pour être ignorer.

Ugh.

J'attendrais la dernière minute pour décider si j'irais ou non.

Dimanche 31 Juillet

18:00 — A la Maison.

J'irais. De récent développements ont motivé cette décision. Potter m'a écrit pour m'annoncer qu'il ouvrirait une vieille bouteille de scotch très onéreuse afin de célébrer ce grand jour. Il a précisé que cela serait une honte de la gâcher, la plupart de ses amis n'étant pas des buveurs de whisky.

Je n'ai pas l'intention de débattre là-dessus ; ce ramassis de buveurs de Bièraubeurre.

Un être raffiné va visiblement devoir s'en mêler.

Je suspecte néanmoins que cela pourrait s'avérer être une mauvaise décision.

2:00

Mauvaise décision, en effet.

Oh bon sang.

La soirée a été purement et simplement merdique.

Pauvre fou ; je n'aurais jamais dû m'y rendre.

Je l'ai su à l'instant où j'ai vu le nombre de Weasley présents. Il y avait néanmoins quelques personnes ici et là avec qui je ne voyais pas d'objection à converser, et Potter tint parole, me laissant en tête-à-tête avec un Laphroaig de 1988.

Ai vu Granger. Je n'avais cependant pas anticipé la vague de dégoût qui me traversa lorsque je vis Ronald 'le Branleur' Weasley se pendant à son bras, son sourire le plus stupide aux lèvres.

Il est regrettable que j'aie choisi d'étouffer une telle émotion avec quelques gorgées de mon liquide ambré favori. J'oubliai cependant momentanément mon fortifiant émotionnel lorsque Miss Granger se dégagea et vint me trouver. Ha !

Apparemment, elle était 'heureuse' de voir que j'avais choisi de venir. Elle en avait même l'air, pour changer ; son expression était beaucoup plus avenante que ce à quoi elle m'avait habitué ces temps derniers.

'Eh bien, comme vous le savez, Potter est un grand ami,' dis-je avec un visage impassible.

Elle apprécia visiblement l'ironie, car elle répondit par un petit rire. 'Vraiment ? Hmm... Harry a de la chance, alors.'

'Je ne vous le fais pas dire ; la chance est même entièrement de son côté.' Et cela pourrait même bien être un euphémisme.

Elle eut un sourire amusé. 'Je n'en doute pas.'

A ce moment-là, le héros de la fête lui-même se matérialisa et, à mon horreur, il avait un de ses mouflets dans ses bras. Il y a des années que je réussis à éviter tout contact avec sa progéniture, mais ce soir j'aurais aussi bien pu me précipiter tout seul dans la gueule du loup-garou. Granger se sauva soudain, et Potter se retrouva assis, berçant le... l'enfant dans ses bras.

Visiblement, je me trouvais en présence du plus jeune, car c'était un bébé. L'autre, Merlin soit loué, n'était nulle part en vue.

'Vous n'avez jamais rencontré Albus, pas vrai ?' Le regard de Potter passa de moi au bébé. J'avais l'impression très nette que l'on essayait de m'attirer dans un endroit où je n'aimerais pas me trouver.

'Non, en effet,' répondis-je affablement, évaluant les possibilités d'évasion. Il n'y en avait pas.

Albus. Mon Dieu. Autant condamner le gamin à vie, n'est-ce pas ?

'On va devoir le baptiser bientôt ; vous savez, de façon officielle, avec une cérémonie et tout le bazar.'

Je m'apprêtais à dire que je serais très probablement indisponible, mais il continua à parler, l'air nerveux. Durant un horrible instant, je crus qu'il serait assez stupide pour me demander d'être le parrain. Mais c'était pire.

'Ginny et moi aimerions l'appeler 'Albus Severus Potter'.'

Je le fixai, sentant le sang quitter mon visage. 'Je vous demande pardon ?'

'Voici Albus Severus.'

Je regardai, les yeux très probablement écarquillés, Albus Severus. Oubliez la condamnation à vie ; Potter veut lui infliger une double peine.

'Potter—'

'C'a déjà été décidé, alors vous ne pourrez rien dire qui me fera changer d'avis. Je pensais juste que vous devriez le savoir.'

Je soupirai, haussant impuissamment les épaules, et recommençai vivement à m'imbiber de whisky.

Qu'ai-je bien pu faire au ciel pour que les choses en arrivent là ? Je n'y comprends rien. Quelque chose doit avoir horriblement mal tourné dans le monde si des gens commencent à nommer leurs enfants après moi.

'Je ne fais pas dans la sentimentalité, Potter,' dis-je d'un ton impérieux. Je sentis l'ironie de cette affirmation dès qu'elle quitta ma bouche. Et il dut la sentir aussi ; il a vu certains de mes souvenirs de sa mère, après tout.

Il eut un sourire entendu et se leva, partant montrer l'enfant à quelque autre convive ; quelqu'un capable de s'extasier, probablement.

Je fixais mon verre, réfléchissant avec un certain malaise mêlé d'incertitude à la conduite de Potter, lorsque je sentis un mouvement près de moi.

Granger était de retour. Merlin, ils avaient tout prévu, pas vrai ?

'Il ne croit pas qu'il doit réparer les erreurs de ses parents, quelles qu'elles soient,' dit-elle, faisant référence à notre conversation de l'autre jour. 'Croyez-le ou non, mais il ne s'agit pas d'un sens des responsabilités malavisé. Harry sait que quoi qu'il se soit passé à l'époque, cela n'a rien à voir avec lui.'

Oh, eh bien, en voilà une pique bien placée !

'Croyez-le ou non, Granger,' dis-je, imitant sa tournure de phrase et le ton pédant de sa voix, 'je réalise que Potter n'est pas responsable des péchés de son père. Cependant, il était pratique et - comme nous l'avons vu - nécessaire pour moi de le blâmer. Je n'ai aucune intention de m'en excuser.'

Elle hocha la tête, pensive. 'Eh bien, je ne peux pas nier que toute cette animosité a payé au final, aussi étrange que cela puisse paraître.'

Ha ! Voilà.

Mais, non, il a fallu qu'elle continue.

'Vous pouvez dire ce que vous voulez à Harry, mais la vérité c'est qu'il n'oubliera jamais ce que vous avez fait. La loyauté et le courage comptent beaucoup pour quelqu'un comme lui, et vous êtes—'

Je pouvais presque me sentir me recroqueviller de gêne, et la devançai. 'N'allez pas plus loin, ou il me faudra vous attaquer pour diffamation.'

Elle éclata de rire. 'Très bien, je n'irais pas plus loin, excepté pour dire qu'il aimerait oublier ce qui s'est passé à Poudlard, voilà tout.'

Quelle que soit la réponse que je comptais faire, elle partit en fumée lorsque j'aperçus Weasley qui titubait dans notre direction. Mon expression dut être suffisamment éloquente, car elle tourna la tête pour voir par-dessus son épaule. Weasley s'arrêta à ses côtés et plaça possessivement sa main autour de la taille de Granger.

'Ginny a besoin de toi à la cuisine,' lui annonça-t-il.

Je hochai poliment la tête lorsqu'elle s'excusa auprès de moi mais, tandis qu'ils s'éloignaient, j'entendis distinctement Weasley qui disait : 'Je pensais que tu avais peut-être besoin qu'on te sauve encore une fois.'

Odieux babouin infidèle.

Au moins, cette fois, ai-je vu Granger lui lancer un regard acerbe, et elle lui fit apparemment la leçon avant de s'éloigner, le laissant perplexe.

Je descendis un autre verre en une seule gorgée tout en observant Weasley depuis l'autre bout de la salle. Un seul sort rapide aurait suffi à joliment l'incapaciter. J'aurais dû le faire ; que m'importe l'étiquette ? Hélas, je dois y prêter un minimum d'attention, car je me suis retenu.

Mais j'ai quand même réussi à créer un chaos bien plus important que celui-là.

Le taux d'alcool de Weasley, je m'en rendais compte, grimpa sensiblement à mesure que la soirée progressait. Je le devinais à la façon dont ses yeux s'affaissaient, à l'expression ridicule que prenait son visage, et à sa voix qui devenait de plus en plus aiguë. A un moment, il s'étala même la tête la première dans les Patacitrouilles.

Abruti.

Lorsqu'il n'était pas occupé à boire comme un trou ou à se bourrer d'ailes de poulet, il s'agrippait à sa femme en criant : 'Danche avec moi, Hermione !'

Et lorsqu'elle le repoussait, ce qui se répéta, il lâchait d'une voix empâtée : 'Fais pas ta rabat-choie ! Ch'est une fête après tout !'

Lorsqu'elle sortit en coup de vent de la pièce et se réfugia dans la cuisine, le visage cramoisi d'embarras, je me retrouvai inexplicablement en train de la suivre. Je sais maintenant, bien sûr, que c'était une erreur. J'aurais dû anticiper que son humeur se serait grandement détériorée depuis le début de la soirée.

Cela ne dut pas aider que, lorsqu'elle m'aperçut me tenant dans l'embrasure de la porte, tout ce que je trouvai à dire fut : 'Dites-moi, car je n'arrive tout simplement pas à comprendre, pourquoi, après vous être donné le mal de vous débarrasser de lui une première fois, vous seriez assez idiote pour vous engager sur cette route une deuxième fois ?'

Elle se contenta de me fixer durant un moment. 'Je vous demande pardon ?' cracha-t-elle, finalement.

Je crois, après réflexion, que Weasley n'est peut-être pas le seul à s'être progressivement... compromis avec l'alcool. Il paraît évident que mes facultés s'étaient dangereusement émoussées.

'Je vous ai demandé pourquoi vous vous acharnez à supporter ce demeuré.'

Je n'aurais sans doute pas dû me montrer si facétieux.

Elle fronça les sourcils. 'Ma relation avec Ron ne vous regarde absolument pas, mais sachez que nous sommes heureux—'

Je n'aurais pas dû renifler, à ce moment-là.

Non... j'aurais dû garder un silence respectueux.

'Oui ! Heureux !' s'exclama-t-elle, indignée. 'Comment osez-vous le traiter de demeuré ! Je ne vois pas ce qui vous donne le droit de le dénigner ! Vous encore moins qu'un autre !'

Ouch.

'Il vous fait passer pour une idiote,' sifflai-je dédaigneusement. J'aurais mieux fait de me taire.

Son expression se figea en un tableau parfait de l'offense incarnée.

'Partez, je vous prie. Je n'ai pas à écouter ça.'

'La vérité fait mal, pas vrai ?' Elle semblait véritablement furieuse, et bien qu'une part de moi aurait aimé abandonner cette confrontation, je n'arrivais pas à m'y résoudre.

'Vous n'avez pas le droit de venir ici et de juger Ron. Vous devriez vous regarder - un homme qui laisse son père mourir dans un taudis au bout du monde ! Un homme qui n'a jamais été marié pour commencer, alors on se demande ce qu'il fiche là à me donner des leçons alors qu'il ne sait rien de rien sur le sujet de toute façon ?'

Elle m'a véritablement coupé le souffle, mais pas, je le crains, pour une raison amoureuse d'aucune sorte. Il me fallut un moment pour pouvoir rassembler mes esprits après cela, et lorsque j'en fus capable, j'ignorai l'ombre du regret qui l'enveloppait déjà.

'Pauvre petite bercée d'illusions,' annonçai-je d'un ton impérieux. 'Juste un baiser alcoolisé avec Miss Moran, n'est-ce pas ? Je manque peut-être de talents dans la plupart des domaines, mais l'Occlumancie n'est pas l'un de ceux-là. Je sais ce que j'ai vu, même si vous l'ignorez.'

Je pivotai sur mes talons avec une seule pensée à l'esprit - sortir et Transplaner loin d'ici. J'avais atteint la porte d'entrée lorsque je l'entendis qui m'appelait dans le couloir.

'Qu'avez-vous vu ?' cria-t-elle d'une voix douloureuse. 'Dites-le moi !'

Je l'ignorai et claquai la porte derrière moi.

Et ainsi s'acheva cette soirée désastreuse, sauf si l'on compte la bouteille de Whisky Pur Feu que j'ai vidé à mon retour. Mais même cela n'eut pas l'effet désiré ; ce qui explique que je sois capable d'écrire tout cela et de me montrer cohérent, lisible et d'écrire droit. Si seulement j'avais été capable de me contenir autant plus tôt dans la soirée.

Je vais me coucher à présent et oublier ce désastre.

5:00 — Lit.

Impossible de dormir.

7:00

J'ai abandonné mon lit. Le sang me bat aux tempes et je n'ai plus de potion anti-maux de tête. Je ne me suis pas senti si mal depuis le jour où, me réveillant, j'ai découvert que mon cou avait été mis en pièces par Nagini.

Je suppose que je ne me sens pas réellement aussi mal. Et mon cou n'était pas en pièces, pas littéralement en tout cas...

Bref. Ce monologue décousu n'est rien d'autre qu'une tentative pathétique d'oublier mon altercation d'hier soir avec Hermione Granger.

Je dois dire que je suis hautement indigné par l'accusation qu'elle m'a portée en ce qui concerne mon père. Ce qu'elle sait au sujet de ma relation avec lui ne vaut pas le coup d'être su du tout.

Et, Merlin, ma tête va exploser !

8:00

Je suppose qu'elle a raison lorsqu'elle me rejette le droit de pontifier au sujet de sa relation avec Weasley. Que sais-je, vraiment, du train-train de la vie ? Je n'ai jamais vraiment vécu ; pas avant les cinq dernières années, du moins. Je n'ai eu qu'une presque-relation importante de quelque sorte que ce soit. Et quelque chose me dit que ce n'est pas une expérience qui m'ait positivement préparé aux choses de la vie.

Alors, peut-être que le mépris d'Hermione Granger est plus ou moins mérité.

Ce qui ne veut pas dire que cela doit me plaire.

Bon Dieu. J'aurais mieux fait de me taire. Ce que Weasley ou Granger font de leur vie ne me regarde pas.

Apparemment, je veux que tout le monde soit aussi sinistre et insatisfait que moi.

Je vais au travail à présent.

Oh Seigneur. C'est donc cela, le désespoir.


Eh bien voilà, encore un chapitre qui a pris plus de temps... Intéressant de noter que ce qui m'a vraiment perdu du temps c'est toutes ces fois où j'ai ouvert le fichier, vu tout ce qu'il restait à traduire et battu aussitôt en retraite. Il y a des jours où je ne suis pas courageuse !

Je ne sais pas vous, mais je m'étais toujours dit que Snape ne serait pas un fan d'Albus Severus...

Alors cette dispute, vous en dites quoi ?

Merci à ceux qui suivent cette traduction =)